À huit heures ce matin vendredi, un spécialiste les mesures est venu noter les grandeurs des fenêtres, en prévision, en ai-je assez parlé, de les changer. J’étais réveillée depuis six heures et demie et je lisais sur mon ordi les articles des journaux commentant la retrait de l’Angleterre de l’Union européenne. En fait, le spécialiste est arrivé un peu en avance. Comme c’est jour férié pour la St-Jean, c’est miraculeux sur les autoroutes, m’a-t-il dit, il n’y a personne ! J’ai trouvé qu’il prenait les mesures aussi rondement que les représentants précédents. Il a griffonné au verso des pages de la soumission quelques chiffres qu’il a accompagnés de lignes verticales pour la hauteur, et horizontales pour la largeur. On nous avait pourtant dit, lors de la rencontre avec le fournisseur, que les mesures allaient être prises très précisément. Bof. Pouf.
Quand il a vu les fenêtres, il m’a dit qu’elles avaient été installées selon la technique de l’insertion, là où les autres avant lui m’avaient dit qu’elles avaient été installées selon la technique dite brique à brique. Bof bof.
– Je peux me tromper, remarquez, a-t-il dit, constatant ma surprise.
Assez rapidement, il a fait le tour des fenêtres à changer, à l’intérieur et à l’extérieur, et il s’est dirigé vers moi, le bras déjà tendu pour me serrer la main. Aussitôt arrivé, aussitôt reparti.
– Avez-vous pris les mesures de la petite fenêtre sous l’escalier ?, ai-je voulu vérifier.
– Non. Elle fait partie de la soumission ?, a-t-il répondu en parcourant la soumission.
– Et avez-vous pris aussi les mesures de la porte patio ?, ai-je ajouté.
– Ah bon, elle aussi fait partie de la soumission ?
Bof pouf pouf.
Après, je suis allée donner la deuxième couche de teinture sur les plinthes de la grande chambre du rez-de-chaussée. Au moment où j’écris ce texte, j’ai fini. Cela m’a pris trois jours et demi. Le résultat est pas si pire. Vouloir bien faire, et être célibataire, je pourrais décaper et teindre deux encadrements de fenêtres et les plinthes de la salle à manger. Je pourrais faire plein de choses et je ne suis même pas certaine que cela améliorerait l’état général des lieux tellement tout y est décrépi, défraîchi, flétri.
Après la teinture, j’ai ramassé mes affaires et j’ai ramené dans le logement d’Emma un lampe torchère qui m’a aidée à moins m’arracher les yeux pendant le décapage. Je l’ai déposée sur son socle, sur le plancher de la cuisine, et je me suis dirigée sans tarder, tellement j’avais soif, vers l’évier me prendre un verre d’eau. La lampe s’est fracassée à peine avais-je le dos tourné. Le pied s’était dévissé du socle sans que je m’en rende compte. Bof pouf paf.
J’ai tout ramassé au balai, et n’ai pu terminer à l’aspirateur car il est dans le coffre de ma voiture pour réparation. Bof pouf bof. Tout cela m’amène à une seule et même conclusion : il est temps que je rentre à la maison !
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