Jour 974

Si j’essaie de démêler tout ça : je me sens prête à partir vers ma destination française, sûre de moi, désireuse de profiter des richesses à venir de mon séjour parisien, comme je suis prête, pourrait sous-entendre mon rêve, à emprunter la voie qui est celle de mon destin. Ce destin cependant pourrait me faire vivre non pas des richesses et des joies, mais l’épreuve d’un cancer.
La sensation d’hébétude qui m’envahissait quand on m’annonçait que je souffrais d’un cancer, dans un rêve d’il y a quelques jours, était telle qu’il me semble qu’elle ne pourrait pas être plus violente dans la réalité. Elle serait même moins violente. Comme si mon rêve m’y avait préparée.
Jean Besré est décédé d’un accident d’auto. Or il disait souvent à ses proches qu’il craignait avoir un jour un accident d’auto. Il habitait je pense en Estrie. Il accumulait donc les allers et retours par rapport à son lieu de travail, à Montréal. Il se voyait avoir un accident, une collision, un face à face. A-t-il attiré l’accident à force d’y penser ? Était-il inscrit dans son destin qu’il allait avoir un accident d’auto, qu’il y ait pensé ou pas ? Est-on conscient de ce que nous réserve notre destin ?
Mon père m’a déjà dit que la maladie qui l’effrayait le plus était le Parkinson, or il en est atteint. M’a-t-il dit ça alors qu’il avait commencé à trembler, ou avant ?
Dans ma vie éveillée, je me sens à mille lieues de la possibilité de souffrir un jour du cancer, je me vois vivre vieille comme mon père, sans traverser de maladie grave. Je me sens habitée par la même sagesse que celle qui habite papa. Quand je travaille dehors à râteler, à déraciner, à désherber, je me vis comme papa qui passait lui aussi beaucoup de temps dehors, à longueur d’année, dans l’air pur de la campagne.
Alors pourquoi ces rêves qui font de moi une nouvelle personne prête à, alors qu’auparavant mes rêves me retournaient l’image d’une personne figée qui n’était pas prête à. Et à quoi suis-je prête ? Suis-je prête, tout simplement, à faire confiance ? Les rêves qui se déroulent avec Denauzier pourraient signifier que je me sens en confiance auprès de lui et que je sens qu’il m’aide (je suis assise sur ses genoux et il me dit où aller lire une information dans un examen qui fait plusieurs pages).
Lorsqu’elle a reçu un diagnostic de cancer du sein, une collègue m’a dit qu’elle n’avait pas envie de recevoir des traitements agressifs et que si la radiothérapie ne la guérissait pas, elle n’irait pas vers la chimio, elle quitterait la vie en ayant le sentiment d’avoir bien et assez vécu. Je m’étais exclamée que ce n’était pas possible. Je ne pouvais pas concevoir que ces mots sortent un jour de ma bouche. Je les entendais avec stupeur sortir d’une autre bouche. Et je n’imagine pas davantage qu’ils pourraient sortir de ma bouche aujourd’hui.
– Je ne peux pas croire qu’on doive mourir un jour, ai-je dit encore ce matin à mon mari, à propos de je ne sais plus quoi.
J’ai déjà rêvé, ça fait longtemps et je m’en rappelle encore, que nous étions un groupe en procession, le groupe des habitants de la planète. Nous marchions paisiblement au son d’une musique merveilleusement agréable qui me faisait le plus grand bien. Je me sentais légère. Progressivement, la musique devenait moins audible, et moins belle. Je me sentais devenir moins légère. Je me disais que ce serait ça, notre fin à tous, une marche de plus en plus éreintante, parsemée d’épreuves, jusqu’au jour où, n’en pouvant plus, nous serions enchantés de quitter la vie !
J’aimerais bien discuter de ces rêves récents avec une personne psychanalyste…

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Jour 975

J’ai traversé une période cette année pendant laquelle je ne me suis pas souvenu de mes rêves. Depuis peu, ils me reviennent à l’esprit le matin à mon réveil. Voici ce qu’il en était la  nuit dernière.
Je m’apprêtais à partir en France, sans crainte cette fois. Lorsque je fais ce rêve, car il s’agit d’un thème récurrent dans mon univers onirique, je meurs de peur à l’idée de partir seule, je ne trouve plus mes billets d’avion, et lorsque je les retrouve, je ne comprends pas ce qui est écrit dessus, etc. La nuit dernière, j’avais hâte de partir, je me savais prête, et je me disais que si je devais ne pas comprendre tel mécanisme ou tel autre, préalable à la montée à bord, il me suffirait de m’adresser à mes voisins inconnus qui m’aideraient.
Je me disais aussi qu’une fois à Paris, je m’empresserais de me rendre dans les quartiers animés, le soir même de mon arrivée, pour m’imprégner de l’atmosphère de la fête, pour me laisser étourdir par l’énergie tourbillonnante –et pétaradante des mobylettes– dans les secteurs où la ville ne dort jamais. Je n’avais pas envie d’aller m’enfermer dans une chambre d’hôtel et d’y être seule. De la même manière, si je ne retrouvais pas mon chemin vers la chambre d’hôtel après avoir profité des quartiers animés, si je n’y comprenais rien aux trajets d’autobus et si je me perdais en arpentant les rues, parce que je n’ai pas le sens de l’orientation, ce n’était pas grave. J’allais une fois de plus demander de l’aide aux gens que je croiserais.
On pourrait penser que c’est un rêve positif, qui fait de moi une personne enfin capable de surmonter ses peurs, de s’affirmer, de se prendre en mains. Malheureusement, et pour retomber dans mes ritournelles, c’est un rêve qui me fait peur : je me sens prête à partir, alors que j’ai rêvé il n’y a pas si longtemps que j’avais un cancer. Pour ceux qui s’en souviennent, je recevais ce diagnostic dans une stupeur incommensurable.
Non seulement je me sens prête à partir dans la version métaphorique du départ vers la France –ou vers la mort–, mais il y a ceci qui vient s’ajouter : un autre de mes rêves récurrents trouvait son aboutissement.
Il m’arrive en effet régulièrement, depuis des années, de me demander où j’en suis dans ma vie. Suis-je aux études, suis-je sur le marché du travail, si oui, quel poste suis-je en train d’occuper, suis-je mariée ou non, mère ou non, etc. La nuit dernière, je découvrais enfin où j’en étais : j’étais sur le marché du travail, à l’université, mais à ce point malade que je devais quitter mon emploi. Je commençais par demander à mes deux patronnes, les deux dernières que j’ai eues dans ma vie éveillée, un congé de maladie prolongé. Elles me regardaient bêtement, sur la formulation de ma question, et finissaient par me répondre oui, mais de mauvaise grâce. Puis, je découvrais dans un éclair d’illumination que puisque j’étais si malade, il était préférable que je clarifie la situation une fois pour toutes : j’allais céder ma place à une jeune recrue, point final, et les patronnes allaient s’en trouver enchantées.

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Jour 976

La résidence universitaire de Cuques à Aix-en-Provence.

La résidence universitaire de Cuques à Aix-en-Provence.

J’ai rêvé que deux chiens Doberman glissaient leur museau entre les portes laissées entrouvertes d’un petit espace tranquille où je me tenais dehors, attentive soit à un autre animal couché à mes pieds, soit à des plantes.
La référence aux portes entrouvertes provient peut-être des informations récentes au bulletin de nouvelles selon lesquelles des étudiantes se sont fait agresser dans leur résidence à l’université, et dont il a été dit qu’il leur faudrait verrouiller leur porte en tout temps dorénavant. Moi qui ne les verrouille jamais, je vivrais malheureuse dans cette résidence, ou dans toute résidence universitaire de nos jours, alors que j’y ai été tellement heureuse à Aix-en-Provence il y a trente ans.
L’espace derrière les portes laissées entrouvertes, dans mon rêve, était teinté d’orangé et de brun doux, peut-être en raison de la couleur des feuilles qui commencent à ressembler à de la rouille à ce temps-ci de l’année. Dans mon environnement campagnard, depuis quelques jours, il y a une explosion de jaune et de rouille.
J’étais debout, dans le silence, paisible, vêtue d’une veste de laine elle aussi dans les teintes automnales.
La référence aux chiens provient de nos nouveaux voisins qui sont les maîtres de deux Doberman dont nous ne savons pas encore s’ils sont gentils ou agressifs.
Je ne pouvais pas m’enfuir puisque l’endroit où je me trouvais était entouré de clôtures. Alors, les jambes tremblantes, je laissais les deux chiens s’approcher de moi, en me disant que si je me faisais attaquer, nous aurions de bonnes raisons de nous plaindre auprès des autorités du village. Ou encore, sachant que les autorités du village risquaient de ne pas s’occuper de notre problème, nous aurions de bonnes raisons de tuer les chiens en les empoisonnant, ni vu ni connu, ou de poursuivre leurs maîtres pour plusieurs milliers de dollars pour compenser la perte de jouissance causée par une chirurgie plastique au visage, etc.
Un des chiens, le suiveur de taille un peu plus petite, ne venait pas vers moi. Mais l’autre oui, le meneur. Il me flairait en frottant son museau sur mes cuisses et en émettant des grognements qui ne me faisaient pas peur, finalement.
Mon rêve s’arrête là.
Ma première interprétation, à mon réveil, a été de penser que l’animal, découvrant que j’étais une bonne personne, m’avait acceptée. C’est l’interprétation de proximité qui gravite exclusivement autour de moi. Puis, approchant mon rêve en ne faisant pas de moi le sujet principal, je me suis dit que c’est l’animal qui, bon de nature et n’ayant rien à craindre de moi, acceptait ma présence. C’est l’interprétation de distance moyenne qui tient compte d’un deuxième protagoniste, à savoir le chien meneur. Enfin, dans une approche encore plus éloignée des faits et gestes qui se produisaient dans mon rêve –moi qui tremble et le chien qui flaire en grognant–, je me suis dit que la peur n’est jamais bonne conseillère et que, malheureusement, elle intervient trop souvent dans nos vies. C’est l’interprétation avec distanciation qui élève le sujet rêveur au-delà des faits et gestes pour privilégier la réflexion.
Ma nouvelle théorie du sujet dormeur rêveur s’arrête là.

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Jour 977

Galettes et nénuphar géants au Jardin botanique.

Galettes et nénuphar géants au Jardin botanique.

J’ai rêvé que je devais passer un examen. Le thème de l’examen, dans mon rêve, provient sûrement de ma fille qui doit en passer plusieurs dans les prochains jours. Elle était en semaine de relâche pendant mon séjour montréalais de la semaine dernière et tentait de se préparer pour les épreuves qui l’attendaient, qui l’attendent cette semaine, à partir de demain mercredi. L’examen était difficile à comprendre. Le thème de la difficulté s’apparente certainement encore une fois à la propre difficulté qu’a exprimée ma fille à y comprendre quelque chose en physique et en programmation. Sans oublier la biochimie et l’algèbre linéaire. L’examen tenait en plusieurs pages qu’il fallait feuilleter et fonctionnait à la manière d’énigmes. Par exemple, pour découvrir ce sur quoi portait la question six, admettons, il fallait se rendre à la page vingt-sept et lire toute la page afin d’y déceler un indice thématique.
– Je ne m’en sortirai jamais, me disais-je, passablement découragée.
Je regardais les jeunes dans la classe autour de moi, penchés sur leurs copies, écrivant avec vigueur leurs réponses aux questions qui ne les effrayaient pas. Je trouvais belle cette jeunesse. Je me disais qu’au même âge, dans la vingtaine, j’étais capable moi aussi de répondre avec aisance aux examens qui ont jalonné mes études littéraires. Mais des examens en études littéraires, c’est hyper facile, je ne retire donc pas grand mérite, dans la réalité, à avoir réussi ces tests haut la main.
– Je ne m’en sortirai jamais, me répétais-je, découragée, tout en me rendant compte, subitement, que j’étais assise sur les genoux de mon mari.
Je me disais alors que pour difficile que se voulait l’examen, les conditions, elles, se voulaient assouplies, afin de nous empêcher de sombrer dans le découragement. J’étais assise sur les genoux de mon mari et il me disait un peu où aller feuilleter dans le tas de feuilles.
Nous arrivions alors lui et moi le long d’un garde-fou installé devant un plan d’eau. Mon mari actionnait quelque chose à l’aide d’un bouton dissimulé sous la rambarde qui faisait en sorte que la grosse galette, qui flottait sur l’eau devant nous, se transformait en un village miniature. Une fumée jaillissait de la galette et, une fois dissipée, les maisonnettes devenaient visibles. Le thème de la galette provient, lui, de celle que j’ai vue au Jardin botanique, comme en atteste la photo ci-dessus.
– Avec ce village, avec ces petites maisons qui viennent d’apparaître, me disait mon mari, tu as en mains ce qu’il faut pour réussir ton examen.
J’étais désolée de ne pouvoir m’enthousiasmer et répondre la bonne affaire à la bonne question puisque je ne comprenais pas davantage.
Ensuite, le fils de mon mari m’attirait à l’écart dans une pièce d’une maison, pour que nous nous assoyions l’un à côté de l’autre.
– Que faisons-nous ici ?, lui demandais-je au bout d’un moment.
– Nous vivons notre amour, me répondait-il. À défaut de pouvoir nous exposer publiquement, prenons quelque temps ici, pour nous, ajoutait-il en mettant son bras autour de mes épaules.
– Bien voyons ! Je ne peux être, je ne suis pas, je ne désire pas être ton amoureuse !, m’exclamais-je avec vigueur, tout en regrettant aussitôt ma vigueur qui risquait de le heurter, tout en ressentant le besoin d’exprimer clairement les mouvements de mon cœur, si on peut dire cela comme cela.
– Ainsi donc, tu n’as pas envie de récolter ce que tu as semé, concluait le fils de Denauzier, déçu de me trouver si froide.
Récolter ce que j’ai semé, ce sont des mots empruntés à mon texte d’hier.

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Jour 978

Un imprimé digne de la plus élégante nappe.

Un imprimé de prestige capté au Jardin botanique.

Je devrais peut-être me mettre à la lecture de Christian Bobin, à la place de Fanny et de Nathalie. Parce que Fanny pratique la critique sociale et que Nathalie pratique la critique artistique et sociale, et qu’elles sont féministes toutes les deux, alors que je ne suis pas féministe et que je me sens étrangère à leur manière de percevoir le monde puisque je ne critique rien moi-même. Christian Bobin, pour sa part, est un poète, il écrit des textes courts –des fragments lui aussi– imprégnés de sa foi chrétienne, mais d’une foi qui ne préconise pas pour autant les pratiques religieuses de l’église. Bibi a de lui quelques livres à la maison, je pourrai lui en demander pour le découvrir.
Je me sens imprégnée d’amour et de reconnaissance, c’est peut-être ça, avoir la foi. Mais envers qui suis-je reconnaissante ? Envers la vie, de manière fort abstraite. Est-ce qu’il faudrait que ce soit envers quelqu’un ? Une instance ? Une puissance ? Est-ce que j’y suis pour quelque chose, dans cet état de grâce qui m’habite ? Est-ce que je suis habitée par cet état de grâce selon l’adage que l’on récolte ce que l’on sème ? Serais-je habitée par cet état de grâce à l’âge que j’ai maintenant avoir vécu une autre vie ?
Avec toutes ces visites qui ont été les miennes pendant ma semaine montréalaise, je n’ai guère avancé du côté de mes lectures. Je n’ai même pas feuilleté mes trois revues d’art achetées 25¢ chacune au marché aux puces de l’église de NDG. Je me disais, à chaque fois que je mettais le pied dans le métro et dans l’autobus, que j’avais une fois de plus oublié mes revues pour me tenir compagnie pendant le trajet. Je n’ai pas lu Fanny ou très peu, une page ou deux, un soir ou deux. Et j’ai lu Nathalie samedi soir, de retour à la maison, seule dans mon grand lit, mon mari n’étant pas encore revenu de la chasse. Il est revenu dimanche, bredouille d’orignal.
Je découvre cependant avec plaisir la nature de certaines personnalités, à travers la plume de Nathalie, plus précisément à travers le portrait d’un tel ou d’une telle qu’elle brosse avec justesse, il me semble.
Ce sera néanmoins Simone que je retrouverai avec le plus de plaisir, peut-être demain puisque demain on annonce de la pluie et que je ne déploierai pas mes forces, comme je l’ai fait aujourd’hui, à déraciner des herbes et à couper des érables qui se propagent dangereusement vite sur le terrain de tantine. J’ai passé quatre heures chez tantine, seule, elle était partie à Joliette en après-midi. Quatre heures au soleil, ne portant même pas ma veste car après cinq minutes d’effort j’avais déjà trop chaud. Quatre heures au soleil en chemise, mais à manches longues.
Simone est féministe, mais je me sens plus proche de sa sensibilité que de celle des deux auteures ci-nommées. Simone partage ses connaissances en se plaçant elle-même, auteure, derrière les mots. Elle ne recherche pas les effets de style, elle réfléchit et nous transmet les résultats de ses réflexions en désirant que ce soit la matière même de sa réflexion qui prime, et non la manière de la transmettre.
Donc, demain, je vais y aller pour quelques pages du Deuxième sexe.

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Jour 979

Incroyable. Je tape Combinatoire II clouâtre dans Google et je tombe pile sur la toile de mon ami, dont le vrai titre est Combinatoire floue. S'il ne l'a pas vendue, j'aimerais l'acheter.

Je retourne à la maison avec ma nouvelle toile, Combinatoire floue. Elle est d’assez grand format, 30"X40".

Je suis une bien piètre mémorialiste. Je me rappelle maintenant comment s’est décliné l’après-midi de samedi, jour deux de mon séjour montréalais : je suis allée à Joliette à une fête familiale, un aller/retour, pour faire plaisir à la personne fêtée, et à mon frère qui organisait la fête. Emma ne pouvait pas rester longtemps, elle avait un examen le lendemain dimanche. Elle a étudié dans la voiture au retour et bien sûr à la maison en soirée. Nous y sommes allées trois femmes, comme pour la visite au musée. Une faisait dodo à l’arrière, Emma me racontait ses cours de mécanique, d’algèbre et de biochimie, pendant que je conduisais. Donc, l’après-midi ne fut pas occupé à écouter des épisodes de Once Upon a Time, mais à rouler, manger, parler, rouler encore. J’avais mal à la tête parce que j’étais trop fatiguée. Alors j’ai peu mangé, je n’ai bu que de l’eau minérale, et parler a exigé des efforts.
– Qu’est-ce que je vais faire ce soir à la fête des amis si je ne retrouve pas la force de parler ?, me suis-je demandé presque tout le long du trajet du retour.
Une chose cependant m’a fait du bien : mon frère Swiff, où avait lieu la fête, m’a offert un hygromètre. Il se rappelait que j’en cherchais un en début de saison. Il a plus de mémoire que moi !
J’écris mes petites histoires d’un quotidien dans lequel il n’y a pas vraiment d’histoire, là où Nathalie rencontre des personnalités et là où Fanny dégage une énergie sauvage et explosive autour d’événements tragiques, un suicide dans le fragment que j’ai lu hier. Je lis Nathalie, je lis Fanny, et je continue d’écrire sur un ton égal que la vie est belle et que je suis reconnaissante auprès de je ne sais quelle instance d’être vivante et en bonne santé. C’est ce qui fait que, de dix-sept abonnés Twitter, je suis passée à seize !
Finalement, chez les amis du samedi soir, je m’en suis bien sortie, sans mal de tête et sans ressentir d’effort quand j’ai parlé. Et le dimanche ce fut le musée, précédé d’un café avec une des deux femmes qui m’accompagnaient. Et j’arrive au lundi, journée entièrement consacrée au Jardin botanique. J’ai pris des photos, j’ai tout admiré, j’ai passé la journée à parler avec les amis. En fin d’après-midi nous avons quitté le jardin, pour aller souper et y revenir découvrir la magie des lanternes qui m’ont plus ou moins épatée mais au moins maintenant je sais ce que c’est.
– Tu es chanceuse de visiter les lanternes un soir qu’il n’y a pratiquement personne, m’a indiqué mon ami, alors que je trouvais que nous étions bien trop nombreux sur l’étroit parcours.
J’écris aujourd’hui des textes gnagna, mais pourtant j’ai écrit pas mal wild, à un moment donné, en 1994, quand mon recueil de nouvelles érotiques La zébresse a été publié. Ça me rassure. Ça veut dire que je peux faire les deux, sage et wild. J’étais allée justement visiter le Jardin botanique en 1994, en compagnie d’une amie française qui était en visite chez moi. Je n’avais rien goûté, rien vu, rien senti, rien respiré des beautés du jardin. J’étais envoûtée par un homme à cette époque et je le voyais partout, jusque dans les rainures de gravier du jardin zen. Quelle visite ai-je préférée, celle d’il y a plus de vingt ans alors que je me traînais d’un secteur à l’autre du jardin dans le manque et la souffrance, ou celle récente où je me suis extasiée ? La réponse va de soi, il me semble.
Je n’écris pas wild, en tout cas pas sur mon blogue, mais je pense que si on me payait pour le faire, pour produire un nouveau recueil, admettons, je le ferais.

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Jour 980

Autoportrait avec cheveux au vent.

Autoportrait avec cheveux au vent.

J’écris des textes aussi tranquilles qu’une rivière qui coule au compte-gouttes au moment le plus fort de la sécheresse estivale. Pour tenter de cerner la justesse de cette affirmation, je suis ressortie du sous-sol de l’église avec, donc, les Notes de la salle de rédaction, et sans le cadre de bambou à 25¢ parce que son acquisition m’est sortie de l’idée. Il aurait fallu que je le prenne avec moi au moment où je l’ai vu. Je suis aussi ressortie du sous-sol de l’église avec un chandail à manches courtes, rose, en cachemire 100%, payé 1$, et un autre chandail à manches courtes, plus difficile à porter avec son très ample col baveux qui ne bave pas et sa couleur violette, 1$ aussi. Riche de ces nouveaux trésors, je suis revenue à la maison et j’ai écouté en soirée le film Into the Wild auquel je pense encore et auquel j’ai pensé tous les jours de la semaine tellement il m’a bouleversée.
Le lendemain samedi, je ne me rappelle pas de ce qui a été au programme de mon début de journée, peut-être simplement le repos parce que j’étais arrivée la veille très fatiguée, le repos en écoutant avec chouchou des épisodes de la série Once Upon a Time, je pense. À quatre heures, j’ai quitté l’appartement pour me rendre à une fête qu’organisait Nicoletta à l’Île-Perrot. Comme je savais que la plupart des invités allaient arriver une ou deux heures en retard, j’ai mangé un peu avant de partir. Les fêtes chez Nicoletta sont trilingues et baignent forcément dans un contexte multiculturel et multidisciplinaire où se côtoient les sciences biologiques, la littérature, le design, le business, à travers des échanges plus terre à terre, et plus faciles à comprendre en ce qui concerne, quant à des pans de nos vies respectives. J’ai eu, le temps d’une seconde, un mouvement de recul face à cette grouillante et foisonnante ouverture d’esprit qui m’accueillait à bras ouverts, mais j’ai eu tôt fait de reprendre confiance en moi. La vue de mon amie, toujours aussi belle, habillée en pantalons courts de jogging, alors qu’on entrait le soir même, selon les prévisions météo, dans une série de jours plus froids, m’a requinqué le moral.
Le lendemain, nous sommes rendus au dimanche, je suis allée, avec deux des amies de la fête multiculturelle en banlieue, voir l’exposition de Robert Mapplethorpe au MBA. Je ne m’y attarderai pas, d’autant qu’il en est question dans le texte du Jour 983, mais je dirai simplement que j’ai acheté en souvenir un carton qui reproduit une photo de Patti Smith. En attendant les deux amies dehors, arpentant la rue Sherbrooke, j’ai pris des photos des vitrines du magasin Holt Renfrew et j’en ai profité pour me prendre en autoportrait comme on le voit ci-dessus. J’aime assez le résultat de l’autoportrait, en particulier le parallélisme entre la fermeture éclair rose fushia de ma veste Nike et les fils verticaux de la cloison métallique qui délimitait l’espace réservé aux travaux d’un côté et aux piétons de l’autre. J’ai aussi essayé de prendre des photos des passants, mais elles sont floues parce que j’avais l’impression de faire un mauvais coup, et j’ai pris des photos vite fait, sans cadrer, sans réfléchir, qui me plaisent elles aussi.

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