Jour 958

Coquelicot géant.

Coquelicot géant.

Après mon programme double au festival Cinémania, je me suis mise à la recherche d’un vendeur de coquelicots pour faire partie de la grande famille des gens qui se souviennent des Anciens combattants. L’année dernière à pareille date, j’ai porté un coquelicot que j’avais trouvé par terre. Cette année, et pour la première fois de ma vie, j’ai voulu en acheter un. J’ai pensé que je trouverais un tel vendeur dans une banque. Mais après être allée m’informer auprès de deux banques de la rue Ste-Catherine, j’ai compris qu’il serait préférable que je cherche ailleurs. J’ai poursuivi mon chemin en surveillant les passants que je croisais, prête à demander au premier quidam arborant le coquelicot sur son manteau, où est-ce qu’il se l’était procuré. Le quidam fut une femme, plus vieille que moi. Elle portait son coquelicot épinglé sur son Kanuk.
– Pardon madame, ai-je dit en l’approchant et en pointant la fleur. Où vous êtes-vous procuré votre coquelicot ?
La dame a fermé les yeux pour mieux se concentrer, pour remonter le fil du temps et des événements, avant de me répondre, en souriant car elle venait de trouver la réponse, qu’elle le tenait du marché IGA. J’ai pensé qu’il s’agissait du marché IGA situé tout près de la Place-des-Arts, nous n’en étions pas loin. Ça ne me tentait pas d’y aller, alors j’ai maintenu le cap sur Ste-Catherine, vers l’ouest. Moins de cinq minutes plus tard, mon regard est tombé sur un vieil homme, grand et mince, droit comme un piquet, qui se tenait le long de la devanture d’un édifice, une boîte de coquelicots devant la poitrine.
– Vous donnez ce que vous voulez, madame, a-t-il eu besoin de me dire.
J’ai glissé 3$ dans la fente de la boîte et je suis repartie avec mon coquelicot nouveau. Je l’ai épinglé sur mon beau Pajar de duvet qui m’a été offert par Clovis. Or mon Pajar n’est pas épais et j’ai senti que l’épingle, bien qu’assez longue, risquait de ne pas maintenir le coquelicot en place. Comme de fait, en replaçant mon sac sur mon épaule, le coquelicot est tombé. Je l’ai ramassé, je l’ai épinglé, et je me suis assurée de porter mon sac sur l’épaule du côté opposé. Je n’ai pas eu d’ennui jusqu’à ce que je m’arrête boire un café. Le coquelicot est tombé à mes pieds. Heureusement, je m’en suis rendu compte. Je l’ai ramassé et je l’ai épinglé sur ma veste, cette fois, autrement dit sous le manteau. Mais en mettant le manteau il est encore tombé. Alors je l’ai ramassé et je l’ai remis sur le manteau, et j’ai porté mon sac sur l’épaule du côté opposé. J’ai pris l’autobus, j’étais debout, j’ai plusieurs fois vérifié que le coquelicot était en place, il l’était. J’ai pris le métro. Le coquelicot est tombé au hasard d’un de mes mouvements. Je ne m’en suis pas rendu compte. C’est un passager qui m’a fait signe de le ramasser. Je l’ai ramassé. Je l’ai mis sur ma veste, sous le manteau. Je me suis assurée qu’il était bien en place lorsque j’ai remonté la fermeture éclair de mon manteau. Je suis sortie de la station. J’étais désorientée. Je me suis tenue debout tournant la tête à gauche et à droite, avant de trouver la direction dans laquelle je devais aller. Par hasard, mon regard se posant sur mes pieds, j’ai vu que mon coquelicot était tombé. Je l’ai ramassé et épinglé sur le manteau. Je suis arrivée chez mon ami, qui m’attendait pour souper, soulagée de ne pas avoir perdu mon coquelicot et de ne plus avoir à le surveiller.
– Tu portes deux coquelicots ?, s’est étonné mon ami, ayant remarqué celui du manteau et découvrant celui qui n’avait pas quitté ma veste.
– Ah oui ?!, me suis-je exclamée, contente d’en avoir deux, des fois que j’en perdrais un.
Difficile à croire mais vrai : à la fin de la soirée, chez mon ami, nous avons cherché partout un des deux coquelicots, celui de la veste qui s’était volatilisé. Nous ne l’avons pas trouvé ! Par mesure de sécurité, avant de monter dans la voiture de l’ami qui est venu me conduire à la maison, j’ai mis le coquelicot dans mon sac. J’ai vérifié tout à l’heure, il y est encore.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

2 réponses à Jour 958

  1. Jacques Richer dit :

    Que de patience et de ténacité. Je l’aurais abandonné bien plus tôt. Je suis surpris que ça ne tienne pas mieux que ça. Il leur faudrait des aiguilles rugueuses.

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s