Jour 1 190

– Qu’est-ce que tu as mangé au restaurant avec ta tante, ma chérie ?, m’a demandé Denauzier.
– La même chose que la veille.
– C’est-à-dire ?
– Au restaurant de l’Académie, j’ai mangé du doré amandine, et quand vu qu’il y en avait au menu du Coq d’Or, j’en ai commandé, pour comparer.
– Ça ne m’étonne pas.
– Celui de l’Académie était plus tendre, mais l’assiette du Coq d’Or était plus colorée.
Il y aurait tant à dire sur l’alimentation, je veux dire sur la mienne. Mais je n’ose pas parce que mon blogue est public. En même temps, si j’abordais le thème de l’alimentaire dans un journal intime, je verserais dans le dénigrement –je serais constamment déçue de la quantité ingérée en une journée–, alors je m’abstiens. J’adore apprendre qu’un individu n’a mangé que du poisson cru pour perdre du poids, par exemple. Ce fut le cas de l’acteur Matthew McConaughey qui jouait le rôle d’un sidéen dans Dallas Buyer’s Club. J’aime entendre à la radio que Zachary Richard, les soirs que ça ne lui tente pas de manger, ni de cuisiner, se contente d’un bol de riz. J’ai entendu ça il y a longtemps et je m’en rappelle encore. Je me rappelle aussi qu’au cours de cette même entrevue, Zachary disait qu’il était un grand lecteur. Puis, se ravisant, il avait précisé qu’il pensait être un grand lecteur. Il avait nommé William Faulkner au nombre des écrivains qu’il aimait. Ma perception d’un individu change immédiatement quand j’apprends qu’il lit beaucoup. Je dirais que c’est un préjugé positif. J’avais déjà une opinion très positive de Zachary, et cette opinion s’est trouvée renforcée après que j’aie eu entendu cette interview. J’aime ne manger que du gruau quand je suis seule parce que c’est nourrissant, c’est économique, c’est un produit non transformé, c’est facile et rapide à préparer. Je le cuis à l’eau et n’ajoute qu’un peu de lait en fin de cuisson, aucun sucre ou sirop. Si je ne mange que du gruau dans une journée, je vais espérer avoir perdu une livre ou deux le lendemain. Que je reprends dès le surlendemain ! Je ne comprends pas que j’aie pu décourager Emma d’étudier dans ce domaine, car elle s’y intéresse. C’est un domaine passionnant. Je l’ai découragée, sans nullement la convaincre, sous prétexte que la nutrition, –et j’avance ça sans chiffres à l’appui ni rien–, est moins valorisée dans le milieu médical qu’une autre spécialité, l’optométrie ou la dentisterie, par exemple. Il y a très très longtemps, j’avais aussi été attentive à une interview, transmise à la télévision cette fois, d’une comédienne française très rousselée, grande, qui me semblait délurée et sans complexe, dont les frontières avec l’interdit, autrement dit, étaient assez peu tracées. Cette femme disait aimer les cures. Elle pouvait passer une journée à ne boire que des infusions de thym. Et le lendemain que du yaourt nature. Et le surlendemain que des oranges. Ces propos m’inspirent. Le problème, c’est que je ne suis pas capable de les mettre en pratique. J’ai trop faim, ou soif, ou je deviens trop faible.

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Jour 1 191

Le temps fort de ma journée d’hier a été mon arrivée chez ma tantinette. J’étais invitée à y passer une partie de l’après-midi pour jouer au Chromino et ensuite aller dans un restaurant souper entre femmes, elle et moi, laissant seul le tonton. Ce n’est pas arrivé souvent que nous soupions seules au restaurant, elle et moi. J’étais accompagnée de Nicky notre chienne, sans avoir annoncé aux tonton tantine que j’arriverais accompagnée. J’ai téléphoné plusieurs fois avant de quitter la maison pour demander si cela allait créer des ennuis, mais la ligne était toujours occupée. La dernière fois que j’ai fait cela, arriver avec Nicky, la personne chez qui on se rendait, Denauzier et moi, n’était pas enchantée de découvrir à nos pieds une boule de poils qui allait sauter sur les divans. Nicky ne saute pas sur les divans, elle est trop vieille pour en avoir le swing ! En cours de route, me rendant chez tantine, j’ai pris la peine d’acheter une boîte de chocolats pour mieux faire accepter mon accompagnatrice. Mais il va de soi que j’aurais acheté la boîte de toute façon. Je voulais acheter une boîte de chocolats de la St-Valentin en forme de cœur, parce que le cœur signifiait que je les aime, mais la marchandise de la St-Valentin a été retirée des tablettes et maintenant ce sont les chocolats de Pâques qui sont offerts. J’ai donc acheté un contenant de plastique en forme de lapin qui contient des Rocher Ferrero. Comme Nicky s’est jointe à nous et que tonton et tantine ont aussi un chien, il est faux d’avoir écrit ci-haut que nous avons laissé tonton seul pendant que nous étions au restaurant. Il est resté avec les deux chiennes.
– Oh ! tu as amené Nicky s’est exclamée ma tantine depuis sa galerie à peine étais-je sortie de l’auto.
– J’espère que ça ne dérange pas ?, ai-je demandé.
– Elle est moins maigre que la dernière fois que je l’ai vue, a dit tonton.
– C’est peut-être parce que son poil a allongé ?, ai-je répondu.
– Est-ce qu’elle va vouloir manger des biscuits de chien ?, a demandé ma tantine. Est-ce qu’elle a le droit ?, a-t-elle ajouté, sachant que la chienne est diabétique.
– Je lui ai apporté de la nourriture, ai-je répondu.
– Lili, a enchaîné ma tantine sur un ton qui se voulait autoritaire, sois gentille avec ta cousine.
– Regarde, a-t-elle dit à son mari, les deux amies font connaissance.
Les deux chiennes se tenaient effectivement l’une en face de l’autre et se jaugeaient du regard.
– Grrrr, a commencé la petite Lili.
– Lili !, s’est exclamée sa maîtresse, sois gentille. On ne grogne pas après sa cousine !
Les deux chiennes se promenaient d’une pièce à l’autre, légèrement excitées, et ma tantine les suivait en continuant de s’exclamer que c’était une bonne idée d’avoir amené une amie pour Lili.
Mon oncle et ma tante ont, lui quatre-vingts ans, et elle soixante-dix-neuf. Tel est le mystère du corps humain, dans son aspect physique. Il vieillit, se fragilise, n’obéit plus à tous les mouvements, pendant que l’intérieur du corps, que je ne sais comment définir, s’agit-il de l’âme, de l’esprit, du coeur dans le sens affectif, des sentiments…, pendant que l’intérieur du corps demeure jeune, imperméable au temps. Je me sens comme une éternelle adolescente, intérieurement, et je dirais qu’hier ma tantine était encore plus jeune.

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Jour 1 192

Je ne sais pas pourquoi je m’y prends de cette façon. Je m’y suis toujours prise de cette façon. Cette semaine, Denauzier était absent, en voyage d’affaire. J’ai passé les deux premiers jours à peindre comme si ma vie en dépendait. Il a neigé et il a plu et les routes n’étaient pas recommandables. J’en ai profité pour annuler mes sorties et me dépenser à 1000% pendant ces deux jours. Sitôt levée, je descends me préparer un café. Je ne m’habille à peu près pas –mais je mets mes basquettes dans lesquelles sont déjà glissées mes orthèses. Je ne me coiffe pas, je ne me regarde pas dans le miroir pour ne pas me décourager, je ne range rien dans la chambre, je ne fais pas le lit, je ne mange pas. Je me rends dans mon atelier, mon café à la main, et je peins –ayant déposé ma tasse quelque part à proximité. Nicky, la chienne, s’installe sous ma table de travail. On pourrait penser qu’une fois seule j’essaie de rattraper le temps que je n’ai pas lorsque nous sommes ensemble, Denauzier et moi. Or, je suis à la retraite et j’ai du temps. Or, même avant de connaître Denauzier, j’agissais de la même manière. Lorsque j’étais propriétaire d’une maison à St-Alphonse, je pouvais me lancer dans le jardinage et ne faire que ça, pendant toute la journée, bibittes pas bibittes, dans l’urgence, à croire que les fleurs et les arbustes étaient menacés de mort et que je devais agir dans la minute même. Quand je n’en pouvais plus de faim et de soif, je me rendais dans la maison attraper ce qui me tombait sous la main. Je mastiquais avidement, à la fois parce que je me sentais faible et à la fois pour me débarrasser, je n’avais pas que ça à faire, manger !
Cette semaine, c’est la matrone géante automate qui m’a occupée, au début dans un grand découragement, puis, les lignes et les couleurs trouvant leur place sur la toile, dans un certain plaisir. J’ai aussi lu Winston. Je l’ai rapporté à tonton aujourd’hui. Encore là, j’étais en compétition avec le temps pour finir le livre avant la fin de la journée d’aujourd’hui.
Quand il détruit la flotte française afin qu’elle ne se retrouve pas sous contrôle allemand, Churchill fait état des résultats de cette destruction et de ce carnage auprès de ses pairs en Chambre dans un état fébrile, ses mains tremblent. Il s’attend à être lapidé et demande à la nation, en fin de discours, de juger de ses actes, jugement auquel il entend se conformer. Une fois terminé son laïus, il s’assied comme s’il était à bout de force et éclate en sanglots. Qu’est-ce qui arrive ? Ses pairs l’applaudissent !
Quand elle a fait ses premières imitations en salle, Véronic Dicaire, convaincue d’avoir été épouvantablement mauvaise, croyait que les gens se levaient non pour l’ovationner mais parce qu’ils avaient pitié d’elle et voulaient l’encourager !
J’adore, chez l’un comme chez l’autre, ce qui me semble être un total don de soi.

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Jour 1 193

Voici ce que j'obtiens en tapant Femme chemise paysanne dans Google, et ça ressemble un peu, en moins bouffant.

Chemise paysanne, en moins bouffant que celle de ma matrone.

Ce matin je comprends une chose et ce matin je me sens dans un cul-de-sac : au lieu d’apprendre à dessiner, je préfère commenter mes maladresses et ainsi alimenter mon blogue à peu de frais. Comme je ne dispose pas d’un bassin infini de maladresses, je commence à me répéter, tant sur la toile qu’à l’écrit. En l’absence de Denauzier qui est parti à Calgary cette semaine, je travaille intensément sur un grand format de 65" x 40". Hier j’ai peint en écoutant sur YouTube Les parapluies de Cherbourg.  J’adore les passages guillerets et enjoués comme seul Michel Legrand sait les composer. J’ai interrompu le film avant la fin, cependant, parce que c’est trop triste quand, une fois mariée et revenant pour les funérailles de sa mère dans la ville qui l’a vue grandir, Geneviève rencontre Guy. Elle est malheureuse ne l’ayant pas oublié, il est heureux avec Madeleine et leur enfant. Je ne trouve pas tant que c’est triste pour Geneviève, mais surtout pour l’homme qui l’a épousée. J’ai quitté Michel Legrand en cliquant au hasard sur une proposition de YouTube qui m’offrait les 25 meilleures chansons françaises. J’ai ainsi pu entendre La javanaise de Gainsbourg, Syracuse d’Henri Salvador et aussi Nougaro, entre autres, qui ont remis de l’optimisme sur les rails. Je reviens à ma maladresse en cours. J’ai d’abord étendu la toile sur la table, il y a plusieurs jours, dans mon atelier. J’y ai versé un restant d’acrylique Terre d’ombre brûlée, j’adore cette couleur, que j’avais diluée avec de l’eau. Le mouvement de mon bras quand j’ai laissé couler le liquide a créé une belle courbe –que j’ai conservée– qui traverse presque toute la largeur de la toile. Dans la partie inférieure de la courbe, j’ai vu la forme d’une jupe. Je suis partie de là. J’ai tracé au crayon un personnage féminin, en commençant par le bas et en montant jusqu’au crâne –j’ai déploré ne pas avoir la main d’Yves Saint-Laurent pour ce faire! La femme est vêtue d’une jupe et d’une chemisette de coton à manches courtes et bouffantes, retenue la chemisette par un large ceinturon à la taille. L’ensemble manque énormément de grâce, de souplesse, de mouvement, on dirait une matrone géante russe, une automate. Le seul endroit où il y a de l’élégance, de la vie, de la beauté, c’est dans la ligne courbe qui s’est tracée toute seule quand j’ai versé l’acrylique !

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Jour 1 194

Avant-dernier exemplaire au Renaud-Bray de CDN.

Avant-dernier exemplaire au Renaud-Bray de CDN.

Je me suis ménagé trois jours de plus pour la lecture de Winston en ce sens que les routes incertaines, après la neige et la pluie que nous avons eues, me gardent à la maison. Comme j’ai des activités de prévues demain jeudi, je n’irai porter le livre à tonton que vendredi. Je suis rendue presque à la moitié, à quelques pages de la partie centrale qui regroupe des photos. Je m’attendais à ce qu’il soit décrit en long et en large, avec enthousiasme et ferveur, comment Winston a convaincu son peuple d’entrer en guerre à l’été 1940, plutôt que de négocier avec l’Allemagne, comme aurait voulu le faire la majorité de ses pairs conservateurs et travaillistes. Jusqu’à maintenant, il est fait référence à cette puissance de persuasion qu’avait l’homme, à la qualité littéraire de ses discours où aucun mot n’était laissé au hasard, mais je demeure sur ma faim. Il me vient à l’esprit des images vues à la télévision, il y a longtemps, de Lucien Bouchard préparant ses discours avec son équipe pour la campagne du Oui et mesurant, lui aussi, chaque mot. Deux littéraires. Bouchard littéraire austère, à mes yeux. Winston littéraire coloré, même si je ne connais rien du personnage. Je me fie à ce que je lis. Il dessinait lui-même certaines de ses tenues, et ressemblait dit-on, quand il les portait, à un gros bébé. Il était doté d’un courage hors du commun, ayant piloté des avions à une époque –fin des années 1910– où il était téméraire de le faire parce que les modèles n’étaient pas assez perfectionnés. Il fumait des cigares en grande quantité ou alors il les machouillait. Il avait le sens de l’humour et maîtrisait l’art de la boutade. Il n’était pas porté tant que ça sur la chose sexuelle, contrairement à ce qu’il est dit de nombreux chefs d’état français dans mon livre Sexus politicus, ou que l’on pense encore à JFK de ce côté du continent. Égocentré, il était à la recherche de la gloire, du pouvoir, du succès, comme cela arrive souvent aux enfants mal aimés, car il aurait été traité durement par son père, et négligemment par sa mère. Empathique, doté d’une intelligence hors du commun, amoureux de son pays et épris de liberté, la liberté d’agir et de penser, il est décrit comme ayant le cœur sur la main. Ces cinq derniers mots sont, de tout ce qui précède, les plus importants.
Voilà. Je viens d’écrire 410 mots dans l’esprit d’autrefois, quand je faisais des dissertations à l’université. Avec toutes ces folies que j’écris depuis cinq ans où il n’est question, la plupart de temps, que de frivolités, j’ai pas mal perdu la main.

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Jour 1 195

Lire au lit dans cette position me donnerait mal à la tête, et au cou.

Lire au lit dans cette position me donnerait mal à la tête, et au cou. Mais j’ai souvent vu Emmanuelle le faire.

S’il est une chose que je pourrai affirmer, le jour de ma mort, ce sera de ne pas avoir assez lu. Quand on étudie en littérature comme je l’ai fait, on serait censé, il me semble, lire un roman par jour, ou disons, en exagérant moins, trois romans par semaine. On serait censé lire dans les transports en commun, le métro et l’autobus du temps de ma vie à Montréal, mais malheureusement cela me donnait mal au cœur. Lire une heure au lit avant de s’endormir, mais malheureusement j’étais tout le temps trop épuisée. Un roman comme celui que je viens de terminer de Michel Tremblay, Le premier quartier de la lune, un format de poche de 311 pages, ça se lit facilement en une journée, une journée et demie. Or je n’ai jamais fait cela, lire de manière soutenue dans ma vie. Adolescente, je passais mon temps à pratiquer la guitare, ou alors à faire des mauvais coups. Je n’ai pas passé de longues heures à lire au lit –ou ailleurs– comme on voit les personnages le faire dans les films. L’image que j’ai en tête est celle du film Match Point de Woody Allen. Le personnage principal du film est marié à une femme qui provient d’une famille très riche. Une journée qu’ils sont en visite chez ses parents à elle, on la voit –le personnage est interprété par Emily Mortimer– calée entre d’énormes coussins sur un lit gigantesque dans la chambre qui était la sienne, aux murs très hauts couverts d’un papier peint au motif floral. Elle est au paradis en compagnie de son livre, pendant que son mari est au paradis dehors, faisant la cour en cachette à Scarlett Johansson. Il m’est arrivé de trouver des livres tellement bons que je les ai lus d’un coup, ce fut le cas avec La part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt, ou Lignes de faille de Nancy Huston ou encore Le journal d’Anne Frank que j’ai lu d’un couvert à l’autre une veille de Noël. Mais ces livres lus d’un coup se comptent sur les doigts d’une main. Récemment, j’ai acheté Winston – Comment un seul homme a fait l’histoire de Boris Johnson. Je l’ai acheté pour tonton au Renaud-Bray de Côte-des-Neiges et l’ai commencé dès mon retour à la maison. Or, pourquoi ai-je envie de le lire ? Pour connaître l’importance du personnage dans l’histoire humaine, certes, mais d’abord et avant tout par jalousie. Du temps de mon cinquième secondaire, il y a donc quarante ans et je m’en rappelle fort bien, j’ai croisé dans le corridor, dans le brouhaha du vendredi 16h15 quand tout le monde s’enfuit, une collègue de classe intelligente et cultivée qui tenait une biographie de Winston Churchill dans ses mains en format livre de poche. Cela a duré deux secondes, le temps de la croiser. Immédiatement, je lui en ai voulu d’avoir pensé lire ce livre, quand je n’y aurais jamais pensé moi-même. C’est donc propulsée par un reste de vieille jalousie que je me propose aujourd’hui de passer à travers le livre avant de le remettre à tonton, demain.

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Jour 1 196

L'amour.

L’amour.

Nous avons eu un peu de difficulté à organiser notre souper de la St-Valentin, mais nous y sommes arrivés. Nous pensions être huit personnes, or nous n’avons été que quatre. Enfin, quatre personnes et deux chiens –qui ont beaucoup jappé–, ça fait six êtres vivants. Aux dernières nouvelles de dimanche quatorze heures, nous étions six personnes, alors j’ai dressé la table pour six –j’aime bien la dresser à l’avance et la décorer de toutes sortes d’affaires– et l’ai laissée telle quelle quand j’ai appris que de six nous passions à quatre. Ainsi, deux napperons n’ont pas reçu de client. Ils sont encore sur la table en ce moment, de même que les petits cœurs rouges achetés en sachet au Dollarama pour moins de deux dollars dont j’ai saupoudré la table, il doit y en avoir une centaine. L’idée initiale que nous avons eue, Denauzier et moi, était de préparer des hot chicken en faisant tout nous-mêmes. J’ai la réputation dans ma nouvelle famille de cuisiner des plats pas possibles, comme de la laitue cuite ou des aubergines panées. Les hot chicken, me suis-je dit, allaient sauver ma réputation. Il ne faut pas en déduire pour autant que les gens qui ne sont pas venus ne sont pas venus parce qu’ils avaient peur du menu. C’est parce qu’ils étaient malades. Première chose, donc, j’ai fait le pain. Il faut le préparer à l’avance pour que la pâte gonfle toute la nuit. J’ai aussi préparé la sauce, quelques jours à l’avance. Il me restait à décider si je désirais y verser de l’eau, ou une autre sorte de liquide, parce qu’il me semblait qu’elle avait épaissi pendant ses deux jours d’attente au réfrigérateur. Denauzier, pour sa part, a fait cuire le poulet de même qu’il l’a désossé. Il s’est aussi occupé de peler les patates, de les trancher et de les faire cuire dehors pour ne pas empester la maison d’odeurs de friture. En effet, un hot chicken ne va pas sans un accompagnement de frites. Nous avons certes rencontré certaines difficultés, par exemple le fait que le propane qui chauffait l’huile se soit solidifié dehors tellement il faisait froid. Autrement dit, nous avons terminé la cuisson des frites à l’intérieur mais il me semble que cela n’a pas dégagé tellement d’odeur. La fille de Denauzier, et son chum, qui étaient nos invités, ont aussi participé au repas en garnissant les assiettes, en ce sens qu’ils ont tranché le pain, déposé le poulet dessus, servi les petits pois –pour cet aspect nous ne nous sommes pas forcé, nous avons simplement fait chauffer le contenu d’une boîte de conserve– et nappé de sauce le poulet et le pain. Denauzier, par la suite, est arrivé avec les frites.
– C’est étrange, quand même, de manger des hot chicken avec de la sauce barbecue, a souligné la fille de Denauzier, après la première bouchée et se découvrant en bouche une saveur sucrée et non salée.
Cette remarque a fait sonner une cloche dans mon cerveau : ce n’est pas de la sauce barbecue qu’on utilise avec des hot chicken, mais de la sauce à hot chicken ! Mince alors ! J’ai trouvé extraordinaire la remarque de ma belle-fille parce qu’elle a aussitôt entraîné la naissance d’un nouveau projet : à notre prochaine rencontre, qui pourrait avoir lieu dès le début de mars pour l’anniversaire de mon mari, nous allons répéter le même menu, avec cette fois la vraie sorte de sauce dont il me reste à trouver une recette !
J’ajouterai que nous avions aussi un délicieux gâteau au chocolat, fait maison par moi, qui n’avait rien de St-Valentin en tant que tel, de telle sorte qu’il pourra être resservi à l’occasion d’un anniversaire.

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