Jour 1 068

C’était il y a longtemps. Chouchou était toute petite. J’étais allée faire une course sur la rue Monkland et j’avais rencontré un collègue de l’université qui était déçu de me voir si mal habillée. Il y a plusieurs collègues de l’université qui habitent dans mon ancien quartier. Je portais une salopette d’un imprimé fleuri en coton ultraléger à jambes courtes, le tissu s’arrêtait à mi-cuisse. Je ne me rappelle pas de ce que je portais en-dessous, un tee-shirt, sûrement. Je m’étais sentie laide et pas sexy, devant le collègue qui m’inspectait des orteils aux oreilles, puis des oreilles aux orteils. Je me sentais habillée comme à douze ans, alors que j’en avais presque quarante.
Quelques jours plus tard, devant à nouveau faire des courses sur la rue Monkland, je m’étais mieux habillée, en prévision d’une rencontre avec le même collègue exigent en matière de tenue féminine. J’avais mis une robe à pois blancs sur fond noir, en rayonne, qui provenait d’une friperie. Comme ça arrive souvent avec les vêtements vieux qui ont été suspendus sur des cintres pendant des années, la robe était plus longue d’un côté que de l’autre, et le col était trop serré pour que je me sente à l’aise en la portant. Le collègue, que j’avais à nouveau rencontré, m’avait trouvée jolie et m’avait encouragée à reporter la robe pour aller travailler. Avoir fait cela, je serais morte étouffée à cause de la bordure du cou qui me serait rentrée dans la trachée en position assise.
– Comme ces jours sont loin !, me suis-je dit, en fin d’après-midi, alors que j’étais assise à une mini-terrasse de la même rue Monkland, un cornet de crème glacée à la main.
Emma et moi léchions chacun le nôtre, c’était notre pause entre deux plages de décapage.
– As-tu honte de moi, Emma, si j’y vais habillée comme ça ?, lui ai-je demandé avant qu’on quitte le logement.
– Non maman, je suis habituée, m’a-t-elle répondu.
Je portais des jeans achetés eux aussi rue Monkland, du temps que François était vivant. Ils sont extensibles, en tissu noir, mais le noir étant devenu gris avec le temps et les lavages, j’ai décidé d’en faire mes pantalons de chantier. Ils sont couverts de taches de peinture blanche. Aux pieds, j’avais mes baskettes, qui commencent à accuser une certaine fatigue d’avoir été portés tous les jours de l’année et d’être en prime mes chaussures de chantier. Pour le haut du corps, je portais une camisole noire très jolie que j’adore, que j’ai recouverte d’un grande camisole qui appartient à Emma, en coton rayé bleu et blanc. Sur la tête, me cachant les cheveux et se rendant jusqu’à la monture de mes lunettes, un grand mouchoir de coton rouge comme on en trouve, je dirais, dans les magasins de moto à la section des accessoires.
– Comme j’étais bête de me préoccuper du collègue et de m’empêcher de vivre, me suis-je dit encore en me remémorant mon passé.
– Qu’est-ce que je devrais offrir en cadeau ?, m’a demandé Emma qui se rend demain souligner l’anniversaire d’un proche.
– On pourrait aller voir s’il y a quelque chose chez Zone ?, lui ai-je suggéré.
C’est ce que nous avons fait, déambuler un peu dans le magasin, sans vraiment trouver d’idée intéressante, avant de retourner, en marchant plutôt lentement, à notre ouvrage de décapage.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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