Jour 1 058

Aujourd’hui, je me suis dit que j’allais me reposer. Je voulais commencer un nouveau livre, Les maisons, de Fanny Britt. Émergeant du sommeil, j’envisageais de me lever pour aller lire au rez-de-chaussée, assise sur le canapé, quand mon mari est venu me dire qu’il était temps de sortir du lit, il était 10h00. En me faisant un café, j’ai demandé à Denauzier s’il voulait, comme moi, manger des galettes de sarrasin, arrosées de mélasse. J’ai préparé le mélange et il a fait cuire les galettes. Travail d’équipe. J’en ai tellement mangé, aux environs de 12h00, que ce soir je n’avais pas faim pour souper. Je ne sais pas si j’ai ressenti le besoin de digérer mes galettes en faisant de l’exercice, mais je me suis retrouvée dehors, vers 13h00, à chercher des roches, idéalement plates et d’assez grand format, pour créer une rocaille à même la plate-bande que j’ai aménagée récemment.
J’ai cherché mes premières roches en robe, une robe de type sport avec soutien-gorge intégré. Assez vite, j’ai réalisé qu’il serait préférable que je porte des pantalons, pour me protéger à la fois des bibittes et des écorchures sur mes mollets que pourraient provoquer les roches. Or, je ne voulais pas enlever mes chaussures pleines de terre, monter à ma chambre me prendre un pantalon, redescendre et remettre mes chaussures. Par paresse, j’ai pris un pantalon qui traînait dans le garage, un pantalon de motoneige. Il était cent fois trop grand –et trop chaud pour la saison. Denauzier m’a donné une ceinture pour le retenir, qui était trop grande aussi. Avec un poinçon, nous avons ajouté un trou dans le cuir de la ceinture. Au bout du compte, j’étais adéquatement habillée pour jouer dans la terre avec les roches, car le pantalon, matelassé et pourvu d’une épaisseur de cuir sur les genoux, me protégeait on ne peut mieux des aspérités du sol.
Sauf lorsque j’étais petite et que ma mère décidait de mon habillement, je me suis amusée à porter n’importe quoi. Je me suis amusée à porter n’importe quoi de la fin de l’école primaire jusqu’à la fin de l’université. J’ai essayé, en revanche, de porter des tenues qui avaient de l’allure dans ma vie professionnelle. Je n’y parvenais pas tout le temps, mais à la fin, au bout d’une trentaine d’années de pratique, j’y parvenais plus souvent qu’autrement. À l’école primaire, m’habiller n’importe comment correspondait à un manque d’intérêt pour l’habillement. À l’école secondaire, cela correspondait au besoin de me donner un style. À l’université, m’habiller n’importe comment correspondait tout simplement à ma manière naturelle de me vêtir.
Porter des tenues qui avaient de l’allure, au travail, me causait souvent des maux de tête. Il n’y avait rien qui me plaisait, mes agencements étaient souvent maladroits. J’ai cessé de me tracasser pour mes tenues professionnelles quand j’ai commencé mes cours d’arts plastiques. Les préoccupations d’agencements se sont déportées vers les œuvres auxquelles je tentais de donner vie, les toiles, les projets de matériaux mixtes, les sculptures. Autrement dit, à partir du moment où une forme de création libre s’est installée dans ma vie, je n’ai plus eu d’intérêt pour la part de création qui entre en jeu dans la composition d’une tenue. Et n’ayant plus cet intérêt –qui était plus exactement un souci– me vêtir s’est mis à aller de soi.

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Jour 1 059

J’ai terminé au lit cette semaine, bien calée contre mon mari qui dormait, la biographie En route et pas de sentiment, de Michel Gosselin, qui est un ami intime d’Anne Hébert. Bien entendu, cela me donne envie de relire Anne Hébert, mais je me rappelle vaguement que je n’avais pas été sensible à son style elliptique.
Quand elle est sur le point de mourir, elle crie, nous raconte Michel Gosselin, qui l’a bel et bien entendu crier car il était sur place, elle crie qu’elle a été une enfant dépossédée de l’amour. Elle ajoute qu’elle veut parler à son frère au téléphone et qu’elle veut changer son testament. Bibi, qui a lu le livre avant moi, me dit que cette phrase explique tout : Anne a subi un traumatisme qui lui a été infligé par son frère, on peut penser qu’elle a subi l’inceste.
Pour ma part, j’ai aimé le livre, qui m’a plongée dans la vie assez collet monté de l’écrivaine, mais je ne peux pas dire que j’en ai retenu une explication quant au silence que Mme Hébert a entretenu par rapport à sa vie privée. Je me dis qu’elle devait être homosexuelle et qu’elle n’a pas été capable de l’accepter. Elle se serait ainsi dépossédée elle-même de l’amour. Je n’ai pas interprété l’histoire de son frère comme étant significative, en partie parce que le cri se produit alors que la dame est aux soins palliatifs, probablement sous l’influence de fortes drogues.
À plusieurs endroits dans le livre, Michel Gosselin se demande comment ça se fait qu’il n’a pas compris le sous-entendu de telle phrase, exprimée par Anne Hébert lors d’un dîner au restaurant, par exemple, ou lors d’une conversation chez elle, sans jamais nous éclairer quant au sous-entendu dont il pourrait s’agir. C’est un texte assez sybillin, finalement !
Le livre est parsemé d’extraits de poèmes et je me rends compte, là-dessus Bibi et moi sommes d’accord, que je suis encore et toujours, à 57 ans, incapable de comprendre les liens entre les lignes d’un même poème. Je n’ai pas lu la première ligne que mon esprit est déjà ailleurs. Je lis le restant du poème sans en avoir retenu les mots, à l’exception des deux trois premiers de la première ligne.
Anne Hébert fait référence dans ses échanges avec Michel Gosselin à sa grande amie Jeanne Lapointe, qui m’a enseigné à l’Université Laval un cours obligatoire de première année intitulé Lectures et formes narratives. J’avais trouvé la dame assez peu intéressée par le cours qu’elle nous donnait, mais une de mes amies avait suivi avec elle un cours de lectures féministes qu’elle avait adoré. Avec cette amie, j’étais allée entendre une conférence que donnait Jeanne Lapointe sur un sujet féministe, justement. Je n’avais rien compris. Il n’y avait rien à comprendre, m’avait expliqué mon amie, puisque le seul but que poursuivait Jeanne Lapointe en faisant cette conférence était de prouver qu’une femme peut se montrer aussi habile qu’un homme à maîtriser un discours intellectuel. Bof. Pouf.
Un aspect du livre m’a particulièrement plu. Michel Gosselin se met dans la peau d’un narrateur qui est sur le point de mourir d’un cancer, et dont le temps, forcément, est compté. J’ai trouvé que cet aspect qui touche à la structure de l’écriture était réussi. En tout cas, à la fin, plus ça allait plus je sentais un resserrement dans les deux niveaux  narratifs, celui de la vie du narrateur mourant et celui de la vie d’Anne Hébert jusqu’à sa mort à l’Hôtel-Dieu en janvier 2000. Plus ça allait, plus je lisais à cent milles à l’heure, comme si mon temps de lecture se calculait lui aussi en derniers grains de sable du sablier de la vie.

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Jour 1 060

J'ai eu le temps de remplir une grille complète de mots cachés.

J’ai eu le temps de remplir une grille complète de mots cachés sans me presser, en encerclant chaque lettre lentement.

Je suis sortie du lit à 5h45. Le iPhone de Denauzier a sonné depuis la salle de bain, à proximité de la chambre à coucher, où nous l’avions déposé. Nous n’utilisons pratiquement jamais de réveil-matin. J’ai pris une douche pendant que mon mari me préparait du gruau pour le petit déjeuner, auquel j’ai ajouté une moitié de banane. J’ai bu mon café d’une traite, une fois qu’il a été suffisamment refroidi, debout dans la cuisine sur le point de partir. Je suis arrivée chez tonton et tantine à l’heure, 6h45 tel que prévu. J’ai été surprise de constater qu’ils n’étaient pas prêts, mais ils l’ont été assez rapidement.
Pour la première fois de ma vie, j’ai conduit une Lexus, c’est une voiture de luxe. La dernière fois que j’ai conduit une voiture de luxe avant aujourd’hui, j’étais dans la vingtaine. C’était une BMW que mon père, garagiste, venait de laver. Je ne me rappelle plus des circonstances. Je m’apprêtais à partir du garage à pied pour me rendre, il faut croire, dans le même quartier que celui où habitait l’avocat propriétaire du véhicule. Avec une certaine crainte, papa m’avait demandé de m’y rendre en auto pour la remettre à son client. L’an dernier, il est vrai, j’ai conduit une Mercedes pendant dix minutes.
Le rendez-vous médical auquel tonton était convoqué était à 9h30. Il a été appelé vers 10h30. Entre les deux, vers 10h00, je me suis sentie affamée. Je suis allée m’acheter un café à la cafétéria de l’Hôpital Notre-Dame et j’ai demandé à tantine, de retour dans la salle d’attente, si elle voulait bien me donner un morceau de la barre Mars qu’elle m’avait dit avoir dans son sac à main. J’ai mangé la barre en deux bouchées, je n’exagère même pas. J’adore la technique selon laquelle je me remplis la bouche comme si j’étais un écureuil et je laisse fondre les substances qui me chatouillent délicieusement les papilles, particulièrement à l’arrière des molaires. Le seul inconvénient de ma technique, c’est que pendant une minute ou deux, je ne peux plus parler. Et quand tantine me pose une question et que je lui réponds Hum hum, les bajoues pleines, je me sens comme si j’avais cinq ans.
Juste avant d’être appelé pour son rendez-vous, je dirais vers 10h15, tonton s’est rendu compte qu’il avait oublié son médicament dans la voiture, la belle Lexus stationnée assez loin, au niveau C du garage souterrain. Je suis partie comme une flèche. J’ai pris l’ascenseur au bout du corridor, mais je l’ai pris trop vite, je n’ai pas remarqué qu’il montait, au lieu de descendre. Il est monté jusqu’au huitième étage, alors que je me rendais au troisième sous-sol ! Dans l’ascenseur, j’ai rencontré l’infirmière qui s’occupait régulièrement de moi, à l’Hôtel-Dieu, quand j’allais y faire vérifier la vitesse de coagulation de mon sang. Maintenant je n’y vais plus, mon suivi sanguin est assuré au CLSC de St-Jean-de-Matha. Je n’ai pas pu lui parler car un infirmier m’expliquait comment m’y prendre pour me rendre, sans me tromper, au niveau C. Nous nous sommes néanmoins souri et caressé le bras mutuellement, l’infirmière et moi. Au retour, pour ne pas me tromper dans l’ascenseur, j’ai fait le trajet à pied, et je me suis rendu compte que ça allait plus vite ! Je suis arrivée juste à temps pour que tonton puisse avaler sa dose avant d’aller rencontrer son spécialiste ORL. J’ai eu le temps de faire une grille complète de mots cachés en les attendant, car tantine a accompagné son mari.
Vers midi nous avons fait le chemin inverse, de Montréal à la campagne, et me sentant devenir un peu faible aux environs des raffineries,  j’ai demandé à tantine si elle n’avait pas une deuxième barre dans son sac à main. Elle en avait une, que nous avons mangée à deux. Vers 15h30, après quelques arrêts à quelques endroits, nous étions de retour à la maison. Je commençais à avoir mal à la tête. Je savais qu’il fallait que je mange, et que je mange autre chose que du chocolat. Alors tantine m’a proposé des chips ! Nous en avons mangé une bonne quantité, et, un coup partie, je l’ai fait descendre avec de la bière, une petite Coronita. Cela m’arrive rarement de m’alimenter de la sorte. Mais certaines journées sont plus particulières que d’autres et appellent une alimentation de travers.

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Jour 1 061

Exemple de tenue adéquate pour jardiner.

Exemple de tenue adéquate pour jardiner.

Mince ! La belle plate-bande dans laquelle j’ai planté les quatre poinsettias –qui se portent bien– a mal vécu l’orage violent qui s’est abattu sur la région hier soir. Nous étions à Lavaltrie, chez la fille de Denauzier, où nous n’avons pas eu connaissance qu’il se soit produit un gros orage. C’est ce matin, en sortant de la maison pour mon inspection matinale de la propriété, que j’ai découvert avec consternation une grosse rigole qui traverse la plate-bande de bord en bord. C’est bien la preuve que le jardinage est un art éphémère. Je ne pourrai pas retirer la grosse cicatrice demain jeudi car je serai en aller/retour à Montréal pour accompagner tonton et tantine à l’hôpital. Je n’ai pas pu m’en occuper non plus aujourd’hui car Denauzier m’a trainée ici et là pour différentes courses à faire le matin, et en après-midi je suis allée visiter mon amie du lac Loyer. Je vais donc m’y attaquer vendredi, et porter pour ce faire, probablement, la tenue que l’on aperçoit ci-contre et que j’aime beaucoup. Je ne peux pas m’empêcher de la décrire, même si certains lecteurs m’ont fait part de leur agacement quand je me mets à décrire comment je suis habillée. Je commence par le bas : je porte mes basquettes Asics qui accusent un vieillissement prématuré compte tenu que je les porte en toutes circonstances. Des chaussettes qui appartiennent à mon mari et qui ne sont pas identiques, dans lesquelles j’ai pris soin de glisser le bas de mes jambes de pantalon. Les pantalons ont été achetés l’été dernier quand j’habitais encore à Montréal mais que j’étais à la veille de prendre ma retraite et de m’installer à la campagne. J’avais visité le magasin Sport Expert de la rue Ste-Catherine ouest pour m’équiper de vêtements plus adaptés que mes jupes et mes robes à ma nouvelle vie. J’ai bien fait de les acheter, je ne porte rien d’autre, à tel point que j’envisage d’aller porter plusieurs de mes tenues de travail au comptoir vestimentaire du village. Au moment où j’écris ces lignes, mes pantalons sont encore mouillés d’avoir reçu l’orage d’hier, car ils ont passé la nuit dehors, et les genoux sont couverts de grosses taches terracotta, la couleur du paillis que j’ai étendu autour des hostas que j’ai plantés. Ce qui me plaît le plus, de mon atricure, c’est ma chemise, parce que c’est celle que je portais en juillet l’an dernier lorsque je m’étais prise en photo déguisée en Serge Losique. On remarquera que dans les deux cas, qu’il s’agisse de se déguiser en Serge Losique ou de jardiner en se protégeant le plus possible des bibittes, il faut porter le col attaché au premier bouton. Le chapeau de style bob provient de Denauzier, il était quelque part dans le garage, neuf, ayant encore l’étiquette du prix agrafé à l’intérieur. Je porte enfin les gants de travail de mon mari, qui sont eux aussi très mouillés d’avoir passé la nuit dehors, sur les marches de la galerie. Bien entendu, demain, pour aller à l’hôpital, je vais m’habiller un peu mieux, pour ne pas faire honte à mes aînés.

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Jour 1 062

Voici mon amie vache qui sort la langue.

Voici mon amie vache qui sort la langue. Je les entends meugler, toute la gang, à l’autre bout du rang, au moment où j’écris.

J’ai passé hier lundi quelques heures en après-midi avec ma tantinette. J’arrive, j’ajuste ma vitesse à celle de mon aînée, je me mets en mode partage avec un être cher. J’arrête le temps et j’oublie tout ce que j’ai à faire. Il faisait grisounet et frisquounet, nous portions chacune une veste en nous berçant sur la terrasse.
– Viens t’asseoir ma belle fille, me dit invariablement ma tante, en désignant la place de libre à côté d’elle car c’est une chaise berçante biplace.
À quelques reprises, ma tante m’a demandé si je voulais aller à l’intérieur. Si je voulais boire quelque chose. Vers le milieu de l’après-midi, je lui ai rappelé que nous étions sensées manger une friandise à la crème glacée, elle me l’avait écrit par courriel. Elle s’est excusée de n’y avoir pas pensé puis elle est allée nous chercher des barres Magnum que nous avons dégustées.
Vers seize heures, il s’est mis à faire très chaud et humide. Nous étions toujours assises à la même place, nous berçant. Nous avons enlevé notre veste malgré les bibittes. C’est aussi, quand il s’est mis à faire chaud et humide, le moment que nous avons choisi pour sortir de terre des plants de hostas dans la partie arrière du terrain, à l’ombre. Je n’avais pas le courage de supporter ma veste pour me protéger des mouches noires, tellement il faisait humide. Alors aujourd’hui j’ai les bras couverts de lotion calamine. J’ai aussi une piqûre qui m’énerve sur l’annulaire, sous mon alliance. Il aurait donc fallu que je porte aussi des gants, qui n’attendaient pourtant que moi dans l’auto. J’avais apporté des seaux pour y mettre les plants pleins de terre, et tantinette m’a donné des sacs de poubelle noirs pour compléter ma cueillette. Au final, j’ai accumulé assez de plants pour couvrir la moitié de l’espace le long de notre galerie. Il faudra que je retourne faire une petite razzia chez tonton. La santé de tonton n’étant pas à son meilleur, il a dormi presque tout l’après-midi.
À mon retour à la maison, je me suis lancée dans le projet de haie le long de la galerie en creusant des trous pour les hostas, avec mes amies bibittes. En lien avec le texte d’hier, le projet de haie s’ajoute à ceux, complétés, de l’abri de bois et de la plate-bande. J’ai utilisé une parcelle d’intelligence pour me couvrir un peu mieux à l’aide d’un chandail –à manches trois-quarts– et d’un filet pour le visage. Quand Denauzier est arrivé de Joliette où il était, il s’est empressé de venir m’aider, voyant la quantité de mouches noires qui  tapissaient mon chandail et qui s’étaient glissées sous le filet.
J’espère que les hostas se porteront bien chez nous. J’en ai planté deux dans la partie gauche de la plate-bande, la partie que l’on voit en premier quand on entre dans la cour. Tonton et tantine ayant toujours été des gens très accueillants, ils sont là dorénavant, à travers les hostas, pour recevoir nos invités.

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Jour 1 063

Photo prise hier alors que je me rendais photographier mes amies les vaches.

Photo prise hier avec ma lentille de 200 mm alors que je me rendais photographier mes amies les vaches.

Cela fera bientôt un an que j’habite à St-Jean-de-Matha. Qu’est-ce qui a changé en un an ? Je commence par papa. Il va mieux. En juin 2015, à l’hôpital de Joliette, nous pensions tous qu’il était mourant. Une amie était venue le visiter et nous avait dit, aux quatre enfants, qu’elle le sentait serein et « prêt à partir ». Nenni. Il est toujours là. Je le vois très peu. Je suis peut-être, de mes frères et sœur, celle qui le voit le moins.
Je n’ai pas beaucoup vu ma tante et mon oncle non plus, qui habitent pourtant à un petit quinze minutes en voiture de chez moi. Nous avons chacun nos horaires et nos obligations. Le matin, je me lève tard et j’écris mon blogue. En début d’après-midi, tonton fait dodo. En mi après-midi, je suis j’imagine en train de faire quelque chose qu’il n’est pas facile d’interrompre. En soirée, il ne me vient même pas à l’idée de sortir de la maison.
Pour poursuivre dans le domaine de ma vie sociale, j’ai fait la connaissance de deux couples en cours d’année, des amis voisins un peu plus vieux que Denauzier et moi –qui avons le même âge. Nous organisons des soupers entre nous, soupers, encore une fois, trop peu fréquents. J’ai aussi renoué avec des anciens du Séminaire à l’approche du conventum qui s’est tenu début juin, renoué à travers Facebook. Or, depuis que le conventum a eu lieu, plus rien.
J’ai aussi peu vu mes amis montréalais. En un an, j’ai dîné une fois avec Oscarine, une fois avec Yvon, et une fois avec mon ami peintre. J’écris à l’occasion quelques courriels à certains de mes autres amis.
Les réalisations concrètes sont plus nombreuses que mes réalisations sociales.
Denauzier a construit un abri pour ranger le bois de chauffage et c’est moi qui ai cordé tout le bois. L’abri est déposé sur un bout de terrain mi-couvert de petites roches et de mauvaises herbes. Pour attirer l’œil ailleurs que sur les petites roches, j’ai déposé d’assez gros pots de fleurs le long du mur qui est le plus visible, qui apportent une touche de couleurs. C’est joli.
La plante-bande autour du grand caragana me semble être aussi un projet réussi. Elle était remplie d’arbustes qui avaient poussé dans toutes les directions, qui étaient à moitié brûlés par le soleil et envahis par des touffes maigrichonnes de spirées. J’ai essayé à mon arrivée à l’été 2015 d’en tirer quelque chose, sans succès. Nous avons fini par sortir de terre, en tirant dessus avec une chaîne attachée au quatre roues, tous les arbustes à l’exception du caragana et de l’hydrangée. Je me suis battue en deuxième étape avec la toile géotextile pour l’enlever car elle m’empêchait de replanter. Denauzier a acheté une grosse quantité de paillis qui couvre maintenant la plate-bande. Je m’amuse à la désherber quand je passe à côté, m’amuse est un peu exagéré en ce sens que je me fais manger par les bibittes, malgré mes pantalons et ma chemise à manches longues.
J’ai aussi désherbé tout le dessous de la galerie de béton qui ceinture l’avant de la maison. L’an dernier, elle était couverte de mauvaises herbes qui déparaient la vue. C’est en la désherbant que je me suis presque assommée et que Denauzier m’a donné, pour me protéger le coco, un casque rigide comme il est courant d’en porter sur les chantiers. Je lui ai demandé de me prendre en photo le portant. La photo est devenue mon nouvel avatar Facebook –qu’il serait temps que je change d’autant qu’on dirait, sur la photo, que j’ai la bouche édentée.
Je prévois poursuivre demain la liste de mes réalisations mathaloises, et je pourrais mettre en ligne une amie vache, peut-être celle dont on voit la langue…

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Jour 1 064

J’ai rêvé que j’étais attirée par une femme. De peau noire. Très belle. Une femme dont on pourrait dire qu’elle a du sang royal, une femme que j’ai connue, quand j’étais plus jeune, du temps de mes études. J’avais terriblement envie de l’embrasser et je me demandais comment elle réagirait si je caressais ses seins. Or, nous nous retrouvions –miraculeusement– seules toutes les deux dans une grande salle du Louvre, et elle me faisait comprendre, en se collant à moi juste ce qu’il faut, qu’elle n’était pas hétérosexuelle. Elle reprenait aussitôt ses distances et continuait à me parler, commentant les toiles des grands maîtres avec détachement, comme si de rien n’était. Dès lors, la balle était dans mon camp. Je n’arrivais pas à l’approcher cependant en ayant confiance en l’accueil qu’elle ferait à mes avances. Plus je tardais, plus je tournais autour du pot, plus je branlais dans le manche, plus le désir d’elle sexuel grandissait.
Changeant de décor en moins d’un quart de seconde comme cela arrive dans les rêves, je circulais en plein boulevard parisien, assise dans une calèche tirée par un cheval dont on aurait dit, lui aussi, qu’il était de sang royal avec son port de tête altier. Je n’étais plus en compagnie de ma beauté de peau noire, je découvrais les rues avec Emma. Ce n’étaient pas les rues parisiennes que nous connaissons, couvertes d’asphalte et surpeuplées de voitures, où prédominent les teintes de gris des façades des maisons. Ma calèche roulait lentement entre des édifices colorés comme on en trouve dans le sud de la France ou en Italie, beaucoup de bâtiments jaune clair ou grège ou d’un beige rosé, dont les toits étaient couverts de tuiles de terre cuite. Je continuais d’être habitée par le désir de ma nouvelle flamme, au point de ne pas avoir la tête à parler avec ma fille. Je me contentais d’accueillir en silence la beauté des lieux. Je n’étais pas surprise de ressentir du désir pour une femme. Le sentiment qui m’habitait par-dessus tout était celui de la peur. Peur du rejet et peur de ne pas savoir comment m’y prendre. Tout en observant les détails d’architecture qui égayaient les maisons, de même qu’au son du cheval qui se mettait à hennir, je me disais qu’il n’y avait rien là, caresser les seins d’une femme. Il n’y avait pas de raison d’être figée de peur, je n’avais qu’à laisser parler mon attirance à travers mes mains et tout se passerait bien.
– Mais comment caresser un clitoris ?, me demandais-je encore.
J’étais traversée par un éclair de génie en me disant que je ne le caresserais pas, je me contenterais des seins ! Plus le cheval avançait, plus je voulais qu’il accélère pour que je revienne à mon point de départ où m’attendait ma belle. Elle avait subtilement défait les premiers boutons de son chemisier, accusant la chaleur suffocante de l’incommoder alors que la salle était trop climatisée ! Je m’approchais d’elle dans un mélange de détermination et de concentration, consciente que les prochaines secondes allaient changer nos vies et, avec une suprême émotion, je l’embrassais. Au premier contact de nos lèvres, le sentiment qui m’habitait –et je savais que de son côté il en était de même– était celui que notre amour allait durer toujours.

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