Il arrive qu’on soit coincé. Je suis coincée à la page 98, je remets tout en question, chaque ligne de mon récit est poche, on lit ça et on meurt d’ennui. Je n’ai pas de vocabulaire, je suis limitée dans mes capacités, je n’en peux plus.
Hier en conversant avec Denauzier pendant le souper, j’ai parlé de mon père au passé. Il est beaucoup question de papa, dans ma tête et dans mon manuscrit. Or, parlant de papa au passé, mon mari m’a mentionné qu’il n’était pas mort et que l’utilisation de ce passé était curieuse. Il est vivant de corps, disons.
La difficulté dans mon projet c’est que je tente d’expliquer, alors que je devrais me contenter de décrire. Mais pour décrire tout du long, il faut avoir plusieurs événements à se remémorer et je me rends compte que je n’en ai pas assez. Ou alors, ce dont je me remémore est d’un intérêt limité. En même temps, à quoi sert-il d’accumuler 150 pages de descriptions si je ne crée pas de liens entre elles ?
Moi qui me croyais proche de pouvoir réussir aussi bien que Blandine de Caunes, je me rends compte que j’en suis très loin. Étant donné que j’étais découragée, justement, j’ai ouvert le livre de Blandine au hasard pour vérifier si elle a plus de vocabulaire que moi. Si, quand même, mais elle utilise des mots aussi usuels que dire, faire, penser, être, avoir, sembler, pouvoir, permettre…
De toute façon, je m’étais donné jusqu’à la fin de février pour écrire intensivement. Il me reste une semaine, dont je ne vais pas profiter autant que je l’aurais espéré parce qu’il n’y a plus de jus dans le citron.
Je n’ai presque pas d’accès sur mes pages de blogue, d’ailleurs, ces derniers temps, ça veut dire que mes textes sont plates, qui racontent comment ça se passe avec le récit. Quand ils ne sont pas plates, le lecteur est tenté de cliquer sur un deuxième texte, pour savourer encore un peu. Quand le texte n’est pas bon, une fois qu’il l’a lu, ou partiellement lu, le lecteur va voir ailleurs.
Maintenant, à partir d’ici, je vais être positive.
Je trouve que mon texte, une fois épuré d’un peut-être surplus d’explications non nécessaires, ressemble à celui de Joan Didion, celui que j’ai lu qui décrit la mort de sa fille, à trente-neuf ans, Le bleu de la nuit. Ce livre, et ce de manière fort à propos, décrit toutes sortes de choses et pas forcément la mort de son enfant. Je m’étais fait cette réflexion après en avoir terminé la lecture. Il est publié chez Grasset. Je l’ai acheté à Montréal et payé plein prix.
Si on veut soumettre un manuscrit à Grasset, encore ici la charrue avant les bœufs, il faut l’envoyer en format papier, relié. Il faut que le manuscrit réponde à la ligne éditoriale de la maison, ça c’est délicat de savoir si mon récit y correspond. On a des nouvelles au bout de trois mois. Si le texte intéresse vraiment l’éditeur, est-ce que ça prend autant de temps ?
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Badouziennes
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Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
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Je découvre que moins j’en fais, moins je veux en faire. À l’inverse, plus j’en fais et plus je veux en faire, mais à ce moment-là tout va vite et j’effleure beaucoup trop à mon goût.
Aujourd’hui je trouve que ça sent le printemps. Le ciel est bleu, il fait doux, moins cinq degrés ici en campagne, les journées allongent. On annonce de la neige dans la nuit de mardi à mercredi, 15 cm, mais en attendant l’air et la lumière sont différents. J’entame cette semaine en maintenant un rythme de croisière que j’ai eu le temps d’installer et de bien roder car j’en suis à ma quatrième semaine d’écriture.

J’ai réussi à bien décrire deux des quatre situations dont il a été question dans mon texte précédent, Jour 230. Pour que ce soit intéressant, j’ai un peu perverti la réalité, ajouté des détails, des petits rebondissements. Je ne pourrai pas travailler beaucoup demain et jeudi car nous avons des rendez-vous à Joliette, mon mari et moi. Alors disons qu’à la fin de la semaine, ce vendredi, j’espère être passée à travers les quatre descriptions qui me tarabustent. Donc encore deux à écrire, une ou deux pages chacune, ce n’est pas la mer à boire. Bien sûr, quand ces pages seront écrites, je vais les relire et les trouver poches, donc je vais les retravailler et je vais finir par atteindre une qualité de texte qui me satisfait, qui correspond à ce que je peux faire de mieux. Ça ne veut pas dire, bien sûr, que ce que je trouve bon est considéré également bon par d’autres lecteurs, et par des éditeurs.