Jour 313

arracheveux

N’en plus pouvoir.

Il suffit de presque rien il me semble, comparativement à autrefois quand j’avais ne serait-ce que cinq ans de plus jeune, pour que je n’en puisse plus. En fin de matinée, je n’en pouvais plus.
1. Tout d’abord, j’ai téléphoné à l’hôpital de Joliette pour annuler un rendez-vous qui n’est plus requis, étant donné que je n’ai pas reçu de chirurgie cardiaque. J’ai eu vite fait de déposer mon téléphone sur mon bureau, quand un message automatisé m’a informée que je devais attendre quinze minutes avant de pouvoir parler à une personne. Pendant ces quinze minutes, j’ai écouté la même rengaine musicale. Pendant ces quinze minutes, je n’ai rien fait de significatif car je n’étais pas concentrée. J’attendais de pouvoir parler à quelqu’un. Cela a du bon, malgré tout, car mon réflexe en pareil cas est d’inspecter mes plantes. C’est toujours gagnant d’inspecter les plantes car on ne sait jamais si elles hébergent ou non des bibittes.
2. Ensuite, j’ai téléphoné à une compagnie de Montréal qui élague les arbres pour obtenir des informations quant à une soumission que j’aurais dû avoir reçue, et que je n’avais toujours pas reçue. Ça sonne, ça ne répond pas, je laisse un message. L’homme de la compagnie me rappelle une demi-heure plus tard. J’étais en train de faire pipi. Je me dépêche pour aller répondre. Il me dit de bien vérifier parmi mes courriels, particulièrement dans le répertoire du pourriel. Il avait raison, le courriel y était. Nous avons convenu de procéder pour l’élagage, moyennant que je lui retourne un dernier courriel de confirmation.
3. J’ai enchaîné en contactant la banque, parce que j’avais reçu un message, sur mon téléphone, m’informant que je devais entrer en contact avec un représentant pour vérifier qu’une transaction enregistrée dans mon compte n’était pas frauduleuse. J’ai parlé à une personne –moyennant seulement deux ou trois minutes d’attente– qui a constaté que mon dossier était tout beau, et qui ne voyait pas quelle aurait pu être cette transaction incertaine.
– J’ai reçu parallèlement un courriel de la banque m’incitant à accepter une limite de crédit plus élevée. Est-ce que ça pourrait avoir un lien quelconque ?, ai-je demandé.
– Tout est possible, a répondu l’homme.
4. Par la suite, j’ai eu toutes les difficultés à trouver les coordonnées d’une personne que je devais absolument rejoindre. J’ai essayé Canada411, Facebook, les Pages jaunes, j’ai téléphoné à deux personnes et envoyé un texto à une autre, rien n’y faisait. J’ai alors cherché dans la maison un vieux répertoire téléphonique, en papier. Je l’ai trouvé dans la salle de bain, passablement gonflé par l’humidité. J’y ai trouvé les coordonnées, j’ai téléphoné à la personne, j’ai expliqué la raison de mon appel, et patati et patata.
5. Un coup partie, j’ai décacheté l’enveloppe de Intact Assurance que nous avons reçue hier.
– Regarde, ai-je dit à mon mari, nous avons omis de payer la facture pour les assurances automobiles.
Mon mari regarde la feuille que je lui tends et, ici j’ai eu de la chance, il a pris le téléphone pour contacter la compagnie et s’occuper de ce qui s’est avéré être une erreur.
6. J’ai dû retéléphoner à l’hôpital de Joliette, ensuite, pour obtenir un rendez-vous, pour mon mari cette fois. Même chose, j’ai déposé le téléphone sur mon bureau en écoutant la même musique plate pendant dix minutes.
7. Le morceau de choix fut d’essayer de m’y retrouver dans les courriels que j’ai échangés avec la Lufthansa, pour réclamer une compensation compte tenu des circonstances difficiles de mon vol de retour. Il faut impérativement indiquer quel est le numéro ID qui est associé à notre dossier de réclamation, or j’ai oublié d’indiquer ce numéro, alors j’ai réécrit pour préciser que j’avais oublié dans ma correspondance précédente d’indiquer le numéro, que cette fois j’ai indiqué, tout ça en soupçonnant que je ne faisais que compliquer les choses.
Il était rendu 11:45, or les amis m’attendaient, cette fois chez eux, pour partager encore des huîtres sur leur roche plate, car ils en ont une aussi. J’ai dû partir en quatrième vitesse. Heureusement, je n’ai pas oublié les huîtres, qui résidaient dans notre frigo, pour une raison que je vais ici épargner aux lecteurs car elle est d’un intérêt nul.

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Jour 314

canard

Rectificatif détaillé ci-contre.

Que des choses insignifiantes aujourd’hui, sans intérêt, comme d’ailleurs la plupart du temps ! Des petites précisions sur des sujets qui ne disent rien à personne, sauf moi ! D’abord, l’objet décoratif Mouette et quenouilles, dont il a été question hier. J’ai tout faux. Il n’est pas conçu pour être installé sur un mur –cela explique d’ailleurs qu’il était fort difficile de le faire tenir sur la tête d’un clou enfoncé dans une cloison quelconque.
– Regarde !, ai-je montré à Bibi en tendant mon téléphone dans sa direction, avant même qu’elle s’assoie à la Brûlerie du Roy où nous nous sommes rencontrées ce matin, de manière tout à fait improvisée.
– Oh ! C’est le couvercle du diffuseur que j’ai reçu il y a longtemps, je me rappelle en effet que je te l’avais donné.
– Ce n’est pas un objet décoratif conçu pour agrémenter un mur, une paroi verticale ?
– Non, il était vissé sur une base de diffuseur qui contenait des huiles et des herbes. Un jour, j’ai échappé le diffuseur et je me suis retrouvée avec le couvercle seulement.
– Mais il n’y a aucune strie à l’intérieur, comme on peut s’y attendre d’un couvercle ?, ai-je répliqué.
– C’était un couvercle de fantaisie, a précisé Bibi, sachant qu’avec moi il faut mettre les points sur les i.
Je sortais de la clinique visuelle où je suis allée pour mon examen annuel.
– Où vas-tu après ?, m’a demandé ma sœur.
– Chez la podiatre, c’est une journée de mesures préventives contre les effets du vieillissement !
6666J’ai profité d’être à Joliette pour acheter de la nourriture pour la chatonne à la meunerie. J’ai pris un gros sac de nourriture pour chat « actif », et un tube d’un produit nouveau qui pourrait aider chatonne à moins vomir ses poils. J’ai adoré le prix –élevé– que j’ai payé, qui rend hommage au chiffre de mon jour de naissance, un 6.
– Wow !, me suis-je dit intérieurement. Je vais prendre la facture en photo et l’insérer dans mon texte du jour !
On comprend que ça ne me prend pas grand-chose pour m’exciter et me donner de l’élan.
En dernière étape de mes déplacements joliettains, je suis allée remplir mes bouteilles de verre à la source d’eau sulfureuse. Les enfants jouaient dehors, dans la cour de l’école Les Mélèzes. J’ai rempli mes bouteilles au son de leurs cris. J’ai rempli mes bouteilles en me faisant aussi caresser par le soleil de cette fin octobre.
bouteillesEau– Je pourrais mettre en ligne sur mon blogue ma belle collection, me suis-je dit, tant qu’à m’adonner à mes enfantillages.
Les pays représentés dans ma collection sont, à ce jour, l’Italie, les Pays-Bas, la France, le Québec. Chouchou devrait me rapporter une bouteille de Berlin où elle est présentement, cela ajoutera l’Allemagne. Une chose est sûre, il me manque des spécimens car à tant s’entrechoquer en ayant trop d’espace entre elles, les bouteilles font cling cling dans mon caisson.
Enfin, à propos des perdrix : elles sont encore coriaces sous la dent malgré un séjour de dix-huit heures dans la mijoteuse. Neuf heures de cuisson, suivies de neuf heures à température plus basse sur le réchaud de la même mijoteuse. On ne pourra pas dire, mon mari et moi, qu’on n’aura pas essayé de les attendrir !

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Jour 315

canard

Mouette et quenouilles en étain, un cadeau de ma soeur, fabriqué en 1988 par Pewter Canada, une entreprise artisanale de la Nouvelle-Écosse.

À propos de la nourriture, en lien avec le texte d’hier. Je m’apprêtais à écrire mon texte du jour, ayant terminé quelques corvées de ménage, lorsque notre ami fournisseur d’huîtres est venu m’offrir de manger des huîtres. Là, là, drette là.
– On fait ça où ?, ai-je demandé.
– Sur ta grosse roche plate, a-t-il répondu en désignant la roche de son bras tendu.
Ça commence bien la semaine. Nous voilà deux énergumènes debout dehors près de la grosse roche plate, dans l’allée qui mène à la maison, sous un ciel gris, dans les couleurs gris et rouille de cette fin d’automne, nous extasiant tellement c’est bon. Nous extasiant dix-huit fois, chacun neuf fois, pour dix-huit huîtres à deux.
Pour compléter ce festin, de retour dans la maison, je me suis servi du fromage accompagné de ma gelée de raisins, et d’un café. De quoi me pourlécher les babines.
Je me sens maintenant d’attaque. Mais, bien entendu, je ne sais pas quoi attaquer !
Je pourrais commencer par nommer ce que j’ai ce matin attaqué, en ne m’étendant pas trop, parce que ce n’est guère intéressant, à savoir les triage, lavage, étendage et séchage du linge, pendant que commençait à cuire, dans la mijoteuse, les haricots secs accompagnés des trois perdrix de mon mari.
Autrement dit, j’ai démarré la cuisson des haricots et des perdrix avant d’entamer les tâches courantes de ce lundi matin. J’ai mélangé un peu de tout pour colorer l’eau, ce un peu de tout étant nettement exagéré en ce sens que j’ai suivi les conseils qui étaient imprimés sur le sac des haricots : mélasse, moutarde sèche, ketchup du commerce, vinaigre de cidre, une cuillerée de cassonade, deux feuilles de laurier coupées de notre plant –qui m’a été donné par notre fournisseur d’huîtres. Mon plant d’ailleurs se porte mieux que le sien. Je l’installe à la mi-ombre l’été, sous la vigne, et au plein soleil en hiver devant la fenêtre de mon bureau.–
J’ai mélangé ces ingrédients entre eux avant de les verser dans l’eau des haricots, eau dans laquelle flottaient déjà les morceaux grossièrement coupés de deux oignons. Dans l’espoir d’attendrir la chair des perdrix, j’ai programmé une cuisson de huit heures, à haute température, mais il est possible en cours de route que je choisisse la basse température. Fidèle à mon tempérament excessif, la mijoteuse s’est trouvée remplie à ras bord. Je vais sous peu ajouter de la pancetta coupée en petits cubes —pancetta elle aussi fournie par notre voisin fin gourmet.
Je pourrais conclure ce texte en me moquant encore une fois, tendrement, de mon époux. Comme il se relevait de l’endroit où il était assis à la table, un bruit s’est fait entendre de quelque objet qui tombe sur le plancher.
– Qu’est-ce qui est tombé ?, ai-je demandé.
C’est l’objet décoratif en photo ci-dessus qui est tombé, je l’avais négligemment appuyé sur le bord de la fenêtre. Il est conçu pour être suspendu au mur.
– Je ne sais pas, a répondu mon mari en fixant l’objet. On dirait un médaillon de ceinture.

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Jour 316

Il faut dire que je ne me donne pas de chances. J’écris mes 500 mots, la plupart du temps. Je me mords presque les lèvres –de mortification ?– si je publie un texte qui n’en compterait que 484, admettons. Je publie souvent des textes de plus de 500 mots, par ailleurs, comme celui que j’ai mis en ligne un peu plus tôt qui en compte 596.
Je devrais me baser sur l’expérience de ma gelée de raisins, pour m’inciter à apprivoiser la souplesse. Les premières cuissons de raisins se sont faites, certains s’en souviennent peut-être, à la manière Lynda : en retirant les petites tiges vertes, en rinçant et re-rinçant les fruits pour les débarrasser de leurs impuretés, en enlevant une à une les quand même impuretés qui venaient flotter à la surface de la mixture lors de la cuisson, etc. Les cuissons suivantes se sont faites, au fur et à mesure, à la manière Denauzier. D’abord en n’extrayant plus les petites tiges vertes, puis en rinçant moins, puis en ne ramassant plus les quand même impuretés à la surface de la mixture, pour en finir par pitcher toutes les grappes telles quelles dans la casserole sans rien nettoyer ni rincer. Ça, c’est réaliste et efficace. On a envie de faire cuire des tas de grappes quand on s’y prend de cette façon, alors qu’avec ma façon il y a de quoi se décourager avant même de commencer !
Je ne veux pas dire qu’écrire mes 500 mots coûte que coûte me décourage d’écrire, mais je pourrais m’accorder des écarts, des fois de temps en temps, et ne pas en conserver l’impression que j’ai travaillé moins fort, que je me la suis coulé douce, que je manque de rigueur, etc.
En bonne extrémiste que je suis, autant je peux être à cheval sur les principes quant à mes contraintes d’écriture, autant je peux ne pas l’être dans d’autres domaines. Je pense par exemple à la nourriture, à la préparation des repas. Hier soir, Denauzier et moi avons soupé en n’ayant, en tout et pour tout, qu’un petit médaillon de bœuf dans notre assiette, rien pour l’accompagner. J’arrange ça à ma manière, dans ma tête. Je me dis que nous mangeons de la façon la moins transformée possible, pas d’épices, pas de sauces, que l’aliment brut pour en découvrir la saveur. Souvent pas de sel, ni poivre. Je me dis encore que nous mangeons une famille alimentaire à la fois, ici seulement les protéines, tenant en compte que selon certaines lignes de pensée, il n’est pas recommandé de mélanger les protéines et les féculents en même temps. Les féculents, de toute façon, j’essaie de les éliminer le plus possible, pour ne pas abandonner complètement les principes de base de l’alimentation cétogène.
Cette approche minimaliste fait en sorte que je m’extasie quand un repas complet m’est servi, comme ce fut le cas chez mon amie la semaine dernière. Je n’ai pas arrêté de dire qu’elle travaillait fort, nous ayant servi en amuse-gueule des petites pointes de pizza, puis un spaghetti à la sauce végétarienne, la viande étant ici remplacée par des particules de seitan, puis une salade d’épinards, puis un morceau de gâteau à quatre étages, ou alors une pointe de tarte aux pommes. Des tranches d’une belle baguette blanche accompagnaient le spaghetti pour nous permettre à la fin d’absorber le restant de sauce dans l’assiette. C’était le bal des féculents, or j’ai dansé la valse en masse puisque j’ai mangé de tout. Il faut dire que mon amie a encore une famille à nourrir et qu’avec mon illustre personne nous étions cinq autour de la table.
Je m’arrête ici, à 605 mots.

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Jour 317

etre-assidu-cest-payant

Être assidu, c’est gagnant, c’est payant, c’est important. Ça change tout, en fait. Mais être assidu pour être assidu, sans se préoccuper de la qualité du résultat obtenu à chaque séance d’assiduité, je me demande à quoi ça sert.

Je suis moins assidue qu’avant en ce qui concerne l’écriture quotidienne de mes textes. Quand je suis trop fatiguée, je saute un jour. Quand il est rendu trop tard le soir, je saute un jour. Quand il est rendu trop tard le soir (bis), c’est excessivement tentant de m’asseoir à côté de mon mari, sur le canapé, et de relaxer devant la télévision, en me faisant caresser par la chaleur du foyer. Est-ce signe de faiblesse ou d’un sain lâcher prise ? Je m’octroie ce plaisir –ou cette faiblesse– de plus en plus souvent. Quand ça ne me tente pas, même chose, je n’écris pas. Quand je n’en ai pas le temps, je ne force pas, j’attends de l’avoir. Il faut dire que j’ai plus de temps que du temps que je travaillais à l’université.
Auparavant, ne serait-ce qu’il y a quelques mois, il n’était pas question que je saute autant de jours. Je ne sais pas comment interpréter ce relâchement. Suis-je plus fatiguée, moins résistante qu’avant, compte tenu de mon âge ? Il faut savoir que j’avais 52 ans quand j’ai commencé mon défi qui consiste à écrire un texte par jour –du lundi au vendredi– pendant dix ans. J’ai maintenant 60 ans. Entre ces deux chiffres, j’ai subi une chirurgie cardiaque, à 54 ans, et je suis passée à un fil d’en subir une deuxième le mois dernier. Suis-je plus épicurienne en m’avérant plus rebelle à l’égard de ce régime militaire ? Suis-je moins draconienne, moins encline à me soumettre à cette discipline de fer parce que j’apprends à vivre ou parce que je ramollis ? Je ne le sais pas.
Je vais probablement découvrir cependant, quand je vais me relire, que les textes que j’ai produits dans des conditions difficiles regorgent d’approximations, de tournages de coins ronds et d’imprécisions. Je risque fort de tomber sur des textes que je ne comprendrai même pas, que je vais lire en me demandant, avec dépit, où est-ce que je voulais en venir.
En décembre prochain, je retourne en France voir chouchou. J’espère avoir atteint la deuxième centaine de mon compte à rebours avant mon départ. Ça ne se peut pas que je ne l’atteigne pas, il reste quand même un bon 45 jours avant le 16 décembre. Je vais m’absenter 24 jours cette fois-ci. Je dis à mes amis que je pars trois semaines, mais mon mari rectifie en arrondissant jusqu’à un mois ! Je pense apporter mon ordinateur pour écrire quelques textes depuis l’Europe, mais je pense aussi qu’il est possible que ça ne me tente pas et que je ne l’apporte pas. Je risque de ne pas l’apporter, telle que je me connais, et de plutôt miser sur un petit effort qui me ferait atteindre un positionnement confortable sous la barre du chiffre 300 avant mon départ. Autrement dit, je pourrais être tentée de mettre les bouchées doubles d’ici le 16 décembre, pour atténuer le manque à gagner que constituent trois semaines –ou un mois– d’inactivité.
Que je m’y prenne n’importe comment, quoi qu’il en soit, la fin de ma neuvième année d’écriture se situe à la fin du mois d’avril 2020. Début mai, j’entrerai dans la dernière année de mon défi. Fin avril 2021, je l’aurai terminé.
– Qu’est-ce que tu vas faire quand tu auras terminé ?, me demande-t-on parfois.
– Je vais tout relire pour corriger.
Quand je m’entends formuler cette réponse, je ne suis pas certaine qu’elle soit réaliste !

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Jour 318

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Mince ! Aucune flèche ne pointe vers ce que j’appelle l’intérieur du poulet.

Mon mari, ce matin, a rapporté des perdrix.
La semaine dernière, il en a visé une qu’il a ratée, pourtant il en était pas mal proche. C’était à l’endroit, pas très loin du chalet, que nous appelons la sablière parce qu’il s’y trouve une très mini carrière qui permet de se ravitailler en sable. Or, mon mari a découvert aujourd’hui que, s’il a raté la perdrix la semaine dernière, c’est parce que ses balles rouges, qui ont dû traîner à plein d’endroits humides pendant plusieurs années, n’étaient plus bonnes. Ayant découvert cela, il a utilisé aujourd’hui des balles vertes, et grâce aux balles vertes, sa chasse s’est avérée plus fructueuse. Nous allons donc essayer d’apprêter ces volatiles sauvages afin d’obtenir un mets plus intéressant que celui de la dernière fois. Je veux dire par là qu’il n’y a pas tellement longtemps, j’ai tenté de cuisiner une perdrix, elle aussi chassée par mon mari, en poursuivant deux objectifs : que le mets soit agréable au goût, et que la perdrix soit masticable –à défaut d’espérer qu’elle soit tendre. J’ai eu l’idée de mettre la perdrix entière à l’intérieur du poulet, comme on le fait avec de la farce. Je me suis dit qu’ainsi placée, la perdrix recevrait beaucoup d’humidité qui allait l’attendrir. J’ai ensuite fait cuire le poulet au four dans un Creuset, sur un lit d’oignons couverts d’un peu d’eau.
– Je n’aime pas le poulet « à l’eau », m’a dit plus tard Denauzier, en faisant référence, je pense, à cette expérience –peu réussie– de poulet à la perdrix.
Maintenant, nous avons trois perdrix à apprêter d’une manière ou d’une autre. Voici ce qui s’est produit cet après-midi, alors que nous faisions une promenade en quatre roues dans un sentier très accidenté. Mon mari a dit comme ça, assez fort parce que le moteur de son Grizzly fait beaucoup de bruit, en tournant légèrement la tête vers moi qui étais assise derrière :
– On pourrait les mettre dans des fèves.
J’ai compris, parce que je commence à le connaître, qu’il parlait des perdrix, même si les branches des arbres qui nous écorchaient le visage n’étaient guère propices à faire émerger de nos cerveaux des idées de recettes culinaires.
– Tu veux dire qu’on pourrait faire cuire les perdrix à la mijoteuse avec des haricots secs ?, ai-je voulu vérifier en parlant fort moi aussi.
– Exact.
– Excellente idée, ai-je répondu, d’ailleurs il nous reste de la pancetta, on l’utilisera comme corps gras.
Je suis la seule femme disons de St-Jean-de-Matha, mais je pense qu’on pourrait ratisser plus large, dont le mari lance comme ça, très succinctement, entre deux manœuvres pour éviter des marres de boue, qu’un projet de perdrix à la mijoteuse nous attend, de retour à la maison.

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Jour 319

26nov2011

Photo de papa et moi il y a une dizaine d’années. Je ne portais pas de frange. La monture de mes lunettes, certes un peu grosse, était quand même moins grosse que celle de maintenant. 

Je n’en suis pas revenue. J’étais en train de pousser papa dans son fauteuil roulant au rez-de-chaussée du CHSLD. Il a maintenant 89 ans et ressemble à un homme de 89 ans très diminué par la maladie de Parkinson. J’ai 60 ans, je porte des lunettes dont on pourrait dire que j’essaie de me cacher le visage derrière, tellement la monture prend toute la place. Je porte une frange assez courte étant allée chez la coiffeuse la semaine dernière, alors que papa est chauve sur le dessus de la tête… Au détour d’un corridor, un infirmier que je croisais pour la première fois s’étonne de nous voir si ressemblants :
– Oh la la ! Vous êtes de toute évidence la fille de monsieur, a-t-il lancé.
Je ne savais pas, à quinze ans, quand on me faisait immanquablement cette remarque, dans le grand Joliette, qu’on allait me la faire encore longtemps !
Je suis en train de lire Biographie du silence, un livre écrit par un prêtre et romancier espagnol que j’ai acheté au magasin de l’Abbaye de St-Jean-de-Matha cet été. C’est agréable à lire parce que c’est bien écrit. En gros, et sans surprise, il y est exprimé que pour ressentir la vie disons « véritable », à défaut de savoir comment décrire le flux d’énergie vitale qui est à la base de toute vie humaine, pour ne nommer que celle-là, il faut se détacher du tumulte, des actions, des distractions, il faut se recueillir dans le silence pour espérer se rencontrer ne serait-ce qu’une seconde, car la rencontre avec soi est fugace en titi. Je résume ici à traits grossiers les pages que j’ai lues, dans une phrase en outre trop longue, parce que je n’ai pas les connaissances qui me permettraient de m’exprimer mieux, avec plus de précision. Toujours est-il qu’hier, comme je ne m’endormais pas, je me suis concentrée non pas sur ma respiration, comme il est recommandé dans le livre, mais sur le tic tac de mon cœur dont les battements sont sonores, dans ma personne, à cause de ma valve. En me rendant ainsi attentive aux battements de mon cœur, je me suis rendu compte que je ne suis pas capable de laisser se produire un tic ou un tac sans que je ne reproduise le son, dans ma tête. C’est très difficile à expliquer, surtout à cette heure avancée.
Parallèlement, je lis un livre qui explique ce qu’est l’épigénétique. En gros, c’est une approche selon laquelle tout, sur terre, est énergie. Tout est vibrations. Cela peut expliquer ceci : les vibrations du son, lorsqu’une personne chante, se rendent frapper les vibrations des atomes du verre –il doit s’agir d’une coupe de cristal qui est à proximité du chanteur–, et cette rencontre fait en sorte que le verre éclate. L’épigénétique tend à prouver que nous sommes maîtres de nos vies et que nous n’avons pas à craindre les choses, il suffit de décider que ces choses –des maladies graves, par exemple– n’entrent pas dans nos vies, point final. Bien entendu, je ne sais pas ce que je pense de cette approche. J’espère y revenir pour vérifier que je suis capable de mieux résumer les pages que j’ingère depuis quelques jours.
– Tu lis un livre sur l’épigénétique ?, s’est étonnée mon amie de l’Île-Perrot. Qu’est-ce que c’est déjà, je ne m’en rappelle plus ?
Je n’ai pas été capable de répondre, tellement je ne savais pas par quel bout commencer !

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