Jour 1 175

Ana Mendieta et Carl Andre

Ana Mendieta et Carl Andre

Ça m’instruit quand même un peu de lire Paris est une fête. Je découvre qu’Ezra Pound n’est pas un peintre mais un homme de lettres poète activiste mussoliniste. Comme ça arrive souvent chez les artistes ultrasensibles et exaltés, il a fréquenté un institut psychiatrique –les douze dernières années de sa vie. J’ai lu tout le chapitre sur Ezra Pound en pensant qu’il s’agissait d’un peintre –cocotte. À ma décharge, je dirais qu’il était facile de le penser parce que Pound nous est présenté dans son atelier, entouré d’œuvres asiastiques et d’un buste de lui-même. Je vais relire le chapitre, quoi qu’il en soit, d’autant qu’il est pas mal court, et je ne serais pas surprise d’y trouver des références à son statut d’homme de lettres.
Là où Alain Robbe-Grillet a vécu l’amour auprès de plusieurs femmes pendant que Catherine vivait l’amour auprès de plusieurs hommes et que l’un et l’autre, apparemment, se racontaient tout, sur une période d’au-delà de cinquante ans, Ezra a vécu en trio amoureux avec les deux mêmes femmes jusqu’à la fin de sa vie (la formule Ezra me séduit quand même un peu plus que la formule Alain).
La vie extatique de Pound me fait penser à celle de cet artiste dont j’ai déjà commenté l’œuvre –une longue poutre de bois– qui était en exposition au MBA de Montréal. C’était dans les premiers mois, il me semble, de mon blogue. La femme de cet artiste, une adepte du Body Art, s’était jetée du huitième étage de leur appartement dans leur quartier de Soho. Était-ce bien Soho ? Meurt-on systématiquement quand on se jette en bas d’un huitième étage ? N’est-ce pas un peu bas ? Assaillie de doutes, je suis allée fouiller dans le cartable de ma première année d’écriture. Je n’ai pas de copie électronique de mes textes, mais heureusement j’en ai en papier de mes quatre premières années. Le peintre américain sculpteur minimaliste est Carl Andre, la femme d’origine cubaine qu’il a épousée est Ana Mendieta. Ils habitaient le quartier de Greenwich Village et la référence au chiffre huit n’a pas trait à l’étage duquel elle s’est jetée mais au nombre de mois qu’a duré leur mariage. Ana s’est jetée du 34e étage, c’est déjà pas mal plus haut. L’histoire ne dit pas, des quelques pages web que j’ai lues, depuis combien de temps le couple était en couple.
Avec tout cela, les artistes, les dérives, les suicides, le nombre d’étages, je m’éloigne pas mal de ce que je voulais exprimer en début de texte. Je voulais exprimer qu’il me semble plus facile de vivre l’amour en l’alimentant par la parole et l’inventivité, en ayant donc recours essentiellement à sa tête, que de vivre l’amour avec son cœur et son corps. C’est la première pensée qui a traversé mon esprit, ce matin à mon réveil. Je fais référence bien sûr à Alain et à Catherine qui ont construit une relation amoureuse intellectuelle qui leur servait aussi, en grande partie, de matériau artistique –cinématographique et littéraire. Demain, il est possible que je pense le contraire et que je me dise que l’intellect alimentait aussi le cœur, mais aujourd’hui je n’en suis pas là.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 1 175

  1. Jacques Richer dit :

    Je pense que 8 étages sont bien suffisants pour un bon suicide. À moins de se jeter dans l’eau.

    Aimé par 1 personne

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