J’accepte d’être au repos. De ne faire que ça. Je me suis préparé un café ce matin et je me suis versé un bol de céréales parce que les antibiotiques doivent être consommés en mangeant. Au programme pour ma matinée : soit la lecture de Fuir, un roman esthétisant de Jean-Philippe Toussaint qui m’intéresse moyennement mais puisque je l’ai commencé je préfère le finir, ou alors la lecture de Je voudrais qu’on m’efface, d’Anaïs Barbeau-Lavalette. C’est un roman que devait lire Emma en classe au cégep, je crois. Elle l’a trouvé tellement violent et destructeur, m’a-t-elle dit, qu’elle l’a lu d’une traite pour s’en débarrasser, pour ne pas faire durer l’inconfort d’être en contact avec la souffrance des personnages.
À propos de souffrance des personnages, il m’est arrivé quelque chose que je n’ai pas vu venir hier soir. Mon mari et moi avons écouté le film Forrest Gump que je n’avais jamais vu. Au fur et à mesure que Jenny, le personnage dont Forrest est amoureux, se détruit par les drogues et les fréquentations difficiles, je me suis senti devenir molle. Et des larmes se sont mises à couler. Denauzier s’en est rendu compte. D’habitude, c’est lui qui pleure quand on écoute des films américains qui finissent tout le temps bien. Hier c’était moi.- Tu pleures ?, s’est-il étonné.
– Oui, ai-je répondu en me mouchant. Ce personnage est tellement pur… on a peur qu’il soit écorché par le malheur. Te rappelles-tu, n’ai-je pu m’empêcher de demander à mon mari qui a déjà vu le film, si Jenny revient ?
– Elle revient, m’a-t-il répondu, mais pas en super forme.
Plus tard au lit, après quelques pages de Fuir, je me suis mise à penser à Forrest et plus précisément à la pureté. Le problème, quand je pense à la pureté, c’est que j’oublie toujours que la résilience existe. Quand une pureté se fait altérer, cela m’apparaît comme la fin du monde, comme la mort de la pureté, comme une destruction sans retour, alors qu’en fait on peut se demander, ou du moins je me demande si une pureté altérée n’est pas finalement plus belle qu’une pureté vierge de toute altération. Une pureté altérée qui surmonte la douleur des altérations qu’elle a subies, je veux dire.
Tom Hanks, pour m’exprimer plus concrètement, est lui-même un parfait exemple de résilience, ayant réussi sa vie personnelle et professionnelle après avoir vécu son enfance dans un climat de grande instabilité affective et matérielle. Son père s’est marié et démarié avec des femmes qui avaient déjà des enfants et en prime le travail du père imposait de fréquents déménagements.
Le parcours de Tom Hanks, et j’ose écrire peut-être aussi le mien, me semblent être deux parcours d’individus résilients. Ce ne sont pas tous les individus, bien sûr, qui choisissent la voie de la résilience, j’y reviendrai peut-être un jour. Ce serait bien à cet égard si je tombais sur un livre de Boris Cyrulnik, je me demande si je n’en ai pas vu traîner un quelque part dans la maison. Mais là où je veux en venir, pour en finir, c’est qu’il n’y a pas de résilience possible, à mon avis, si la volonté n’y est pas. Est-ce la volonté qui mène à la résilience ou la résilience à la volonté ? Bonne question.
Il y a une autre question qui me vient alors que je m’apprête à publier ce texte : est-ce que la volonté ne serait pas directement tributaire de la confiance en soi ? Si je n’ai pas confiance en moi, je ne croirai pas que je suis capable de volonté ?
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Badouziennes
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Les soupes d’hier soir étaient accompagnées, en dessert pour nous sucrer le bec, et de même ce midi, d’une invention de ma part. Les trois demi-litres de crème 35% qui traînent dans le réfrigérateur depuis les fêtes de Noël sont à l’origine de mon invention. Pour utiliser au moins un de ces demi-litres, j’ai voulu faire du sucre à la crème. Comme je suis paresseuse intellectuellement, je ne suis pas venue lire sur mon ordinateur comment on fait du sucre à la crème. J’ai improvisé. Ma question principale avait trait au beurre : est-ce qu’on en met ou est-ce qu’on n’en met pas, dans la recette de base ? Je me suis alors rappelé ma vieille tante Alice, debout devant la cuisinière dans son vieil appartement d’autrefois, en train de faire du sucre à la crème. Tante Alice est probablement la personne, sur terre, à avoir fait le plus de sucre à la crème, mou. Elle n’en faisait jamais du dur qu’on peut ensuite couper en petits carrés et laisser fondre dans la bouche. Je me suis rappelé que tante Alice, donc, mettait du beurre. Alors j’en ai mis, en petite quantité, sachant que le gras de la crème serait bien assez gras. J’ai ajouté de la cassonade pour faire une pâte avec le beurre. Et ensuite j’ai versé la crème sans réfléchir, en ce sens que si je m’étais mise à réfléchir, j’aurais versé un peu de crème, puis encore un peu, toujours pour tenter de doser. J’ai versé sans réfléchir, d’une traite, tout le contenant.
