Jour 1 037

Saperlipopette. Gaétan Soucy a écrit La petite fille… en moins d’un mois, du 27 janvier au 24 février 1998. Est-ce qu’il savait, avant de commencer, ce qui allait se passer dans son texte, ou est-ce que le dénouement de l’intrigue s’est dessiné de lui-même au fur et à mesure que ses doigts tapaient ? Est-ce qu’il s’est dit : Je vais commencer l’histoire de deux frères qui ne sont jamais sortis du vaste domaine en décrépitude où ils sont maintenus captifs sous l’autorité du père, et je verrai ensuite ce qui leur arrive ? Est-ce qu’il savait que le frère, qui est le narrateur et le personnage principal à la fois, était en fait une sœur, et que la sœur était enceinte de l’autre frère ? Je ne pourrai pas poser mes questions à Gaétan puisqu’il est décédé.
En tout cas j’ai mal dormi, mais je ne sais pas si c’est parce que j’ai lu ce livre en particulier, qui est troublant et se déroule dans un univers macabre, ou si c’est parce que j’ai lu beaucoup de pages d’une traite, sollicitant ainsi pas mal mes neurones, puisque j’ai fini le roman.
Je dois avouer que j’ai un peu triché. Étant donné que j’ai tendance à ne pas comprendre les romans, j’ai parcouru un article de la revue Érudit pour ne pas me retrouver à la fin du livre et constater que je n’ai rien compris. C’est ce qui s’est produit avec Le nid de pierres, de Tristan Malavoy, que je n’ai toujours pas relu. L’article qui m’a aidée à comprendre La petite fille… a été écrit par un professeur de l’Université Laval, Aurélien Boivin, c’est un nom qui me dit quelque chose. J’aime la plume d’Aurélien, elle n’est pas pompeuse, prétentieuse. Il aborde dans son article les différents niveaux de l’histoire, en ce sens qu’on peut lire le texte strictement pour suivre les événements qui sont vécus par les personnages, mais on peut le lire aussi de manière plus vaste, plus symbolique, en adoptant par exemple une approche sociologique, selon laquelle les deux personnages prisonniers du domaine et du père sont des représentations du Québec prisonnier du clergé et du patriarcat, etc.
Déjà que j’ai de la difficulté à comprendre le premier niveau de l’histoire, je ne me lance pas dans un deuxième. Mais quand il nous était demandé d’interpréter selon une approche de notre choix admettons, –critique, sémiologique, narratologique, sociologique, psychanalytique–, dans nos dissertations, à l’Université Laval justement, où j’ai fait mon baccalauréat, j’étais très imaginative et rigoureuse dans mon procédé imaginatif et j’obtenais souvent des A. Ma préférence allait à l’approche psychanalytique pour tenter de cerner les motivations des personnages au plus profond d’eux-mêmes. Plus souvent qu’autrement cependant, j’avais l’impression, ayant ainsi interprété, d’avoir écrit n’importe quoi, mais au moins j’avais pris plaisir à écrire ce n’importe quoi.
Le personnage principal s’appelle Alice, dans le roman de Soucy, on l’apprend à la fin du livre. Son frère se moque d’elle parce qu’elle a des enflures. J’ai pensé que les enflures étaient les seins, d’autant que le mot est au pluriel et que les seins viennent par deux, mais on découvre que c’est de son ventre rond qu’il s’agit, puisqu’elle est enceinte. Quand il est question du processus même d’enfler, je n’ai pas pensé que c’était de son ventre qu’il s’agissait, j’ai continué de penser que c’étaient les seins, car à la veille des règles ils se mettent à enfler, effectivement, et deviennent douloureux. Quand il a été question du sang que le personnage perdait, un peu désorientée dans mes interprétations, est-ce un homme ou une femme, coudon ?, j’ai pensé quelques secondes, avec horreur, que les testicules étaient les enflures, que le personnage était un homme, et que le père l’avait châtré !

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Jour 1 038

Casquée. Toile appartenant à ma série alphabétique. L'ayant vendue, et m'en ennuyant, je l'ai fait imprimer par giclage sur un canevas.

Casquée. Toile appartenant à ma série alphabétique. Vendue un montant faramineux.

J’ai pris deux décisions importantes ce matin. Je vais aller m’acheter de nouvelles chaussures de course pour remplacer celles qui ont reçu un déluge d’eau et qui sentent, depuis, le poisson pourri. J’attends que l’orage soit passé. Il pleut tellement que le seul fait de courir jusqu’à ma voiture qui est garée devant la maison me mouillerait autant que ma récente promenade en vélo chez mon frère. Il faut dire que mes chaussures ont de toute façon besoin d’être changées parce que je les ai portées presque tous les jours de la dernière année. Mes expériences dans les plates-bandes et le paillis ont peut-être aidé, je l’avoue, à les vieillir prématurément.
L’autre décision a trait à ma collection de toiles. J’ai décidé de reproduire celle dont la photo apparaît ci-contre, que j’ai vendue il y a trois ou quatre ans. Je m’en ennuie. J’ai trouvé la femme casquée tellement belle, quand je suis tombée sur elle hier par hasard en classant des photos sur mon ordinateur, que j’ai copié le fichier sur une clé USB pour la faire imprimer sur canevas selon le procédé dit de giclage. Je devrais la recevoir à la fin du mois d’août, non pas qu’il faille un mois entier pour faire imprimer, mais parce que ce sont en ce moment les vacances de la majorité des travailleurs et, donc, l’imprimerie est fermée. Quand elle va rouvrir, je partirai pour ma part quelque deux semaines aux Iles-de-la-Madeleine. Si le résultat ne me satisfait pas, je vais avoir envie de retoucher les masses ici et là pour leur donner de la vigueur, de la texture, de l’éclat. Ce n’est que maintenant que ma femme casquée me semble avoir de la valeur. Quand je l’ai vendue, je n’ai pas su si la dame l’achetait parce qu’elle l’aimait ou parce qu’elle avait un peu pitié de mon coup de pinceau naïf et maladroit. Je constate que ma toile n’est pas signée. Habituellement, je signe à gauche, avec un fin pinceau trempé dans l’acrylique noire. Mais comme le côté gauche de ma toile est déjà couvert d’un fond noir, je vais devoir signer avec une couleur pâle. Ça ne me tente pas. Ça ne me tente pas non plus de signer en noir à droite, dans la couleur lilas du corsage. Compte tenu des vacances et de mon départ aux Îles, j’ai encore quelques semaines pour y penser.
Je mesure, depuis que j’ai découvert le talent de Gaétan Soucy, –certains critiques littéraires ont parlé d’un chef d’œuvre– à quel point je fais bien de ne pas me réclamer de la grande famille des écrivains. Disons que je me réclame de la famille encore plus grande des écrivains amateurs. Je suis une écrivaine du dimanche, une Rousseau de la peinture en écriture –encore que Rousseau ait été réhabilité ces dernières décennies–, une écrivaine au couvre-chef d’agricultrice sur mon compte Twitter, une bonne artisane des mots, une artisane, il faut que je me donne ça, qui essaie de faire de son mieux presque tout le temps par rapport à mon projet bloguéen.
Les premières pages du récit de Soucy requièrent un mini-effort parce qu’il faut se familiariser avec le vocabulaire et surtout le rythme, en ce sens que le récit est raconté à travers l’univers mental du fils –qui est en fait une fille–, raconté comme on raconte oralement avec une syntaxe chaotique, et non comme on revient sur le texte pour le peaufiner quand on privilégie une approche écrite. Le texte est écrit d’un seul souffle, dans l’urgence, je ne sais pas encore pourquoi, je vais le découvrir ce soir, en dévorant les prochains chapitres. Si je dévore trop vite, je n’aurai qu’à relire les chapitres dévorés pour les déguster, plus épicuriennement, une deuxième fois.

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Jour 1 039

Accessoire de saison pour l'été 2016.

Accessoire hors-saison

Quand même. Je me demandais avant-hier si j’allais bien, parce que je n’ai pas la tête aux folies comme l’an dernier, lorsque je me suis déguisée en Serge Losique. Il faut croire que je vais bien puisque, tombant ce matin sur la super photo ci-contre, je me suis empressée de me créer un nouvel avatar Twitter. Je porte un couvre-chef attaché sous le menton que j’ai trouvé chez Denauzier, en synthétique d’un bout à l’autre. Je pense que mon mari préfère me voir enfiler des tuques ou autres formes de bonnets, à la limite le capuchon seulement de mon manteau d’hiver, pour que j’aie l’air moins cultivatrice. Pour ma part, j’aime beaucoup cette photo. Sans avoir été retouchée, elle m’apparaît parfaitement cadrée, et on constatera que mes lunettes sont propres !
Je reviens au logement de Bibi. Une autre chose que j’aime, c’est qu’il est situé dans une ville géographiquement plate, une ville construite sur une plaine qui n’est à peu près pas parcourue de penticules, de vallonnades, de côtelettes. Cet après-midi, j’ai emprunté la bicyclette de ma sœur. Je me suis laissée porter au hasard des rues de la paroisse St-Pierre. Le soleil me réchauffait les épaules, les cigales m’enchantaient les oreilles. Je donnais quelques coups de pédales. Après, je me laissais avancer pendant plusieurs secondes sans avoir besoin de pédaler à nouveau. Je regardais les maisons et les aménagements paysagers, à droite, à gauche. Je repédalais. Je réobservais les maisons. Je revenais sur mes roues –comme on dit sur mes pas– quand une plante attirait mon attention, une plante ou un détail d’architecture.
Ma promenade de la veille s’est avérée plus sportive. Je me suis aventurée jusque chez mon frère. Il habite un quartier domiciliaire qui ceinture la route 158 en direction de St-Jérôme. Je ne savais pas que je me rendrais chez lui, encore une fois je me laissais porter. Il vient de s’acheter une piscine et en profite pleinement. Je ne lui ai vu que la tête, hors de l’eau, lorsque je suis arrivée dans sa cour arrière.
– As-tu amené ton costume de bain ?, furent ses premières paroles.
– Non. J’ai dit à papa que je ne m’absenterais pas longtemps, ai-je répondu en regrettant n’avoir pas mis mon maillot. L’eau est bonne ?, ai-je ajouté.
– 90 degrés !
Je regardais l’eau et mon frère, et encore l’eau très claire sur le faux fond bleu.
– Si je me baigne tout habillée, est-ce que ça te dérangerait ?, ai-je demandé.
Ma tenue était presque appropriée : des pantalons courts ultra légers qui sèchent dans le temps de le dire, et une camisole avec soutien-gorge intégré.
– Bien sûr que non ! s’est-il exclamé. Tu vas voir, l’eau est super bonne !
Je n’étais pas entrée dans la piscine que le tonnerre a commencé à gronder et le ciel à noircir. Je n’avais pas remarqué que le temps était à l’orage pendant que je pédalais. Nous avons néanmoins passé quelques minutes à profiter de la piscine en nous donnant des nouvelles. Lorsque la pluie est devenue trop forte, nous sommes sortis de l’eau, lui pour s’essuyer et s’asseoir sur la terrasse à l’abri de la pluie, moi pour retrouver mon vélo. J’ai pédalé comme une bonne pour me réchauffer parce que les gouttes étaient glacées. D’une main, toujours pédalant, j’ai enlevé mes lunettes, je ne voyais plus à travers tellement elles étaient couvertes d’eau. Bien entendu, un énorme camion a passé à ma hauteur, avant que je n’atteigne une petite rue tranquille, et m’a éclaboussée des orteils aux oreilles. Mes baskettes couinaient quand je suis descendue de mon vélo. Elles ne sont toujours pas sèches après avoir passé une journée complète au soleil. Et elles dégagent une drôle d’odeur.

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Jour 1 040

Toile de Catherine Farish.

Tableau de Catherine Farish. La couverture du roman que j’ai acheté, publié chez Boréal Compact, reproduit un autre tableau de cette artiste londonienne.

Ce que j’aime, du logement de Bibi, c’est la proximité avec la vie extérieure. Je suis étendue sur son lit, dans sa chambre, et me parviennent les voix des gens qui marchent sur le trottoir. Je distingue même ce qu’ils disent, avec, comme fond sonore, les voitures qui décélèrent et accélèrent car il y a un arrêt juste au coin. Je remarque cette année des cris d’enfants que je n’avais pas remarqués l’an dernier. Les enfants, et les parents forcément, sont peut-être nouveaux dans le quartier. C’est ma récompense de la journée, m’installer au lit, toutes lumières éteintes –dans les autres pièces–, les portes et fenêtres grandes ouvertes, et lire.
Dans le récit L’amant, de Duras, il y a une allusion à un phénomène semblable. Le couple fait l’amour dans une pièce dont les fines cloisons sont faites de bambou –ou d’une autre plante. Ils entendent tout de la vie extérieure, les pas et les paroles des passants, nombreux dans ces villes asiatiques, pendant qu’ils réfrènent le cri du coït. Pendant qu’ils réfrènent le cri du coït, c’est moi qui invente ça. Ils sont étendus et font l’amour à moins d’un mètre des pieds des passants. Disons un mètre et demi.
Je suis étendue sur le lit de Bibi et je lis La petite fille qui aimait trop les allumettes, de Gaétan Soucy. Me vient alors en mémoire que lors de ma convalescence, après ma chirurgie cardiaque, en juillet 2013, l’auteur est décédé d’une crise cardiaque. Je pensais le connaître parce que je le confondais avec Jean-Yves Soucy, autre auteur, peut-être moins connu. C’est à lire, ma méprise, dans ce texte de ma série RVM, où RVM signifie Remplacement de Valve Mitrale.
Ça fait un bout de temps que j’ai acheté le livre et je ne me décidais pas à le lire. Je l’ai peut-être commencé l’an dernier. Je devais être fatiguée parce que je n’ai pas compris grand-chose aux premières pages et je me suis découragée. Pourtant, c’est facile à comprendre, il faut seulement se laisser porter par le vocabulaire parfois fantaisiste de Gaétan. Il me fait penser à Réjean Ducharme. Je n’ai lu qu’un livre de Réjean Ducharme, L’avalée des avalés, dont je ne me rappelle plus trop l’histoire, mais je sais que les deux personnages principaux sont des enfants, un garçon et une fille. Dans La petite fille, les personnages principaux sont deux frères. Ils ne sont jamais sortis de leur grande maison –qui tient encore debout par miracle, tellement l’auteur nous la décrit comme étant en décrépitude. Ils se retrouvent obligés de sortir de leur maison en décrépitude car leur père, qui les tenait captifs en quelque sorte, sous une autorité maladive, vient de mourir. Le plus vieux, qui se pense le plus fin, se rend donc au village à la recherche d’un cercueil. Je suis rendue là. J’ai d’abord lu les trois premiers chapitres avant-hier soir, puis je les ai relus hier soir, en y ajoutant le quatrième chapitre. Et ce soir j’ai hâte de poursuivre ma découverte de cet auteur, que j’adore déjà, mais je n’irai pas jusqu’à relire encore une fois depuis le début.

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Jour 1 041

Comme je suis une bien piètre archiviste, je n'ai pas conservé de photo de cette toile avant qu'elle ne soit transformée par mes effets de carrés en surimpression sur la femme sacrifiée.

Comme je suis une bien piètre archiviste, je n’ai pas pris de photo de cette toile avant qu’elle ne soit transformée par mes effets de carrés en surimpression sur la femme sacrifiée.

Je suis chez Bibi depuis mercredi dernier. Nous sommes aujourd’hui samedi. Mes aventures de pêche ont donc été écrites ici, dans l’appartement joliettain de ma sœur, au son de la machine à air climatisé, toutes portes fermées pour ne pas faire entrer l’air chaud et humide qui sévissait à l’extérieur. Toutes portes fermées, mais on entend quand même la circulation des voitures, des autobus, des camions et des motos. Je tiens compagnie à papa. C’est dire, pour ceux qui ne le sauraient pas, que papa habite chez Bibi. Bibi n’y étant pas, et papa n’étant pas à même de vivre seul, j’ai quitté mon mari pour une petite semaine.
J’ai fait la même chose l’an dernier, mais un peu plus tard, dans la dernière semaine du mois d’août. C’est lors de cette dernière semaine d’août que je m’étais déguisée en Serge Losique, comme en témoigne mon texte du jour 1 346 publié le 27 août 2015.
Il doit y avoir une erreur quelque part. Aurais-je écrit 305 textes en onze mois, obtenant ainsi une moyenne de 27,7 textes par mois ? Denauzier peut bien trouver que je passe beaucoup de temps à écrire ! Sans m’en être rendu compte, j’avais accumulé un méchant retard…
Je regarde la photo publiée au jour 1 346 et je constate que je me sens différente cette année. Je me sens moins extravertie, et plus encline, au contraire, à m’épancher en mode introspectif. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Je me sens moins excitée, plus réfléchie. Pour la création, jusqu’à un certain point, c’est une bonne chose. Je ne m’éparpille pas, je me concentre, je me consacre à mon activité préférée. Mais si cela signifie que j’ai moins d’entrain, ce n’est peut-être pas une bonne chose et mon activité préférée va finir par manquer de vitalité, d’élan, de souffle.
Quand je ne sais pas si je me sens bien ou pas bien, je me réfère à mes plus récentes créations sur toiles pour déceler ce qu’elles dégagent, selon ma théorie personnelle qu’elles sont le reflet de ce que je suis. J’aime beaucoup ma plus récente toile, qui apparaît ci-dessus. Elle dénote une maîtrise pas mal plus aboutie que ce dont j’étais capable il y a cinq six ans. Est-ce que ça veut dire pour autant que je me sens bien ? Pantoute. Ça veut dire qu’avec les années, j’ai un petit peu amélioré mes techniques, et développé une réflexion en arts plastiques. D’ailleurs. Il arrive que, se sentant très mal intérieurement, on crée divinement. Et que se sentant très bien intérieurement, on n’ait rien à exprimer d’autre que la sensation égale, étale, du bien-être. Ça donne des toiles trop tranquilles, comme l’aurait dit François.
Il n’en demeure pas moins, pour conclure quant à mon état, que j’aime accompagner papa, j’aime habiter le petit logement de ma sœur, j’aime entendre la circulation des véhicules, par contraste avec les meuglements de mes voisines les vaches que j’aime aussi, j’aime passer des journées très compartimentées selon lesquelles on mange à heures fixes, on marche sur le boulevard à heures fixes, on boit une bière à deux à heure fixe, on écoute les nouvelles à 17 heures. Entre toutes ces stations, j’écris et je me sens bien. Je viens de trouver ma réponse.

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Jour 1 042

Un doré pêché sur le lac Du Fils, long, le lac, de 19 km.

Ma première prise à vie. Un doré pêché sur le lac Du Fils, long, le lac, de 19 km.

Ça y est, nous voilà rendus à la description de ma belle prise du samedi. Un doré de 63 cm, de 5,75 lbs, la prise du plus gros poisson de la journée, au sein de notre groupe de sept pêcheurs, effectuée par une 100% néophyte. La chance du débutant.
Le lendemain, une prise d’un doré de 80 cm, de 7 lbs, faisait glisser mon score en deuxième place. Mais quand même.
Quelques mots d’abord, essentiels, sur mon accoutrement. Je porte un bandana rose pour me protéger les oreilles des coups de soleil, sous une casquette Airbus que nous avons chacun reçue en cadeau de la part d’un des amis de Denauzier, celui qui est arrivé une demi-heure en retard. Pour le reste, rien de nouveau, j’exhibe ma belle chemise à carreaux Columbia boutonnée jusqu’au cou, pour me protéger, idem, du soleil, chemise que je portais l’an dernier à presque pareille date quand je me suis déguisée en Serge Losique.
Lorsque le poisson a chatouillé ma ligne, j’avais une main dans le sac de chips. J’étais très nonchalamment assise, les pieds croisés contre le rebord intérieur de la chaloupe. À l’aise. Étant donné que ça faisait depuis la veille que ma ligne s’accrochait dans les roches du fond du lac, j’ai pensé que c’était une fois de plus une roche qui venait m’embêter, d’autant que mon mari et mon professeur de pêche m’ont dit que ma ligne était prise sous une roche.
– Donne du fil !, m’ont dit mon professeur et mon mari en même temps.
Sauf que je n’en ai pas donné. Je tenais ma ligne à pêche de la main gauche, pendant que la droite était dans le sac. Il y avait une parfaite épaisseur de chips entre mon pouce et mon index et je ne me décidais pas à laisser retomber mon épaisseur dans le sac tellement je suis gourmande et tellement ce n’est pas facile d’obtenir l’épaisseur exacte qui fait notre affaire. En outre, de la main dans le sac à la main dans la bouche, il n’y a qu’une infime distance à franchir et, je me répète, je suis gourmande. Probablement, d’ailleurs, que ma bouche était déjà ouverte pour recevoir les croustilles et les laisser fondre dans une explosion de sel.
– Donne du fil !, ont-ils répété avec une certaine urgence car mon fil risquait de rompre ou la chaloupe d’être déportée. Or, nous approchions d’un haut-fond. Ç’aurait pu être dangereux pour l’hélice du moteur.
– C’est un poisson !, se sont exclamés nos amis, les deux autres couples qui pêchaient dans un autre bateau à côté de nous.
– Tourne le moulinet !, s’est alors mis à crier la majorité du groupe. Tourne, tourne !
J’ai finalement réalisé qu’il me fallait lâcher les chips pour m’occuper de ma prise. J’ai essuyé ma main graisseuse contre mon short et je me suis déniaisée.
– Prends ton temps, a ajouté mon mari, soulagé de constater que j’étais enfin sortie de ma torpeur. Il est bien accroché, je le vois, prends ton temps. Laisse-le monter.
Au final, j’ai très bien manœuvré. Une fois le poisson haletant dans le fond de la chaloupe… nous l’avons remis à l’eau car il dépassait les limites permises.

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Jour 1 043

Au moins je me suis forcée en esquissant un sourire.

Esquisse d’un sourire forcé (ce serait un bon titre de roman !)

Je n’étais pas cette fois inclinée vers mon mari, dans la tente, mais étendue bien à plat sur un matelas pas trop épais. J’ai bien dormi et découvert que je suis peut-être en voie de devenir une adepte du camping. Il faisait un froid de canard, mais en bout de ligne nous avons eu trop chaud.
J’aime l’horaire des pêcheurs, du moins du groupe que nous étions. On se lève vers 8h00, on déjeune en masse, on est dans la chaloupe à 10h00, des glacières nous accrochant les jambes, on ne revient que vers 20h00. On mange en début d’après-midi quelque part sur une plage, il y en a plusieurs, des plages de sable fin comme on en trouve j’imagine à Cuba, bien que je ne sois jamais allée à Cuba. On se baigne, moi y compris, à ma grande surprise.
Les amis sont très bien équipés. On mange chaud, sur un poêle au propane, du poisson fraîchement pêché et apprêté sur place en filets. On boit de la bière et du vin. J’ai surveillé ma consommation car mon dernier test sanguin a confirmé une vitesse de coagulation trop lente, or l’alcool éclaircit le sang. J’écris ça pour la frime, pour faire savoir à mes lecteurs que je porte dans mon cœur une valve mitrale mécanique alors que ce n’est pas l’apanage de la majorité ! On se distingue comme on peut. Un jour, quand j’aurai atteint un bon niveau de maturité, je cesserai de ressentir le besoin de me distinguer des autres. Dans quelque trente ans, quand je serai octogénaire, vais-je peut-être y arriver. On boit, donc, de la bière et du vin. C’est facile, dans la chaloupe, d’avoir envie de bière quand des sacs de chips sont ouverts, et d’avoir envie de chips quand on boit de la bière. De retour vers 20h00 au camp de notre hôte, on prépare le repas du soir sur le BBQ, on le mange vers 21h30, on fait un feu, on se couche vers minuit. On recommence le lendemain.
J’avais, je l’avoue, tout le temps faim, même si la pêche ne requiert pas d’effort physique. On est assis, on est là qu’on attend, on donne des coups de moulinet pour remonter la ligne des fois de temps en temps, afin de vérifier si la sangsue accrochée à l’hameçon ne s’est pas fait manger par un poisson sans qu’on s’en rende compte. J’ai mis la faim, quoi qu’il en soit, sur le compte du grand air.
Notre hôte m’a expliqué que dans la roulotte voisine à la sienne, habite un couple qu’il ne voit jamais. L’homme et la femme arrivent en soirée au terme d’un long trajet, ils partent le matin pêcher à 5h00, et ne reviennent que vers 22h00. Ils recommencent le lendemain et ce tous les jours de leur séjour. La belle vie dans la répétition, la méditation dans l’action, au gré des flots. Je serais prête à vivre de telles vacances, pas juste un long week-end mais au moins une semaine pleine, n’importe quand avec mon mari.

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