Jour 1 051

DSC_3060

Sans titre pour l’instant, 3′ X 5′, acrylique, morceaux de serviettes de table en papier, polymère.

Samedi, je me suis permis de ne pas écrire mon texte bloguéen puisque j’ai passé la journée en mode création. J’ai travaillé presque dix heures sur la toile en photo vedette. Au lieu de m’installer dans mon bureau, sur ma grande table, j’ai apporté mon matériel dans la salle à manger, profitant d’une table encore plus grande, et, surtout, profitant de la compagnie de mon mari.
– Que vas-tu faire ?, lui ai-je demandé, sachant que pour ma part j’en aurais pour une bonne partie de la journée.
Il pleuvait des cordes, il faisait froid et nous n’avions, ni l’un ni l’autre, envie de sortir de la maison.
– Ne t’inquiète pas pour moi chérie. Je vais taponner. Je vais faire mes petites affaires. Je vais me reposer.
Au risque de me répéter, pour ceux qui m’ont lue vendredi, voici les grandes lignes de mon projet. On discerne à l’arrière-plan, sur la toile, une femme nue, les bras à la verticale au-dessus de sa tête. Mon intention, lorsque j’ai fait cette toile il y a plusieurs années, était de reproduire une femme qui rend hommage à la vie. Mais, comme il y a loin de la coupe aux lèvres, comme il peut y avoir un précipice immense entre l’intention et le résultat concret, la pauvre femme ressemblait plutôt à une suppliciée. Elle a vécu sans demander son reste, plusieurs années, suspendue sur un mur brun dans la petite pièce, peu utilisée, du logement de Montréal.
Réalisant que cette toile ne pourrait pas habiter dans la maison de Denauzier sans recevoir au préalable quelques améliorations, j’ai utilisé des moules de styromousse, recouverts d’acrylique assez liquide, pour couvrir la femme de carrés verts et de carrés jaunâtres. Les moules m’ont été donnés par une amie collègue. Ils regroupaient au départ les morceaux nécessaires pour assembler un dinosaure de format miniature, par rapport au format de l’animal vivant.
Il traînait dans la pièce, samedi, un panier en plastique qui sert normalement à transporter les vêtements de la laveuse à la corde à linge. J’y ai mis mes serviettes de table, qui ne couvraient que le fond du panier. J’ai commencé par en retirer la double peau blanche. Une serviette de table en papier est habituellement fabriquée de trois épaisseurs, deux blanches et celle imprimée. Puis, en traçant sur le papier imprimé, avec un crayon feutre noir, le contour des formes, j’ai découpé les formes obtenues et je les ai collées à l’endroit sur la toile où apparaissait leur contour. Je sais, ce n’est pas facile à suivre, c’est en grande partie parce que je ne sais pas simplifier.
Les professeurs nous répétaient pendant mes cours qu’il faut s’arrêter souvent, s’éloigner de la toile et l’observer avant de continuer. Or, quand je suis en train de travailler, je n’ai qu’une envie, c’est de ne pas m’arrêter. Quand j’ai finalement regardé le résultat obtenu –des colonnes vertes et des colonnes jaunes remplies ici et là de formes en papier–, l’ensemble n’avait l’air de rien. J’ai décidé alors de tracer en utilisant le côté tranchant d’une spatule une bordure blanche pour délimiter chaque carré. Comme les masses jaunâtres manquaient de tonus, j’ai ajouté en dernière étape quelques morceaux en forme de bâtonnet d’une serviette dont l’imprimé était celui d’un bouquet de roses.
Mon mari aime beaucoup. Je pense que moi aussi.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Un commentaire

Jour 1 052

J’ai délaissé les arts plastiques ces dernières semaines au profit du décapage et du jardinage. Décapage : j’ai obtenu un résultat moyen dans la mesure où le bois était passablement abîmé, mais la pièce bénéficie d’un atout supplémentaire en n’étant plus dotée de plinthes peintes en blanc sale cassé. Denauzier a posé les quarts-de-rond cette semaine, pendant que je frottais au papier sablé une rampe que nous avons teinte par la suite de la même couleur. Avoir eu le temps et l’énergie, je l’ai déjà écrit, je me serais aussi attaquée aux plinthes de la salle à manger, qui auraient elles aussi grand besoin de recevoir un peu de soins et d’amour.
Jardinage : je l’ai écrit aussi : les insectes mangent les feuilles des arbustes et le Malathion n’est pas efficace. Après avoir vu hier l’aménagement paysager, là où habite à Joliette mon frère Swiff, je réalise que j’ai énormément de croûtes à manger avant d’arriver à un résultat significatif. Comme il ne fait pas beau de toute façon ces derniers temps, je laisse faire le jardinage et je me tourne vers les activités intérieures.

Projet en cours.

Projet en cours.

Arts plastiques/activités intérieures : j’ai peint il y a longtemps une femme agenouillée sur un plancher de lattes de bois qui se tient les bras au-dessus de la tête. Il me semble, là aussi, avoir déjà écrit là-dessus. Comme on peut le constater sur la photo ci-contre, la femme fait pas mal pitié, elle a le tronc déformé, elle est maigre à l’os, elle semble avoir reçu une chirurgie au visage au terme de laquelle elle ne possède plus qu’un moignon à la place du nez. Ce sont les lattes qui m’avaient demandé le plus de réflexion et j’avais eu une longue conversation avec mon professeur de l’époque, à savoir si je traçais des lignes pour créer un effet de lattes ou si je laissais la surface pleine et dépourvues de lignes. Le professeur ne m’encourageait pas à tracer les lignes mais j’avais choisi de les tracer. Elles ne sont plus tellement visibles sur la photo, mais ce qui est amusant, c’est que la toile a été déposée, pour la prise de photo, sur la terrasse adjacente à notre maison, terrasse dont le plancher est constitué de larges lattes ! Je ne trouve pas, dans mes répertoires de fichiers, de reproduction de cette toile. Je suis une piètre archiviste. Je me résous donc à publier à la place la même toile, mais avec la surimpression récente, car je l’ai faite hier, des formes répétitives qui apparaissent en vert et en jaune par-dessus la femme.

Ce que j'appelle des moules de styromousse dépourvus de leur contenu.

Ce que j’appelle des moules de styromousse dépourvus de leur contenu.

J’ai utilisé, pour créer l’effet répétitif de pseudo-mosaïque, des sortes de moules de styromousse dépourvus de leur contenu. Une collègue me les avait apportés au travail, pensant qu’ils pourraient m’être utiles. Ils proviennent d’un jeu qu’elle avait acheté pour son fils. Une image valant mille mots, voici ci-contre, sur les mêmes larges lattes, les moules en question. Mon projet est le suivant : je vais utiliser ma collection de serviettes de tables pour combler les masses. Je vais donc déposer le moule sur une serviette, tracer le contour d’une forme sur le papier avec un crayon, découper le papier, et le coller avec du polymère sur la toile, par-dessus la femme, pour combler les mêmes masses qui se répètent. Le problème, si on peut dire que c’en est un, c’est que je ne vois pas bien à l’intérieur, même si mon bureau est très fenestré, alors je vais aller faire mes découpages/collages dehors, en m’habillant chaudement. Donc, l’activité véritablement intérieure, ce sera pour une autre fois.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 053

Mince ! C’est la première fois qu’une telle chose se produit : j’ai rêvé que j’étais fâchée contre ma fille. Habituellement, quand la colère s’exprime dans mes rêves, c’est ma sœur qui en est la cause et, je dirais, le réceptacle. Il m’arrive de lui en vouloir à un point tel que je passe à un cheveu de la tuer. Le sentiment qui m’habite alors est excessivement violent. Je perds le contrôle de mon être. Voulant tuer ma sœur, je ne sais plus si je ressens de la violence destructrice ou de la délectation, tellement la force de l’énergie qui explose de ma personne devient jubilatoire.
Cette fois, j’en voulais à ma fille parce qu’elle ne s’entourait pas bien et protégeait ceux dont elle s’entourait. Ainsi, j’apprenais qu’un jeune homme de son âge, qui est apparu dans mon rêve trop rapidement pour que je discerne ses traits, avait jeté notre chatte Mia du haut du deuxième étage. Se fracassant le squelette sur l’asphalte sous la force de l’impact, notre chatte mourait. Je m’insurgeais contre cette violence, mais Emma choisissait de fermer les yeux. Le jeune homme téléphonait à ma fille pour lui demander pardon d’avoir tué son chat. J’attrapais le combiné et donnais libre cours à mon imagination en exprimant tous les qualificatifs en able qui se présentaient à mon esprit : inacceptable, déplorable, pitoyable, misérable… J’y allais bien sûr d’un ton docte qu’aucune instance sur terre n’aurait pu m’amener à remettre en question.
Le jeune homme, cela me revient maintenant, était grand et de peau orangée, comme s’il avait bu trop de jus de carottes pour se protéger de la chaleur d’un climat brûlant. Il avait les cheveux longs, de couleur ébène, lâchement retenus par un élastique duquel s’échappaient plusieurs mèches un peu ondulées. En fait, il ressemblait au peintre Wilfrid qui est venu travailler sur la rue Wilson en juin dernier.
Je n’ai aucun scrupule à nommer les gens qui apparaissent dans mes rêves car on m’a déjà expliqué qu’ils ne sont que des représentations de nous-mêmes. Cela voudrait dire que lorsque j’ai envie de tuer ma sœur, c’est une partie de moi que je désire tuer.
Dans la cuisine chez Emma, je me mettais à ouvrir et à fermer les portes d’armoire avec fracas. Je prenais une assiette en faisant tinter toute la pile et je me retenais avec peine de la lancer dans la pièce. Une amie d’Emma lui disait de ne pas s’en faire, que ma mauvaise humeur allait passer.
– Bien non, justement, répondait Emma. Quand ma mère est dans un tel état, ça ne passe pas.
– Elle a bien raison, me disais-je en moi-même, ayant entendu la réponse d’Emma.
Je continuais donc de me comporter comme si j’étais incapable de contenir ma colère. C’est elle qui dirigeait ma personne et dictait mes comportements dangereux.
Un filet de voix intérieure, cependant, arrivait à se rendre jusqu’à mon cœur, jusqu’à ma conscience. Faible, fragile, ridiculement petit par rapport au gigantesque magma bouillant qui m’embrasait, le filet de voix me demandait s’il n’était pas temps de laisser l’excès de rage sortir de moi et s’évanouir. N’en revenant pas qu’une forme de vie si ténue ait réussi à se faire entendre dans le vacarme de mon explosion intérieure, j’abdiquais sur le champ. Je respectais illico, j’honorais sans attendre ni une ni deux, la force de la faiblesse et de la fragilité. Je laissais pendre mes bras le long de mon corps. J’expérimentais un lâcher prise immédiat qui me transportait pas loin du paradis.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 054

Quelques petites choses sans importance aujourd’hui.
1. Ma vitesse de coagulation est trop lente. Je vais devoir surveiller mieux la quantité de légumes verts et la quantité d’alcool que je consomme.
– Comment ça marche, encore ?, m’a demandé mon mari.
– Le vert accélère la vitesse de coagulation, l’alcool la ralentit.
Je vais aussi devoir me faire piquer la grosse veine dans la pliure du coude dans deux semaines, au lieu de dans un mois, au CLSC. Le point positif de mes visites au CLSC, c’est qu’elles m’obligent à me lever tôt et donc à profiter davantage de la journée. Il faut se présenter entre 7 et 9 heures. Je me présente à 8h45. Elles constituent aussi, ces visites, l’occasion d’ouvrir une revue de type Châtelaine, Loulou, Coup de pouce. À chaque fois, ça me détend. Cette fois-ci, j’ai ouvert un Châtelaine dans lequel il y avait un reportage intitulé Ma première fois. Des artistes ou autres personnalités commentaient une première fois qui les avait marqués au cours de leur vie. Une comédienne, sa première journée d’école à la maternelle, un entrepreneur, la première fois qu’il a vendu une de ses entreprises, Édith Cochrane, son premier enfant –qui souffre d’allergies, etc. La cinquième personnalité était la journaliste Marie-Ève Bédard. J’avais hâte d’en arriver à son court récit, mais j’ai été surprise de constater qu’il ne me faisait pas autant d’effet que les autres. J’ai voulu le relire et comprendre pourquoi il me faisait moins d’effet, mais je n’en ai pas eu le temps, c’était rendu mon tour d’aller me faire piquer. Il y avait aussi un article dans lequel Janette Bertrand, 91 ans, s’exprimait sur la vie sexuelle en général, sur celle des femmes ménopausées, sur celle des troisième âge avancé. Là aussi, je me suis surprise à me dépêcher de tourner les pages pour le sauter. La dame m’énerve à trop savoir et à trop énoncer.
2. Comme nous étions à Montréal hier pour améliorer l’état d’un logement qui sera bientôt habité par de nouveaux locataires, j’ai passé un peu de temps avec ma fille.
– Elle est tellement calme !, ai-je dit ce matin à mon mari en buvant mon café.
– Elle est comme toi. Vous êtes pareilles., a-t-il répondu.
– Wow !, me suis-je exclamée. J’adore la compagnie de ma fille, me faire dire que je suis comme elle, c’est tout un compliment !
3. Nous sommes allées, trois femmes amies, à la vente trottoir au centre-ville du grand Joliette aujourd’hui. Dans la chaleur et sur l’asphalte, mais heureusement il y avait un peu de vent. Je me suis acheté un chemise à manches longues ultra-légère de couleur corail au magasin Kaki. Conseillée par mes amies, je me suis aussi acheté un rouge à lèvres de la même couleur, corail, à la pharmacie. Nous avons terminé notre journée dans la piscine chez mon frère, les grandes pattes d’ours. Il a peut-être été distrait lors du récit que je lui ai fait de mes achats, ou alors je me suis trompé de mot, toujours est-il qu’il a été très surpris d’apprendre qu’il existait du rouge à lèvres de couleur kaki.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 055

Le meilleur moyen de protéger le bébé c'est encore de le couver.

Le meilleur moyen de protéger le bébé c’est encore de le couver.

La nature est cruelle et les réalisations humaines sont éphémères. La nature est cruelle : les merles d’Amérique parents ont passé la journée de dimanche à tenter de protéger leur nouveau-né de l’appétit vorace de la buse qui ne les a pas lâchés. Elle venait frôler la vigne dans laquelle les merles ont construit leur nid. Elle s’installait et guettait sur un fil électrique qui traverse le terrain, pas trop loin de la vigne. Elle venait même se frotter le bout des ailes à la fenêtre du salon, elle aussi à proximité de la vigne, à proximité du nid. Denauzier et moi avons passé la journée inquiets pour le bébé. Quand il la voyait, Denauzier lui donnait des coups de balai en lui criant après. Mais la buse n’a peur de rien, ni de cris humains ni d’un balai. Tout vient à point à qui sait attendre, se disait-elle. Et le moment où tout vint à point se situe quelque part dans la nuit car au matin lundi il n’y avait plus de parents autour du nid et encore moins de bébé.
C’était la première fois de ma vie que je voyais une buse. Il s’agit d’un bel oiseau de proie de la famille des faucons, quand même assez grand quand il déploie ses ailes. Celui qui habite les environs est de couleur beige et blanc cassé. Ce n’est pas la première fois qu’il vient manger des bébés. Il en a dévoré en mai dernier, trois, des mêmes parents. Dimanche il en a mangé un, mais c’était peut-être le dernier d’une couvée de trois également. L’an prochain, Denauzier veut installer le nid ailleurs, des fois que ça pourrait aider les merles d’Amérique.
Je me suis demandé comment meurt le bébé une fois qu’il se fait happer. Est-ce que la buse le croque ? A-t-elle des dents ? Est-ce qu’elle l’avale tout rond, auquel cas le bébé meurt étouffé dans l’estomac. Est-ce que le bébé fait une crise de cœur tellement il a peur dans les secondes qui précèdent sa capture ?
Les réalisations humaines sont éphémères : cela nous ramène à la plate-bande, au paillis que j’y ai étendu, au muret de roches que j’y ai construit moi-même et dont je suis pas mal fière. Je pensais qu’une fois conçue, il ne me resterait plus qu’à l’entretenir, qu’à arroser les arbustes, qu’à désherber, qu’à admirer les nouvelles pousses et qu’à observer l’éclosion des fleurs. Pantoute. Le danger guette toute la plate-bande sous la forme de scarabées ou de chenilles ou d’autres insectes mangeurs de feuilles. Les berberis que j’ai achetés il y a trois semaines, qui étaient de la grosseur d’un melon d’eau, sont rendus gros comme des pommes tellement ils se sont fait manger. Denauzier a vaporisé du Malathion et cela n’a rien fait. Les cœurs saignants ont fondu eux aussi, et la potentille, et les hydrangées. Ç’aurait été trop facile, faire une plate-bande et ne plus craindre pour sa vie. La nature est cruelle et les réalisations humaines sont humbles par définition.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 056

Ce soir nous recevons des voisins à souper, nous serons trois couples. Nous pensions recevoir nos amis samedi dernier. On prévoyait du temps maussade, plutôt frais. Je trouvais que c’était parfait pour utiliser le four et cuire une lasagne. Les plans cependant ont changé, mais pas le menu, de telle sorte que je vais cuire la lasagne tout à l’heure alors qu’il fait caniculaire à l’extérieur !
À chaque fois que j’en prépare une, je pense à mon amie qui m’a dit, autrefois jadis il y a longtemps, que ça coûte quand même cher à préparer, compte tenu de tous les ingrédients qui entrent dans la composition de ce plat. Effectivement. Je commence sur une épaisseur de pâtes préalablement cuites à l’eau, recouvertes d’un sac complet d’épinards étuvés et de ricotta; une épaisseur de pâtes, recouvertes de sauce à la viande et à la tomate, dans laquelle je mets de l’extrait d’anchois, du poivre de cayenne et du clou de girofle; une épaisseur de pâtes recouvertes de sauce béchamel à l’ail. Pour garnir le tout, du gruyère râpé, c’est en partie à cette étape que le bât blesse, question de prix.
Toujours est-il que lorsque je prépare de la lasagne je pense à mon amie. S’enchaîne alors à chaque fois, du fait d’avoir pensé à la lasagne et à mon amie, cette autre fois où elle m’avait demandé comment j’éclaircissais ma sauce de bœuf bourguignon, parce qu’elle avait préparé ce plat mijoté mais l’avait trouvé trop épais en fin de cuisson. Je lui avais répondu que j’ajoutais de l’eau et du vin. Je dois dire que je suis très généreuse quant à la quantité de vin rouge que je verse. Je ne respecte pas tellement la quantité recommandée. J’avais été touchée que mon amie me pose des questions d’ordre culinaire parce que je ne peux pas dire que j’étais à ce moment-là une référence en la matière !
Un peu plus tard, je suis devenue maman et j’ai accouché d’Emma en pleine canicule à la fin du mois d’août. Mon amie était venue me visiter pour me donner un petit coup de pouce. Malheureusement, la nuit qui précédait sa visite, j’avais mal dormi. Voyant mon teint passablement verdâtre, elle m’avait dit se faire du souci pour moi.
Je n’ai jamais dit à mon amie que la première fois que je suis allée dormir chez elle, à la maison familiale où elle habitait encore puisque nous étions adolescentes à l’école secondaire, j’ai passé une des plus belles nuits de ma vie. Je m’étais réveillée calme et reposée comme cela ne m’était peut-être jamais arrivé.
Depuis le conventum –au cours duquel j’ai revu cette amie–, il me semble que je suis une autre femme. J’ai rêvé récemment que j’annonçais haut et fort à qui voulait l’entendre que nos retrouvailles du Séminaire avaient changé ma vie. Je pense qu’il y a du vrai dans cette affirmation. Au lieu de m’en vouloir pour toutes les mauvaises choses que j’ai pu avoir faites et avoir dites et qui ont blessé mes amis de l’époque, je meurs d’envie de les revoir et, avec eux, de profiter de la vie !

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 057

Je me rendais étudier à Québec, justement, en septembre. Arrêt à Trois-Rivières.

Je me rendais étudier à Québec, justement, début septembre. Arrêt à Trois-Rivières.

J’ai sauté le niveau collégial, dans mon texte d’hier, quand on arrive à l’extrait suivant : Je me suis amusée à porter n’importe quoi de la fin de l’école primaire jusqu’à la fin de l’université. Je vais entreprendre ce soir un survol de ma vie vestimentaire un peu plus exhaustif.
D’abord, quand maman nous habillait, ma sœur et moi, à la boutique Chez Louison, située rue Notre-Dame pas tellement loin de l’hôtel Victoria actuel, à Joliette, si mon souvenir est bon, je ne portais que de jolies tenues. Je les aimais, mais je ne me sentais pas être moi, les portant. Je me sentais être un modèle réduit de ma sœur, car maman nous achetait exactement les mêmes ensembles. Et je me faisais du souci pour papa qui devait payer ces vêtements qui coûtaient cher. C’est étrange, mais il me semble que j’avais l’impression, bien que toute jeune, que l’argent qui avait servi à payer nos tenues était de l’argent gaspillé. Arrivée à l’école Les Mélèzes, en sixième primaire, j’ai un peu permis à papa d’économiser sur l’habillement puisqu’il fallait porter des tuniques et des chemises blanches ou de couleur pastel. Une fille de mes classes, Andrée Venne, portait ses chemises toujours bien boutonnées au cou et aux poignets et je trouvais que ça lui allait bien. J’avais dix ans. Mes parents se sont séparés en cours d’année. J’ai traversé cette période en ne prenant pas trop soin de moi, et personne n’était là pour me dire de le faire, alors j’ai tendance à penser que je ne portais pas mes chemises fraîchement repassées ni minutieusement boutonnées.
J’ai commencé l’école secondaire au Séminaire en portant un ensemble jupe et veste de couleur cuivrée avec de fins imprimés noirs, qui provenait de chez Battah, que j’adorais. Mais à cette période de la croissance, l’ensemble ne m’a pas fait longtemps. J’ai souvenir, en gros, d’avoir passé mes années du secondaire en pantalons de velours cordé, j’en avais des rose mauve lilas et des bleu acier. Et j’ai souvenir d’avoir eu pour devise de miser sur des agencements impossibles, mélangeant un imprimé à carreaux avec un imprimé à fleurs et juxtaposant par-dessus les fleurs des motifs lignés.
Je n’ai pas étudié au cégep en tant que tel, j’ai fait mes études collégiales au Conservatoire de Québec. J’étudiais la guitare, qu’on appuie sur une cuisse pendant que l’autre jambe est forcément éloignée par la forme même de l’instrument. Autrement dit, j’avais quand je jouais les jambes pas mal écartées. Pour cette raison, j’étais soit en pantalons, encore des velours cordés, soit en jumper que j’avais cousu avec l’aide de ma belle-mère. Je l’ai porté autant comme autant sans réussir à l’user pendant mes quatre ans de Conservatoire. Il était de forme très ample, je l’avais confectionné justement pour jouer de mon instrument sans me sentir coincée. Je le porte sur la photo ci-contre. On peut voir, malgré que la photo ne couvre pas les jambes, que la coupe, à la taille, est pas mal ample.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Un commentaire