Jour 399

CHUMLes choses ne se passent pas comme je l’avais prévu. La vie est ainsi faite qu’elle nous réserve des surprises. En guise de petit rappel auprès de mes lecteurs : j’avais prévu me consacrer jusqu’à la fin du mois de mai à la correction des textes de ma deuxième année d’écriture, et ne reprendre mes publications quotidiennes qu’au début de juin. Les publications quotidiennes appartiennent à ma maintenant neuvième année d’écriture, c’est dire comme le temps passe.
Les textes de ma première année ont été passés au crible d’une telle correction. Quand je les lis dans mon cartable, en version papier, je prends un certain plaisir à les revisiter. Je voulais donc faire la même chose avec les textes de la deuxième année, tout en sachant que ce ne serait pas facile, à cause de l’omniprésence de Yasmine.
Il me reste, vous me direz, beaucoup de pages à passer au crible, à savoir la production complète de mes troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième années d’expériences les plus folles sur mon blogue. Fiou !
Pour effectuer ce travail de moine correcteur, je copie/colle tous les textes d’une même année dans un seul fichier Word et j’en ai pour quelque trois cents pages à travailler fort. Or, la licence de la suite Office qui est installée sur mon ordinateur est une licence piratée. J’ai reçu un message de Microsoft, je venais à peine de commencer mes corrections dans mon fatras de trois cents pages, sous la forme d’une fenêtre à mon écran, m’informant que je ne pourrais plus utiliser le logiciel Word passé les trois prochains jours. J’ai donc corrigé un peu les jours un, deux et trois, puis je n’ai plus été en mesure de le faire.
Je voulais aller porter mon ordinateur chez notre informaticien du village pour qu’il règle mon problème, mais un événement est venu contrecarrer ce mini projet : j’ai été invitée à me présenter au CHUM pour rencontrer le cardiologue qui remplace celui qui m’a opérée en 2013, ce dernier étant maintenant retraité.
– C’est nécessaire d’y aller sous peu ?, ai-je demandé à la secrétaire au téléphone, en ayant en tête d’aller porter mon ordinateur à moins de trois kilomètres de la maison, et non d’en rouler plus de cent.
– Il n’y a rien d’urgent, a répondu la demoiselle d’une voix très douce. Le cardiologue vient d’arriver des États-Unis où il travaillait et il aimerait rencontrer ses patients pour les connaître. Ce sont des rencontres assez courtes, pour établir un premier contact, a-t-elle ajouté. Il transporte peut-être ici, a-t-elle pris la peine de mentionner, ses manières de faire américaines…
Cela me tentait d’autant moins de me rendre à Montréal que j’allais faire deux heures de route pour dix minutes d’entrevue.
– Je peux lui dire que vous préférez attendre, a enchaîné la jeune fille, constatant que je ne me précipitais pas pour répondre.
Pendant qu’elle me disait ça, mon mari me faisait signe avec moult gestes et des yeux de reproche qu’il n’était pas question de ne pas y aller.
– Bon, d’accord, ai-je répondu, à quelle heure doit-on se présenter ?
– À dix heures trente demain matin, a répondu la voix. La cardiologie est située au troisième étage du Pavillon C.
– Très bien, nous y serons demain.
– Mince, ai-je ajouté à l’adresse de mon mari cette fois, j’ai oublié de lui demander s’il était possible de se stationner à proximité.
– On verra ça demain, a répondu mon mari.

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Jour 400

torsadeComme on le voit ci-contre, j’ai renoué hier soir avec les torsades, tant et si bien que je n’ai pas eu le temps de lire quelques pages de la biographie de Ferré, à 23:30 les yeux me fermaient tout seuls. Je suis allée me coucher et j’ai très bien dormi. Je m’étends, j’écoute ma valve, un peu déçue qu’elle ne fonctionne pas à 100% de sa capacité, je m’endors. Ça prend quand même un bout de temps avant que je m’endorme. Aujourd’hui samedi, la journée a mal commencé, j’ai cherché comme une bonne mon arrosoir en plastique orange pour donner à boire à mes amies et je ne l’ai pas trouvé. J’ai regardé partout, trois fois plutôt qu’une. J’ai dû me contenter de l’arrosoir bleu que je laisse normalement en haut, à l’étage des chambres, que j’aime moins parce que le bec verseur est plus gros que sur mon arrosoir orange. Après ce texte, qui est le dernier avant une interruption de quelque deux minuscules semaines qui vont passer le temps d’un éclair, je vais aller jardiner et ne pas me décourager devant l’ampleur de la tâche.
– Fais ce que tu peux, me dit ma cousine.
Elle m’invite à nouveau demain dimanche pour souper, je vais apporter trois choses. Une salade verte pour accompagner le repas. Mon échantillon de torsades fait avec du fil qu’elle m’a donné, et mon texte à lire samedi prochain le 25 mai.
– Est-ce que je peux apporter un texte à lire ?, lui ai-je demandé au moment de la quitter hier après notre séance de tricot.
– Bien, euh… pourquoi ?, a-t-elle répondu.
– Parce que samedi le 25 mai je vais faire une lecture publique dans une galerie d’art lors d’un petit événement multidisciplinaire –écriture/lecture et peinture– et que j’aimerais me pratiquer devant un public restreint.
– Pas de problème, a-t-elle répondu.
– Ça va nous faire plaisir, a renchéri son mari.
– Il y en a pour 17 minutes, c’est un peu long, et il faut que vous m’écoutiez jusqu’au bout, ai-je tout de suite clarifié.
– Comment sais-tu que ça dure 17 minutes, c’est pas mal précis ?, a demandé le mari.
– Parce que je me suis chronométrée. Il fallait pouvoir dire à l’organisateur de l’événement combien de temps on lit, parce que nous sommes quatre lecteurs et il ne faut pas que ça dure trois heures, ni bien entendu trois minutes. Quoique je commence à me demander si le 17 minutes tient encore la route, parce que j’essaie de parler en articulant moins chacune des syllabes, j’essaie de rendre l’exercice plus fluide et moins semblable à l’apprentissage d’une deuxième langue, quand on en est encore à l’étape des balbutiements maladroits…
– On pourra te chronométrer, a suggéré ma cousine qui voulait qu’on en finisse.
Elle me connaît et sait à quel point ça peut être long –et sans intérêt– quand je me mets à détailler une idée.
En tout cas, hier soir, devant mon public absent dans le salon de la grande maison vide, encore vibrante dans mes viscères de l’énergie de Léo que j’ai écouté sur un CD dans l’auto, je considère que je m’en suis assez bien sortie.
Les professeurs avaient bien raison, du temps que je faisais mes cours d’arts plastiques à l’UQÀM, il ne faut jamais cesser de se sortir de sa zone de confort.

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Jour 401

LéoFerré

Merci Léo !

Voici comment s’est déroulée ma journée. Je commence avec mon saut du lit, à six heures du matin. J’avais mal à la tête, alors je suis descendue prendre des Tylenol et je suis retournée me coucher. J’ai dormi jusqu’à presque dix heures. Lever. Tournée des plantes. Lecture de mes courriels et autres messages. Enfin café. Écriture de mon texte 402 avec photo de mon récent diptyque. Échange de quelques textos avec les pattes. Café. Pour cesser de lutter contre le froid, mon mari étant absent et le foyer non alimenté de ce fait, je suis allée prendre une douche chaude et je me suis habillée comme si on était en hiver, de manière à ne plus geler pendant l’écriture de la fin de mon texte. Très vite midi est arrivé. J’ai téléphoné à tantine pour lui dire que j’arriverais en retard de quinze minutes. Une fois chez tantine, se déclarant morte de faim, nous sommes allées sans tarder dîner au restaurant. Après avoir mangé sa soupe, elle n’avait plus faim pour le plat principal, qui est toujours le même, une cuisse de poulet et des frites, avec de la salade de chou. C’est surtout moi qui mange la salade de chou, c’est un bon aliment pour m’assurer des résultats stables lors de mes tests de Coumadin. Avec tantine, nous avons parlé de la vie de couple, ce fut une belle conversation. Cousinette nous ayant invitées à aller chez elle jouer au Chromino, nous avons effectué les courses en vitesse. J’ai dit à tantine de s’occuper de choisir ses oranges et ses tomates, et pendant ce temps j’ai couru à la recherche de la bière et des chips. Arrivées chez cousine, nous nous sommes attablés, le masculin étant ici induit par la présence du mari de cousine, car je ne suis pas à la mode quant à ma manière d’écrire, le masculin continue de l’emporter. Nous avons pas mal joué, et j’ai gagné la dernière partie, fiou ! Le mari est alors allé conduire tantine chez elle et moi je suis restée avec cousine pour tricoter. Ma cousine est généreuse et aime partager. Elle me donne beaucoup de plantes, et elle m’enseigne ce qu’elle apprend elle-même à ses séances de tricot. Donc, aujourd’hui, nous nous sommes attardées aux torsades, parce qu’elle venait d’apprendre comment les faire. Je l’ai déjà su de mon côté, puisque j’ai suivi des cours de tricot à l’université avec Oscarine. À cette époque de mes cours, d’ailleurs, les amis en étaient arrivés à ne plus me lire sur mon blogue parce qu’il n’était plus question que de ça, les torsades et autres fanfreluches. Tricote tricote, placote placote. Retour du mari. Petit verre de vin blanc. À presque 18 heures je pars de chez cousine et je me rends m’acheter des aiguilles à torsades au magasin à 1$ pour m’amuser ce soir, après que ce texte soit écrit. Retour à la maison en écoutant le jazz à la radio, mais ce jazz me semblait fade, excessivement fade, je n’avais pas la tête à ça. Je me suis alors arrêtée le long de la route, j’ai ouvert le boîtier du CD de mon ami Léo Ferré, j’ai inséré le disque sur lequel est gravée la chanson Poètes, vos papiers –c’est un boîtier qui contient deux CD. J’ai redémarré, augmenté le volume, écouté la chanson me faire vibrer les tripes, et j’ai compris que c’est comme ça qu’il faut que je lise, samedi prochain, avec du cœur au ventre et non de la peur dans la voix. Cela m’a fait un bien fou. Il n’y a pas de mots pour dire à quel point l’écoute de cette chanson, ce soir, sur mon chemin de retour, m’a requinquée, et le physique et le moral.

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Jour 402

PositifNégatif

Positif/Négatif ; vernis à ongles et acrylique sur toile de format 24" X 20"

Voici mon nouveau diptyque. Installé depuis hier dans la salle de bain du rez-de-chaussée. Coincé comme on le voit sur la photo entre deux moulures brunes, d’une fenêtre à gauche et d’une porte à droite. Il ne m’a pas demandé 18 semaines de dur labeur mais peut-être seulement 18 heures. C’est un travail de récupération, en ce sens que la toile à fond blanc était auparavant couverte d’une grosse pomme, et celle à fond noir d’une rencontre de triangles. Les deux toiles avaient plus de dix ans dans leur version originale.
En première étape des travaux requis pour leur donner une seconde vie, j’ai couvert la pomme de gesso blanc, et les triangles de gesso noir. Ensuite, il faut avoir de l’imagination pour me suivre : j’ai fait couler du vernis à ongles de différentes couleurs sur la toile blanche, et appuyé ensuite la toile noire sur la blanche pour qu’elle reçoive le vernis par contact des deux toiles. J’ai attendu que ça sèche.
J’ai fait la même chose avec les taches d’acrylique verte : j’ai fait couler çà et là des taches vertes sur la toile blanche, et appuyé la toile noire ensuite pour qu’elle reçoive le vert par contact. J’ai attendu que ça sèche. Et idem rebelote avec les traits rose –appliqués sur la toile blanche avec une spatule.
J’ai tracé des lignes verticales, horizontales et diagonales au pourtour de la toile, de la même manière, noir sur blanc et blanc sur noir. Ces lignes servent de guides : si on imagine que j’incline la toile noire par son arête inférieure pour la déposer sur la toile blanche, on observe que les lignes, et d’ailleurs tout le reste, se superpose. C’est ce que j’ai appelé dans un texte précédent « l’effet miroir », qu’il est très ardu de maîtriser quand on a comme moi de la difficulté à se situer dans l’espace.
Le plus difficile à maîtriser, cela étant, fut de couvrir les petites masses en respectant cet effet positif / négatif. Fidèle à moi-même, bien entendu, j’ai eu très envie de couvrir de couleur les petites masses obtenues par la rencontre des lignes courbes de vernis à ongles. J’ai couvert de noir les petites masses obtenues sur la toile blanche, et de blanc les petites masses obtenues sur la toile noire.
Avec ses « lichettes » rose, la toile sur fond blanc me satisfait plus ou moins, quand celle sur fond noir me semble plus attrayante. Mais l’intérêt réside dans la rencontre des deux.
Pour l’instant je n’y touche plus, j’ai d’autres chats à fouetter.
Je me suis demandé, en couvrant mes petites masses, de quelle manière on prononce Ezra en anglais.
Je me suis demandé quels vêtements je porterais lors de ma lecture publique.
Je me suis bien sûr demandé si la terre allait arrêter de tourner lorsque je déposerai mon premier pied sur le plancher de la galerie où a lieu la prestation, ce samedi 25.
Et bien entendu j’ai espéré qu’elle s’arrête de tourner. Advenant le chaos le plus total, un tsunami urbain, des volcans soudainement en éruption boul. St-Laurent, j’ai opté pour des vêtements ordinaires, facilement remplacés par d’autres, ordinaires eux aussi…

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Jour 403

PrintIl commence à y avoir plus de nuages que ce matin dans le ciel de St-Jean-de-Matha et je ne suis toujours pas dehors pour nettoyer le terrain qui est immense. Au moins je suis habillée en conséquence, il ne me reste qu’à enfiler mes bottes et mes gants. Et à attraper une casquette en sortant. J’ai passé la matinée en tenue d’intérieur à pratiquer mon exercice à venir de lecture publique. Mes cordes vocales se fatiguent très vite, et ce depuis toujours. Dans ma belle-famille, les gens parlent et rient très fort et je me demande vraiment comment ils peuvent réussir cet exploit. De leur côté, ils doivent bien se demander comment ça se fait que je parle si faiblement.
Étant donné que j’ai la maison pour moi toute seule, je ne risque pas de me faire prendre en flagrant délit de répétition. Je me lâche lousse, et avant d’entamer la lecture de mes textes en tant que telle, j’y vais pour une tentative d’introduction :
– Permettez-moi de vous situer avant de commencer ma lecture.
– Je pense qu’il serait préférable que je vous explique un peu le contexte dans lequel j’ai décidé de créer mon blogue.
– J’écris depuis plus de huit ans un texte par jour travaillé, bien que je ne travaille plus.
– Lorsque mon compagnon est décédé, en 2011, j’ai voulu rendre mes journées plus riches et j’ai pensé qu’écrire un texte par jour travaillé, du lundi au vendredi, rendrait mes journées plus riches.
Je m’écoute parler, je ne suis pas du tout satisfaite de ce que j’entends, mais je persiste. Je persiste en revenant sur ce que je viens de dire pour apporter des précisions.
– J’avais obtenu un congé de mon employeur pour accompagner mon mari pendant ses traitements. Lorsqu’il m’a fallu retourner au travail, je me suis demandé comment je pourrais faire pour que mes journées soient plus riches. Parce que travailler, tel qu’on entend travailler dans un milieu professionnel, n’a jamais été pour moi une manière de rendre mes journées riches.
Je sais que je ne défilerai jamais les phrases que je m’entends prononcer, mais je poursuis, à la recherche d’un filon d’introduction qui va se manifester de lui-même, indépendamment de mes essais maladroits.
– Lorsqu’est arrivé le moment de retourner dans ce milieu qui me fige, qui m’éteint, qui me tue, je me suis demandé comment je pourrais améliorer mon sort.
– Je dois préciser que lorsque je suis retournée au travail, mon compagnon était au plus mal, à l’hôpital, et que j’ai passé les trois premières semaines de ce retour –forcé– sous forme de triangle : mon bureau, l’hôpital, la maison. Heureusement, les trois angles de mon triangle n’étaient pas trop éloignés les uns des autres.
– Je n’écris pas les fins de semaine, puisque la fin de semaine je ne suis pas dans ce milieu qui me fige, j’écris seulement du lundi au vendredi. J’ai évalué que si je soustrayais de 365 le nombre de jours que représentent les weeks-ends, les jours fériés et les vacances, j’arrivais à un total de plus ou moins 220 jours d’écriture.
J’y vais alors de ma formule mathématique :
– 220 jours X 10 ans = 2 200 textes
– Je me rends compte que j’ai oublié de mentionner que je me suis fixé le défi d’écrire pendant dix ans. Pourquoi dix ans ? Parce que cela m’amenait à l’âge de la retraite. Mais j’ai pris ma retraite bien avant. Et j’écris toujours. Et j’ai numéroté mes textes comme un compte à rebours, en commençant par 2 200. Et je suis rendue à 403. Pas trop mal, hein ? Et facile à comprendre !?

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Jour 404

recit-alain-catherine-robbe-grillet,M97202_1Voici mon plan de match, je l’ai défini dans ma tête pendant que je travaillais tout à l’heure sur une nouvelle toile. C’est un plan de match à plusieurs volets.
Volet 1 : je vais écrire encore cinq textes en incluant celui-ci. Cela m’amène au Jour 399 que je ne vais écrire que début juin. Autrement dit, je m’accorde une pause afin de pouvoir corriger tranquille les textes de ma deuxième année d’écriture, ceux qui s’accrochent partout et se mordent la queue à cause de Yasmine. Ceux que j’ai fait imprimer récemment, pour un total de 253 pages, pages que j’ai toutes lues. Je peux me permettre cette pause sans étirer indûment la durée de mon défi de dix ans de blogue car j’avais pris de l’avance.
Pourquoi est-ce que je veux me consacrer à cette correction titanesque à ce moment-ci ? Parce que mon mari sera parti à la pêche, que j’aurai la maison pour moi toute seule pendant cinq jours, et qu’ainsi seule je pourrai me concentrer de tout mon saoul. J’adore cette sensation de concentration de tout mon saoul qui me fait immanquablement retourner dans le passé, quand j’étais étudiante et que mes occupations principales consistaient à lire les auteurs français et à écrire des dissertations dans lesquelles je me projetais corps et âme comme si ma vie en dépendait.
Donc, volet 1, correction des pérégrinations de Yasmine moyennant une interruption de ma production quotidienne. Correction partielle il va sans dire, j’espère pouvoir passer au moins à travers les vingt premières pages…
Volet 2 : c’est ici que le plaisir cède la place à la peur. Profitant de ma solitude dans la grande maison ces prochains jours, je vais lire en articulant de mon mieux, mais en essayant aussi de ne pas exagérer l’articulation car je l’exagère déjà, quatre textes de mon blogue que je vais présenter à voix haute ce 25 mai à Montréal lors d’un événement public organisé par un ami. Je vais faire comme si j’étais devant un micro, car il y en aura un lors de l’événement public, je vais respirer, me concentrer, et lire de mon mieux ces quatre textes que j’ai sélectionnés parmi mes presque deux mille écrits.
Il y est question du poète Ezra Pound et d’autres auteurs dont Robbe-Grillet, et de détails bien entendu insignifiants qui se présentent instantanément à mon esprit du seul fait d’écrire leur nom. Il convient peut-être de préciser ici que je n’ai jamais lu la poésie d’Ezra, et que j’ai lu plusieurs des livres d’Alain, mais pas celui dont il est question dans les quatre textes que je m’apprête à lire, qui n’a pas été écrit par Alain, de toute façon, mais par sa femme Catherine.
Donc, volet 2, familiarisation avec l’épreuve orale qui m’attend ce 25 mai, et chronométrage de mon exercice car on demande aux quatre lecteurs participants qu’ils lisent autour de 20 minutes chacun. C’est une autre affaire, les trois autres lecteurs participants, à laquelle il est préférable que je ne pense pas, pour ne pas sombrer dans l’infériorité abyssale qui me drape de ses somptueuses étoffes depuis que je suis née.
https://andreclouatre.ca/2019/04/30/exposition-petits-dessins-22-28-mai-2019/
Volet 3 : entre l’écriture et la réécriture et la lecture, je vais me détendre en me cassant la tête pour savoir où doivent être remplies les masses de mon nouveau diptyque basé sur l’utilisation du blanc et du noir dans un effet de miroir. Ce n’est pas facile, l’effet de miroir, pour mon cerveau qui ne maîtrise pas même les principes élémentaires, autrement appelé le b.a.-ba, du plus rudimentaire positionnement dans l’espace.

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Jour 405

valve-mecanique

Schéma efficace et facile à comprendre avec, en prime, des valves mécaniques en bas à droite.

J’arrive de chez ma cardiologue. Une petite femme à chignon dont on se dit, au premier regard, qu’elle est célibataire. À Montréal j’étais suivie à l’Hôtel-Dieu en cardiologie par un homme, plutôt jeune. À Joliette maintenant c’est une femme je dirais de mon âge. Somme toute sympathique.
Mon mari est venu avec moi dans son bureau pendant ma consultation.
– Votre valve coule, a-t-elle dit une fois que nous fûmes assis devant elle, mais au moins elle est solidement fixée.
Elle avait sous ses yeux les résultats de ma récente échocardiographie transœsophagienne.
Elle n’a pas dit, comme il y a six ans m’avait dit mon cardiologue homme :
– Votre valve est finie et le sang coule à flots !
– Je vais vous revoir dans un an, a-t-elle ajouté, donnant à penser que la consultation était déjà terminée, ou pour me faire comprendre qu’aucun autre examen n’était requis.
Je me suis empressée de poser quelques questions rapides :
– Si je sens que mon cœur va moins bien, il suffit que je prenne rendez-vous avec vous ?
– Bien sûr, je suis votre cardiologue, je vous suis, je m’occupe de vous. Si vous avez des douleurs, si vous êtes essoufflée, vous appelez pour prendre rendez-vous.
– Est-ce que je dois me ménager, ne pas trop solliciter mon cœur ?
J’espérais qu’elle allait dire oui car je suis de nature paresseuse.
– Vous faites de l’exercice comme vous le permet votre capacité. Vous bougez.
– Est-ce que la valve aurait été mal installée, il y a six ans, puisqu’elle n’est pas demeurée étanche ?
Je savais que ce n’était pas une bonne idée de poser une question teintée d’une telle subjectivité, alors j’en ai été quitte pour recevoir sa réponse prudente et générale qui couvre l’ensemble des cas de figure, comme le font les experts qui sont interviewés à la radio et à la télévision, et qui défilent un long topo au terme duquel on ne sait pas davantage à quoi s’en tenir.
– Une valve, bien ou mal installée, peut avoir besoin d’être changée, à plus ou moins brève échéance, ça dépend toujours de l’individu qui la reçoit.
– Pourtant, je porte une valve faite de carbone pyrolytique et les infirmiers m’ont dit, après mon opération, qu’elle était conçue pour fonctionner cent ans.
– Et bien entendu vous n’avez pas cru ça !, a-t-elle voulu s’assurer.
– Au contraire, je l’ai cru, puisqu’on me l’a dit !, ai-je rétorqué.
La cardiologue y est alors allée de plusieurs types d’appareils qui ont en commun de devoir être changés tôt ou tard, peu importe le prix qu’ils ont coûté : des stimulateurs cardiaques bien sûr, mais aussi des réfrigérateurs, des aspirateurs, des pneus de voiture, etc.
– Rien n’est éternel !, a-t-elle conclu. Nous pouvons demander l’avis de votre chirurgien, a-t-elle ajouté, un deuxième avis ne peut pas nuire.
– Comme je viens de vous le dire, je suis de nature à croire ce qu’on me dit, et vous venez de me dire qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir…, ai-je répondu.
– Nous allons faire ça, a-t-elle décidé, je vais faxer le rapport de votre examen à votre chirurgien. Comment s’appelle-t-il ?
– Ignace Prévost. Vous savez, il est peut-être retraité, il m’a dit, quand je me suis fait opérer, que ça faisait plus de quarante ans qu’il faisait des chirurgies !
– Je n’ai pas de difficulté à vous croire car il m’a enseigné pendant mes études !, a-t-il répliqué avec un léger sourire. Mais s’il est retraité, le rapport de votre examen va être acheminé à son remplaçant, ne vous inquiétez pas.
Si le fax finit par aboutir sur le bon bureau au terme de son parcours, ai-je pensé, sans toutefois le dire.

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