Jour 1 170

WitChi Tai To is a peyote song.

WitChi Tai To is a Peyote Song.

J’adore ça quand ça m’arrive. Ça m’excite autant, sinon plus, que si j’apprenais que je viens de gagner un million de dollars. Denauzier écoutait un film intitulé Aloha. C’est un mot hawaïen qui signifie amour, bonté, bonjour, hola!, hi, etc. Comme l’histoire se déroule à Hawaï, je tendais l’oreille, tout en écrivant mon texte d’hier, pour m’imprégner un peu de l’été et des beaux paysages, même si, bien entendu, je ne voyais rien du film puisque j’étais dans mon bureau. Mon texte m’échappait, je voulais créer l’effet surexcité d’un personnage qui parle trop pour avoir été en réclusion pendant trois jours et je me rendais compte que je ne me dirigeais pas vers cet effet. Arrive alors un début de mélodie, dans le film, une petite note que je perçois dans l’épaisseur d’une foule d’autres signes, qui n’apporte rien de significatif à l’histoire et au déroulement de l’action. C’est simplement un air qui constitue le fond sonore de la scène, qui reproduit l’effet d’une radio allumée dans la pièce, un air que personne n’écoute vraiment et qui vient s’enchaîner à une chanson d’Elvis, mais je ne me rappelle pas laquelle. Dès la première note, cependant, cet air me dit quelque chose et je me rends sans tarder devant la télévision, laissant là mon texte, pour mieux entendre.
– C’est le Wichita de Charlebois !, me suis-je écriée. Ça fait des siècles que j’ai entendu cette chanson et c’est tellement bon ! Est-ce qu’on peut avoir plus de son s’il te plaît ?
– C’est le quoi ?, me demande mon mari en augmentant le son à partir de la télécommande.
– C’est un air traditionnel d’un peuple autochtone américain. Charlebois improvise sur cet air au piano, il chante aussi, je ne connais pas les mots mais ça ressemble à Wichita to, ta ta ta… Remets-le s’il te plait mon chéri !
La télévision est équipée d’une option de retour en arrière pour une durée d’une heure. Donc, petite marche arrière jusqu’au début de la scène et réécoute de l’air traditionnel.
– Ça ne peut pas avoir rapport à Charlebois, chérie, c’est un film américain.
– Je sais, mais je suis certaine de mon coup.
Alors je reviens à mon ordi, j’ouvre une nouvelle fenêtre de mon fureteur pour accéder à Wiki, je cherche Wichita Charlebois, et je tombe pile sur la chanson et la photo –ou le dessin?– de Charlebois reproduit ci-haut. Du même coup, je découvre le nom exact de la chanson, WitChi Tai To. Je mets le son au maximum sur mon ordi et je retourne en courant dans le salon, les bras victorieux tendus dans les airs, demander à Denauzier s’il reconnaît l’air, qui est celui qu’on entend dans le film.
– Est-ce que c’est bien un traditionnel autochtone ?, me demande Denauzier.
– Oui, c’est écrit qu’il s’agit d’un texte en langue peyote.
Plus tard, nous avons surveillé le défilement du générique, à la toute fin du film, pour savoir quel était le groupe qui interprétait l’air. C’est un groupe de musique pop des années soixante, décrit comme étant un groupe sunshine, que je ne connais pas, qui s’appelle Harpers Bizarre.
– Qu’est-ce qu’on faisait autrefois quand on n’avait pas accès aux technologies ?, me suis-je demandé en venant me rasseoir pour finir mon texte.
J’aurais fouillé dans le dictionnaire. Mais dans le dictionnaire je n’aurais pas trouvé Witchi Tai To et d’ailleurs je n’aurais pas su l’orthographier. Je n’aurais trouvé que Wichita. Pour vérifier mon hypothèse, je suis allée fouiller dans le dictionnaire Larousse 2003 que nous avons à la maison, à la section des noms propres, et je n’ai trouvé effectivement que Wichita, ville du Kansas.

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Jour 1 171

J'ai annoncé hier que je mettrais en ligne aujourd'hui la version originale du chevreuil, telle qu'il apparaît sur le carton d'emballage.

J’ai annoncé hier que je mettrais en ligne aujourd’hui la version originale du chevreuil, tel qu’il apparaît sur le carton d’emballage.

– C’est comme si on sortait d’une retraite fermée, ai-je dit, guillerette, à ma voisine.
Nous nous sommes rencontrées sur le chemin où nous habitons, marchant les deux couples, au beau soleil, en sens opposé jusqu’au moment de nous croiser. J’étais, donc, en compagnie de mon mari. Et elle du sien. Et nous avions, les deux couples, notre chien en laisse. Comme cela arrive souvent au moment où deux couples se rencontrent de cette manière, les deux hommes se mettent à marcher ensemble et les deux femmes en font autant, derrière.
– C’est ma première sortie depuis mardi dernier, ai-je dit à ma voisine amie. J’ai commencé à ne pas me sentir bien en soirée. Je me suis levée le mercredi avec un nez à la place du robinet…
– Tu veux dire un robinet à la place du nez ?
– Oups ! Je me suis trompée, je veux parler trop vite ! Avec un robinet à la place du nez. Ç’a duré toute la journée, et encore jeudi, quoique en fin de journée jeudi je commençais à me sentir un peu mieux, et aujourd’hui vendredi nous prenons enfin l’air !
Là-dessus, je me suis mise à tousser comme une bonne, pour donner plus de poids à mon histoire.
– On étouffe, au bout d’un moment, quand on ne sort pas, tu ne trouves pas ?, m’a demandé ma voisine.
– Oui et non. Je n’avais pas la force de sortir, surtout qu’hier il pleuvait, et j’étais très occupée par mon chevreuil. Et Denauzier et moi nous faisons des blagues et nous nous amusons, même malades.
– Quel chevreuil ?, a demandé ma voisine en commençant à se demander si je n’avais pas pris trop de médicaments.
– J’ai commencé un projet de peinture à numéros le mois dernier qui représente un chevreuil. Au début, j’ai trouvé ça difficile. Je pensais me détendre en remplissant les petites zones, sur le dessin, de couleurs déjà décidées, mais les zones, justement, sont petites et ça demande beaucoup de minutie. Comme je n’étais pas vraiment malade, parce que je n’avais qu’un rhume, j’ai passé mes journées à peindre mon chevreuil et à ne rien faire d’autre.
– Même pas les repas ?, m’a demandé la voisine.
– Un peu les repas. Nous avons fait un hachis parmentier, mais au lieu d’y mettre l’habituelle purée, Denauzier a décidé d’y aller pour des petites patates rissolées. C’était bon, mais sans plus. Alors pour le repas suivant, il a ajouté de la soupe aux tomates pour donner plus de la saveur.
– C’était bon ?
– Pas vraiment. Nous avions aussi une casserole pas mal pleine de chili con carne très piquant. Alors au repas suivant nous avons mélangé un peu de hachis avec un peu de chili. Et de fil en aiguille, nous avons mélangé tout le hachis avec tout le chili, et c’est ce que nous avons mangé deux jours d’affilée !
– Finalement, on n’a pas l’impression que vous avez souffert de votre réclusion !, a conclu ma voisine en souriant.

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Jour 1 172

Des heures de plaisir pour 11,89$

Des heures de plaisir pour 11,89$

Pour m’occuper hier pendant que je toussais et que le nez coulait, j’ai avancé mon projet de peinture à numéro. Je n’y avais pas touché depuis le 23 février dernier, lorsque nous sommes allées Bibi et moi passer une journée d’arts plastiques chez notre amie à Laval. Il faut avoir beaucoup de patience pour la peinture à numéro. Ou, autre manière d’aborder la chose, il ne faut pas avoir envie de finir vite. Or, j’avais envie de finir vite pour offrir le chevreuil à mon neveu qui se cherche des œuvres pour un encan silencieux et l’encan a lieu ce samedi. J’abordais le projet en voulant qu’il soit le plus rapidement possible derrière moi, sans me préoccuper trop trop du résultat, ou, plus exactement, sans me préoccuper d’avoir ou non du plaisir en peignant. Je me suis appliquée, cela dit, j’ai vraiment fait de mon mieux. C’est très minutieux, c’est dur pour les yeux, et c’est sans surprise aucune car tout est décidé d’avance. Néanmoins je suis contente –et je le serai encore plus quand j’aurai fini– de m’être lancée là-dedans pour l’expérience de l’avoir fait une fois dans ma vie. Je ne comprends toujours pas que le jeu soit destiné à des enfants de huit ans et plus.
– C’est long en titi !, me suis-je exclamée au bout de plusieurs heures de petites taches de neige sur les branches et sur l’animal.
– Il ne faut pas avoir envie de finir vite, chérie, m’a simplement répondu Denauzier, qui me connaît mieux que je ne le pense.
– Qu’est-ce qui est arrivé à ton chandail ?, a enchaîné mon mari.
J’avais une tache gris foncé sur mon chandail gris pâle, à la hauteur de la poitrine.
– C’est le nez qui a coulé, ai-je répondu, un peu mal à l’aise. Ça ne servait à rien d’essayer de l’essuyer, j’y aurais passé l’après-midi, ai-je senti nécessaire d’expliquer pour me justifier.
J’ai peint mon chevreuil, effectivement, en me disant que c’était une activité zen pour les enrhumés. On laisse couler le nez sans s’irriter les narines et sans trop se rendre compte qu’on est mal en point. Il suffit de se concentrer sur les couleurs –et de changer de chandail quand l’activité est terminée.
J’aime le sujet, l’animal me semble racé, son regard est expressif, son maintien altier. Je pourrais bien sûr essayer d’en dessiner un moi-même et de le peindre ensuite. Le matériel cependant est de mauvaise qualité : il ne s’agit pas d’une toile mais d’un carton qui absorbe mal le blanc, et les numéros de couleur sont difficiles à couvrir, j’ai beau passer et repasser le pinceau sur les petits chiffres, particulièrement l’orangé, les numéros des couleurs restent visibles. Le modèle initial est très différent, je le mettrai en ligne demain, tout y apparaît dans les teintes de gris et de beige, parce qu’il aurait fallu que je mélange un peu de no 37 avec du no 20, et du 25 avec du 28, et je n’en ai pas eu la patience. Mais je pense que je préfère ma version aux couleurs psychédéliques.

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Jour 1 173

C’était hier l’anniversaire de Denauzier, il a eu 57 ans, et j’en aurai autant dans un mois, début avril. Nous avions convenu de le fêter ce soir le 9 mars, parce qu’une de ses filles n’était pas libre hier soir 8 mars. Nous aurions été ses deux filles avec chacune leur chum, sa mère et son frère, lui et moi. Ça fait huit. Je voulais faire une petite expérience, sans intérêt mais je l’écris pareil, qui aurait été de couvrir toute la surface de la très grande table avec la quelque vingtaine de napperons que nous avons achetés. Rien ne m’empêche de faire ma petite expérience aujourd’hui ou plus tard, mais pour ce qui est du souper nous l’avons annulé car nous sommes trop malades du virus que Denauzier a rapporté de Calgary.
Pourtant hier j’allais bien et je suis même allée me faire nettoyer les dents par l’hygiéniste dentaire de mon nouveau dentiste, qui connaît papa car dans un petit village tout le monde se connaît. Certains lecteurs se rappellent peut-être que la réflexologue qui a passé mes pieds en revue en février dernier m’avait dit –détectant une anomalie peut-être dans la région des orteils– que j’avais une petite carie en haut, à droite de la bouche. Or, j’ai malheureusement une petite carie, elle est cependant logée en bas, à gauche, sous un gros plombage qu’il va falloir enlever. Une peanut, semble-t-il, pour le dentiste. Une épreuve pour moi la semaine prochaine.
Après le dentiste, je suis allée acheter toutes les provisions pour le souper de ce soir qui n’aura pas lieu. Je comptais préparer un repas quatre services : un camembert grillé aux graines de sésame qu’on dépose sur une ou deux feuilles de laitue dans une petite assiette en entrée, un potage aux courgettes –ça ne goûte jamais grand-chose– juste pour dire qu’on se réchauffe l’estomac, du hachis parmentier accompagné d’une salade dont la vinaigrette se serait inspirée des recettes de Jehanne Benoît, et enfin, non pas un gâteau d’anniversaire mais une tarte aux fruits qui ne constitue pas un choix santé : on achète un fond de tarte de chapelure Graham quand on est, comme moi, trop paresseuse pour faire la croûte soi-même, des guimauves, de la crème sûre et de la salade de fruits en conserve. On fait fondre les guimauves, on mélange avec la crème sûre et les fruits égouttés, et on met au réfrigérateur pendant quelques heures. Un régal qui fait partie des classiques de ma feue tante Alice. Nous n’aurions peut-être pas été nombreux à manger de la tarte car les deux filles de Denauzier n’ont pas, il me semble, la dent sucrée.
Avec tout ça, je me permets un repos de lecture et d’écriture littéraire –l’écriture d’aujourd’hui est davantage une écriture de journal de bord. Je vais peut-être passer quelques heures à avancer mon cheveuil en peinture à numéros, ça fait un bout de temps que le projet traîne sur le coin de la table, dans la salle à manger. C’est déprimant, quand un projet traîne trop longtemps. J’espère me sentir mieux demain.

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Jour 1 174

1918, USA --- The modernist writer, poet and literary critic Ezra Pound. --- Image by © E.O. Hoppé/CORBIS

1918, USA — The modernist writer, poet and literary critic Ezra Pound. — Image by © E.O. Hoppé/CORBIS

Pour Ezra Pound, j’ai tourné les coins pas mal rond. Il s’est retrouvé en institut psychiatrique parce que les Américains ne savaient pas quoi faire de lui, à la fin de la deuxième guerre en 1945. Plutôt que de le juger pour ses propos et actions antisémites et antiaméricaines, ils l’ont déclaré fou et envoyé en institut psychiatrique, où il est resté semble-t-il pendant treize ans. Cela nous amène en 1958, je n’étais pas encore née. Des États-Unis où il a purgé sa pseudo folie, il est retourné en Italie. Il est écrit dans mes sources Wiki qu’il y a retrouvé en 1961 une des deux femmes de son trio amoureux d’avant la guerre, une prénommée Olga, avec laquelle il a poursuivi sa vie jusqu’à sa mort en 1972, il était alors âgé de 87 ans. La particularité de son parcours qui m’intéresse le plus est la suivante : entre le moment où il retrouve Olga en 1961 et sa mort en 1972, il est écrit dans mes sources qu’il n’a pas prononcé un seul mot, sauf pour accorder un entretien à Pier Paolo Pasolini. Il a fait vœu de silence. D’autres sources cependant font allusion à son sens de la répartie lors d’entretiens qui auraient eu lieu à la fin de la vie d’Ezra…
Cela me fait penser au peintre Serge Lemoyne qui n’a peint qu’en trois couleurs pendant dix ans, en bleu blanc rouge, les couleurs des Canadiens de Montréal.
Sur la photo ci-contre, Ezra Pound a un regard tellement déterminé qu’il me semble impossible qu’il soit devenu fou. Là où ses valeurs m’intéressent également, au plus haut point, c’est lorsque je tombe sur le texte suivant : « Il considérait que la seule vraie religion était la révélation faite dans les arts. » Prise hors contexte comme je le fais, la phrase ne veut pas dire grand-chose, mais c’est agréable à lire et ça m’inspire ! En tout cas l’homme est très beau, il a 33 ans sur la photo. Il y a aussi une chose qui me surprend de ce que je lis à son propos : entre 1900 et 1905 –il n’avait que 15 ans en 1900–, il a étudié la littérature comparée dans une université de Pennsylvanie. Or, je pensais que la littérature comparée était une invention d’intello des années cinquante, je ne sais pas pourquoi. Ezra Pound était un érudit excessivement brillant. Il a étudié le chinois et le japonais, composé deux opéras et de la musique pour violon solo, il a développé une pensée politique et économique complexe et … écrit son œuvre majeure, des chants épiques, sur des kilomètres de papier de toilette lorsqu’il était interné.
Avec tout ça, je suis sur le point de terminer Paris est une fête et je me rends compte que les textes de ce recueil ont été écrits il y a presque cent ans puisqu’ils relatent des moments de la vie parisienne de Hemingway entre 1921 et 1929. Je me rends compte aussi qu’encore une fois j’ai été excessive : je me retrouve avec plusieurs Folio à lire d’Ernest Hemingway et je ne suis pas certaine d’être séduite par son style et ses propos. Les phrases sont longues et s’étirent à force de conjonctions de coordination : je me levais et je marchais et je disais à Hadley et notre fils nous regardait et ci et ça… Il y a une histoire de style là-dessous que je ne décode pas bien. Je vais attaquer ensuite Le vieil homme et la mer, avant d’entreprendre les textes plus costauds dont Pour qui sonne le glas.
Je vais peut-être intercaler un Tremblay dans ma série Hemingway, j’ai acheté La traversée du malheur, dernier tome de la diaspora des Desrosiers qui compte neuf livres, autrement dit je commence par le dernier, et espère lire les huit précédents à l’envers, un coup partie.

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Jour 1 175

Ana Mendieta et Carl Andre

Ana Mendieta et Carl Andre

Ça m’instruit quand même un peu de lire Paris est une fête. Je découvre qu’Ezra Pound n’est pas un peintre mais un homme de lettres poète activiste mussoliniste. Comme ça arrive souvent chez les artistes ultrasensibles et exaltés, il a fréquenté un institut psychiatrique –les douze dernières années de sa vie. J’ai lu tout le chapitre sur Ezra Pound en pensant qu’il s’agissait d’un peintre –cocotte. À ma décharge, je dirais qu’il était facile de le penser parce que Pound nous est présenté dans son atelier, entouré d’œuvres asiastiques et d’un buste de lui-même. Je vais relire le chapitre, quoi qu’il en soit, d’autant qu’il est pas mal court, et je ne serais pas surprise d’y trouver des références à son statut d’homme de lettres.
Là où Alain Robbe-Grillet a vécu l’amour auprès de plusieurs femmes pendant que Catherine vivait l’amour auprès de plusieurs hommes et que l’un et l’autre, apparemment, se racontaient tout, sur une période d’au-delà de cinquante ans, Ezra a vécu en trio amoureux avec les deux mêmes femmes jusqu’à la fin de sa vie (la formule Ezra me séduit quand même un peu plus que la formule Alain).
La vie extatique de Pound me fait penser à celle de cet artiste dont j’ai déjà commenté l’œuvre –une longue poutre de bois– qui était en exposition au MBA de Montréal. C’était dans les premiers mois, il me semble, de mon blogue. La femme de cet artiste, une adepte du Body Art, s’était jetée du huitième étage de leur appartement dans leur quartier de Soho. Était-ce bien Soho ? Meurt-on systématiquement quand on se jette en bas d’un huitième étage ? N’est-ce pas un peu bas ? Assaillie de doutes, je suis allée fouiller dans le cartable de ma première année d’écriture. Je n’ai pas de copie électronique de mes textes, mais heureusement j’en ai en papier de mes quatre premières années. Le peintre américain sculpteur minimaliste est Carl Andre, la femme d’origine cubaine qu’il a épousée est Ana Mendieta. Ils habitaient le quartier de Greenwich Village et la référence au chiffre huit n’a pas trait à l’étage duquel elle s’est jetée mais au nombre de mois qu’a duré leur mariage. Ana s’est jetée du 34e étage, c’est déjà pas mal plus haut. L’histoire ne dit pas, des quelques pages web que j’ai lues, depuis combien de temps le couple était en couple.
Avec tout cela, les artistes, les dérives, les suicides, le nombre d’étages, je m’éloigne pas mal de ce que je voulais exprimer en début de texte. Je voulais exprimer qu’il me semble plus facile de vivre l’amour en l’alimentant par la parole et l’inventivité, en ayant donc recours essentiellement à sa tête, que de vivre l’amour avec son cœur et son corps. C’est la première pensée qui a traversé mon esprit, ce matin à mon réveil. Je fais référence bien sûr à Alain et à Catherine qui ont construit une relation amoureuse intellectuelle qui leur servait aussi, en grande partie, de matériau artistique –cinématographique et littéraire. Demain, il est possible que je pense le contraire et que je me dise que l’intellect alimentait aussi le cœur, mais aujourd’hui je n’en suis pas là.

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Jour 1 176

C'était hier. Aujourd'hui, ça ne me tente plus.

C’était hier. Aujourd’hui, ça ne me tente plus.

Aujourd’hui, cela ne me tente plus de lire Alain, écrit par sa femme Catherine. Si le livre me tombe entre les mains, il y a des chances que je l’ouvre –et peut-être le dévore–, mais je n’ai pas l’intention de courir après pour l’obtenir à tout prix.
Sur la couverture du guide Marabout des 100 livres que j’ai en ma possession, on voit Simenon, Colette, Hemingway, et les couvertures des livres de Pagnol, Kundera et Yourcenar.
Je commence par la fin : j’ai déjà essayé de lire Les mémoires d’Hadrien mais mon vocabulaire était trop pauvre, je ne comprenais rien. Il pouvait y avoir cinq mots que je ne connaissais pas dans la même phrase. Devant l’ampleur de la tâche, j’avais abandonné. Je lis aujourd’hui sur Wikipédia ce dont il s’agit –une longue méditation sous forme de lettre qu’écrit à son petit-fils Marc-Aurèle l’empereur Hadrien à la fin de sa vie, et j’aurais envie de m’y réessayer, mais le même écueil se représenterait parce qu’il me semble que je n’ai pas plus de vocabulaire aujourd’hui que dans les années de ma vingtaine. Je suis peut-être plus patiente, cependant.
Kundera, je connais bien. J’adore son style qui nous fait osciller entre le roman et l’essai. Comme il est érudit, il peut affirmer des choses là où je n’ose rien affirmer. Il étale des vérités d’une manière posée et réfléchie. J’adore ses répétitions dont j’ai tendance à m’inspirer car je prends plaisir à me répéter quand j’écris. Pour la petite histoire, lorsque j’ai fait la connaissance de Jacques-Yvan, j’étais en train de lire L’insoutenable légèreté de l’être, ou plutôt de le relire, et Jacques-Yvan, pour mieux me connaître peut-être, s’est empressé de se procurer le roman et l’a lu deux fois de suite.
Pagnol, j’adore, pour la rythmique et la musicalité de l’accent du sud, d’où on comprend que j’ai découvert une partie de son œuvre davantage à travers les films que les livres. Au ciné-répertoire de l’UdeM, en 2014, j’ai vu avec un collègue, en formule deux pour un, les films Marius et Fanny, réalisés par Daniel Auteuil.
Hemingway, je suis en train de lire Paris est une fête, et j’en ai acheté cinq ou six au Renaud-Bray avec Oscarine, mais je dois mentionner que je l’ai temporairement mis de côté pour me lancer dans Un ange cornu de Michel Tremblay.
Colette ne me plaît pas tant que ça, j’en ai lu un ou deux mais je ne me rappelle pas lesquels, je me rappelle cependant que mes amies, qui étaient presque toutes homosexuelles à cette époque de ma vie, l’aimaient beaucoup. Je vais peut-être prendre plaisir, cette fois, à la découvrir.
Simenon, j’en ai bien lu quelques-uns, avec plaisir à chaque fois, mais je continue de me demander comment ma sœur a bien pu réussir l’exploit de lire l’œuvre entier de Simenon, en dix-huit tomes épais imprimés sur du papier oignon !
Aujourd’hui, je ne me sens pas très bien, je couve peut-être le virus qu’a rapporté Denauzier de Calgary. Alors je vais aller m’installer sur le canapé avec l’Ange cornu, je suis rendue au chapitre consacré à Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy –dont j’ai lu assez récemment La détresse et l’enchantement.

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