Badouzienne 88

Pauvre moi, je me lance dans des projets tellement exigeants ! Voici ci-contre une toile de grand format que j’ai faite il y a quelques années. Je l’ai décrochée du mur où elle habitait, penaude, pour la retravailler, pensant bien naïvement qu’avec quelques masses d’un jaune léger, appliquées ici et là, pour couvrir notamment la maladresse du vase, j’améliorerais son sort de manière significative. En peu de temps. C’est toujours ça qui me frappe, après coup, avoir imaginé que mon intervention allait se faire en peu de temps, alors que ce n’est jamais le cas, à moins d’un miracle. Mes masses ont plutôt eu pour effet de créer deux rosaces trop lourdes, en bas de la toile, rosaces il faut le dire vite en ceci que celle de gauche ressemble plutôt à un embryon dans un placenta.

Tout à l’heure quand j’aurai fini ce texte, je vais dessiner –le contour seulement– sur une feuille suffisamment grande, un autre semblant de vase qui va se rendre, celui-là, jusqu’à la bordure de la toile. Je vais le découper avec une paire de ciseaux, l’appliquer sur le vase existant et évaluer quel effet j’obtiens. Ce faisant, je vais dissimuler les masses que je viens tout juste de créer. Pour ne pas ajouter à la surcharge, je ne couvrirai pas le vase d’un autre motif, mais il ne pourra pas non plus être simplement de couleur unie, le contraste serait trop fort entre le dénuement du vase et l’accumulation partout ailleurs.

Je pourrais aussi décider d’exploiter le tiers inférieur de la toile, là où se trouve le vase, d’une manière indépendante, qui n’a aucun rapport avec le reste. J’ai déjà fait ça sur une toile et le résultat est appréciable. Dans le cas qui nous occupe, je pourrais appliquer de l’acrylique opaque et couvrir celle-ci, avant qu’elle sèche, de longues langues de papier imprimé. On ne verrait plus dès lors ni le vase ni l’embryon ni la rosace de droite.

Je pourrais aussi considérer que j’en ai assez fait sur cette toile, que je n’ai pas réussi à me rendre jusqu’à un résultat plus satisfaisant, et qu’il est préférable que je me tourne vers autre chose. C’est un peu ce que j’ai fait hier, dire bye bye à Detchema avec détachement.

Bien entendu, et je me répète, pendant que je fais tout ça –toile et 88e badouzienne–, je ne me consacre pas à la correction du tome III. Je lui ai quand même fait cadeau, à ce tome III, tout à l’heure, d’un texte supplémentaire qui vient remplacer un de ceux que j’ai éliminés parce que la qualité n’était pas au rendez-vous.

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Badouzienne 87

Bon, j’abandonne le projet Detchema. Trop coûteux, trop compliqué. Quand ça devient compliqué, ce n’est plus intéressant. C’est dommage, j’aime le nom et j’aime la manière dont le parfum est entré dans ma vie –même si je n’ai aucune idée de sa senteur !

J’ai trouvé une plateforme de vente, Parfumerie éternelle (PÉ), qui l’offre à bon prix, 84$. C’est déjà mieux que les 367$, pour un flacon de 100 ml, exigés par Etsy, une plateforme concurrente. D’ailleurs, les 367$ sont passés à 370$ en ce début d’année, je viens de vérifier.

Pour procéder de manière rigoureuse, je dois préciser qu’Etsy vend le parfum, et non un produit moins concentré comme peut l’être, par exemple, l’eau de parfum. PÉ, quant à elle, vend justement l’eau de parfum, en je ne sais quelle quantité car cette mention n’apparaît pas sur le flacon, sur la photo. En outre, PÉ vend un flacon qui a servi de testeur, on ne sait pas il y a combien d’années. Le parfum a été créé en 1953, puis abandonné, puis sa distribution a repris en 2012 et cette reprise semble n’avoir été que momentanée.

Cédant hier à mes pulsions de consommatrice, je me suis attardée à la proposition de la PÉ. Sans surprise, la première étape consiste à effectuer le Sign Up. On se fait dès lors proposer de se créer un compte, mais on n’est pas obligé. J’ai décliné. Arrive ensuite une étape qui a pour but de vérifier si, en tant que nouvelle venue sur le site, je ne suis pas un robot.

La vérification requiert que soient sélectionnées en cliquant dessus avec ma souris, parmi quinze photos, celles où apparaissent des bicyclettes. Or, sur certaines photos apparaissaient l’extrémité d’un guidon, un rayon de roue, une selle déchirée, quand sur d’autres apparaissaient, sans risque de se tromper, des bicyclettes en bonne et due forme. J’ai sélectionné les photos qui laissaient voir des bicyclettes bel et bien, et je n’ai pas réussi le test. On me l’a fait reprendre avec cette fois des feux de circulation mais dont la qualité de l’image était tellement mauvaise qu’on perdait beaucoup de détails. Je n’ai pas non plus réussi le test. À la troisième tentative qui pourrait s’intituler « pour les nuls », on m’a demandé de sélectionner les photos sur lesquelles les personnages portaient des chapeaux. Encore ici, photos moches, presque délavées. J’ai réussi le test. J’approchais de mon but, il ne me restait plus qu’à cliquer sur le flacon Detchema pour le mettre dans le panier avant de passer à la caisse, mais jamais le joli flacon n’a voulu suivre le mouvement de ma souris, il est resté planté là, impassible, sourd à mes attentes, refusant de se laisser amadouer. Grand bien m’en fit.
– Ça suffit !, me suis-je exclamée.

Je me souhaite donc de rencontrer Detchema autrement qu’à travers une plateforme commerciale, en cette année 2023.

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Badouzienne 86

Je commence l’année en lionne avec deux textes publiés sur mon blogue, ce quatre-vingt-sixième constituant le deuxième et n’étant pas encore écrit, en fait. De même qu’avec la reprise d’une toile de grand format qui orne mes murs depuis quelques années sans me procurer de réelle satisfaction.

Le problème, quand j’écris de nouveaux textes, c’est que je ne suis pas en train de me consacrer aux anciens du Tome 3 que j’ai commencé à corriger avant Noël. Au moins, la base en est définie –voir à ce sujet la Badouzienne 84–, en ce sens que j’ai éliminé les textes mauvais, grossièrement amélioré ceux qui pouvaient l’être, numéroté et classé les photos, etc. Je dirais que je suis rendue à l’étape de corriger les textes un à la fois, ligne par ligne, attentivement. Je n’ai pu résister à la tentation d’égayer cette astreignante étape de correction par l’insertion de nouveautés. Le lecteur du Tome 3 pourra donc lire mon corpus des années 2013-2014 en se demandant quels en sont les ajouts récents. Cela constitue une petite plus-value. Ma plume me trahira-t-elle ? Est-ce que j’écris différemment, maintenant, qu’il y a dix ans ?

Je commence aussi l’année avec un objet de recherche, un objet matériel et non pas abstrait comme lorsqu’il est question de ma voie, de mon parcours, de ma destination. Je suis à la recherche, mes lecteurs le savent, du parfum Detchema. Je vais essayer de découvrir d’où provient ce joli nom que je n’avais jamais entendu avant que je me mette à m’intéresser à la Baie-Johan-Beetz –Badouzienne 85.

Je profite de cette référence à la Badouzienne 85 pour ajouter ceci : j’en ai écrit le texte alors que nous revenions, mi-décembre, de notre escapade sur la Côte-Nord. Or, des manipulations malheureuses sur mon clavier l’ont fait disparaître avant que j’en arrive à l’étape de le publier ! Passés les premiers instants de déception d’avoir écrit pour rien et peut-être perdu mon temps, je n’y ai plus pensé, me félicitant de pratiquer sans difficulté l’art du détachement. Puis, quelques semaines plus tard, je suis revenue m’installer devant mon clavier pour alimenter mon blogue. J’ai alors découvert que le texte était revenu se ranger lui-même, miraculeusement, dans la boîte des publications en attente !

Ce n’est pas pour rien que j’ai cherché comme une bonne mon texte précédent. C’est parce que la plateforme WordPress change tout le temps. Exit les repères et les habitudes. C’est ainsi qu’il m’a fallu un moment pour dénicher où se trouve maintenant la fonction du compteur de mots. Il me faut sélectionner le mode Article (par opposition à Paragraphe), et ensuite cliquer sur une icône qui est constituée de trois traits, qui s’intitule Document Overview, et de choisir ensuite le mode Contour qui, ici, n’est pas particulièrement intuitif.

Je ne peux m’empêcher de me demander si je serai capable d’arriver à mes fins dans un contexte pareil lorsque j’aurai soixante-dix ans. Je sais, je pense tout le temps au temps.

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Badouzienne 85

Je suis à la recherche du parfum Detchema produit par la maison Revillon. Voici comment il s’est rendu jusqu’à moi.

J’étais chez une amie de longue date, à Québec, premier arrêt d’un court périple qui nous a conduits, Denauzier et moi, à Havre St-Pierre. C’était il y a déjà quelque temps, avant Noël. La destination du Havre avait quelque chose de sentimental, dans la mesure où j’y suis allée il y a trente ans avec papa. Que nous deux, dans son camion Tacoma.

« À propos de Havre St-Pierre, me dit comme ça mon amie, je connais une pianiste qui vit à Baie Johan-Beetz ». J’entendais ce nom pour la première fois. Je l’ai peut-être lu sur des pancartes il y a trente ans, mais je ne m’en rappelle pas.

Le soir même, dans la chambre d’hôtel du Petit Manoir de la Malbaie où nous avons passé la nuit, j’ai lu sur mon téléphone que Johan Beetz était un aristocrate belge qui s’est installé sur la Côte-Nord je ne me rappelle plus en quelle année, fin XIXe siècle. Un homme instruit qui s’intéresse à tout, à la médecine, à la nature, à l’architecture, à la chasse, au commerce, etc. Quand il se rend compte que les trappeurs n’ont d’autre interlocuteur pour le commerce de leurs fourrures que la compagnie de la Baie d’Hudson, il établit un contact avec la compagnie française Revillon et devient ainsi l’intermédiaire dans le commerce des peaux entre les deux parties.

Je n’avais pas sitôt lu le mot Revillon que je le cherchais dans Google, pour aboutir sur une page qui offre… des parfums ! J’en ai immédiatement oublié les fourrures des trappeurs, d’où il appert que mon inclination naturelle me fait verser davantage vers la consommation que vers l’histoire. Plusieurs commentaires d’internautes ont attiré mon attention en ce qu’ils déplorent la disparition du parfum Detchema. Bien entendu, parce qu’il est difficile à trouver, Detchema m’a tout de suite intéressée ! Profitant de cette disponibilité très restreinte, la plateforme Etsy en demande 367$ pour un flacon de 100 ml.

Comme ma voisine est d’origine belge, je lui ai demandé, de retour à la maison, comment on prononce Beetz. J’ai tendance à prononcer Beets comme les betteraves, mais il faut prononcer Bates, comme en anglais, en étirant le a pour en faire un é.

Ce qu’il faut retenir de cette anecdote c’est que j’ai passé le reste de notre voyage sur la Côte-Nord à me demander si j’aimerais vivre dans un village de 85 personnes, comme le fait cette pianiste amie de mon amie.

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Spécial Noël !

Le Tome II de mon projet de dix Tomes m’a été livré hier dans sa version imprimée. Il s’intitule Les alphas. Comme certaines personnes ont déjà manifesté leur intérêt pour la série de dix, je fournis ici les technicalités :

318 pages, format poche, texte intérieur un peu plus gros que dans le Tome I pour faciliter la lecture.

Prix demandé 25$

Vous pouvez me contacter en privé par Messenger ou courriel, ou téléphone, ou sonner à ma porte, ou…

Je vous remercie tous, lecteurs fidèles.

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Badouzienne 84

Épreuve du tome 2 : comparativement au tome 1, la facture visuelle est presque la même. En fait, en C4 –qui n’est pas reproduite ici !– il y a des petits changements. La photo de l’auteure y est toute récente, ayant été prise cet automne par un ami photographe. La notice biographique contient une phrase de plus, et je compte en ajouter une au fur et à mesure des tomes. L’extrait qui y apparaît, enfin, constitue un de mes passages préférés de tout le tome.

Ça y est, le tome 2 de mon projet de dix ans vient de partir sous presse. Il ne m’en reste que huit à produire ! Il va falloir que j’améliore ma vitesse de croisière. Si je maintiens le rythme selon lequel les deux premiers tomes ont vu le jour, je n’aurai terminé l’aventure qu’en 2031 ! C’est beaucoup trop d’années passées à ressasser le passé ! J’aurai alors 72 ans, Seigneur !

Je me disais récemment que je devrais me mettre en retrait de la vie sociale pendant une bonne dizaine de jours et ne faire que ça, de la correction. Je ne serais probablement pas capable de travailler dix heures de suite comme je pouvais le faire autrefois, mais un bon six heures serait déjà pas mal. Au terme de ces dix jours, je serais en mesure, je pense, d’envoyer une première version du tome 3 à mon collaborateur. À partir de là, il lit et corrige pendant que je continue de lire et de corriger, et on joue ainsi au ping-pong jusqu’à temps que nous soyons satisfaits.

Je l’ai partiellement relu, ce tome 3, je suis rendue à la page 110. Il comptera moins de pages que les deux premiers livres car j’ai supprimé plusieurs textes avec lesquels aucune amélioration ne pouvait être espérée. Il comportera par ailleurs des photos noir et blanc qui reproduisent mes toiles car, pour surmonter une première période de disette créative, j’ai consacré quelque trente textes à la description d’autant de toiles. Or, la description est sans intérêt si une photo ne l’accompagne pas.

Je considère que nous formons, mon collaborateur et moi, une bonne équipe. Nous nous sommes rencontrés hier pour conclure le projet dans un restaurant trop bruyant, on ne s’entendait pas parler. On peut dire qu’on l’aura conclu dans le brouhaha, mais au bout d’un moment les clients ont quitté et nous avons profité d’un certain calme pour parler de tout et de rien, ça voulait dire que la conclusion était scellée.

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Badouzienne 83

Pauvre moi. L’avant-dernier paragraphe de mon texte d’hier, portant sur les visualisations, n’est pas facile à suivre. Le lecteur ne se représente pas trop comment sont énergisées les différentes parties de mon corps. Surtout le passage des chevilles qui reçoivent des pressions en forme de cercles ! Ça me chicote toujours un brin, quand je n’obtiens pas un résultat qui me plaît. En outre, j’ai eu recours à l’alternance chaud/froid, pour les cuisses, une approche qui ne m’attire pas à cause du choc que provoque le sac magique sur mon épiderme lorsqu’il sort du congélateur.

J’essayais d’en reformuler les phrases, cette nuit, pour obtenir une version améliorée. Depuis quelque temps, je me réveille autour de trois heures. Je me rendors, je dirais, une heure plus tard. De la sorte, au lieu de sortir du lit à huit heures, j’en sors à neuf, parce que je rattrape mon sommeil le matin. C’est ce qui est arrivé hier. J’ai bu mon premier café aussi tard qu’à neuf heures et quart. Mais aujourd’hui, pour me faire mentir, et bien qu’ayant été réveillée une bonne heure en pleine nuit, j’arrivais à huit heures dans la cuisine.

Peu importe. J’écris toutes ces vacuités pour retarder le moment de trancher quant au choix auquel je suis confrontée : soit j’exerce le lâcher prise, soit je m’attelle à une récriture. Lâcher prise est perçu comme une approche gagnante, zen et souple, basée sur l’acceptation de ma faiblesse et la confiance en l’autre. L’autre, ici, regroupe l’ensemble des lecteurs qui ne voudront pas m’écraser, bien qu’ayant eu connaissance de ma fragilité, de mon presque échec. Ces lecteurs, dans le meilleur des mondes, seront même solidaires de mon expérience, pour avoir vécu la même à un moment ou l’autre de leur vie.

Contrôler, à l’inverse, m’accrocher coûte que coûte au paragraphe raté, ne pas le laisser paisiblement s’éloigner sur les eaux de la rivière, sont autant d’attitudes associées au manque de confiance en l’autre et à la crainte d’une sanction négative. D’une part, je dois, seule, récrire mon paragraphe parce que personne n’en est capable aussi bien que moi (quand j’y mets l’effort). D’autre part, je dois éviter à tout prix que l’on me perçoive comme une écrivaine ratée, faible, inégale quant à la qualité de mes textes, car alors on m’exclura de la grande famille des écrivains que l’on respecte.

Mais il est aussi possible que j’aie envie de récrire mon paragraphe par amour pour le travail bien fait, par satisfaction personnelle, pour le plaisir que me procure l’agencement des mots.

C’est ainsi qu’il convient de préciser que si les orteils s’enfoncent dans le tissu souple de ma chaussure de course, lors de ma visualisation, c’est parce que ce mouvement leur procure un massage apaisant. Si les chevilles sont encerclées par des mains aimantes qui leur transmet de la chaleur, c’est parce que celle-ci est source de vie et de réconfort. Le passage des mollets piqués par les aiguilles de l’acupuncteur est facile à comprendre, et de même celui des genoux qui reçoivent un changement d’huile afin d’arrêter de grincer.

Je saute le passage des cuisses car je n’ai pas envie d’évoquer l’utilisation du froid. Et la technique du petit marteau de la chiropraticienne ne requiert aucune imagination parce qu’il s’agit d’une manière de traitement qui se produit bel et bien dans la réalité. En somme, ce sont les orteils et les chevilles qui laissaient à désirer.

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