Jour 359

Squeezed lemon peels after making a fresh juice

Il ne reste plus rien, aucune trace de pulpe. Voilà comment je me sentais.

J’ai eu beaucoup de difficulté à écrire mon texte précédent. Je demandais à un citron pressé, aussi sec qu’un papyrus, de produire encore du jus. En prime, il faisait chaud et je n’étais pas en forme. Le passage du tricot a été particulièrement difficile à rendre, j’ai dû le reprendre vingt fois.
– Ça n’intéresse personne, ces carrés de housses de coussins de 16 ou 19 pouces, pourquoi t’acharnes-tu ?, me demandait une voix.
– Ce n’est pas le sujet qui est important, mais la manière dont on le rend, me répondait une autre voix…
Le frère Jérôme disait la même chose de ses toiles et des toiles de ses élèves –parce qu’il enseignait la peinture, et aussi d’autres matières qu’il aimait moins enseigner.
– Le frère Jérôme a changé ma vie, se plaît à dire Diane Dufresne qui a suivi des cours avec lui pendant des années, dans un atelier situé derrière le collège Notre-Dame du Chemin Reine-Marie.
– Il m’a fait renouer avec l’enfant en moi, l’ai-je entendu dire lors d’une entrevue télévisée. Je peins maintenant comme je le faisais du temps de ma jeunesse, de manière naïve et spontanée, en traçant des bonshommes allumettes…
– Laisse tomber les coussins et les allumettes, tourne-toi vers autre chose, reprenait la première voix.
– Je veux bien me tourner vers autre chose, répondais-je à voix haute, seule dans le chalet, à mes voix intérieures. D’ailleurs, je ne demande que ça, mais rien ne vient, rien ne me tente, rien ne m’habite ! Bâtard !
Aujourd’hui je me sens plus forte, moins vidée de toute substance, mais les thèmes qui pourraient noircir mon écran pour ce texte d’aujourd’hui ne se bousculent pas davantage au portillon !
Le frère Jérôme a vécu le contraire du phénomène papyrus : il n’était pas autorisé par sa communauté à consacrer sa vie à son art, qui l’habitait entièrement. Son temps et son énergie étaient happés par l’enseignement auprès de jeunes hommes du cours classique. Il écrit dans ses carnets intimes à quel point il lui tarde de laisser s’exprimer les pulsions créatrices qui s’entrechoquent dans sa personne, qui n’en peuvent plus d’être réprimées. Or, on ne lui donne pas cette possibilité. Alors il devient dépressif, épuisé nerveusement et mentalement. Aurait-il vécu les mêmes épisodes de maladie, avoir pu créer comme il en avait besoin ? Nul ne le saura jamais.
Nous allons passer les deux prochaines semaines en compagnie de notre petite-fille de trois ans et demi, Denauzier et moi. Cela signifie que je vais manquer de temps, d’énergie et de concentration pour écrire. Je m’autorise donc à publier des textes plus courts dès demain, et ce pour toute la première moitié de ce bientôt août.
Un mot sur Léo. Le chapitre huit est très long, je dirais que j’en ai lu la moitié au chalet. Quand j’ai constaté que je le traitais durement en le décrivant gros et mal habillé, dans mon texte précédent, j’ai voulu ajouter quelques lignes plus charitables à son égard, or, encore une fois, il n’est rien venu d’autre que cette observation sans aucun intérêt, à l’effet que ses enfants portent tous un prénom qui commence par les lettres M et a. Ainsi Mathieu, Marie-Cécile et Manuella. Et la mère, un coup partie, Marie-Christine. J’ai écrit cela, que ses enfants portaient ces trois prénoms commençant par ces deux mêmes lettres, puis j’ai supprimé la phrase tellement c’était insipide.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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