
Fiou ! Ça fait longtemps que j’y pense, à cette badouzienne qui attend son tour d’exister. Il vient de tomber une grosse ondée, grosse mais courte. Je ne sais pas si ça va aider à humidifier le moindrement la terre. J’étais contente de voir cette pluie tomber parce qu’elle allait désaltérer le sol, en premier lieu, et diminuer l’inquiétude des agriculteurs, mais aussi, beaucoup, pour venir enfin m’asseoir tranquille dans mon bureau et écrire un nouveau texte avant de me lancer dans la correction des anciens.
Or, en accédant à l’interface de WordPress, j’ai constaté qu’une connexion vers LinkedIn avait besoin d’être actualisée. Je me suis soumise à l’identification requise avec mot de passe, mot de passe oublié, mot de passe incorrect, mot de passe sécurisé, identifiant erroné, code de six chiffres en dernier recours envoyé par un courriel séparé, etc. Le temps de m’en sortir, la pluie était finie ! Il fait donc soleil en ce moment, ma connexion LinkedIn est rétablie, mais je dois faire le deuil de l’ambiance introspective que créent naturellement la pluie et le temps gris.
Je pensais que j’aurais terminé les corrections de ma deuxième année d’écriture à la fin du mois de mai, or il n’en est rien, je me suis trompée dans mes échéanciers, une fois de plus. Je suis en train de relire les textes de ma première année, c’est vous dire à quel point je suis loin du compte.
– Les textes existent et il n’y a qu’à y revenir quand ça adonnera ?, suggère ma psychologue.
Je vais bien finir par agir de la sorte, par corriger mes pages au fur et à mesure de mes disponibilités, mais il va falloir que s’estompe d’abord l’empressement qui me dévore selon lequel je voudrais avoir déjà tout relu, tout revu de mes dix ans de noircissement d’écran !
Je constate qu’il est très facile d’oublier que j’ai écrit pendant dix ans. Je vis, depuis la fin de mon défi, comme si cet exercice n’avait pas existé, comme si je ne m’étais pas moi-même accompagnée au fil des années en laissant des traces écrites de mes aventures.
J’ai découvert à la librairie la version de poche du livre de Vanessa Springora, Le consentement. Il venait d’être publié en France quand je suis allée visiter Emmanuelle à Strasbourg, en 2019. Ce livre est à l’origine d’un récit que j’ai écrit à mon retour d’Europe, que j’ai intitulé Les initiales gravées, qui dort dans un tiroir depuis maintenant deux ans. Là où je veux en venir, c’est que le livre de poche est mince, un petit deux cents pages imprimées à caractères assez gros. Sur le bandeau publicitaire, il est écrit que ce texte cathartique fera date. Hervé Guay avait écrit quelque chose de semblable, dans le Devoir, par rapport à ma Zébresse, à l’effet que ce recueil allait marquer d’une pierre blanche le créneau de la littérature érotique. Pauvre Hervé, il s’est trompé.



