Jour 3

J’avais fait cela une fois, quand j’étudiais à Aix, dont les habitants sont des Aixois. J’avais écrit un texte farci du son « oi », à mon cours d’écriture sur table –pupitres de bois. Or aujourd’hui, nous dirons trente-cinq ans plus tard, je m’attelle à ce jour Trois depuis ma chambre d’hôtel à Sept-Îles. Je vais tenter une répétition de l’événement. Je pourrais opter pour le son ien, tiens, car le gentilé pour Sept-Îles est Septilien, à ne pas confondre avec reptilien. Mais je vais tenter d’honorer l’exercice d’autrefois, en ayant la foi, en m’extirpant avant même qu’il ne se manifeste, d’un sentiment de vive angoisse.

Wajdi Mouawad. Est-ce mon oreille qui fait de moi une proie, ou entend-on bel et bien trois fois le son oi, une fois dans le prénom, deux fois dans le nom ?

Le poisson ! Il y en a plein dans ma ville d’accueil, comme en atteste le nombre de poissonneries qui ont croisé ma route, ou plutôt ma voie, celle que j’ai suivie sur le port, en louvoyant entre les obstacles qui sont autant d’outils qu’on déploie quand on occupe l’emploi de pêcheur. Des nasses, par exemple. J’ai été traversée d’un vif émoi, quand j’en ai découvert la grosseur. L’émoi, on le sait, cause souvent la moiteur, qu’il est possible d’essuyer avec des tampons de ouate. What ? Water. Mon texte serait plus facile à écrire en anglais ! Pas en finois, suédois, hongrois, chinois, autant de langues que je ne maîtrise pas.

Jusqu’ici, je ne réussis que très moyennement mon défi, je le constate avec effroi, ç’avait été si facile à l’époque, comme quoi la vie nous porte sans qu’on soit à même d’y changer quoi que ce soit.

Soi. Une chambre à soi. Aux murs couverts de panneaux de soie qui gonflent sous l’effet d’un vent oisif, transportant avec lui des relents de moisi causés par un hiver trop long. Cette chambre sous les toits, en effet, n’est occupée qu’à la belle saison, la saison des pois de senteur qu’exhalent certaines marques d’empois. Je découvrirais dans le plus grand désarroi, non sans me positionner de guingois, qu’on vaporise la soie d’empois. Même pour un roi, ça ne se fait pas !

Le fou du roi était aux abois, paraît-il, lors d’un convoi organisé par soif de vengeance on ne sait même plus pourquoi. Qui en voulait à qui ? Fouillez-moi !, aurait répondu ledit fou en outrepassant les lois langagières royales de la cour du roi François Trois de Troie.

Et moi ?, me demandent mes lecteurs broyés de stupeur. Une stupeur poisseuse. Pouah ! Ça sert à quoi de s’intéresser à mes exploits, s’il faut que je ne les évoque pas plus que ça ? À Tadoussac, à Sept-Îles ? Moi ? Ça ploie comme de la plume d’oie, comme ça se peut pas, ça soudoie comme une courroie, ça coudoie avec doigté, ça nettoie en toisant du regard, ça se noie en vêtements noirs et bouffants, ça vouvoie malgré les noyades substantielles, ça rudoie sans faire le poids, ça s’apitoie sous la toiture permise, ça guerroie de manière foudroyante.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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