Jour 1 218

Un périple de trois jours

Un périple de trois jours

Une fois la soirée terminée et nos estomacs bien remplis d’une lasagne délicieuse accompagnée de salade César –c’est très populaire, la salade César, dans la famille de mon mari–, Denauzier a jugé préférable de rentrer à la maison en auto, pour deux raisons : le froid, mais surtout la conduite nocturne qui aurait été longue et difficile compte tenu de l’état des pistes. Nous avons donc emprunté la voiture de la fille de mon mari, en convenant qu’on la lui rapporterait le lendemain matin dimanche. C’est ce que nous avons fait, avec un peu de retard. Avant de quitter notre maison aux environs de midi, Denauzier a glissé dans une grosse chaussette de laine une bouteille de mousseux, et dans une autre chaussette identique une bouteille de St-Émilion.
– Si ça nous tente d’arrêter chez mon frère, m’a dit Denauzier, nous aurons quelque chose à leur offrir, surtout que c’est l’anniversaire de ma belle-sœur demain lundi.
Nous avons donc rapporté la voiture à sa fille, repris la motoneige et entamé le chemin du retour jusqu’à l’endroit très près de la piste où, moyennant un détour de trente secondes, on se trouve chez le frère de mon mari. Il était 15 heures, le dimanche. On frappe. Ils sont à la maison. On entre. On se déshabille –cela m’a pris pas mal de temps.
– Restez pour souper !, fut une des premières phrases exprimées à notre arrivée.
– Et après le souper on pourra écouter La voix !, ajouta une autre voix.
– Qu’est-ce qu’on mange ?, demanda Denauzier à la blague, en ce sens que le menu n’était pas un élément qui allait, ou non, nous faire accepter l’invitation.
– De la lasagne et de la salade César, répondit ma belle-sœur.
– On pourrait comparer !, me suis-je exclamée, en regardant Denauzier.
– Vous pouvez même rester à coucher, des fois qu’on boirait trop, a ajouté le frère de mon mari, en ouvrant une première bouteille, celle du mousseux qui ne pouvait pas être plus frais.
Nous n’avons pas pu coucher, à cause des comprimés de Coumadin que je dois prendre absolument tous les soirs, or je n’en avais pas dans les poches de mes nombreux vêtements. Nous avons quitté la maison du frère aux environs de 21h30, en camion, avec l’intention de venir reprendre la motoneige le lendemain lundi, qui est aujourd’hui par rapport au moment de l’écriture. À la maison, les dégâts se sont avérés moins importants que je l’aurais pensé, en ce sens que nous avions laissé une marmite de fèves au lard dans le four qui, finalement, n’ont pas brûlé tant que ça. Pour faire une histoire courte, l’expédition de motoneige s’est terminée ce midi, après que nous ayons parcouru le chemin du retour sur des pistes mi-blanches de neige, mi-brunes de terre. J’imagine qu’on peut se rendre en Gaspésie en trois jours ?

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Jour 1 219

Un périple de trois jours

Un périple de trois jours

Mince ! Je me suis trompée ! Je n’ai pas encore atteint le millième texte, il me reste dix-neuf textes à écrire avant d’y arriver, en excluant le texte d’aujourd’hui qui n’est pas encore écrit. J’approche chaque fois mon ordinateur comme j’approche mes feuilles à dessin ou mes toiles. Je les approche avec élan, avec l’espoir de créer de manière satisfaisante et d’être la première nourrie par ces créations. Une fois installée à mon bureau, je me mets à taper, ou à dessiner, et mes espoirs parfois se concrétisent et me stimulent, mais parfois aussi s’évaporent.
Ce week-end, Denauzier m’a proposé une activité qui me change de mes occupations régulières.
– Que dirais-tu que l’on se rende en ski-doo chez ma fille qui nous invite à souper ?, m’a-t-il demandé samedi en début de journée.
– Génial !, ai-je répondu, réellement tentée par cette nouvelle aventure –qui me replonge dans mon passé puisque nous faisions de la motoneige en famille quand j’étais une jeune adolescente. J’ai écrit à ce sujet récemment.
– Nous allons partir au plus tard à 15 heures, m’a informée mon mari, pour arriver vers 16 heures.
– Ça prend une heure se rendre à Ste-Marcelline en motoneige, alors que ça prend un petit vingt minutes en auto ?
– Oui. Habille-toi chaudement. Si tu as l’intention de porter ces pantalons –mes pantalons de nylon doublés d’un épais coton ouaté, achetés autrefois au rayon des enfants, ça aussi je l’ai écrit dans un texte moins récent–, tu devrais prévoir une autre paire en-dessous, ou alors des combines, celles que je t’ai données l’an dernier.
Je me suis retrouvée très très très habillée. Je n’ai pas eu froid pour la promenade qui nous a pris deux heures, tellement les pistes étaient en mauvais état par manque de neige. J’ai aimé mon expérience, au-delà de ce que j’aurais imaginé. Avoir fait la même randonnée avec de la neige en quantité suffisante, je pense que je ne serais pas loin d’avoir adoré. J’ai même dit à mon mari que s’il envisageait une randonnée en Gaspésie, un hiver qu’il y aurait de la neige, je serais partante. Je n’adorerais pas, cependant, être les propriétaires des maisons dont les pistes passent à proximité, à tel point que l’on peut voir ce qui se passe dans les cuisines.

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Jour 1 220

Mille textes, autant de jours, mais zéro dollar !

Mille textes, autant de jours, mais zéro dollar !

Ça y est ! J’écris aujourd’hui mon millième texte. Pour exprimer comment je me sens par rapport à ce projet d’écriture sur une période de dix ans, je vais emprunter un détour. Emma me racontait récemment qu’une de ses amies est sur le point de terminer un baccalauréat bidisciplinaire en science politique et en histoire. Cette amie a dit à Emma qu’elle ne se sentait pas plus avancée, au terme de ses études universitaires, que lorsqu’elle avait terminé ses études secondaires. Ayant terminé ses études secondaires, elle avait eu à choisir un domaine d’études collégiales. Ayant terminé ses études collégiales, elle avait eu à choisir un domaine d’études universitaires. Ayant terminé ses études universitaires… que faire ? Se trouver un emploi ? Lequel ? Dans quel domaine ? Poursuivre des études de deuxième cycle universitaire ? Dans quel domaine ? C’est comme ça que je me sens par rapport à mon blogue. Maintenant que j’ai écrit pas loin de la moitié de la quantité de textes que contient mon défi, où en suis-je ? Où vais-je ? Qu’ai-je concrétisé ? Je ne suis pas plus avancée qu’au jour de mon premier texte, je suis seulement plus expérimentée. Je sais comment je me sens quand je ne sais pas quoi écrire. Je sais que je suis capable de trouver néanmoins quelque chose à écrire. Je sais que certains jours écrire me rend légère et joyeuse. Je sais que d’autres jours j’ai honte de ce que j’ai écrit. Je porte en moi l’expérience de l’écriture mais l’écriture en tant que telle ne m’a pas portée ailleurs que là où j’étais déjà. L’écriture m’aide à me vivre mieux sans pour autant me mener quelque part. Et bien que me menant nulle part, l’écriture m’est essentielle. Pouf.
J’en reviens à mon cheval au cou de girafe publié hier. Je voudrais ajouter qu’au-delà de son incapacité à trotter ou à galoper avec ses pattes défaillantes, mon animal n’en parcourt pas moins un endroit très riche. D’abord, l’or y coule à profusion. Ensuite, l’arrière-plan rocheux, construit sur le mode du vitrail, donne accès à une grotte. L’entrée de la grotte se situe juste au-dessus du poitrail de l’animal. Quand on entre dans la grotte, on ne peut pas s’empêcher, c’est plus fort que soi, d’y retourner.

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Jour 1 221

Cheval girafe sur gisement d'or

Cheval girafe sur gisement d’or

Je ne suis pas satisfaite du texte que j’ai écrit hier parce que le mot photo revient trop souvent, vers la fin, et parce que je n’ai pas tenté d’expliquer qu’est-ce qui m’a fait pleurer. Pourtant, je le sais, ce qui me fait pleurer. C’est que je me sens exclue des groupes, de façon générale. Je m’exclus moi-même, ce ne sont pas les autres qui m’excluent. Je parle avec ma sœur, admettons, qui a toujours mille visites en perspective à son agenda, et je me sens mise à l’écart. Tout le monde se visite, s’amuse, interagit, sauf moi. C’est ma marque de commerce, me sentir exclue. La toile ci-contre, que j’ai faite en 2013 si je me fie à la date qui apparaît sur la photo, traduit bien le phénomène d’exclusion qui m’habite depuis toujours. Je me suis arrangée pour que la bête ne soit pas capable de marcher, de suivre les autres, pour qu’elle soit condamnée à se débrouiller, à faire appel à son ingéniosité, à tester ses limites, seule dans son coin. Ses pattes ne sont pas de la même longueur et vont dans toutes les directions. L’or bouillant qui coule sous ses sabots ne doit pas lui faciliter la vie non plus. Emma a raison, je pourrais essayer de reproduire un animal plus normal, ou moins handicapé. Mais je ne le fais pas. Je pourrais essayer de me raisonner et de ne pas me sentir exclue. Mais je ne le fais pas. La toile réside sur un des murs de la petite pièce avant, chez Emma, qui me servait autrefois de bureau et qui sert maintenant de salle de conditionnement dotée d’une machine elliptique. Emma, lorsqu’elle pédale sur son appareil, a la toile en plein dans son champ de vision.

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Jour 1 222

Je n’ai pas les mêmes activités selon que je suis à Montréal chez Emma, ou chez moi à St-Jean-de-Matha. Mon texte d’hier, à cet égard, se voulait un croquis de ma vie, par une journée que rien de spécial ne vient colorer, mais qui est en même temps amplement teintée par la présence de chouchou. Autrement dit, quand chouchou est là tout va, et il n’est pas nécessaire qu’il se passe grand-chose. J’ai oublié de mentionner, dans ce croquis, qu’en marchant sur l’avenue Monkland, un peu plus tard au hasard de mes courses, j’ai recroisé l’homme anglophone qui tenait –encore– son chien dans ses bras.
Ce matin, ce n’est pas au Jean-Coutu sous prétexte d’y poster une lettre que je suis allée. Nous avons plutôt, Denauzier et moi, enfilé nos raquettes pour aller nous promener dans la montagne, derrière la maison, au beau soleil. Je suis en effet revenue de la ville hier soir tard. J’avais la tête encore pleine des moments passés avec Emma, pendant que je me promenais dans la petite épaisseur de neige. J’aime nos promenades hivernales. Nous avons beau ne pas nous connaître depuis longtemps, nous répétons déjà les mêmes choses quand nous sommes dans la montagne. Denauzier me montre où sont les limites de sa terre, où commencent celles du voisin, quels sont les arbres qu’il entend abattre parce qu’ils sont rendus trop vieux, ou trop hauts, ou en très bonne santé et qu’ils vont constituer un excellent bois de chauffage. Cette répétition des mêmes propos me rassure. Elle me reporte des années derrière, quand papa était encore autonome et qu’il vivait au Lac noir à St-Jean-de-Matha. À chacune de mes visites, il me faisait faire le tour de sa propriété, pour me montrer que, là, il avait planté un pin Douglas avec son frère, là un cormier domestique, et que, là, il avait traité le rosier que les moucherons avaient commencé à manger. Aujourd’hui, papa vit auprès de Bibi et de son mari, et il reçoit régulièrement la visite de ses frères et sœurs qui sont encore en vie. J’ai parlé justement à un des frères de papa, tout à l’heure au téléphone. Je vais aller le visiter la semaine prochaine. Il veut voir les photos que nous avons prises la dernière fois que nous sommes allées chez lui. J’étais avec Emma. Nous avions tous changé de lunettes, il avait porté les miennes, moi celles d’Emma, Emma celles de tonton. Bien entendu, nous avions pris des photos. Je ne sais pas pourquoi, mais rien que le fait de penser à ma prochaine visite chez tonton, et à mon ancienne visite chez tonton quand nous avons pris les photos avec Emma, me fait couler une larme. Ce doit être parce que c’est précieux, la famille.

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Jour 1 223

Exemple de bol pour une soupe repas

Exemple de bol pour une soupe repas

Je suis à Montréal depuis mardi soir pour tenir compagnie à chouchou qui s’est blessée au dos. Elle m’a demandé de venir la visiter, pendant qu’elle est passablement limitée dans ses mouvements, pour que nous puissions jouer à des jeux. Comme deux fillettes. Comme deux fillettes mais aussi comme avec Bibi dont on pourra dire, le jour de sa mort, qu’elle aura agrémenté son parcours sur terre de Salade, de Dame de pique et d’Horloge, mais peut-être moins de Trou de cul. Pour notre part, Emma et moi n’avons pas joué aux cartes, finalement, mais au Rummy, plusieurs parties de suite. On peut jouer au Rummy avec des cartes, il est vrai, mais nous possédons un jeu qui est fait de petites tuiles de plastique numérotées de 1 à 13 sur lesquelles n’apparaissent pas les couleurs et les figures des cartes telles qu’on les connaît. Les tuiles, bien que petites, ont l’avantage de se manipuler mieux que les cartes. Nous avons aussi joué à un nouveau jeu, qui s’appelle Pandémie, qu’elle a reçu à Noël de son frère. Il me semble que c’est assez facile de jouer à Pandémie mais Emma me dit que ça peut être difficile. Je suis à Montréal en plein milieu de semaine et je suis la première surprise que cela ne vienne pas avec l’équation « être assise devant un ordinateur à l’université », mangeant des carottes et des branches de céleri comme j’aimais le faire pour me désennuyer, mais peut-être surtout pour m’hydrater parce que j’avais toujours soif. J’ai profité de ma nouvelle liberté d’aller et venir comme je le veux, nouvelle en ce sens que je ne suis retraitée que depuis six mois, pour aller poster une lettre dont le destinataire, une compagnie d’assurance, est situé à Montréal. Rien n’a changé des lieux et de mes habitudes. J’ai marché sur le trottoir de l’avenue Wilson, il était autour de quinze heures, ne découvrant rien de bien nouveau aux maisons, sinon une pancarte À vendre de la compagnie Sutton devant un des duplex. À l’angle, j’ai tourné à droite sur l’avenue Monkland en direction de la pharmacie Jean-Coutu. J’ai ouvert la porte du commerce et commencé mon parcours en m’attardant juste pour dire, pas longtemps et pour le plaisir, aux produits Roc, La Roche Posay, Vichy et autres qui accueillent les clients. Je n’ai pas ouvert les Tester des deux premières compagnies car il était écrit sur le contenant qu’il s’agissait de produits sans parfum, mais j’ai ouvert le Vichy et lui ai trouvé une odeur de poudre pour bébé un peu décevante. Puis, direction Bureau de poste, au fond de la pharmacie. Le client avant moi, un homme qui tenait un petit chien –vêtu d’un manteau– de son bras gauche, parlait un peu bêtement en anglais au commis qui, lui, me semblait gentil. Assez rapidement ce fut mon tour de dire au commis Pour affranchir svp. J’ai payé plus cher que pour une simple lettre de format standard car mon enveloppe, de format standard, contenait plusieurs feuilles de papier épais. Je suis ressortie et j’ai marché sur l’avenue Monkland en direction du magasin Zone. J’y ai enfin consommé le bon d’achat de 115$ qui m’a été donné lorsque j’ai pris ma retraite cet été. Je traînais le bon dans mon sac à main depuis plus de six mois, il était temps que je l’utilise, avant de le perdre. J’ai acheté des bols de service colorés pour donner une touche vivifiante à la vaisselle plutôt fade qui est la nôtre à St-Jean-de-Matha. Je les ai montrés à Emma et à son amie, à mon retour à la maison, qui les ont trouvés beaux. Nous nous sommes ensuite réunies autour de la table, dans la cuisine, et nous avons joué au Rummy avant le souper. Aujourd’hui jeudi, Emma se sent mieux. Elle est en train de bricoler une pancarte qui va servir à une activité scout en fin de semaine auprès de son groupe d’Hirondelles. Elle porte une blouse qui appartenait à maman. Quand elle est concentrée comme elle l’était il y a une minute en coupant le carton qui est devenu pancarte, elle pince un peu les lèvres. J’habille ça son petit bis pincé. Je l’observe, les lèvres serrées, coupant le carton d’un air concentré. Rien n’a changé.

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Jour 1 224

Sur le thème de la catharsis.

Sur le thème de la catharsis.

J’ai rêvé que j’évoluais dans un environnement trouble où il se passait cinquante affaires susceptibles de nous menacer à tout moment. Nous étions six ou sept personnes entassées dans une embarcation, sur un lac dont on voyait le fond à travers l’eau claire. Quelqu’un me disait que de grosses souris se camouflaient dans les plantes aquatiques et sautaient sur nous sans qu’on s’y attende. On voyait de longues plantes mi-algues mi-mousse, nombreuses, bouger délicatement sous la surface du lac en un mouvement d’ondulation qui, contre toute attente, me charmait.
– As-tu peur des souris ?, me demandait quelqu’un.
– Terriblement, répondais-je. Quand j’étais petite, j’en avais trouvé une dans ma chambre à coucher, sur le lit, et cela m’avait empêchée de bien dormir pendant plusieurs mois.
– Le pire, disait le même individu, ce sont les rats. Ils attaquent. Si jamais tu te fais mordre par un rat, tu vas mourir de peur et tu ne seras pas capable de trouver une stratégie pour t’en débarrasser. Tu ne sauras pas quoi faire. Tu vas rester immobile, catastrophée.
– J’ai bien peur que tu dises vrai, était ma réponse.
Dans la seconde qui suivait, changeant d’environnement et ne nous trouvant plus sur l’eau mais à flan de colline, un rat m’attaquait l’index droit. Il était de couleur saumon, de peau lisse dépourvue de poil. On aurait dit un chat au museau pointu et à grandes oreilles de chien. Bien que n’ayant pas beaucoup d’équilibre sur le terrain incliné, je pointais l’index dans les airs et me mettais à tourner sur moi-même pour créer une force centripète qui allait, l’espérais-je, lui faire lâcher prise. Je tournais et tournais jusqu’à ce que je me rende compte qu’emporté par la force que mon mouvement avait créé, le rat m’avait lâché le doigt. C’était une victoire sur mon passé, quand j’avais effectivement peur des souris et des rats. C’était une victoire sur les prédictions de l’inconnu qui avait affirmé que je serais figée par la peur. Je regardais mon index blessé, certes, mais moins blessé que je l’aurais imaginé. Me tenant face au même groupe que celui qui était dans l’embarcation, je m’apprêtais à affirmer que je m’étais trouvée bonne, courageuse, débrouillarde, mais au lieu de simplement faire état de ma fierté, je me moquais avec un plaisir vicieux qui me faisait vibrer les entrailles de contentement.
– Vous pensiez que je serais poche, Regardez comme elle est épaisse, Wouach, c’est la plus molle, la plus innocente que la terre ait portée…
Je formulais toutes sortes de phrases venimeuses, d’une voix fielleuse que je ne me reconnaissais pas, et plus j’en formulais plus une rage refoulée depuis des années me sortait du corps par tous les pores.
J’interprète positivement cette forme de catharsis en ce début d’année, mais je me demande qu’est-ce qui peut bien m’habiter qui m’enrage autant.

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