Jour 1 195

Lire au lit dans cette position me donnerait mal à la tête, et au cou.

Lire au lit dans cette position me donnerait mal à la tête, et au cou. Mais j’ai souvent vu Emmanuelle le faire.

S’il est une chose que je pourrai affirmer, le jour de ma mort, ce sera de ne pas avoir assez lu. Quand on étudie en littérature comme je l’ai fait, on serait censé, il me semble, lire un roman par jour, ou disons, en exagérant moins, trois romans par semaine. On serait censé lire dans les transports en commun, le métro et l’autobus du temps de ma vie à Montréal, mais malheureusement cela me donnait mal au cœur. Lire une heure au lit avant de s’endormir, mais malheureusement j’étais tout le temps trop épuisée. Un roman comme celui que je viens de terminer de Michel Tremblay, Le premier quartier de la lune, un format de poche de 311 pages, ça se lit facilement en une journée, une journée et demie. Or je n’ai jamais fait cela, lire de manière soutenue dans ma vie. Adolescente, je passais mon temps à pratiquer la guitare, ou alors à faire des mauvais coups. Je n’ai pas passé de longues heures à lire au lit –ou ailleurs– comme on voit les personnages le faire dans les films. L’image que j’ai en tête est celle du film Match Point de Woody Allen. Le personnage principal du film est marié à une femme qui provient d’une famille très riche. Une journée qu’ils sont en visite chez ses parents à elle, on la voit –le personnage est interprété par Emily Mortimer– calée entre d’énormes coussins sur un lit gigantesque dans la chambre qui était la sienne, aux murs très hauts couverts d’un papier peint au motif floral. Elle est au paradis en compagnie de son livre, pendant que son mari est au paradis dehors, faisant la cour en cachette à Scarlett Johansson. Il m’est arrivé de trouver des livres tellement bons que je les ai lus d’un coup, ce fut le cas avec La part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt, ou Lignes de faille de Nancy Huston ou encore Le journal d’Anne Frank que j’ai lu d’un couvert à l’autre une veille de Noël. Mais ces livres lus d’un coup se comptent sur les doigts d’une main. Récemment, j’ai acheté Winston – Comment un seul homme a fait l’histoire de Boris Johnson. Je l’ai acheté pour tonton au Renaud-Bray de Côte-des-Neiges et l’ai commencé dès mon retour à la maison. Or, pourquoi ai-je envie de le lire ? Pour connaître l’importance du personnage dans l’histoire humaine, certes, mais d’abord et avant tout par jalousie. Du temps de mon cinquième secondaire, il y a donc quarante ans et je m’en rappelle fort bien, j’ai croisé dans le corridor, dans le brouhaha du vendredi 16h15 quand tout le monde s’enfuit, une collègue de classe intelligente et cultivée qui tenait une biographie de Winston Churchill dans ses mains en format livre de poche. Cela a duré deux secondes, le temps de la croiser. Immédiatement, je lui en ai voulu d’avoir pensé lire ce livre, quand je n’y aurais jamais pensé moi-même. C’est donc propulsée par un reste de vieille jalousie que je me propose aujourd’hui de passer à travers le livre avant de le remettre à tonton, demain.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s