Jour 1 224

Sur le thème de la catharsis.

Sur le thème de la catharsis.

J’ai rêvé que j’évoluais dans un environnement trouble où il se passait cinquante affaires susceptibles de nous menacer à tout moment. Nous étions six ou sept personnes entassées dans une embarcation, sur un lac dont on voyait le fond à travers l’eau claire. Quelqu’un me disait que de grosses souris se camouflaient dans les plantes aquatiques et sautaient sur nous sans qu’on s’y attende. On voyait de longues plantes mi-algues mi-mousse, nombreuses, bouger délicatement sous la surface du lac en un mouvement d’ondulation qui, contre toute attente, me charmait.
– As-tu peur des souris ?, me demandait quelqu’un.
– Terriblement, répondais-je. Quand j’étais petite, j’en avais trouvé une dans ma chambre à coucher, sur le lit, et cela m’avait empêchée de bien dormir pendant plusieurs mois.
– Le pire, disait le même individu, ce sont les rats. Ils attaquent. Si jamais tu te fais mordre par un rat, tu vas mourir de peur et tu ne seras pas capable de trouver une stratégie pour t’en débarrasser. Tu ne sauras pas quoi faire. Tu vas rester immobile, catastrophée.
– J’ai bien peur que tu dises vrai, était ma réponse.
Dans la seconde qui suivait, changeant d’environnement et ne nous trouvant plus sur l’eau mais à flan de colline, un rat m’attaquait l’index droit. Il était de couleur saumon, de peau lisse dépourvue de poil. On aurait dit un chat au museau pointu et à grandes oreilles de chien. Bien que n’ayant pas beaucoup d’équilibre sur le terrain incliné, je pointais l’index dans les airs et me mettais à tourner sur moi-même pour créer une force centripète qui allait, l’espérais-je, lui faire lâcher prise. Je tournais et tournais jusqu’à ce que je me rende compte qu’emporté par la force que mon mouvement avait créé, le rat m’avait lâché le doigt. C’était une victoire sur mon passé, quand j’avais effectivement peur des souris et des rats. C’était une victoire sur les prédictions de l’inconnu qui avait affirmé que je serais figée par la peur. Je regardais mon index blessé, certes, mais moins blessé que je l’aurais imaginé. Me tenant face au même groupe que celui qui était dans l’embarcation, je m’apprêtais à affirmer que je m’étais trouvée bonne, courageuse, débrouillarde, mais au lieu de simplement faire état de ma fierté, je me moquais avec un plaisir vicieux qui me faisait vibrer les entrailles de contentement.
– Vous pensiez que je serais poche, Regardez comme elle est épaisse, Wouach, c’est la plus molle, la plus innocente que la terre ait portée…
Je formulais toutes sortes de phrases venimeuses, d’une voix fielleuse que je ne me reconnaissais pas, et plus j’en formulais plus une rage refoulée depuis des années me sortait du corps par tous les pores.
J’interprète positivement cette forme de catharsis en ce début d’année, mais je me demande qu’est-ce qui peut bien m’habiter qui m’enrage autant.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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