Jour 975

J’ai traversé une période cette année pendant laquelle je ne me suis pas souvenu de mes rêves. Depuis peu, ils me reviennent à l’esprit le matin à mon réveil. Voici ce qu’il en était la  nuit dernière.
Je m’apprêtais à partir en France, sans crainte cette fois. Lorsque je fais ce rêve, car il s’agit d’un thème récurrent dans mon univers onirique, je meurs de peur à l’idée de partir seule, je ne trouve plus mes billets d’avion, et lorsque je les retrouve, je ne comprends pas ce qui est écrit dessus, etc. La nuit dernière, j’avais hâte de partir, je me savais prête, et je me disais que si je devais ne pas comprendre tel mécanisme ou tel autre, préalable à la montée à bord, il me suffirait de m’adresser à mes voisins inconnus qui m’aideraient.
Je me disais aussi qu’une fois à Paris, je m’empresserais de me rendre dans les quartiers animés, le soir même de mon arrivée, pour m’imprégner de l’atmosphère de la fête, pour me laisser étourdir par l’énergie tourbillonnante –et pétaradante des mobylettes– dans les secteurs où la ville ne dort jamais. Je n’avais pas envie d’aller m’enfermer dans une chambre d’hôtel et d’y être seule. De la même manière, si je ne retrouvais pas mon chemin vers la chambre d’hôtel après avoir profité des quartiers animés, si je n’y comprenais rien aux trajets d’autobus et si je me perdais en arpentant les rues, parce que je n’ai pas le sens de l’orientation, ce n’était pas grave. J’allais une fois de plus demander de l’aide aux gens que je croiserais.
On pourrait penser que c’est un rêve positif, qui fait de moi une personne enfin capable de surmonter ses peurs, de s’affirmer, de se prendre en mains. Malheureusement, et pour retomber dans mes ritournelles, c’est un rêve qui me fait peur : je me sens prête à partir, alors que j’ai rêvé il n’y a pas si longtemps que j’avais un cancer. Pour ceux qui s’en souviennent, je recevais ce diagnostic dans une stupeur incommensurable.
Non seulement je me sens prête à partir dans la version métaphorique du départ vers la France –ou vers la mort–, mais il y a ceci qui vient s’ajouter : un autre de mes rêves récurrents trouvait son aboutissement.
Il m’arrive en effet régulièrement, depuis des années, de me demander où j’en suis dans ma vie. Suis-je aux études, suis-je sur le marché du travail, si oui, quel poste suis-je en train d’occuper, suis-je mariée ou non, mère ou non, etc. La nuit dernière, je découvrais enfin où j’en étais : j’étais sur le marché du travail, à l’université, mais à ce point malade que je devais quitter mon emploi. Je commençais par demander à mes deux patronnes, les deux dernières que j’ai eues dans ma vie éveillée, un congé de maladie prolongé. Elles me regardaient bêtement, sur la formulation de ma question, et finissaient par me répondre oui, mais de mauvaise grâce. Puis, je découvrais dans un éclair d’illumination que puisque j’étais si malade, il était préférable que je clarifie la situation une fois pour toutes : j’allais céder ma place à une jeune recrue, point final, et les patronnes allaient s’en trouver enchantées.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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