Jour 917

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Jesse Eisenberg (quel acteur !), Kristen Stewart (habituellement je la trouve pleine de tics mais je l’ai beaucoup aimée dans ce film), Woody Allen in Cafe Society’, 2016

– Ne nous égarons pas. Je comprends que vous minimisez votre action sur cet homme parce qu’elle a des conséquences excessivement graves qui vous bouleversent ? Comme si vous refusiez d’être bouleversée ?
Silence de la patiente.
– Comme si, entre choisir de ne pas faire de mal et en faire, c’était plus fort que vous, vous choisissez d’en faire ? Tout en vous disant que vous n’en faites peut-être pas tant que ça ?
Silence de la patiente. Puis :
– Il me semble que je n’aime pas faire le mal à ce point-là ?
– À qui faites-vous mal au juste, dans ce rêve ? Un individu arrive et vous demande de le trancher…
– Il ne le demande pas, c’est convenu d’avance.
– Soit. Mais le geste demeure le même. Que cet homme soit votre amoureux, et que vous ressentiez pour lui un amour aussi grand puisse-t-il être, ne pensez-vous pas que l’action que vous vous apprêtez à poser risque de vous faire encore plus de mal à vous, qui devrez vivre avec la responsabilité de cette action horrible tout le restant de votre vie ?
Silence de la patiente.
– En allant un peu plus loin, on pourrait se poser la question suivante : par quel mécanisme acceptez-vous de vous faire du mal ? Quel est le mécanisme, autrement dit, qui s’enclenche dans votre personne, qui vous autorise à commettre des actions horribles, actions que vous tentez, alors même que vous les commettez, d’en minimiser l’horreur. Vous ne tombez pas en transe, quand vous tranchez, comprenez-vous ? Vous effectuez froidement une action en espérant qu’elle ne sera pas fatale, alors que tout le monde sait qu’elle le sera.
Silence de la patiente.
– Je vais répéter ma question car j’ai ajouté beaucoup de choses à sa suite : par quel mécanisme acceptez-vous de vous faire du mal ? Mécanisme n’est peut-être pas le mot idéal, remarquez…
– Vous me demandez en fait pourquoi est-ce que je choisis, tranchant l’homme, de me faire du mal, sachant qu’il n’y a aucune étanchéité entre être tranché et trancher.
– Wow ! Vous m’étonnerez toujours Madame Longpré. Exactement. Vous vous exprimez superbement.
– Un homme de mots et d’images…, ai-je mentionné tout à l’heure à propos de Truffaut.
– Effectivement. Une femme de mots et d’images, dirais-je à propos de vous. Mais du même souffle, encore la hache dans ce qui émane de vous : les textes que vous produisez, avez-vous dit tout à l’heure, ne sont bons qu’à faire baisser le calculateur, sur votre site…
– Ça me fait penser aux blagues de sexe.
– Pardon ?, s’étonne Mélina.
– Oui, je les déteste tellement, je les reçois avec un tel inconfort que je suis la première à les sortir de ma bouche, dans certaines circonstances
– Pour être certaine qu’elles ne vous arriveront pas au plus mauvais moment ! Je comprends.
– Je me minimise pour ne pas être confrontée aux commentaires minimisants des autres à mon égard, il y aussi un peu de ça dans mon comportement.
– Peut-être.
Silence de la psychanalyste. Je sais que la séance est terminée. J’attends qu’elle le confirme.
– Nous allons devoir continuer la prochaine fois.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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