Badouzienne 4

Iceberg

Je n’en reviens pas ! J’ai réussi à insérer une photo à même le texte avec l’éditeur nouvelle version de WordPress ! Je ne sais pas trop comment j’ai fait, et ça ne me tente pas de vérifier dès à présent si je suis capable de recommencer l’exploit. J’y verrai en temps et lieu, selon une expression chère à papa. Ça doit quand même vouloir dire que je prends davantage le temps de respirer, ou encore de trouver comment solutionner une petite difficulté technique, maintenant que mon défi bloguéen est chose du passé.

L’avantage de cette manière d’insertion, c’est que je peux afficher des photos de format paysage autant que de format portrait, alors que la publication de mes photos dans le bandeau du blogue, jusqu’à tout récemment, m’obligeait à utiliser exclusivement des photos de format paysage.

Autrement dit, n’avoir pas trouvé aujourd’hui comment procéder, je n’aurais pas pu présenter ma toute récente toile, puisqu’elle est de format portrait. Il s’agit d’un assez grand format, peut-être 30" X 36". Cette nouvelle amie s’inspire très certainement de mon séjour sur la Côte-Nord, et particulièrement de la journée que j’ai passée à traînailler au port de Sept-Îles, me promenant entre les colonnes de paniers de pêche déposés les uns sur les autres, grignotant des crevettes fraîches achetées à la poissonnerie et humant les odeurs de la mer, dans un vent certain car il ventait fort.

Voici, en gros, comment j’ai procédé (je vais essayer de ne pas m’enliser dans les détails pour ne pas assommer mes lecteurs).

Il faut savoir que j’ai dilué mes couleurs acryliques avant de les verser sur la toile, pour la bonne et simple raison que ne pas les avoir diluées, il aurait été impossible de les verser, compte tenu de leur consistance pas vraiment solide mais quand même opaque (rien que ça, cette entrée en matière, c’est terriblement long).

J’ai attendu qu’une couleur soit séchée, avant d’en verser une autre, pour ne pas obtenir un résultat tout gris si les couleurs s’étaient mélangées.

Marche à suivre : j’ai déposé une première quantité d’acrylique dans un bol –le rose, par exemple–, j’ai ajouté un peu d’eau, j’ai remué avec un pinceau pour homogénéiser, et j’ai versé ensuite directement du bol le mélange dilué sur la toile, en m’efforçant de bouger pour que la couleur ne s’accumule pas à un seul endroit. Puis, j’ai incliné la toile des quatre côtés, à gauche, à droite, en bas et en haut, afin de faire couler la couleur. Quand les coulisses s’approchaient dangereusement des bordures, je changeais de côté. J’ai répété cette recette autant de fois que j’ai utilisé de couleurs, parmi lesquelles se discernent essentiellement, en plus du rose, l’orangé et le jaune, mais en réalité j’ai utilisé plusieurs couleurs mais ça ne paraît pas sur la photo.

Comme cela se produit presque tout le temps, une forme s’est créée dans cet amas de coulisses colorées, qui est ici celle d’une sorte de canard gigantesque dont on discerne les plumes et dont la tête est dépourvue de bec.

J’ai tracé le contour de l’animal magique avec un pinceau, en appliquant une couleur foncée, un peu prune, et tout ce qui n’était pas situé à l’intérieur du contour a reçu une couche de couleur uniforme –ou à peu près– pour cacher les coulisses que je venais pourtant juste de créer mais qui n’étaient plus nécessaires. Ainsi, l’eau constitue une masse de couleur uniforme bleue, et le fond de l’air, de couleur plutôt bronze, constitue une autre zone de couleur uniforme, laquelle s’est vue recevoir des amas rocailleux qui représentent des îles.

Je ne maîtrise aucune technique et mes résultats picturaux sont toujours naïfs et maladroits, surtout quand ils tentent de reproduire une forme existante –ici un canard–, mais là n’est pas l’endroit où doit être mise l’emphase aujourd’hui puisque je dépasse déjà les 600 mots.

Bien sûr, je pourrais écrire 3000 mots, le vouloir, puisque mon blogue est terminé et que le format prédéfini de 500 mots n’a plus vraiment cours. Mais mes lecteurs m’abandonneraient, si je m’étirais trop longuement, sur un sujet ou un autre.

J’y reviendrai peut-être, de toute façon, à mes limitations picturales, bien que je les aie déjà abordées.

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Badouzienne 3

J’ai rêvé que j’avais un important devoir à remettre, or je n’avais encore rien de fait, alors que d’autres y travaillaient depuis des semaines. Un étudiant, qui était représenté dans mon rêve par un jeune collègue avec lequel j’ai travaillé assez étroitement, en ce sens que nous partagions les mêmes locaux, lui et moi et quatre autres personnes –dont Ludwika–, ce collègue, donc, me rappelait, en me demandant où j’en étais, que nous avions effectivement ce devoir à remettre, parce que je l’avais complètement oublié !

Pour ne pas montrer que sa question me troublait et me faisait réaliser que j’étais dans l’eau chaude, je faisais la fanfaronne, je répondais fort et sur un mode exclamatoire qu’il n’y avait rien là, un devoir de plus ou de moins, etc. Le collègue ne commentait pas ma réponse et cela me troublait. J’avais l’impression qu’il soupçonnait que je n’avais rien fait et que, n’ayant rien fait, il me jugeait négativement. J’étais paresseuse à ses yeux, pas sérieuse, pas fiable.

Puis je rencontrais un autre homme, un peu semblable physiquement à Denauzier, ça veut dire une pièce d’homme solide, qui inspire confiance, sur laquelle on peut s’appuyer. Je lui disais le plus simplement du monde que je n’avais toujours rien fait pour ce devoir à remettre le lendemain, et il se contentait de me fournir des informations qui allaient peut-être m’aider, des articles de journaux notamment. J’entreprenais alors de déterminer comment j’allais aborder ce travail, sous quel angle, en n’ayant plus aussi peur de ne pas y arriver, puisque ce dernier interlocuteur n’avait pas semblé ébranlé de me savoir aussi en retard.

Une femme s’exprimait alors qui disait qu’il ne valait pas la peine de téléphoner à telle personne pour connaître disons la responsable de tel dossier, puisque cette personne responsable était une Danielle Lalonde qu’on pouvait joindre à tel numéro. Je comprenais par le fait même qu’une partie importante du travail que j’avais à faire consistait à trouver des personnes contacts. Je commençais dès lors à énumérer dans ma tête les personnes contacts que je connaissais. Je constatais que ma liste n’était pas aussi longue que je l’aurais souhaité, et que cela allait ajouter à la difficulté de remettre mon travail à temps.

– Et si tout, dans ce maudit devoir, n’était que foutaise ?, me demandais-je alors, non sans une certaine angoisse. Qu’est-ce qui me dit que je devrais m’y investir ? Est-ce que je ne risque pas de me retrouver avec un résultat qui ne vaudra rien du tout, qui ne sera ni plus ni moins qu’un échec, sans oublier qu’il s’agit d’un devoir énorme qui nécessite, forcément, un investissement tout aussi énorme en temps et en effort ?

Il va sans dire que la crainte qui est exprimée dans ce rêve est celle, réelle, de découvrir, au fur et à mesure que je vais me pencher sur mes anciens textes, que mon entreprise d’écriture, mon blogue de plus de 2000 textes, mon travail des dix dernières années, ne vaut pratiquement rien quant à sa qualité littéraire…

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Badouzienne 2

En fin de compte, qu’est-ce que j’ai fait pendant ces dix ans d’écriture ? Je n’ai fait que traverser le temps. J’ai tracé ma voie comme une rivière se creuse un nid. Je n’ai rien fait d’autre qu’aller de l’avant, sans savoir où je me rendais, mue par une force invisible qui est la même qui fait avancer tout le monde. J’ai cheminé, sans souci d’édifier quoi que ce soit. Je me disais, certainement, que j’étais en train d’alimenter mon vaste projet d’écriture, écrivant jour après jour, mais tant que je n’ai fait que l’alimenter, il ne s’est rien construit.

Je n’ai pas construit de maison, ce n’est pas vraiment mon domaine. Je n’ai pas publié de livres qui existeraient, physiquement, sur les tablettes d’une librairie. C’est davantage mon domaine. Je n’ai fait que vivre les jours les uns après les autres, sans avoir conscience de la direction que je désirais prendre. Est-ce à moi de choisir une direction, d’ailleurs, ou la direction s’impose-t-elle d’elle-même sans que je m’en rende compte, tout occupée que je suis à vivre chacun des jours qui pave ma voie ?

L’aboutissement de mon projet m’amène à ce constat : vivre consiste à ne pas cesser d’avancer, mais je ne sais pas où je vais. Savais-je dans quelle vie je m’installais quand j’ai cessé ma vie professionnelle à Montréal, et que je suis venue vivre ici, à St-Jean-de-Matha, auprès de Denauzier ? Non, je ne savais pas dans quelle vie je m’installais car cette vie était à construire au jour le jour, avec la participation conjointe de mon mari. Et nous avons consacré notre énergie à nous créer un univers confortable, enveloppant, apaisant, ressourçant, au-delà duquel on ne voyait pas grand-chose arriver. Pas parce que nous sommes, lui et moi, plus aveugles que d’autres, mais parce que la vie c’est ça, un défilement dans un sentier qui est à tracer et qui n’offre guère de profondeur de champ. Est-ce que je souffre de cette étroitesse de vue ? Pas du tout, je viens tout juste de me rendre compte qu’elle existe !

Je me retrouve donc, dix ans plus tard, avec tous ces textes à corriger dont je serais bien en peine de préciser quel en est le contenu. Si je voulais créer des fascicules par thèmes, admettons, quels seraient ces thèmes ? Je peux nommer l’appréciation critique de mes toiles, de mes projets d’art en général; je peux nommer, pendant un moment mais par la suite cela s’est estompé, les tenues vestimentaires; je peux nommer encore les questions philosophico-existentielles qui ont beaucoup à voir avec le passage du temps. Des sujets plus pratiques ont aussi été au centre de mes écrits, le jardinage par exemple et mes cours de tricot ! J’ai aussi beaucoup aimé mes aventures avec tantine et mes récits de beaux moments partagés avec papa. Retrouver ces textes, maintenant, parmi les plus de 2000 qui existent, va nécessiter un temps fou que je n’aurai probablement pas.

Il y a une chose qui m’étonne, en outre. C’est que, justement parce que je ne vois rien arriver, certains désirs, ou envies, s’imposent à moi subitement. Le plus récent désir s’est imposé cet après-midi : je voudrais bénéficier d’un nouveau visuel sur mon blogue. Je voudrais me créer une nouvelle ergonomie, en utilisant pour ce faire les outils qu’offre la plateforme WordPress. J’en ai même parlé à mon cousin, cet après-midi, et je vais peut-être faire en sorte que cette envie se concrétise.

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Hier soir je pensais qu’il s’agissait des Vosgiennes.
– Connais-tu ça, une Vosgienne ?, ai-je demandé à mon mari. Ce serait une esquisse, un instant d’observation, un croquis, quelque chose dans ce sens-là.
– Non, a-t-il répondu.
– Je vais vérifier sur mon téléphone, ai-je dit en tapant le mot de ma recherche. Oh ! J’obtiens une sorte de vache, ai-je constaté, originaire de la région des Vosges, bien entendu. Voyons voir plus bas, des fois qu’il y aurait un autre sens.
Que je n’ai pas trouvé.

Ce matin j’ai réalisé que je cherchais les Gnossiennes, qui sont une invention, tant lexicalement que musicalement, d’Érik Satie. Le mot s’inspire de gnôsis en ancien grec, qui signifie « connaissance ». Il s’agit de pièces pour piano seul dont le rythme est lent, des pièces qui incitent à la méditation, au recueillement. Érik Satie les aurait écrites alors qu’il s’intéressait à une certaine forme de vie mystique. Un musicologue a qualifié les Gnossiennes de danses immobiles. Érik Satie en a composé sept, sur une période de huit ans, attribuant à chacune un simple numéro, Gnossienne 1, 2, 3…

Cela a suffi à me convaincre que j’allais dorénavant désigner mes textes comme étant des Badouziennes. Maintenant que mon compte à rebours est terminé, je ne désire plus intituler mes textes avec le mot Jour accompagné d’une numérotation décroissante. J’ai pensé utiliser le mot Article –assorti d’une numérotation croissante–, comme si j’étais une journaliste, mais cela ne m’inspire pas, d’autant que le mot peut faire penser à un article à vendre sur quelque MarketPlace.

Badouzienne me convient mieux. Ce n’est pas du tout impersonnel, donc c’est très personnel, ça rime avec Gnossienne, c’est féminin, et dans les deux cas, celui des Badouziennes naissantes et des Gnossiennes anciennes, il existe(ra) une suite numérotée. En prime, en arrangeant les choses un peu à ma façon, la Badouzienne a en commun avec la Gnossienne de s’apparenter à une sorte d’observation, un temps d’arrêt, une immobilité dans le temps. C’est ce que je fais quand j’écris, je fixe une pensée, je lui attribue une forme de pérennité.
Je trouve ça parfait.

J’ai modifié un peu l’aspect de mon blogue. Je pourrais le transformer davantage, bien sûr, mais une ergonomie différente m’occasionnera des difficultés de compréhension informatique, ici et là, alors je reporte à plus tard. Je procrastine. Je me dis que ma fille pourrait peut-être m’aider un jour, car quand on étudie l’intelligence artificielle on comprend aisément les principes de la programmation grand public ?

Au moins j’ai retiré mon bandeau décoratif –qui reproduit un extrait d’une toile que Bibi m’a achetée il y a déjà un bon moment. Ce cher bandeau a tenu le coup pendant dix ans ! J’ai choisi de faire apparaître à sa place une image aléatoire offerte par WordPress, sauf lorsque je publierai spécifiquement une photo, comme c’est le cas aujourd’hui avec un extrait de la partition d’une Gnossienne. Le problème, pour le lecteur, sera de savoir si la photo a été mise en ligne de façon volontaire par ma personne, ou si elle accompagne mon texte par le plus pur hasard.

Je remarque enfin que j’ai tendance à vouloir atteindre les 500 mots, c’est devenu un format « confortable », à force de m’y conformer, cela va peut-être changer progressivement.

Publié le par Badouz | 4 commentaires

Jour 1

Je vais essayer de faire ressortir les différences entre la Lynda du Jour 2 200 et celle d’aujourd’hui en ce Jour 1. Il ne me vient que des insignifiances à l’esprit, mais je n’en suis plus à une insignifiance près, alors je ne vais pas me censurer.

Je porte une coupe de cheveux petit page, je dirais. Il s’agit d’un carré avec frange qui a reçu il y a un mois une teinture de couleur blond foncé ou châtain clair. Coupe et teinture m’ont été données par ma coiffeuse de St-Jean-de-Matha, une femme qui m’inspire parce qu’elle a su mener sa barque toute seule quasiment toute sa vie.
Au début de mon blogue, il y a donc dix ans, je portais les cheveux longs au milieu du dos, non teints, donc très parsemés de blanc et de gris. Mes cheveux vaguaient naturellement et cela me plaisait. Je portais les cheveux comme les portait François, donc on peut penser que je suis suiveuse. Il avait en effet les cheveux presque aussi longs que les miens, mais à la fin de sa vie à l’hôpital sa fille lui avait fait une belle coupe courte avec laquelle, donc, il a quitté la vie.
Au bout d’un moment, j’ai fait teindre mes cheveux longs et vagués par une amie de Thrissa, c’était l’été, à Montréal, et l’épisode de teinture a eu lieu sur la galerie arrière, côté jardin, de notre logement de l’Avenue Wilson. Quand j’étais arrivée au travail avec les cheveux ainsi teints, une collègue m’avait dit que je venais de rajeunir de vingt ans.
Puis j’ai fait couper ma belle tignasse par une coiffeuse de la rue Monkland, qui avait travaillé fort, plus d’une heure, afin que je ressorte du salon avec une coupe à la mode que je n’aimais pas, malheureusement, une coupe déstructurée comme on dit, en ce sens que les cheveux étaient plus longs d’un côté que de l’autre. À ce moment-là ils étaient teints en blond, et ce blond devenait jaune au soleil en été.
J’avais rencontré une personne que je n’avais pas vue depuis très longtemps, à cette époque, à un festival de musique traditionnelle, Mémoire et racines. Je n’en étais pas revenue qu’elle me reconnaisse tellement je me sentais transformée par ma coupe déstructurée. Elle ne comprenait pas que je sois si surprise d’être reconnue et me trouvait très semblable à la Lynda à peine adulte qu’elle avait fréquentée jadis.
Je ne sais pas quand est-ce que je suis revenue à ma valeur sûre, soit un tour d’oreilles, une nuque très courte, et une longue mèche tombant sur le côté droit de mon visage. Je portais cette coupe lorsque j’ai fait la connaissance de Denauzier.
Mais il m’a semblé qu’en vieillissant ma belle mèche perdait en abondance et en épaisseur et qu’elle se mettait à ressembler de plus en plus à une crêpe. Ma stratégie a alors été non pas de tout couper, mais de tout faire allonger, et c’est ainsi que je me suis orientée vers la formule petit page.
C’est aussi à cette période-là que je me suis mise à me rendre régulièrement, soit une fois par semaine, à Rawdon avec ma tante pour faire l’épicerie et toutes sortes de courses, dont des vêtements, des plantes et du thé, et nous nous sommes mises à fréquenter un salon de coiffure dont la coiffeuse se prénommait Emmanuelle. Nous allions aussi au restaurant pour dîner, pas toujours le même. Emmanuelle me teignait, elle aussi, les cheveux trop blonds, mais je ne m’en rendais pas compte, ou plutôt si, je m’en rendais compte, mais ça ne me dérangeait pas.
Puis tantine est devenue trop malade pour pouvoir se déplacer, et c’est le lieu de la coiffure qui s’en est trouvé déplacé car j’ai découvert une bonne coiffeuse dans mon village, où je vais parfois à pied, parfois aussi avec chouchou.

Je viens d’accumuler 640 mots autour de mes cheveux seulement ! Je vais devoir poursuivre, une autre fois, avec un texte qui ne s’intitulera pas Jour 0, qui va s’intituler autrement, je ne sais pas encore comment…

Félicitations Lynda, quoi qu’il en soit, tu as su réussir ton défi, contre vents et marées.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | 7 commentaires

Jour 2

Le point saillant de ce mercredi 14 avril 2021 a été le 50e parallèle. Quand on roule sur la route 138 en direction de Sept-Îles, comme on le faisait hier, on rencontre une pancarte qui annonce le 50e parallèle.
– Est-ce qu’on vient de quitter le 49e ?, ai-je immédiatement demandé à Denauzier.
– Je ne sais pas, a-t-il répondu.
D’après ce que je comprends, on venait de le quitter, en ce sens que sur les cartes que j’ai par la suite consultées, sur Wikipédia, la numérotation des parallèles augmente au fur et à mesure qu’on se dirige vers le pôle nord, vers l’Arctique. Autrement dit, nous roulions, avant de rencontrer cette pancarte, dans le 49e parallèle et, pour ma part, je ne le savais pas. 
– Quand on va faire le chemin inverse, ai-je aussi demandé à mari, penses-tu qu’une pancarte va indiquer qu’on quitte le 50e ?
– J’imagine…, a-t-il répondu.

Or, il n’en est rien. Quand on a entamé la route en début d’après-midi pour quitter Sept-Îles et nous rendre où nous sommes en ce moment, c’est-à-dire en file pour prendre le traversier Godbout-Matane –d’où il ressort que j’écris dans le camion– j’ai porté attention aux pancartes dans les deux sens de la route, le sens qui nous a vu rouler hier, et celui où on roulait aujourd’hui.
Décidément, cette phrase est trop longue.
Il faut comprendre que nous avons quitté Sept-Îles aujourd’hui après y être tout juste arrivés hier, et que pour ce faire nous avons roulé aujourd’hui en sens inverse à celui d’hier. Parce qu’il n’y a qu’une route. Roulant ainsi en direction de Godbout, en ayant Sept-Îles derrière nous, je tournais la tête pour lire le recto des pancartes, à ma gauche, dont je n’apercevais que le verso.
– Qu’est-ce que tu as à tout le temps tourner la tête ?, s’est inquiété mon mari. J’ai peur que tu attrapes un torticolis.
– Je commence déjà à avoir mal au coeur. Je ne veux pas rater la pancarte qu’on a vue hier qui annonce le 50e  parallèle, ai-je expliqué. Je surveille des deux côtés, des fois qu’il n’y en aurait pas de ce côté-ci.

On a roulé encore un peu et à la hauteur peut-être de Port-Cartier, je me suis tournée pour lire, plutôt machinalement et sans grand espoir, le recto d’une pancarte, et cette pancarte était en plein, et miraculeusement, celle que je cherchais. Aucune ne lui faisait contrepoids dans le sens où nous roulions. La pancarte contrepoids aurait pu servir à annoncer, comme je l’ai suggéré, qu’on quittait le 50e, ou qu’on entrait dans le 49e.
– À quoi ça te sert de revoir cette pancarte ?, a demandé mon mari.
– À nous arrêter pour la photographier !, me suis-je exclamée, faisant ainsi savoir à mon mari qu’il fallait maintenant trouver un moyen de revenir sur nos pas.

Le territoire de la Côte-Nord mise sur ce 50e, d’ailleurs, pour faire de la publicité quant aux activités nordiques, et une compagnie a aussi été créée qui porte ce nom et qui fait de la location de bicyclettes. J’ai lu aussi qu’un Québécois, Kevin Martel, grand sportif, a décidé de traverser le Canada sans quitter ce 50e, se confrontant par conséquent à de la randonnée dans des secteurs sauvages, pleins de moustiques en été, sans sentiers, sans services. Un remake de Into the Wild, en quelque sorte.

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Jour 3

J’avais fait cela une fois, quand j’étudiais à Aix, dont les habitants sont des Aixois. J’avais écrit un texte farci du son « oi », à mon cours d’écriture sur table –pupitres de bois. Or aujourd’hui, nous dirons trente-cinq ans plus tard, je m’attelle à ce jour Trois depuis ma chambre d’hôtel à Sept-Îles. Je vais tenter une répétition de l’événement. Je pourrais opter pour le son ien, tiens, car le gentilé pour Sept-Îles est Septilien, à ne pas confondre avec reptilien. Mais je vais tenter d’honorer l’exercice d’autrefois, en ayant la foi, en m’extirpant avant même qu’il ne se manifeste, d’un sentiment de vive angoisse.

Wajdi Mouawad. Est-ce mon oreille qui fait de moi une proie, ou entend-on bel et bien trois fois le son oi, une fois dans le prénom, deux fois dans le nom ?

Le poisson ! Il y en a plein dans ma ville d’accueil, comme en atteste le nombre de poissonneries qui ont croisé ma route, ou plutôt ma voie, celle que j’ai suivie sur le port, en louvoyant entre les obstacles qui sont autant d’outils qu’on déploie quand on occupe l’emploi de pêcheur. Des nasses, par exemple. J’ai été traversée d’un vif émoi, quand j’en ai découvert la grosseur. L’émoi, on le sait, cause souvent la moiteur, qu’il est possible d’essuyer avec des tampons de ouate. What ? Water. Mon texte serait plus facile à écrire en anglais ! Pas en finois, suédois, hongrois, chinois, autant de langues que je ne maîtrise pas.

Jusqu’ici, je ne réussis que très moyennement mon défi, je le constate avec effroi, ç’avait été si facile à l’époque, comme quoi la vie nous porte sans qu’on soit à même d’y changer quoi que ce soit.

Soi. Une chambre à soi. Aux murs couverts de panneaux de soie qui gonflent sous l’effet d’un vent oisif, transportant avec lui des relents de moisi causés par un hiver trop long. Cette chambre sous les toits, en effet, n’est occupée qu’à la belle saison, la saison des pois de senteur qu’exhalent certaines marques d’empois. Je découvrirais dans le plus grand désarroi, non sans me positionner de guingois, qu’on vaporise la soie d’empois. Même pour un roi, ça ne se fait pas !

Le fou du roi était aux abois, paraît-il, lors d’un convoi organisé par soif de vengeance on ne sait même plus pourquoi. Qui en voulait à qui ? Fouillez-moi !, aurait répondu ledit fou en outrepassant les lois langagières royales de la cour du roi François Trois de Troie.

Et moi ?, me demandent mes lecteurs broyés de stupeur. Une stupeur poisseuse. Pouah ! Ça sert à quoi de s’intéresser à mes exploits, s’il faut que je ne les évoque pas plus que ça ? À Tadoussac, à Sept-Îles ? Moi ? Ça ploie comme de la plume d’oie, comme ça se peut pas, ça soudoie comme une courroie, ça coudoie avec doigté, ça nettoie en toisant du regard, ça se noie en vêtements noirs et bouffants, ça vouvoie malgré les noyades substantielles, ça rudoie sans faire le poids, ça s’apitoie sous la toiture permise, ça guerroie de manière foudroyante.

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