Jour 955

Ne vous en faites pas, vous trouverez votre voie.

Maxime, proverbe ou prédiction de biscuit chinois.

Plusieurs petites choses aujourd’hui, qui n’ont aucune importance. Rien de ce que j’écris, de toute façon, n’a de l’importance. Et je n’arrête pas d’écrire pour autant.
Cet après-midi j’étais en compagnie de tantine, nous sommes allées faire des courses au magasin Sears du grand Joliette. Tantine se cherchait des pantalons bruns, parce qu’elle possède des chandails et des chemisiers qui appellent le port de pantalons bruns, or ceux qu’elle a ne lui font plus.
– Veux-tu qu’on aille porter ceux qui sont rendus trop grands au comptoir vestimentaire ?, ai-je demandé.
– Ils ne font de mal à personne dans mon garde-robe. Je vais les garder, des fois que je retrouverais l’appétit ?, a répondu tantine sur une forme interrogative.
– Très bien, ai-je répondu, retenant mon sourire, convaincue que tantine ne reprendra pas de poids au point de reporter lesdits pantalons, mais je peux me tromper.
Je me trompe tellement souvent.
Chez mon amie de l’Île-Perrot, en fin de semaine, je trouvais que les plantes manquaient d’eau, et d’amour. Je les ai nettoyées feuille par feuille, pour les débarrasser d’une bonne couche de poussière.
– Elles n’ont pas besoin d’eau, m’a dit mon amie, me voyant nettoyer les feuilles et soupçonnant qu’en deuxième étape –et lisant dans mes pensées– je voudrais les arroser.
Je n’ai rien répondu, la terre très sèche me faisant penser, au contraire, qu’elles mouraient de soif. Je n’ai rien répondu et je suis allée remplir d’eau le premier contenant qui m’est tombé sous la main. J’ai arrosé les plantes en sentant que je leur faisais le plus grand bien, jusqu’à ce que l’une d’elles, située sur l’étage supérieur d’une bibliothèque, se mette à évacuer l’eau que je venais de lui donner, signe que la terre déjà mouillée ne pouvait en absorber davantage. Je suis allée chercher un chiffon, j’ai tenté d’essuyer mon dégât, mais plusieurs feuilles d’un article, au premier contact du déluge, se sont mises à répandre l’encre du texte qui y était imprimé en une belle aquarelle évoquant un ciel noir de nuages avant l’orage. Je n’en ai pas glissé mot à mon amie. Mais j’ai dit à la fille de mon amie, qui m’a vu faire, que je n’allais pas le dire à sa mère !
En sortant du centre commercial, tantine y ayant essayé quatre paires de pantalons qui ne lui faisaient pas, j’ai vu traîner par terre un petit papier de forme rectangulaire sur lequel apparaissaient des caractères imprimés en rouge. Je me suis penchée pour le ramasser.
– Qu’est-ce que c’est ?, a demandé tantine. De l’argent ?
– Non, c’est un message de biscuit chinois, ai-je répondu.
– Qu’est-ce qu’il dit ?
– Qu’un cœur heureux fait autant de bien qu’un médecin.
– C’est vrai, a répondu tantine.
Me voyant glisser le papier dans mon sac, tantine s’est étonnée :
– Tu le gardes ?, a-t-elle demandé.
– Bien… je les collectionne. Pas au point de les coller dans un cahier, mais quand j’en trouve un qui traîne quelque part, j’aime bien les garder.
– Et qu’est-ce que tu fais avec ?
– Rien. J’en ai un qui traîne dans mon porte-feuille, et un maintenant qui traîne dans mon sac.
– Et celui du porte-feuille, qu’est-ce qu’il dit ?
– Que je vais démarrer une importante entreprise.
– Tu y crois ?
– Non, mais je ne jette pas le papier.
Je n’ai pas expliqué à tantine que j’avais passé une journée, à Montréal, à surveiller le coquelicot que je n’étais pas arrivée à épingler sur mon manteau de manière efficace. Je n’ai pas informé mes lecteurs, par ailleurs, que j’avais trouvé par terre, sans les ramasser, plusieurs coquelicots dans leur portion rouge seulement, sans leur partie noire, centrale, que transperce l’épingle. Or, en sortant de chez Emma, le dernier jour de mon séjour chez elle, mon regard est tombé sur la partie du coquelicot qu’on ne trouve jamais nulle part, la partie noire centrale qui était encore assortie de son épingle.
En conclusion, au moment où j’écris ces lignes, je suis accompagnée, bien à la vue sur mon bureau, du noyau noir du coquelicot, de l’épingle qui le transperce, et de la maxime que j’ai trouvée par terre, Un cœur heureux fait autant de bien qu’un médecin.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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