Jour 37

– Vous pratiquez quelle sorte de raquette ?, m’a demandé le vendeur du magasin Sail.
J’avais vu venir sa question. J’étais bien préparée.
– C’est ça le problème, ai-je commencé, j’en pratique au moins deux sortes, en fonction de l’amie avec laquelle je suis.
– Je vois.
– Une amie s’habille comme un oignon et utilise de larges pattes d’ours en babiche comme si on allait couper du bois sur son domaine. Elle porte une tuque, des moufles en fourrure, un foulard, une salopette de ski alpin, une combinaison de polar, une veste parka par-dessus et un gros Canada Goose pour clore le tout, qu’elle laisse ouvert, cependant.
– Ouille !, n’a pu retenir le jeune homme.
– Mon autre amie est au courant de tout en ce domaine, elle fait de la raquette avec des presque professionnels. Elle m’a enseigné à ne pas m’habiller trop, en alternant les couches et les sous-couches faites de matières qui respirent. Elle s’habille peu pour ne pas mourir de chaleur car avec son mari ils s’attaquent à des côtes pour tester leur capacité cardiaque, qui est remarquable, comme vous pouvez l’imaginer.
– Donc, ai-je poursuivi, quand je marche avec la première, je sais que nous allons nous arrêter régulièrement pour placoter dans les épaisseurs de neige, elle en partie pour laisser s’échapper la chaleur de ses nombreuses couches, et moi pour l’écouter bien sûr en sentant assez vite arriver le froid. En ce qui a trait à mon autre amie, c’est le contraire, on n’a pas le temps de s’arrêter, ça y va par là. Vous voyez ? C’est compliqué.
– Vous faites à la fois de la piste balisée et de la neige folle, si je comprends bien.
– Oui. Je vous dirais qu’avec mon mari ça se passe un peu comme avec l’amie performante, mais en moins rapide. En outre, l’amie qui s’habille trop est notre voisine, alors ça arrive qu’on fasse de la raquette à quatre, les deux couples, à petit trot. Mais ce que je préfère, c’est l’effort qui fait transpirer, même si ça me fait drôlement battre le coeur.
Je sentais que je commençais à m’éloigner de la question, mais tant qu’à être sur ma lancée, j’ai poursuivi.
– Je considère que je suis bien équipée vestimentairement, depuis que je me suis acheté des vêtements techniques North Face, alors un coup partie j’aimerais profiter de raquettes modernes, et mon amie sportive m’a suggéré d’acheter un modèle avec talonnière.
– Votre amie fait probablement de la surface escarpée, a dit le vendeur.
– Peut-être. Ce qui me désole, avec ces avancées techniques dans le domaine sportif, c’est que l’aspect social est relégué au second plan. Vous ne trouvez pas ? Il faudrait quasiment que je ne fasse de la raquette qu’avec les amis plus jeunes et plus en forme, pour ne pas craindre le froid, mais j’aime tellement la compagnie de mes amis plus vieux ! En même temps, ça coûte cher, ces vêtements spécialisés, ça ne me tente pas de m’équiper en double en fonction des personnes que je côtoie. C’est moi, ou c’est plus compliqué qu’autrefois ?, ai-je voulu vérifier.
– J’ai ce qu’il vous faut, ne vous en faites pas, a répondu le jeune homme en m’orientant vers des raquettes MSR de couleur « vert printemps » que j’aime, pour les avoir testées deux fois, quoique les autres, en plastique, de forme oblongue et pourvues de crampons, juste pour dire qu’elles en sont pourvues, m’ont rendu de bons et loyaux services aussi…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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