Jour 39

Hier matin je me suis lavé les cheveux. Je ne les lave pas souvent. En vieillissant, ils demeurent plutôt secs, alors que lorsque j’étais adolescente ils étaient tout le temps gras. Je les lave aux quatre cinq jours. J’ai hésité parce que je savais qu’en après-midi j’allais transpirer en faisant du patin sur la rivière. Il aurait été plus hygiénique, disons, de me laver en fin de journée plutôt qu’en début, sachant que si je me lave en début je ne me relave pas en fin, car alors ma peau devient du papier sablé. Shampooing, en tout cas, fut fait le matin, de telle sorte que mon amie m’a vue arriver pour le patin avec des cheveux qui exprimaient un beau volume.

C’était avant d’apprendre cependant, dans les secondes qui ont suivi mon arrivée avec cheveux au vent, que la rivière était fermée, trop d’eau, une grande flaque d’eau sans glace en dessous, s’étant accumulée avec le redoux.
– Mince !, ai-je dit à ma copine, en suggérant du même souffle un autre endroit où nous pourrions tenter notre chance.
– D’accord, allons-y, m’a dit copine. Tu sais comment t’y rendre ?
– À peu près…, ai-je répondu, tentant de me représenter mentalement l’enchaînement des rues.
– Suis-moi !, s’est-elle empressée de proposer.

Ça ne me tentait pas tellement de la suivre parce que je sais qu’elle conduit vite, mais j’ai répondu par l’affirmative et j’ai réussi, tant bien que mal, à la suivre. Ce n’était pas possible de patiner à ce nouvel endroit, il était consacré à une pratique de hockey. Alors nous sommes allées marcher dans les sentiers de l’Île Vessot, que je voulais découvrir depuis déjà un moment. Que je connaissais, en fait, pour y être allée une fois, l’été, en bicyclette, mais je m’en rappelais vaguement, et l’effet qu’exerce un lieu est très différent en fonction de la saison. Encore ici, j’ai été confrontée à la même difficulté, à savoir tenter de marcher au pas ultra rapide de ma copine qui conduit comme elle marche, ou marche comme elle conduit. Mais j’y suis arrivée, moyennant le retrait, assez rapidement, d’une veste polar sous mon anorak.

Lorsque nous avons quitté notre voiture respective dans le stationnement attenant au site, couvert lui aussi de larges flaques qui ont mouillé mes bottes, j’ai hésité à porter ma tuque, parce que je ne voulais pas écraser mon beau volume. Mais marcher plus d’une heure en ayant froid dans le cou est fort désagréable. J’ai donc décidé de traîner mon sac-à-dos avec la tuque dedans, au cas où. Je portais déjà une bonne couche de rouge à lèvres. Et mes lunettes fumées qui me donnent tout un style.

Tout ça pour en venir au fait que je me trouvais jolie, en grande partie parce que mes cheveux exprimaient une certaine jeunesse, quoique arborant un mélange de gris et de châtain qui a perdu de son éclat puisque ma dernière teinture chez la coiffeuse a eu lieu il y a plus de deux mois. Ça ne m’arrive plus aussi souvent qu’avant de me trouver à mon goût, à cause de mon âge, alors j’immortalise dans ce texte d’aujourd’hui cette sensation fort fugace qui m’a habitée hier.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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