Jour 1 055

Le meilleur moyen de protéger le bébé c'est encore de le couver.

Le meilleur moyen de protéger le bébé c’est encore de le couver.

La nature est cruelle et les réalisations humaines sont éphémères. La nature est cruelle : les merles d’Amérique parents ont passé la journée de dimanche à tenter de protéger leur nouveau-né de l’appétit vorace de la buse qui ne les a pas lâchés. Elle venait frôler la vigne dans laquelle les merles ont construit leur nid. Elle s’installait et guettait sur un fil électrique qui traverse le terrain, pas trop loin de la vigne. Elle venait même se frotter le bout des ailes à la fenêtre du salon, elle aussi à proximité de la vigne, à proximité du nid. Denauzier et moi avons passé la journée inquiets pour le bébé. Quand il la voyait, Denauzier lui donnait des coups de balai en lui criant après. Mais la buse n’a peur de rien, ni de cris humains ni d’un balai. Tout vient à point à qui sait attendre, se disait-elle. Et le moment où tout vint à point se situe quelque part dans la nuit car au matin lundi il n’y avait plus de parents autour du nid et encore moins de bébé.
C’était la première fois de ma vie que je voyais une buse. Il s’agit d’un bel oiseau de proie de la famille des faucons, quand même assez grand quand il déploie ses ailes. Celui qui habite les environs est de couleur beige et blanc cassé. Ce n’est pas la première fois qu’il vient manger des bébés. Il en a dévoré en mai dernier, trois, des mêmes parents. Dimanche il en a mangé un, mais c’était peut-être le dernier d’une couvée de trois également. L’an prochain, Denauzier veut installer le nid ailleurs, des fois que ça pourrait aider les merles d’Amérique.
Je me suis demandé comment meurt le bébé une fois qu’il se fait happer. Est-ce que la buse le croque ? A-t-elle des dents ? Est-ce qu’elle l’avale tout rond, auquel cas le bébé meurt étouffé dans l’estomac. Est-ce que le bébé fait une crise de cœur tellement il a peur dans les secondes qui précèdent sa capture ?
Les réalisations humaines sont éphémères : cela nous ramène à la plate-bande, au paillis que j’y ai étendu, au muret de roches que j’y ai construit moi-même et dont je suis pas mal fière. Je pensais qu’une fois conçue, il ne me resterait plus qu’à l’entretenir, qu’à arroser les arbustes, qu’à désherber, qu’à admirer les nouvelles pousses et qu’à observer l’éclosion des fleurs. Pantoute. Le danger guette toute la plate-bande sous la forme de scarabées ou de chenilles ou d’autres insectes mangeurs de feuilles. Les berberis que j’ai achetés il y a trois semaines, qui étaient de la grosseur d’un melon d’eau, sont rendus gros comme des pommes tellement ils se sont fait manger. Denauzier a vaporisé du Malathion et cela n’a rien fait. Les cœurs saignants ont fondu eux aussi, et la potentille, et les hydrangées. Ç’aurait été trop facile, faire une plate-bande et ne plus craindre pour sa vie. La nature est cruelle et les réalisations humaines sont humbles par définition.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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