Jour 33

Ce matin, il ne restait que 84 pièces à placer du terrible casse-tête de 2000 morceaux qui représente une espèce d’énorme vague d’océan, dans laquelle un oeil de cyclone est en train, peut-on penser, de se former. En fait, il s’agit d’une carte géographique stylisée, à forte prédominance de bleu. De loin, on pense que la portion blanche est de l’écume, et que le dessus de la masse, à la rencontre du violet, constitue la surface de l’eau. Il n’en est rien, puisque cette forme de vague est faite d’un assemblage de parcelles de pays, d’îles, d’archipels, de tracés urbains, de chiffres, de degrés, d’appellations diverses dont certaines lettres peuvent être manquantes, Nort, par exemple, au lieu de North…, etc.

Ma fille a eu la générosité d’avancer le projet le plus possible avant de retourner à Montréal, puisque je n’arrêtais pas de dire que je n’allais pas être capable de le compléter toute seule. En début d’après-midi, toujours est-il, le casse-tête était terminé. C’est facile à la fin, on place un morceau au hasard, là où il y a un trou qui laisse voir la surface brune de la table, et il s’avère que c’est en plein là qu’il allait.

Emmanuelle, donc, en a assemblé les deux tiers. Je me suis consacrée à la partie qui regroupe les pièces blanches. Je plaçais un morceau de peine et de misère, quand Emmanuelle en plaçait cinq, six de suite. Cette expérience m’a amenée à réaliser que je ne peux pas continuer de vivre en me dénigrant comme je le fais, sous prétexte que je suis vieillissante. Je donne un mauvais exemple à ma fille, celui du manque de confiance en soi.
– Ah ! Emmanuelle, tu es tellement bonne ! Comment tu fais pour placer les morceaux aussi vite ? C’est trop difficile, je n’y arriverai jamais. Il faut avoir l’esprit jeune et alerte pour s’y retrouver si rapidement.
Cette dernière affirmation, d’ailleurs, est on ne peut plus subjective, et fausse, car il m’a été donné de constater que ma voisine, 65 ans, place les morceaux avec la même facilité que celle de ma fille, en portant mes lunettes, en prime, et non les siennes qu’elle avait oubliées chez elle !

J’observais la vague, imprimée sur une affiche qui accompagne les pièces dans la boîte du casse-tête, au moyen d’une grosse loupe. Ma fille, qui aurait pu s’orienter grâce à l’image qui apparaît sur le couvercle de la boîte, pendant que j’avais le nez sur l’affiche, se contentait d’assembler les morceaux en fonction de leur motif sans avoir besoin d’autre repère.

Les pièces, en effet, sont couvertes de mots minuscules, voire parfois illisibles, qui désignent des régions du monde. C’est ainsi, grâce à la loupe, que j’ai découvert l’existence des Kent Group et Furneaux Group qui constituent des archipels situés non loin de la Tasmanie, en Australie. Pour me donner de l’élan, je décrétais, au terme de mes observations, que je partais à la recherche de la pièce Furneaux, que je ne trouvais pas, bien entendu, ou sur laquelle je tombais par hasard une demi-heure plus tard, en cherchant autre chose.

Je me sentais tellement inférieure à tous les êtres humains sur la planète que j’en étais à faire une liste, dans ma tête, des domaines de la vie dans lesquels je me trouve bonne afin de me remonter le moral. Chaque domaine de ma liste, cependant, s’accompagnait d’un « mais ». Je suis bonne en écriture, « mais » personne ne me lit et je n’aurai jamais obtenu le statut reconnu d’écrivaine, par exemple.

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Jour 34

Je n’ai pas vraiment de plaisir quand je tente d’écrire comme une éditorialiste. Comme hier, je veux dire, à propos des Caisses et de leur fonctionnement. Je ne me reconnais pas dans ces propos sérieux à saveur sociale. Je préfère m’émerveiller devant les futilités qui parsèment ma route.

Je pense depuis quelques jours à un événement survenu il y a un bon trente ans, futile et naïf à souhait.

J’étais en voiture avec ma soeur et son époux, aujourd’hui décédé. Je vivais depuis peu à Montréal. J’étais allée me perdre la veille au magasin Eaton de la rue Ste-Catherine, après le travail. J’y avais fait la découverte des primes offertes aux rayons des produits de beauté. Si vous achetez pour 40$, admettons, vous recevez en cadeau une jolie pochette qui contient un tube de mascara, du fard à joue, un démaquillant pour les yeux, de l’eau micellaire, une brosse à cheveux, tous en format mini.

J’ai jeté tout récemment une brosse en plastique bleu obtenue de cette façon auprès de la compagnie Estée Lauder. Elle m’a tenu compagnie tout le temps de ma vie professionnelle, à l’université. Elle m’a suivie, ici à St-Jean-de-Matha, pour devenir ma brosse permanente au chalet du lac Miroir. Elle était couverte d’une trop grande quantité de microparticules difficiles à déloger à cause de ses nombreux pics de plastique, car ce n’étaient pas des poils de sanglier ! C’est la raison pour laquelle je l’ai mise à la poubelle, non sans un peu de tristesse, après avoir tenté en vain de la shampouiner.

Dans la voiture, depuis le siège arrière où j’étais assise, j’expliquais à ma soeur, et forcément à son mari, que le magasin Eaton offrait des primes toutes plus attrayantes les unes que les autres. Je décrivais le contenu de celles qui avaient attiré mon attention. Chez Lancôme on offrait le parfum Trésor dans un mini flacon –dont je n’aime pas l’odeur; chez Clarins un rouge à lèvre d’une couleur qui oscillait entre le rose, l’orange et le rouge dans un drôle de tube de forme triangulaire; chez Estée Lauder de la poudre libre, une grosse quantité, et les pinceaux ronds et charnus qui viennent avec.

Au beau milieu de ma description, je m’étais rendu compte que ma soeur habitait Montréal depuis déjà plusieurs années, qu’elle était sans doute au courant depuis longtemps de l’existence de ces trésors, et que je me prenais pour une autre en jouant le rôle de l’institutrice qui essaie d’éduquer les ignares.

Je peux confirmer aujourd’hui qu’à part la brosse bleue, je n’ai pratiquement jamais utilisé les produits qui m’étaient offerts dans ces pochettes de primes. C’est dommage, j’aime les posséder, mais je suis la première surprise de constater qu’à part déboucher les mini flacons pour humer les odeurs des crèmes et des parfums, je ne fais rien avec. Je les donne ou je les jette au bout d’un moment.

Il est vrai que je me laisse séduire plus rarement qu’auparavant, et qu’à cet égard le temps présent que j’utilise au paragraphe précédent pourrait céder la place à l’imparfait. Il est vrai aussi que je pense d’abord à la planète, à mon âge, plutôt qu’à ma beauté séductrice, et que tous ces échantillons répartis dans tous les pays, dans tous les magasins à rayons, créent un immense problème de gestion du plastique.

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Jour 35

Ma voisine vient tout juste d’appeler pour me proposer d’aller faire de la raquette avec elle. Je devrais y aller plutôt que d’observer mon écran blanc, comme j’étais en train de le faire lors de son appel. Juste au moment où le téléphone a sonné, je supprimais une tentative de phrase qui exprimait à quel point je me désole de n’être pas capable de rien écrire d’autre que mes activités quotidiennes. Comment ça se fait que je suis née dotée de la facilité à écrire, à mettre les événements en mots, sans être pour autant dotée de la capacité intellectuelle d’aller au-delà de ces strictes descriptions d’événements.

Je donne l’exemple de notre visite récente, à Denauzier et moi, à la Caisse Desjardins. Je soupçonne que la compartimentation des tâches des employés soit le reflet du fonctionnement des progiciels à travers lesquels sont effectuées les transactions des clients. Il en découle, et je n’invente rien, que le comportement de l’homme doit s’adapter à celui des machines, et non l’inverse.

À l’université, ça fonctionnait comme ça. Je pouvais par exemple, en tant que personne qui occupait ma fonction, dans mon service, modifier le titre d’un cours dans une application logicielle. Or, cette même application affichait aussi le nom du professeur responsable du cours. Si les nom et prénom des professeurs présentaient une erreur de frappe, il fallait que je contacte une personne en particulier, aux Ressources humaines, pour suggérer la correction. La personne des Ressources humaines vérifiait alors, dans une autre base de données, si le nom avait besoin d’être corrigé.

Si tel était le cas, elle s’en chargeait, idéalement dans la journée, et m’informait par un courriel que ma demande avait été effectuée. La modification était traitée dans les systèmes académiques pendant la nuit, donc une modification effectuée dans la journée de jeudi, admettons, n’était visible que le lendemain vendredi. Il m’est ainsi déjà arrivé d’avoir à traverser ce processus pour une cédille qui avait été omise au nom Mélançon.

Dans ces conditions, il est évident, du moins à mon point de vue, et compte tenu de ma personnalité, que je préférais tomber sur un employé aux Ressources humaines qui tournait les coins ronds en modifiant le nom en temps réel au téléphone et qui se contentait de me dire que c’était fait sans qu’un courriel ne suive en guise de confirmation.
– Voilà une chose de faite, me disais-je, je passe à autre chose.
– Voilà qui est fait en tournant les coins ronds, m’aurait dit ma supérieure, il faut une trace de confirmation de toute modification apportée pour s’y retrouver –et protéger ses arrières.

Les aspects qui font que l’homme est homme déplaisent, on le sait, aux machines. Il n’est rien de plus naturel que de changer d’idée, d’évoluer, de modifier ses besoins, de moduler une approche, d’affiner un comportement, d’aller de l’avant tout en n’excluant pas qu’il soit nécessaire, par moments, de revenir en arrière… Il n’est rien de plus impossible, pour la machine, que d’enregistrer et de traiter une donnée volatile. Ne dit-on pas que l’on « saisit » une donnée ? Comment saisir l’humeur, l’émotion, la sensibilité ?

C’est dommage que les humains doivent se présenter à la Caisse et se comporter comme des pièces de Lego entre les mains du robot qui a besoin que les briques à assembler soient assemblables selon des données spécifiques, point final. C’est un peu ça que j’aurais voulu aborder lors de ma stricte description des faits, dans un texte récent. Je suis consciente cependant que, m’y mettant aujourd’hui, je m’y prends mal, je me sens « mère supérieure », j’embrasse trop large, je caricature, je mélange pommes et poires, je ne suis pas documentée, je me complais à résumer mon expérience passée…

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Jour 36

Il n’y a pas que les magasins de vêtements de sport qui nous confrontent à des décisions compartimentées, il y a aussi les institutions bancaires. Nous en avons fait l’expérience mon mari et moi la semaine dernière, alors que nous envisagions la création d’un compte conjoint. On le savait, pourtant, mais on l’avait oublié.
– On n’a qu’à téléphoner, m’a dit mon mari. Ça ne se peut pas qu’on soit obligé de se déplacer pour quelque chose d’aussi élémentaire, on est tous les deux déjà membres de la Caisse.
Je me doutais que ce ne serait pas aussi facile.
– D’accord, je vais téléphoner pour voir, ai-je répondu.
– Il faut prendre un rendez-vous, ai-je dit à mon mari au terme de mon appel. Ce sera demain à 13 heures (non pas dans notre village mais dans un village voisin).

Une jeune fille gracile comme un long brin d’herbe courbé par un vent délicat, notre conseillère désignée en la matière, vint nous chercher à l’accueil où nous l’attendions, ce lendemain. Elle connaissait son travail à la perfection. Imprimer le contrat une fois le compte créé, le signer là, là. Elle connaissait mieux son travail que nous nos besoins :
– Vous pensez effectuer combien de transactions par mois ?, a-t-elle voulu vérifier, afin de nous orienter vers la formule la mieux adaptée à nos besoins, en nous décrivant l’option économique, avant d’aborder l’option intermédiaire.
Mon mari et moi nous sommes regardés, incapables de répondre.
– La formule économique ne permet pas beaucoup de transactions, a commencé mon mari.
– Et celle qui est en permet plus entraîne des coûts mensuels pas mal élevés, ai-je complété.

Finalement, la compartimentation de Desjardins nous a rendu service parce qu’elle nous a fait changer d’idée. Voici comment. La jolie brindille nous a informés qu’elle ne pouvait effectuer une opération supplémentaire qui nous semblait aller de soi. Il fallait rencontrer quelqu’un d’autre.
– Mais je peux téléphoner pour vous !, a-t-elle proposé, en faisant référence à la prise de rendez-vous avec le quelqu’un d’autre.
Nous avons acquiescé à cette proposition à défaut de savoir quoi faire.
– C’est quand même pas mal lourd comme manière de procéder, nous sommes-nous bornés à conclure en retournant vers notre véhicule.

Nous avons donc reçu un autre appel le lendemain, de la conseillère spécialiste de cet autre compartiment de Desjardins qui allait concrétiser ce qui nous semblait aller de soi. En fait, ce n’est pas la conseillère qui nous a téléphoné, mais son adjoint, un jeune homme très gentil, et très jeune, qui avait pour tâche de nous informer que notre demande s’avérait malheureusement impossible à concrétiser, une petite technicalité ne pouvant être contournée. Le rôle du jeune homme consistait aussi à nous rassurer, en ceci qu’il était quand même possible de parler à la conseillère spécialisée, si jamais on maintenait l’espoir de procéder comme on l’avait envisagé. Des avenues pourraient peut-être être étudiées.

– C’est parfait !, avons-nous conclu au terme de cet appel. On va continuer de s’arranger entre nous, à la bonne franquette !

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Jour 37

– Vous pratiquez quelle sorte de raquette ?, m’a demandé le vendeur du magasin Sail.
J’avais vu venir sa question. J’étais bien préparée.
– C’est ça le problème, ai-je commencé, j’en pratique au moins deux sortes, en fonction de l’amie avec laquelle je suis.
– Je vois.
– Une amie s’habille comme un oignon et utilise de larges pattes d’ours en babiche comme si on allait couper du bois sur son domaine. Elle porte une tuque, des moufles en fourrure, un foulard, une salopette de ski alpin, une combinaison de polar, une veste parka par-dessus et un gros Canada Goose pour clore le tout, qu’elle laisse ouvert, cependant.
– Ouille !, n’a pu retenir le jeune homme.
– Mon autre amie est au courant de tout en ce domaine, elle fait de la raquette avec des presque professionnels. Elle m’a enseigné à ne pas m’habiller trop, en alternant les couches et les sous-couches faites de matières qui respirent. Elle s’habille peu pour ne pas mourir de chaleur car avec son mari ils s’attaquent à des côtes pour tester leur capacité cardiaque, qui est remarquable, comme vous pouvez l’imaginer.
– Donc, ai-je poursuivi, quand je marche avec la première, je sais que nous allons nous arrêter régulièrement pour placoter dans les épaisseurs de neige, elle en partie pour laisser s’échapper la chaleur de ses nombreuses couches, et moi pour l’écouter bien sûr en sentant assez vite arriver le froid. En ce qui a trait à mon autre amie, c’est le contraire, on n’a pas le temps de s’arrêter, ça y va par là. Vous voyez ? C’est compliqué.
– Vous faites à la fois de la piste balisée et de la neige folle, si je comprends bien.
– Oui. Je vous dirais qu’avec mon mari ça se passe un peu comme avec l’amie performante, mais en moins rapide. En outre, l’amie qui s’habille trop est notre voisine, alors ça arrive qu’on fasse de la raquette à quatre, les deux couples, à petit trot. Mais ce que je préfère, c’est l’effort qui fait transpirer, même si ça me fait drôlement battre le coeur.
Je sentais que je commençais à m’éloigner de la question, mais tant qu’à être sur ma lancée, j’ai poursuivi.
– Je considère que je suis bien équipée vestimentairement, depuis que je me suis acheté des vêtements techniques North Face, alors un coup partie j’aimerais profiter de raquettes modernes, et mon amie sportive m’a suggéré d’acheter un modèle avec talonnière.
– Votre amie fait probablement de la surface escarpée, a dit le vendeur.
– Peut-être. Ce qui me désole, avec ces avancées techniques dans le domaine sportif, c’est que l’aspect social est relégué au second plan. Vous ne trouvez pas ? Il faudrait quasiment que je ne fasse de la raquette qu’avec les amis plus jeunes et plus en forme, pour ne pas craindre le froid, mais j’aime tellement la compagnie de mes amis plus vieux ! En même temps, ça coûte cher, ces vêtements spécialisés, ça ne me tente pas de m’équiper en double en fonction des personnes que je côtoie. C’est moi, ou c’est plus compliqué qu’autrefois ?, ai-je voulu vérifier.
– J’ai ce qu’il vous faut, ne vous en faites pas, a répondu le jeune homme en m’orientant vers des raquettes MSR de couleur « vert printemps » que j’aime, pour les avoir testées deux fois, quoique les autres, en plastique, de forme oblongue et pourvues de crampons, juste pour dire qu’elles en sont pourvues, m’ont rendu de bons et loyaux services aussi…

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Jour 38

Nous avons entamé un nouveau casse-tête, ma fille et moi, qui représente trois empilades de tasses et de soucoupes à motifs de fleurs, sur un fond à motif de fleurs aussi puisqu’il s’agit d’un mur couvert d’une tapisserie. La tapisserie pourrait n’être pas fleurie, mais elle l’est. Emmanuelle a constitué le pourtour en deux temps trois mouvements, pendant que je me contente de regrouper les morceaux par couleurs. Je me sens, autrement dit, comme Mitterrand par rapport à Anne de vingt-sept ans sa cadette, soit sur la pente descendante de mon parcours sur terre, pendant que ma fille dispose de toute la force et la forme qui pavent la pente ascendante de son parcours. Nous avons trente-sept ans d’écart d’âge.
– Emma, est-ce que tu sais comment on fait ceci –sur mon téléphone–, et cela –sur mon ordinateur– ?, sont des questions de plus en plus fréquentes dans ma bouche, auxquelles elle apporte bien sûr une réponse presque toujours affirmative.

Je continue toutefois d’exceller dans le domaine de l’inventivité. Ainsi, mon idée de grande mosaïque construite dans Photoshop par mon cousin, à partir des photos prises jour après jour sur mon téléphone, lors du premier confinement de mars 2020, pendant lequel ma fille était à Strasbourg et moi dans le bois, est-elle une grande réussite. Pour les gens rarissimes, je pense à ma soeur, bien qu’elle ne me lise pas, qui ne connaissent pas le principe, le voici résumé en une phrase :

En tant qu’interlocuteur en train de converser lors d’une vidéo de type Facetime, on peut prendre une photo qui fige en quelque sorte le moment de ladite conversation; la photo se divise en deux et montre les personnes en présence.

En fait, et me voici entamant une phrase supplémentaire qui va nécessiter elle aussi l’utilisation du point-virgule, la photo obtenue se divise en autant de sections qu’elle compte de connexions; les fois que nous avons parlé, Emma et moi, à une de mes amies en Ontario, ou à mon neveu à Montréal, sont des cas de photos qui se divisent en trois sections. On pourrait penser que qui dit trois sections dit trois personnes, mais ce n’est pas forcément le cas, car une section peut comporter plusieurs personnes, ou encore aucune, si la caméra n’est pas dirigée, que cela soit voulu ou non, sur l’interlocuteur de cette section.

La mosaïque, que mon cousin appelle plutôt une planche-contact et c’est vrai que c’en est une, compte 81 photos, soit en gros neuf rangées de neuf photos de large. Pour créer un peu de fantaisie, j’y ai glissé des intrus, des folies : ma fille qui porte un casque de coiffeuse sur la tête lorsqu’elle s’est fait faire des mèches, et bien entendu un masque; mon mari qui arbore son beau pied dont le deuxième doigt porte une de mes bagues; une photo de l’heure sur la cuisinière qui affiche des chiffres identiques, 1:11, etc.

J’ai déjà décidé que je vais donner ma récente toile Pied de Calder à cousin, en forme de rétribution pour services rendus, et que je vais offrir à ma fille chérie le grand cadre que je possède déjà qui va recevoir la planche-contact de format 30"X30" lorsqu’elle aura été imprimée par le centre Kiwi. Je traverse une période d’élagage, de toute façon, comme en témoignent les quatre sacs de vêtements que je vais apporter à la St-Vincent-de-Paul prochainement.

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Jour 39

Hier matin je me suis lavé les cheveux. Je ne les lave pas souvent. En vieillissant, ils demeurent plutôt secs, alors que lorsque j’étais adolescente ils étaient tout le temps gras. Je les lave aux quatre cinq jours. J’ai hésité parce que je savais qu’en après-midi j’allais transpirer en faisant du patin sur la rivière. Il aurait été plus hygiénique, disons, de me laver en fin de journée plutôt qu’en début, sachant que si je me lave en début je ne me relave pas en fin, car alors ma peau devient du papier sablé. Shampooing, en tout cas, fut fait le matin, de telle sorte que mon amie m’a vue arriver pour le patin avec des cheveux qui exprimaient un beau volume.

C’était avant d’apprendre cependant, dans les secondes qui ont suivi mon arrivée avec cheveux au vent, que la rivière était fermée, trop d’eau, une grande flaque d’eau sans glace en dessous, s’étant accumulée avec le redoux.
– Mince !, ai-je dit à ma copine, en suggérant du même souffle un autre endroit où nous pourrions tenter notre chance.
– D’accord, allons-y, m’a dit copine. Tu sais comment t’y rendre ?
– À peu près…, ai-je répondu, tentant de me représenter mentalement l’enchaînement des rues.
– Suis-moi !, s’est-elle empressée de proposer.

Ça ne me tentait pas tellement de la suivre parce que je sais qu’elle conduit vite, mais j’ai répondu par l’affirmative et j’ai réussi, tant bien que mal, à la suivre. Ce n’était pas possible de patiner à ce nouvel endroit, il était consacré à une pratique de hockey. Alors nous sommes allées marcher dans les sentiers de l’Île Vessot, que je voulais découvrir depuis déjà un moment. Que je connaissais, en fait, pour y être allée une fois, l’été, en bicyclette, mais je m’en rappelais vaguement, et l’effet qu’exerce un lieu est très différent en fonction de la saison. Encore ici, j’ai été confrontée à la même difficulté, à savoir tenter de marcher au pas ultra rapide de ma copine qui conduit comme elle marche, ou marche comme elle conduit. Mais j’y suis arrivée, moyennant le retrait, assez rapidement, d’une veste polar sous mon anorak.

Lorsque nous avons quitté notre voiture respective dans le stationnement attenant au site, couvert lui aussi de larges flaques qui ont mouillé mes bottes, j’ai hésité à porter ma tuque, parce que je ne voulais pas écraser mon beau volume. Mais marcher plus d’une heure en ayant froid dans le cou est fort désagréable. J’ai donc décidé de traîner mon sac-à-dos avec la tuque dedans, au cas où. Je portais déjà une bonne couche de rouge à lèvres. Et mes lunettes fumées qui me donnent tout un style.

Tout ça pour en venir au fait que je me trouvais jolie, en grande partie parce que mes cheveux exprimaient une certaine jeunesse, quoique arborant un mélange de gris et de châtain qui a perdu de son éclat puisque ma dernière teinture chez la coiffeuse a eu lieu il y a plus de deux mois. Ça ne m’arrive plus aussi souvent qu’avant de me trouver à mon goût, à cause de mon âge, alors j’immortalise dans ce texte d’aujourd’hui cette sensation fort fugace qui m’a habitée hier.

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