Jour 353

Au retour de mes deux amis, le médecin confirme que j’ai besoin de deux seringues de 90 mg et d’une seringue de 45 mg.
– Quand je prends du Lovenox, ai-je précisé, et initiant ici le travail d’équipe, on me prescrit une quantité de 80 mg.
– Ah bon ?, a répondu le médecin, en navigant sur l’ordinateur pour trouver les formats disponibles des seringues en question.
– Je constate en effet qu’il ne se vend pas de format de 90 mg, alors allons-y pour du 80.
– Donc, je dois prendre du 40 mg et non du 45, j’imagine, selon la même logique ?
– Vous avez raison, a-t-il répondu, en demandant à la résidente de corriger les chiffres sur l’ordonnance.
Ensuite, il m’a auscultée en prenant son temps.
– Est-ce que vous entendez deux souffles ?, ai-je demandé lorsqu’il a eu terminé, voulant en cela confirmer les propos de la résidente qui m’avait auscultée aussi et dit qu’elle entendait deux souffles.
– J’entends un souffle à la mitrale, et très légèrement un souffle à l’aorte, a-t-il répondu.
Puis, il nous a quittées en me souhaitant bonne chance et en me disant que tout allait bien se passer.
C’est ce que je crois aussi, honnêtement, que tout va bien se passer. Je critique et je fais ressortir les erreurs de parcours, mais ces erreurs surviennent parce que nous sommes tous des humains, et non parce que les gens ne font pas bien leur travail.
– Je dois vous faire rencontrer l’infirmière, maintenant, m’a dit la fine brindille en me tendant l’ordonnance qu’elle venait de rédiger pour l’achat du Lovenox. Cela va clore votre visite d’aujourd’hui, a-t-elle ajouté.
Une fois devant l’infirmière, dans son bureau, nous constatons qu’il manque la mention à la seringue de 40 mg, sur l’ordonnance. Voilà l’infirmière qui part à courir pour attraper le médecin ou la résidente, peut-être déjà partis dîner. Elle revient avec l’ordonnance ajustée.
– Pour le reste, m’a-t-elle dit en se rasseyant, vos prélèvements sont parfaits, le sang ne manque pas de fer et nous avons bien entendu vérifié quel est votre groupe sanguin.
– A- !, ai-je répondu. Est-ce que ça vous dérangerait de me dire ce qui est inscrit à mon dossier ? Tant qu’à y être ? Au cas où… On ne sait jamais…
L’infirmière a ouvert mon dossier informatisé sur son ordinateur et m’a confirmé que selon les tests j’étais de groupe sanguin A-.
J’ai eu une autre question pour elle, qui l’a obligée à repartir en courant chercher la réponse dans un bureau voisin. Il s’agissait d’un numéro de téléphone.
– Je suis désolée, m’a-t-elle dit, je ne le connais pas par cœur, il faut que je reparte mais je reviens tout de suite. Je sais que vous avez beaucoup attendu et je vous demande d’attendre encore…, s’est-elle excusée.
– Il n’y a pas de problème, ai-je répondu, je ne suis pas pressée, prenez votre temps.
Je ne me moquais pas d’elle, ni de la situation. J’avais tout mon temps, d’autant qu’en tricotant il s’écoule agréablement.
C’est de ne pas savoir pourquoi je n’ai pas été appelée pendant deux heures et demie qui m’a amenée à deux cheveux de n’en plus pouvoir. Pour le reste, les erreurs, les approximations, les oublis, je considère qu’ils font partie de la vie –et qu’en travaillant en équipe, en surveillant « son affaire », on finit par y arriver !

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Jour 354

CHUMaoût

Le CHUM au mois d’août

Je revenais de Montréal où je suis allée effectuer un travail d’équipe au CHUM, en matinée. J’y suis arrivée à 8:10, un café Starbuck à la main acheté avenue Monkland. Mon rendez-vous avait été fixé à 8:30. J’ai été appelée à 11:05. Constatant que j’étais sur le point de n’en plus pouvoir, une préposée empathique est venue me dire, vers 10:30, que ce serait bientôt mon tour, qu’il ne fallait pas que je me décourage, qu’elle avait vu mon dossier être « ramassé » par le médecin.
Quand j’ai été enfin appelée, j’ai pu m’expliquer la lenteur du processus.
Une jeune résidente d’origine asiatique, à lunettes très épaisses, brindille de peut-être six pieds de taille pour un maximum de 112 livres de poids, est venue me chercher. Elle m’a amenée dans une salle de consultation, m’a posé une dizaine de questions en cochant dans des petites cases la situation qui correspondait à la mienne, à savoir si je souffrais de ceci, cela, cela encore… La réponse était tout le temps Non.
J’avais rendez-vous en médecine interne pour déterminer de quelle manière et selon quel calendrier je dois me sevrer de Coumadin et prendre à la place du Lovenox en prévision de ma chirurgie. Je dirais sans exagérer que le pharmacien du village aurait pu me soumettre ce calendrier en quinze minutes –d’autant qu’il a reçu la même opération que la mienne il y a deux ans. Je serais en prime ressortie de sa pharmacie avec les seringues de Lovenox.
– Vous allez avoir besoin de deux seringues de 90 mg, et d’une seringue de 45 mg, a conclu la jeune femme, mais je dois d’abord aller consulter le médecin de garde pour qu’il valide mon ordonnance.
– C’est pour ça que c’est si long !, ai-je découvert.
Pour chaque patient, le résident fait valider son diagnostic par le médecin de garde. Le médecin de garde étant pour sa part déjà en consultation avec un autre patient, le résident attend dans le corridor que le médecin de garde ait fini. Médecin et résident se rendent ensuite jusqu’au patient, dans ce cas-ci c’était moi, et là, rebelote les questions et les coches dans les cases. Le processus au complet est double !

 

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Jour 355

CabrelVoici, d’une importance capitale, une anecdote survenue hier dans le déroulement de ma vie.
J’étais sur la route de retour de Montréal et j’écoutais la radio. J’écoutais plus ou moins, en fait, la musique ne me plaisait pas tant, jusqu’à ce que ce soit le tour de Cabrel et de sa chanson Le reste du temps. J’ai augmenté le volume et savouré l’air et les paroles et la voix de Cabrel pendant je dirais un petit trois minutes.
– C’est plus facile à comprendre que la poésie de Ferré, me suis-je dit, en trouvant confortable de n’avoir pas à essayer de décoder le sens des mots. Je me suis, comme d’habitude, tout simplement laissée porter.
Je devais m’arrêter au centre commercial de Joliette pour une course à la librairie. Je me suis dit que je pourrais en profiter pour vérifier si les librairies vendent encore des CD. Advenant que la réponse fut positive, je pourrais peut-être tomber sur un ou deux disques de Cabrel.
Cette librairie vend encore des CD, mais très peu, et de ce très peu j’ai trouvé un disque des chansons de Cabrel interprétées par des chanteuses québécoises. Ça me tentait moins que du Cabrel authentique, mais je me suis dit que c’était mieux que rien, alors j’ai acheté le CD.
Voici le point culminant de mon anecdote : en sortant de la librairie, j’ai réalisé que la musique en fond sonore dans le hall du centre commercial était
Le reste du temps, interprétée par son auteur.
– Wow !, me suis-je exclamée, toute seule, le CD à la main.
J’adore ces phénomènes synchroniques.

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Jour 356

Grand-pèreEtPataugeuse

Grand-père et pataugeuse.

On dirait que je m’y prends d’une drôle de manière. Je suis habitée par l’idée que je vais me faire opérer trois fois. Cela rend la deuxième fois moins pénible que la troisième à venir, pour laquelle je serai alors plus vieille et moins résistante. Cela transforme la deuxième fois en étape intermédiaire moins déterminante, il s’agit d’une étape parmi d’autres, au cas même où une quatrième fois ne s’imposerait.
En fin de compte, c’est comme ça que je fonctionne, en étant fondamentalement habitée. Quand les anomalies cardiaques ont été révélées par les examens du printemps dernier, je me suis dit intérieurement, sans douter une seconde :
– Ça y est, je retourne sur la table d’opération.
– Nous n’en sommes pas là, m’a dit la cardiologue à laquelle j’ai fait l’erreur de dire ce que je pensais.
– En effet, ai-je répondu, par pure politesse.
Quand je suis tombée enceinte, idem, je savais que je portais une fille, j’en étais certaine à cent pour cent.
– Je ne fais que des garçons, me disait pourtant Jacques-Yvan, père effectivement de deux garçons.
– Ce sera pourtant une fille, lui disais-je sans sourciller du moindre poil.
Pour les événements importants de ma vie , je sais ce qu’il en est, et ça s’arrête là, point final. Je m’adapte à eux sans chercher à les infléchir d’un côté ou de l’autre.
La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : en me pratiquant à me parler, à me conditionner, à me programmer, est-ce que je peux –ou je veux– transformer ces événements fondamentaux, ou est-ce que je ne préfère pas les accepter tels qu’ils sont.
Qu’est-ce qui requiert le plus d’effort, en somme, sachant que je suis paresseuse : me programmer pour changer le cours des choses, ou m’adapter en ne le changeant pas ? J’y suis toujours allée pour la deuxième option.
À soixante ans, est-il souhaitable que je change ma manière d’appréhender la vie –ou que j’essaie de changer cette manière– pour l’épanouissement que cela pourrait m’apporter, dans la mesure où ne jamais changer de manière rétrécit la vie ?
Bof.
Je voulais aujourd’hui aborder le thème de la terre, parmi les quatre éléments de l’univers. Ce sera pour une autre fois.
Un mot cependant encore sur l’eau : grand-papa et petite-fille sont allés remplir la pataugeuse un peu avant midi. Grand-papa a dû être ensuite happé par quelque chose. Il a laissé la pataugeuse presque déborder. Petite-fille, qui s’en est rendu compte, a crié à grand-papa que l’eau débordait. Grand-papa n’a pas entendu. Petite-fille, débrouillarde comme dix du haut de ses trois ans, a trouvé la manière d’arrêter l’eau et est allée ensuite informer son grand-père qu’elle était prête pour la baignade.

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Jour 357

eau

L’eau.

Le maïs a beaucoup poussé, il est maintenant plus haut que notre petite-fille. Elle est arrivée hier soir avec son grand-papa, qui est mon mari. Je les attendais en tricotant quelques rangs à notre projet de coussin collectif. Je peux affirmer sans risquer de me tromper que les épis sont plus hauts qu’elle, puisque ce matin, avant qu’il se mette à pleuvoir, nous sommes allées dans le champ elle et moi vérifier ce qu’il en était. La plupart des épis la dépassent d’un bon pied.
La journée s’est déroulée sous le thème de l’eau. D’abord, nous avons pris un bain ensemble après la visite dans le champ de maïs. Puis, vêtues de nos robes ultralégères, nous sommes allées arroser les plantes dehors avec le long boyau d’arrosage. Bien entendu, cela s’est terminé dans un arrosage général de nos personnes. Nous en avons été quittes pour enlever nos robes et les étendre sur la corde à linge. Elles y sont encore car peu de temps après il s’est mis à pleuvoir, encore de l’eau. En après-midi, en compagnie de sa tante qui est venue nous tenir compagnie, la petite s’est rendue dans un magasin du village où elle a choisi, de tout l’inventaire disponible, et arpentant pour ce faire toutes les allées, une gourde en cadeau. La première chose qu’elle a faite, toujours en compagnie de sa tante de retour à la maison, a été de la remplir d’eau.

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Jour 358

Violettes.jpgJe me pratique à écrire des textes courts avant l’arrivée de la petite, dans une heure ou deux. Je mastique en ce moment un filet de saumon cuit sur le BBQ au chalet, accompagné de poivrons rouges, ceux-là qui rissolaient délicatement pendant que je peinais à écrire mon texte papyrus.
J’ai déjà écrit que j’aimerais être dotée de la très grande capacité de résilience de mes chères violettes ci-dessus. Des violettes d’espèce commune qu’on peut acheter presque partout, MétroProvigo
Elles vivent depuis quelques mois sur le bord de la fenêtre dans la salle de bain à l’étage. Il n’y a pas de soleil à cet endroit orienté plein nord, mais beaucoup de lumière depuis que mon mari a fait faire des travaux qui ont repoussé de plus de trente pieds le roc qui ceinturait la maison.
Les violettes vivaient auparavant dans mon bureau, mais un hiver elles ont eu froid. Les feuilles sont demeurées charnues et velues, mais elles ont perdu progressivement leur chlorophylle, au point d’arborer la couleur de l’eau de Javel. Il s’est aussi produit toutes sortes de choses, elles ont été noyées notamment par l’arroseuse que je suis.
Un jour, sentant leur mort approcher, j’ai séparé le plant qui tenait dans un seul pot de grès. J’en ai fait trois petits, que j’ai transplantés dans des pots de plastique. Je me disais que si, des trois contenants, un seul arrivait à se relever des épreuves qu’il avait vécues, j’aurais au moins sauvé un tiers de mon butin.
C’est une fois le plant divisé en trois que je l’ai transporté dans la salle de bain. Les premiers jours, j’ai beaucoup hésité à les y laisser. J’étais convaincue que les violettes manquaient de quelque chose, lumière, chaleur, amour, air sec… J’ai su résister à la tentation de les installer ailleurs. J’ai laissé les trois plants se refaire une santé, lentement mais sûrement. J’ai obtenu des résultats qui dépassent de manière magistrale mes espérances initiales.

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Jour 359

Squeezed lemon peels after making a fresh juice

Il ne reste plus rien, aucune trace de pulpe. Voilà comment je me sentais.

J’ai eu beaucoup de difficulté à écrire mon texte précédent. Je demandais à un citron pressé, aussi sec qu’un papyrus, de produire encore du jus. En prime, il faisait chaud et je n’étais pas en forme. Le passage du tricot a été particulièrement difficile à rendre, j’ai dû le reprendre vingt fois.
– Ça n’intéresse personne, ces carrés de housses de coussins de 16 ou 19 pouces, pourquoi t’acharnes-tu ?, me demandait une voix.
– Ce n’est pas le sujet qui est important, mais la manière dont on le rend, me répondait une autre voix…
Le frère Jérôme disait la même chose de ses toiles et des toiles de ses élèves –parce qu’il enseignait la peinture, et aussi d’autres matières qu’il aimait moins enseigner.
– Le frère Jérôme a changé ma vie, se plaît à dire Diane Dufresne qui a suivi des cours avec lui pendant des années, dans un atelier situé derrière le collège Notre-Dame du Chemin Reine-Marie.
– Il m’a fait renouer avec l’enfant en moi, l’ai-je entendu dire lors d’une entrevue télévisée. Je peins maintenant comme je le faisais du temps de ma jeunesse, de manière naïve et spontanée, en traçant des bonshommes allumettes…
– Laisse tomber les coussins et les allumettes, tourne-toi vers autre chose, reprenait la première voix.
– Je veux bien me tourner vers autre chose, répondais-je à voix haute, seule dans le chalet, à mes voix intérieures. D’ailleurs, je ne demande que ça, mais rien ne vient, rien ne me tente, rien ne m’habite ! Bâtard !
Aujourd’hui je me sens plus forte, moins vidée de toute substance, mais les thèmes qui pourraient noircir mon écran pour ce texte d’aujourd’hui ne se bousculent pas davantage au portillon !
Le frère Jérôme a vécu le contraire du phénomène papyrus : il n’était pas autorisé par sa communauté à consacrer sa vie à son art, qui l’habitait entièrement. Son temps et son énergie étaient happés par l’enseignement auprès de jeunes hommes du cours classique. Il écrit dans ses carnets intimes à quel point il lui tarde de laisser s’exprimer les pulsions créatrices qui s’entrechoquent dans sa personne, qui n’en peuvent plus d’être réprimées. Or, on ne lui donne pas cette possibilité. Alors il devient dépressif, épuisé nerveusement et mentalement. Aurait-il vécu les mêmes épisodes de maladie, avoir pu créer comme il en avait besoin ? Nul ne le saura jamais.
Nous allons passer les deux prochaines semaines en compagnie de notre petite-fille de trois ans et demi, Denauzier et moi. Cela signifie que je vais manquer de temps, d’énergie et de concentration pour écrire. Je m’autorise donc à publier des textes plus courts dès demain, et ce pour toute la première moitié de ce bientôt août.
Un mot sur Léo. Le chapitre huit est très long, je dirais que j’en ai lu la moitié au chalet. Quand j’ai constaté que je le traitais durement en le décrivant gros et mal habillé, dans mon texte précédent, j’ai voulu ajouter quelques lignes plus charitables à son égard, or, encore une fois, il n’est rien venu d’autre que cette observation sans aucun intérêt, à l’effet que ses enfants portent tous un prénom qui commence par les lettres M et a. Ainsi Mathieu, Marie-Cécile et Manuella. Et la mère, un coup partie, Marie-Christine. J’ai écrit cela, que ses enfants portaient ces trois prénoms commençant par ces deux mêmes lettres, puis j’ai supprimé la phrase tellement c’était insipide.

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