Jour 953

Autre manière d'aborder l'hiver par grand froid : un casse-tête de 1000 morceaux d'une toile de Pollock...

Autre manière d’aborder l’hiver par grand froid.

Je ne sais pas si je vais être assez stimulée pour concrétiser mon projet, un projet d’hiver pour quand il fait trop froid pour aller dehors : j’aimerais construire un mobile de grand format, léger, qui résiderait dans la grande entrée de notre maison dont le plafond est très haut. Cette grande entrée est dotée d’un ventilateur à cinq pales qui fait circuler l’air hiver comme été. Ce serait intéressant de voir tourner le mobile sur lui-même sous l’effet du ventilateur, sans compter que cette pièce est dotée de trappes –comme partout ailleurs dans la maison– qui transmettent par air pulsé la chaleur qui provient de la grande fournaise située dans le garage.
Autrement dit, j’ai l’impression qu’un mobile léger serait susceptible de bouger en permanence à cet endroit. Cela créerait du mouvement, de la vie.
Déjà, il me vient une question : le mur qui recevrait le crochet pour y faire pendre le mobile est incliné. Est-ce que cela empêcherait le mobile de pendre correctement à la verticale, par conséquent, pendrait-il de travers dans les airs ?
En première étape, je prendrais un assez long tuteur fait en bambou qui a servi cet été à soutenir, parmi d’autres moyens, des plants de tomates. On en trouve partout dans les quincailleries. J’utiliserais ceux que nous avons déjà.
J’y attacherais des fils –ou des bouts de ficelle– de quelque six pouces de long qui retiendraient chacun, à leur extrémité, moyennant un système de nœuds que je ne me représente pas encore, une baguette chinoise détournée de son utilisation alimentaire principale. La baguette, ici, ferait office de cintre.
Sur chaque cintre, je ferais pendre des modèles réduits de robes et de t-shirts, coupés dans des vêtements que m’a donnés une amie ce week-end, que je ne porterai pas parce qu’ils sont trop vieux, trop grands, trop petits. Les vêtements auraient chacun un format de disons six ou sept pouces carrés. Ce ne seraient que des prototypes de vêtements, tout juste faufilés sur les côtés.
Les cintres et les vêtements qu’ils porteraient seraient placés sur la tige de bambou comme dans un garde-robe, donc de côté et non de face. Toute la difficulté se trouve ici, les cintres ne tiendraient pas parallèlement l’un contre l’autre et ce ne serait pas agréable pour l’œil. Pour que ce soit agréable, il faudrait que je trouve le moyen d’empêcher les cintres de se toucher.
Chaque vêtement du cintre retiendrait à son tour deux fils qui seraient attachés au tissu par des épingles de sûreté, des petites, de couleur dorée. À un t-shirt, par exemple, seraient attachées deux épingles, une à chaque extrémité du tissu, donc à gauche et à droite.
À ces deux épingles par vêtement seraient attachés des bouts de fil qui seraient couverts de pierres de verroterie, donc ce seraient comme des portions de colliers pendouillants, auxquels seraient suspendus des rectangles de petit format que je tricoterais. Je visualise chaque rectangle tricoté comme ayant disons quatre pouces de haut par deux pouces de large. Ces deux pouces de large seraient agrémentés d’un petit objet en manière de breloque.
Autre manière d’aborder l’hiver par grand froid : le casse-tête de 1000 morceaux en photo-vedette d’une toile abstraite de Jackson Pollock. Je n’y arriverais jamais. Et je préfère inventer.
Mais quelque chose me dit que mon projet n’est pas au point. Je pourrais faire un mobile avec simplement des carrés tricotés…
Je vais continuer d’y penser.

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Jour 954

C’est sûr qu’avec tantine on parle un peu du cancer, de la mort, de la vie après la mort. Tantine pense qu’après la mort, l’individu continue de vivre, sans enveloppe physique, dans l’amour.
– Il n’y a que de l’amour, dit-elle avec un certain enthousiasme.
Papa pense qu’après la mort c’est fini, il n’y a plus de vie. Quand il parle de la non-vie après la mort, papa a toujours le même petit rire qui exprime à quel point sont hérétiques ceux qui pensent le contraire.
– Ton père va attraper l’air quand il va tomber nez à nez sur son père, et sa mère, et ses frères, me dit tantine, dans un petit rire elle aussi.
Je ne sais pas ce que je pense moi-même de la vie ou de la non-vie après la mort. Je ne sais pas, en outre, si le fait de ne pas savoir va m’attirer des ennuis, une fois morte. Si cela devait m’attirer des ennuis, ai-je tendance à penser, ce ne serait pas, pour une fois, parce que j’aurais couru après. Autrement dit, je ne me sens pas fautive de ne pas savoir. Si jamais cela devait m’attirer des ennuis, cependant, ce serait le signe que du temps de ma vie sur terre, j’aurais vécu dans l’erreur. J’aurais erré en pensant qu’il était naturel de ne pas savoir.
Tantine pense aussi que ce sont les prières des moines à travers le monde –et autres personnes qui consacrent leur vie à la prière– qui sauvent la planète, qui font que la planète existe encore.
– Les moines vont avoir de l’ouvrage avec l’arrivée de Trump !, n’ai-je pu m’empêcher de blaguer. Ils vont devoir recruter !
Nous étions en voiture nous rendant au magasin Sears pour l’achat de pantalons bruns que nous n’avons pas trouvés.
– Ce que je n’aime pas de la religion telle qu’elle nous a été enseignée, ai-je poursuivi, c’est la notion de faute, de punition, l’espèce de flagellation qu’elle nous impose. Je te donne un exemple.
– Toi et tes exemples !, soupire tantine.
– Si je n’aime pas une personne, ce n’est pas parce que je l’ai décidé. Je ne mérite pas d’être punie par Dieu pour avoir pratiqué le non-amour, je me punis déjà moi-même ! Je n’ai pas voulu ne pas l’aimer, d’ailleurs je suis malheureuse de ne pas l’aimer, en ce sens que je suis mal à l’aise en sa présence, je veux m’enfuir, je ne suis plus moi-même. J’aimerais mieux l’aimer, finalement, pour ne pas endurer le malaise qui m’envahit. Tu me suis ?, ai-je demandé à tantine en sentant que je m’enfonçais dans les répétitions.
– Bien sûr. Mais tu confonds la prière et la religion, la religion catholique qui nous a été imposée par le clergé avec la notion de faute.
– C’est vrai.
Nous sommes demeurées silencieuses pendant un moment. Je pensais à la prière des moines et à l’extrême-droite de Trump. Je ne trouvais pas que les prières allaient faire le poids.
– Donne-moi un exemple, tantine, d’une prière que tu as faite au Créateur et qui a donné des résultats.
– Non, je ne donne pas d’exemple.
– Moi je pense que si je prie pour obtenir la réalisation de quelque chose, de quelque chose d’abstrait ou de concret, je ne fais rien d’autre qu’exprimer mon désir… Je suis traversée par des mots, que je ne prononce pas forcément, ils s’expriment dans ma personne, je les sens se répandre dans l’univers, mais je ne sais pas s’ils se rendent à Dieu.
– Encore ici tu confonds. Il y a l’individuel et le collectif. Les moines ne prient pas Dieu pour lui demander de leur accorder la santé. Ils prient pour l’humanité.

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Jour 955

Ne vous en faites pas, vous trouverez votre voie.

Maxime, proverbe ou prédiction de biscuit chinois.

Plusieurs petites choses aujourd’hui, qui n’ont aucune importance. Rien de ce que j’écris, de toute façon, n’a de l’importance. Et je n’arrête pas d’écrire pour autant.
Cet après-midi j’étais en compagnie de tantine, nous sommes allées faire des courses au magasin Sears du grand Joliette. Tantine se cherchait des pantalons bruns, parce qu’elle possède des chandails et des chemisiers qui appellent le port de pantalons bruns, or ceux qu’elle a ne lui font plus.
– Veux-tu qu’on aille porter ceux qui sont rendus trop grands au comptoir vestimentaire ?, ai-je demandé.
– Ils ne font de mal à personne dans mon garde-robe. Je vais les garder, des fois que je retrouverais l’appétit ?, a répondu tantine sur une forme interrogative.
– Très bien, ai-je répondu, retenant mon sourire, convaincue que tantine ne reprendra pas de poids au point de reporter lesdits pantalons, mais je peux me tromper.
Je me trompe tellement souvent.
Chez mon amie de l’Île-Perrot, en fin de semaine, je trouvais que les plantes manquaient d’eau, et d’amour. Je les ai nettoyées feuille par feuille, pour les débarrasser d’une bonne couche de poussière.
– Elles n’ont pas besoin d’eau, m’a dit mon amie, me voyant nettoyer les feuilles et soupçonnant qu’en deuxième étape –et lisant dans mes pensées– je voudrais les arroser.
Je n’ai rien répondu, la terre très sèche me faisant penser, au contraire, qu’elles mouraient de soif. Je n’ai rien répondu et je suis allée remplir d’eau le premier contenant qui m’est tombé sous la main. J’ai arrosé les plantes en sentant que je leur faisais le plus grand bien, jusqu’à ce que l’une d’elles, située sur l’étage supérieur d’une bibliothèque, se mette à évacuer l’eau que je venais de lui donner, signe que la terre déjà mouillée ne pouvait en absorber davantage. Je suis allée chercher un chiffon, j’ai tenté d’essuyer mon dégât, mais plusieurs feuilles d’un article, au premier contact du déluge, se sont mises à répandre l’encre du texte qui y était imprimé en une belle aquarelle évoquant un ciel noir de nuages avant l’orage. Je n’en ai pas glissé mot à mon amie. Mais j’ai dit à la fille de mon amie, qui m’a vu faire, que je n’allais pas le dire à sa mère !
En sortant du centre commercial, tantine y ayant essayé quatre paires de pantalons qui ne lui faisaient pas, j’ai vu traîner par terre un petit papier de forme rectangulaire sur lequel apparaissaient des caractères imprimés en rouge. Je me suis penchée pour le ramasser.
– Qu’est-ce que c’est ?, a demandé tantine. De l’argent ?
– Non, c’est un message de biscuit chinois, ai-je répondu.
– Qu’est-ce qu’il dit ?
– Qu’un cœur heureux fait autant de bien qu’un médecin.
– C’est vrai, a répondu tantine.
Me voyant glisser le papier dans mon sac, tantine s’est étonnée :
– Tu le gardes ?, a-t-elle demandé.
– Bien… je les collectionne. Pas au point de les coller dans un cahier, mais quand j’en trouve un qui traîne quelque part, j’aime bien les garder.
– Et qu’est-ce que tu fais avec ?
– Rien. J’en ai un qui traîne dans mon porte-feuille, et un maintenant qui traîne dans mon sac.
– Et celui du porte-feuille, qu’est-ce qu’il dit ?
– Que je vais démarrer une importante entreprise.
– Tu y crois ?
– Non, mais je ne jette pas le papier.
Je n’ai pas expliqué à tantine que j’avais passé une journée, à Montréal, à surveiller le coquelicot que je n’étais pas arrivée à épingler sur mon manteau de manière efficace. Je n’ai pas informé mes lecteurs, par ailleurs, que j’avais trouvé par terre, sans les ramasser, plusieurs coquelicots dans leur portion rouge seulement, sans leur partie noire, centrale, que transperce l’épingle. Or, en sortant de chez Emma, le dernier jour de mon séjour chez elle, mon regard est tombé sur la partie du coquelicot qu’on ne trouve jamais nulle part, la partie noire centrale qui était encore assortie de son épingle.
En conclusion, au moment où j’écris ces lignes, je suis accompagnée, bien à la vue sur mon bureau, du noyau noir du coquelicot, de l’épingle qui le transperce, et de la maxime que j’ai trouvée par terre, Un cœur heureux fait autant de bien qu’un médecin.

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Jour 956

Mazarine Pingeot. Elle s'habille aussi bizarrement que moi.

Mazarine Pingeot, écrivain. Nous avons en commun de nous habiller bizarrement.

Ce sentiment de l’été était présenté hier vendredi pour la première fois au Quartier-Latin. Je découvre aujourd’hui en parcourant le site Web qu’il s’agit d’un film qui ne porte sur rien, qui nous transporte de ville en ville et d’image en image sans trop d’action. C’est un film qui exploite la langueur, le non-dit, et qui vaut amplement le déplacement.
– Mince !, me suis-je dit. Avoir su…, me suis-je dit encore (1), déjà encline à regretter n’avoir pas écouté le caissier de la billetterie, puis me ravisant en me rappelant que Mal de pierres était excellent.
– De toute façon, me suis-je dit encore (2), je peux aller le voir aujourd’hui –en parlant d’aujourd’hui samedi.
– Mais si je vais voir ce film au Quartier-Latin aujourd’hui samedi, ne vais-je pas rater quelque chose de meilleur du festival Cinémania ?, me suis-je dit encore (3).
Je suis donc allée consulter la programmation du festival, pour me rendre compte que le film présenté en après-midi aujourd’hui samedi est L’économie du couple, qui ne semble pas aborder un thème joyeux.
– Qu’est-ce que je devrais faire ?, ai-je demandé à Emmanuelle. Aller voir Ce sentiment de l’été qui porte sur le non-dit, ou L’économie du couple qui porte sur la rupture ?
– Je ne sais pas, a répondu ma fille.
– Je fais chauffer de la soupe, en voudrais-tu maman ?, a-t-elle ajouté, annulant par sa question la possibilité d’aller voir Ce sentiment de l’été parce que je voulais de la soupe alors qu’il aurait fallu que je parte immédiatement sans même me brosser les dents.
– Je n’en peux plus, ai-je conclu.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, a demandé ma fille.
– Il y a que L’économie du couple a été écrit en partie par Mazarine Pingeot. Regarde, ai-je montré à Emma en lui faisant signe de venir consulter mon écran. Il est écrit que Mazarine Pingeot est au nombre des scénaristes.
– Ah bon. C’est qui ?
– Bien c’est la fille naturelle de François Mitterrand, ai-je répondu, surprise que ma fille ne soit pas au courant.
– C’est qui ?
– Bien je viens de te le dire, c’est la fille de
– Non, je veux dire François Mitterrand, c’est qui ?
– Au secours Emma ! Tu ne connais pas François Mitterrand ? C’était le président de la République française, son mandat a duré deux septennats, mais au cours du deuxième il a été diminué par le cancer.
– Président de la République…, a commencé Emma.
– C’est comme si je te disais Trump aux États-Unis. Mais un Trump de gauche en France. C’est comme si je te disais Clinton, tiens, ce bon vieux Bill.
– Ou Obama, alors, a suggéré Emma.
– Exact, mais en France, ai-je conclu.
– Donc, qu’est-ce que je fais ?, ai-je poursuivi.
– Tu manges ta soupe, m’a répondu Emma en me tendant le bol qu’elle avait fait chauffer.
– Je ne sais pas si c’est la même chose pour toi ?, m’a dit mon amie hier soir.
Nous étions elle et moi devant un excellent repas indien d’un restaurant de la rue Jean-Talon.
– En vieillissant, a-t-elle poursuivi, je ne suis plus capable de rien décider…
– À qui le dis-tu !, me suis-je exclamée. Je n’ai pas été capable de décider quel film je voulais aller voir cet après-midi, c’est le caissier qui…

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Jour 957

Le beau mari de Marion Cottillard

Àlex Brendemühl, le beau mari espagnol de Marion Cottillard

Ayant lu dans les journaux que la rue Émery avait été réaménagée, j’ai voulu me rendre au Cinéplex du Quartier-Latin pour voir la rue, et un film. La rue m’a semblé davantage repavée que réaménagée. Mais si les six arbres qui ont été plantés réussissent à pousser, ce sera peut-être beau en été dans plusieurs années. Je suis allée voir un film au Quartier-Latin mais je ne savais pas lequel choisir. J’hésitais entre Ce sentiment de l’été, et Mal de pierres. Pendant que j’attendais en file que ce soit mon tour à la billetterie, je penchais vers le Mal de pierres parce qu’il est aussi à l’affiche au festival Cinémania et que j’ai aimé aller au festival Cinémania. Mais je n’avais pas envie de voir un film triste parce que j’étais triste moi-même, et je craignais que Mal de pierres ne soit triste.
– J’hésite entre Mal de pierres et Ce sentiment de l’été, ai-je dit à la jeune fille quand ce fut mon tour de m’acheter un billet.
– Je ne les ai pas vus, m’a répondu la jeune fille, mais mon collègue, qu’elle m’a montré en pointant son bras vers la gauche, a vu Mal de pierres.
J’avais remarqué que le collègue était sympathique, il faisait des blagues avec les clients et son visage était naturellement souriant.
– Qu’est-ce qu’il y a ?, a-t-il demandé comprenant qu’on parlait de lui.
– Tu as vu Mal de pierres, n’est-ce pas ?, a demandé la jeune fille.
– Madame, m’a répondu l’homme, n’allez jamais voir ça.
Il y avait un client devant lui et plusieurs derrière moi, alors je n’ai pas posé de question et j’ai acheté un billet pour Ce sentiment de l’été.
Tant qu’à adopter le choix de quelqu’un d’autre, à défaut d’être capable de choisir moi-même, autant adopter ce choix en ayant la foi, sans poser de question. Je me suis donc dirigée vers la salle 12 où était projeté Ce sentiment de l’été, pour me retrouver dans une salle vide.
– Des gens vont arriver, me suis-je dit, sans y croire, pour m’encourager parce que je n’avais pas envie d’être seule.
Les publicités ont défilé, les annonces d’autres films à l’affiche ont défilé et, j’avais raison, personne n’est arrivé. Alors j’ai changé de salle et je suis allée voir Mal de pierres, qui était projeté sur le même étage. Il y avait des gens dans la salle, cela m’a réconfortée, je me suis assise comme je le fais souvent sur le premier fauteuil du bord, et j’ai enfin relaxé, n’ayant plus à me poser de questions.
– Bon pas bon, triste pas triste, je reste, ai-je été capable de décider.
Pendant le premier dix minutes, j’ai essayé d’évaluer qui avait raison entre le caissier de la billetterie qui m’avait suggéré de ne surtout pas voir ce film, et la revue du festival Cinémania qui en faisait l’éloge. Bien entendu il faut faire attention, dans les revues des festivals les articles sont un peu exaltés, on n’écrira pas que le film a été mal reçu, on va écrire que dans ce film de Nicole Garcia, Marion Cotillard offre la meilleure prestation de sa carrière. Ce genre de chose. J’ai penché assez rapidement du côté de ce genre de chose. J’ai adoré le film.

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Jour 958

Coquelicot géant.

Coquelicot géant.

Après mon programme double au festival Cinémania, je me suis mise à la recherche d’un vendeur de coquelicots pour faire partie de la grande famille des gens qui se souviennent des Anciens combattants. L’année dernière à pareille date, j’ai porté un coquelicot que j’avais trouvé par terre. Cette année, et pour la première fois de ma vie, j’ai voulu en acheter un. J’ai pensé que je trouverais un tel vendeur dans une banque. Mais après être allée m’informer auprès de deux banques de la rue Ste-Catherine, j’ai compris qu’il serait préférable que je cherche ailleurs. J’ai poursuivi mon chemin en surveillant les passants que je croisais, prête à demander au premier quidam arborant le coquelicot sur son manteau, où est-ce qu’il se l’était procuré. Le quidam fut une femme, plus vieille que moi. Elle portait son coquelicot épinglé sur son Kanuk.
– Pardon madame, ai-je dit en l’approchant et en pointant la fleur. Où vous êtes-vous procuré votre coquelicot ?
La dame a fermé les yeux pour mieux se concentrer, pour remonter le fil du temps et des événements, avant de me répondre, en souriant car elle venait de trouver la réponse, qu’elle le tenait du marché IGA. J’ai pensé qu’il s’agissait du marché IGA situé tout près de la Place-des-Arts, nous n’en étions pas loin. Ça ne me tentait pas d’y aller, alors j’ai maintenu le cap sur Ste-Catherine, vers l’ouest. Moins de cinq minutes plus tard, mon regard est tombé sur un vieil homme, grand et mince, droit comme un piquet, qui se tenait le long de la devanture d’un édifice, une boîte de coquelicots devant la poitrine.
– Vous donnez ce que vous voulez, madame, a-t-il eu besoin de me dire.
J’ai glissé 3$ dans la fente de la boîte et je suis repartie avec mon coquelicot nouveau. Je l’ai épinglé sur mon beau Pajar de duvet qui m’a été offert par Clovis. Or mon Pajar n’est pas épais et j’ai senti que l’épingle, bien qu’assez longue, risquait de ne pas maintenir le coquelicot en place. Comme de fait, en replaçant mon sac sur mon épaule, le coquelicot est tombé. Je l’ai ramassé, je l’ai épinglé, et je me suis assurée de porter mon sac sur l’épaule du côté opposé. Je n’ai pas eu d’ennui jusqu’à ce que je m’arrête boire un café. Le coquelicot est tombé à mes pieds. Heureusement, je m’en suis rendu compte. Je l’ai ramassé et je l’ai épinglé sur ma veste, cette fois, autrement dit sous le manteau. Mais en mettant le manteau il est encore tombé. Alors je l’ai ramassé et je l’ai remis sur le manteau, et j’ai porté mon sac sur l’épaule du côté opposé. J’ai pris l’autobus, j’étais debout, j’ai plusieurs fois vérifié que le coquelicot était en place, il l’était. J’ai pris le métro. Le coquelicot est tombé au hasard d’un de mes mouvements. Je ne m’en suis pas rendu compte. C’est un passager qui m’a fait signe de le ramasser. Je l’ai ramassé. Je l’ai mis sur ma veste, sous le manteau. Je me suis assurée qu’il était bien en place lorsque j’ai remonté la fermeture éclair de mon manteau. Je suis sortie de la station. J’étais désorientée. Je me suis tenue debout tournant la tête à gauche et à droite, avant de trouver la direction dans laquelle je devais aller. Par hasard, mon regard se posant sur mes pieds, j’ai vu que mon coquelicot était tombé. Je l’ai ramassé et épinglé sur le manteau. Je suis arrivée chez mon ami, qui m’attendait pour souper, soulagée de ne pas avoir perdu mon coquelicot et de ne plus avoir à le surveiller.
– Tu portes deux coquelicots ?, s’est étonné mon ami, ayant remarqué celui du manteau et découvrant celui qui n’avait pas quitté ma veste.
– Ah oui ?!, me suis-je exclamée, contente d’en avoir deux, des fois que j’en perdrais un.
Difficile à croire mais vrai : à la fin de la soirée, chez mon ami, nous avons cherché partout un des deux coquelicots, celui de la veste qui s’était volatilisé. Nous ne l’avons pas trouvé ! Par mesure de sécurité, avant de monter dans la voiture de l’ami qui est venu me conduire à la maison, j’ai mis le coquelicot dans mon sac. J’ai vérifié tout à l’heure, il y est encore.

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Jour 959

Demain j’ai rendez-vous avec deux amis hommes pour dîner chez l’un d’eux, et le soir aussi je suis invitée chez un ami homme. Le midi je serai dans le quartier Jean-Talon, et le soir dans le quartier du Jardin Botanique. Il s’agit de trois hommes, même si je ne les vois pas souvent, qui gravitent dans la zone pas trop éloignée du noyau dur. Nous avons tous en commun d’aimer peindre. La journée va donc y passer, je vais partir tôt et revenir tard. Aujourd’hui, au contraire, j’avais toute ma journée. J’avais prévu le coup en m’achetant en ligne, depuis la maison à la campagne, des billets pour assister à trois films différents du festival du film francophone Cinémania. L’événement se tient au théâtre Impérial de la rue Bleury où je n’étais, bien sûr, jamais allée. J’avais acheté des billets pour trois représentations qui s’enchaînaient, l’une à 10 heures, l’autre à 12 heures, l’autre à 14 heures.
Malheureusement, en raison des présidentielles américaines qui nous ont tenus éveillés assez tard, et de Denauzier qui est parti ce matin très tôt, je n’ai pas été capable de me lever pour assister au film de 10 heures, qui pourtant m’intéressait le plus. Le voyage de Fanny raconte l’histoire –vraie– d’une jeune fille juive de douze ans qui fuit un pensionnat, nous sommes en 1943, avec sept autres enfants juifs. Elle réussit à mener le groupe aux frontières suisses. C’est un remake de La mélodie du bonheur !
Je suis arrivée à l’Impérial alors que le film se terminait. Deux autobus scolaires, vides, attendaient le long de la rue. Les jeunes d’une école secondaire sont sortis du cinéma, sautillant et criant. Cela a atténué ma déception d’avoir raté le film.
– Est-ce que les enfants pleuraient ?, fut la question de la toujours sensible chouchou à qui j’ai raconté ma journée, et notamment ma première séance de cinéma ratée.
– Aucunement, fut ma réponse.
Le deuxième film, malgré des invraisemblances dans le scénario, était quand même intéressant. Il s’intitule Corps étranger, je pense que c’est une coproduction France-Tunisie, c’est l’histoire d’une jeune clandestine. Après avoir failli mourir noyée dans la Méditerranée, elle essaie de se créer une vie à Paris. Elle reçoit l’aide d’une femme riche, elle aussi veuve, en ce sens que quand je pense à une veuve je pense à tantine, et donc avec tantine et la femme riche, ça fait deux veuves.
Je pensais que le troisième film, Wùlu, allait plus ou moins m’intéresser. C’est pourtant celui qui m’a le plus plu. L’histoire raconte comment un homme du Mali commence le commerce de la drogue entre les pays voisins, le Sénégal et la Guinée. Il réussit et traverse les dangers grâce à des nerfs d’acier, un tempérament stoïque, une grande rigueur –il ne boit pas, ne consomme pas– et une intelligence qui déjoue les manigances de ses adversaires. Il réussit tellement qu’on se demande de quelle manière il va poursuivre sa vie ayant tout vu, tout surmonté. J’ai pensé qu’il allait choisir de devenir chauffeur de taxi et de vivre sans ennui grâce à l’argent accumulé. Eh bien je me suis trompée, autant que les maisons de sondage qui prédisaient une victoire d’Hillary. Le personnage, il s’appelle Ladji, choisit de se suicider en provoquant un accident de la route.
– En voilà un, me suis-je dit en sortant, qui n’aura pas à endurer de maladie, ou de traitement pour tenter d’éradiquer une maladie…

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