Jour 1 260

Magasin d'économie familiale, secteur Westmount/NDG

Magasin d’économie familiale, secteur Westmount/NDG

Je n’étais pas revenue de Montréal en après-midi, et je n’avais pas mangé les huîtres en soirée, qu’il fallait le lendemain que je retourne à Montréal. Falloir n’est pas ici le bon mot, en ce sens qu’il ne s’agissait pas d’une obligation, mais d’un désir, le désir d’entendre ma fille jouer cette fois sa flûte non en solo accompagnée du piano, mais au sein de son orchestre. J’ai fait le voyage non avec mon mari mais avec Bibi. Nous avons fait escale à Laval, chez mon amie du lac Loyer, qui n’habite le lac Loyer que l ‘été. Le plan, en gros, était le suivant, et nous l’avons respecté : dîner chez l’amie, y passer quelques heures en après-midi et nous rendre ensuite à l’école Vincent-d’Indy pour 19h30 y écouter le concert. J’ai trouvé originale la manière dont nous avons honoré le repas qui était constitué de cuisses de poulet panées, de riz basmati ayant absorbé un peu de gras de canard, de betteraves nature et de salade verte : nous avons mangé en deux temps. Dans un premier temps, nous avons vidé je dirais les trois-quarts de nos assiettes, qui étaient copieusement remplies. Puis, Bibi a proposé que l’on prenne une pause, laissant là nos assiettes sur la table, pour qu’on aille fouiner un peu dans une friperie dont l’amie nous avait parlé. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous voilà vêtues de nos manteaux, –nos vessies vidées au préalable pour pouvoir fouiner tranquilles. Bibi et moi n’aurions jamais trouvé seules le petit local situé dans un fond de cour. Nous y avons déniché de jolies choses. En prime, c’était jour de soldes en cette période pré-Noël, un rabais de 50% s’appliquait sur toute la marchandise. C’est ainsi que Bibi s’est acheté un beau manteau noir Terra Nostra en laine et en cachemire qui lui a coûté 5$. J’ai acheté quelques morceaux, le plus cher coûtait 4$ et le moins cher coûtait 3$. Cela veut dire qu’à la caisse, le plus cher coûtait 2$ et le moins cher 1,50$.
– Ce serait intéressant d’appliquer à l’ensemble de notre planète la mesure suivante, ai-je proposé sur le trajet du retour : on interrompt la production des vêtements neufs pendant une année complète et on n’utilise que le matériel existant déjà en circulation.
– Il en manquerait au bout d’un moment, a dit notre amie, et plus vite qu’on le pense.
– Moi je dirais qu’on pourrait vivre ainsi deux ans, a suggéré Bibi. Quelle pression en moins ce serait pour notre planète, a-t-elle ajouté.
– Bien des gens seraient au chômage, a répliqué notre amie.
– Au prix qu’ils sont payés…, a répondu Bibi.
Une fois revenues à la maison, nous avons retrouvé et vidé nos assiettes de riz et de poulet sans les réchauffer au micro-ondes.
– En somme, on dîne et on soupe, a dit Bibi, on fait un deux pour un. C’est pratique.
– Les filles, ai-je commencé, ce serait une autre forme d’économie mondiale si on ne mangeait dorénavant que deux repas par jour, mais en trois temps comme on vient de le faire. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 261

Bottes Alpinetek, j'ai choisi les brunes, je trouve que le brun se marie mieux que le noir à la couleur marine de mon parka.

Bottes Alpinetek, j’ai choisi les brunes, je trouve que le brun se marie mieux que le noir à la couleur marine de mon parka. Le gris pâle aurait été trop salissant.

Je n’avais pas publié mon texte 1 262, il était autour de 17h30, que le téléphone sonnait. Je venais d’arriver de Montréal, j’étais enfin de retour devant mon ordinateur, j’allais enfin avoir le temps d’écrire. Ou de peindre. Fidèle à mon habitude, j’ai eu envie de ne pas répondre, mais je me suis forcée, des fois que ç’aurait été Denauzier qui venait de quitter la maison pour rencontrer un client. C’était la dame chez laquelle se trouvait Denauzier qui m’invitait à les rejoindre. Ils étaient une dizaine à manger des huîtres dans le garage –on peut faire de la business dans un contexte décontracté. Ils étaient majoritairement des hommes, m’expliquait la dame, alors si j’acceptais, j’allais augmenter de un le nombre de femmes. Fidèle à mon habitude (bis), j’ai eu envie de décliner l’offre de ma voisine, mais quand j’ai entendu qu’il y avait des huîtres en perspective, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir y aller au plus vite !
– Assurez-vous de vous munir d’une lampe frontale, m’a dit la dame, qui est belge et qui me vouvoie.
Une personne québécoise aurait plutôt dit, mais je peux me tromper, N’oubliez pas de prendre une lampe de poche, ou encore, si la personne nous est le moindrement proche, Prenez une lampe de poche, il fait noir en titi.
Mon mari possède 118 lampes frontales, réparties ça et là dans le garage, alors je me suis dit que ce serait facile d’en attraper une pour m’éclairer en cours de route. Curieusement, j’ai eu de la misère à en trouver une, mais une c’est déjà assez. Sans frontale, j’aurais vraiment marché dans le noir.
Par coquetterie, j’ai mis mes nouvelles bottes achetées chez Sears, en solde, achetées le jour que je suis sortie avec la maman de Denauzier. Elles ne sont pas du tout coquettes, ce sont des bottes de caoutchouc dotées de gros anneaux dans lesquels on passe le lacet. Le modèle que j’ai acheté n’est pas assorti de la bande de fourrure qui apparaît sur la photo ci-dessus, mais d’une bordure recouverte d’un tissu au motif qui s’inspire peut-être d’un  épi de blé. Ce n’est pas plus mal, étant donné que le capuchon de mon parka est bordé d’un liseré de poils dont je ne saurais dire l’origine animale, loup ou renard ? Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il arrive, au hasard de mes mouvements, qu’un poil vienne me chatouiller délicieusement l’intérieur de l’oreille. Quand ça arrive, j’essaie évidemment de répéter le mouvement pour répéter le délice, mais le résultat n’est pas garanti.
Abandonnant avec quand même un petit pincement au cœur le projet d’écrire un texte supplémentaire en soirée, j’ai éteint mon ordinateur, éteint aussi quelques lampes, j’ai nourri la chienne, j’ai enfilé mon parka et mes bottes conçues pour affronter une température de -40. [Il n’est pas nécessaire de préciser s’il s’agit de degrés Celsius ou Fahrenheit parce que les deux échelles se rejoignent à -40.] Je suis sortie de la maison, j’ai contourné le champ de maïs qui est notre voisin immédiat par la droite, j’ai emprunté le premier chemin toujours à droite, j’ai monté la côte en me disant que décidément je n’étais pas en forme et, une fois bien essoufflée, j’étais arrivée.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 262

Emmanuel Pahud

Emmanuel Pahud

J’étais à Montréal pour l’exercice public de fin de session de la classe d’Emmanuelle au Cégep St-Laurent. Nous étions, Denauzier et moi, les seuls parents à nous être déplacés. Il faut dire que la plupart devaient être occupés à travailler, c’était à deux heures en après-midi. J’ai tendance à oublier que les gens travaillent encore. Nous avons trouvé sans trop de difficulté la salle où avait lieu l’événement. J’y étais déjà allée. Quand j’ai ouvert la porte de la salle, surprise d’ailleurs qu’elle soit fermée, ils étaient une dizaine, garçons et filles, à se lancer le frisbee à l’intérieur. J’ai été agréablement surprise par leurs tenues colorées avec foulards, écharpes et bonnets. C’est le genre d’habillement qui m’inspire et qu’il ne m’est pas donné ici, dans mon nouveau patelin, d’admirer bien souvent. Mon arrivée a sonné la fin de leur récréation et ils sont tous partis sauf une personne. Ma fille. Ma fille que je n’avais pas vue depuis le 5 novembre, que je n’avais pas vue en personne avec sa nouvelle coupe de cheveux, je n’avais vu qu’une photo seulement. Comme à chaque retrouvaille, nous nous sommes vigoureusement enlacées. Elle en a profité pour me dire à l’oreille qu’elle était stressée, puisque sur le point de jouer en public. Pour toute réponse, je me suis entendue lui dire C’est sûr ma chérie ! Elle jouait de Franz Schubert le thème et variation en mi mineur. Malgré quelques accrochages qui lui faisaient soulever le sourcil quand ils se produisaient, elle m’a dit, après coup, avoir été quand même satisfaite. En soirée, nous avons écouté le même Schubert sur son iPod, une version interprétée par Emmanuel Pahud à la flûte. Chouchou m’a fait part, au fur et à mesure, des endroits où cela s’était bien passé pour elle et des endroits où cela s’était moins bien passé. Elle s’est mise à rire quand nous sommes arrivées à la variation que le pianiste a démarrée dans une mauvaise tonalité.
J’étais allée entendre son demi-frère à un de ses examens à l’école Vincent-d’Indy, il y a quelques années. Je n’avais pas eu besoin d’ouvrir la porte de la salle où avait lieu l’examen car elle était déjà ouverte. Il ne s’y trouvait pas de jeunes se lançant le frisbee à l’intérieur. Je m’étais assise à côté d’autres parents –l’événement avait lieu le soir– et m’étais laissée porter par la beauté de la musique. En commentant par la suite sa prestation, le demi-frère d’Emma m’avait dit qu’il y avait eu de beaux moments. Emma m’a dit la même chose de sa propre prestation hier, qu’il y avait eu de beaux moments. Le demi-frère est devenu chanteur d’opéra. Dans quelques années, je pourrai peut-être faire savoir à mes lecteurs quelle est la voie d’Emma, parce que, pour l’instant, elle ne le sait pas.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 263

Au moment de servir la pain, lors du souper entre six amis que nous avons eu mercredi soir dernier et pour lequel j’ai cuisiné toute la journée de mardi sans mettre le nez dehors, j’ai pensé qu’un de nos invités, que j’appellerai Paolo, aimerait le trancher. Alors je me suis dirigée vers lui, la planche à la main, sur laquelle reposaient la miche et le couteau. Je lui ai dit ceci :
– J’ai pensé, Paolo, que tu aimerais trancher le pain.
Il n’a pas commenté. Je m’attendais à ce qu’il me demande pourquoi j’avais pensé à lui. C’est bien qu’il ne m’ait rien demandé car je n’aurais pas eu de réponse à lui donner. Il s’est acquitté de sa tâche avec tellement d’élan qu’en moins d’une minute tout le pain y passait et déjà quelques mains s’en servaient. C’est moi qui l’ai fait, selon une recette, je l’ai écrit, de Ricardo. Il faut laisser lever la pâte pendant la nuit. Le matin, on la dégonfle en la repliant sur elle-même quatre cinq fois, et on la laisse regonfler un peu moins d’une heure. Jusque-là, c’est on ne peut plus standard comme recette. On s’arrange pour que le four soit chaud dans la demi-heure qui précède le moment de la cuisson et on y met le moule (vide) qui va recevoir le pain, de manière à verser la pâte dans un moule très chaud au moment d’enfourner. Moi qui ai fait mon pain de manière soutenue dans les années baba cool de ma vingtaine, je n’ai jamais procédé comme ça. En fait, dans la recette de Ricardo, il est écrit d’utiliser une casserole et non un moule, et de la mettre au four avec son couvercle pendant une demi-heure. À défaut d’avoir dans notre inventaire culinaire assez rudimentaire une casserole de trois litres tel qu’il est prescrit, j’ai utilisé notre belle casserole Cuisinart récemment achetée, de couleur bleu cobalt. En moins de cinq minutes, la maison s’est retrouvée enfumée et sentant le métal brûlé. Alors la deuxième fois que j’ai fait la recette, j’ai utilisé un vieux plat de pyrex rempli d’eau, et je l’ai mis au four sans le couvercle. Au moment d’enfourner, j’ai sorti le pyrex, j’ai jeté l’eau, j’ai remis le pyrex au four pour le faire sécher, j’ai sorti à nouveau le pyrex après trente secondes pour y mettre la pâte, j’ai couvert le pyrex de son couvercle, et hop là ! le tour était joué. Le tour était joué jusqu’à ce qu’il soit nécessaire de retirer le couvercle pour terminer la cuisson. Lorsque j’aurai du temps, je vais chercher une recette selon laquelle on se contente de mettre la pâte dans le moule dans le four, point final. Cela dit, j’ai eu beaucoup de félicitations pour ce pain hyper facile à faire et je vais peut-être choisir, finalement, de m’en tenir à cette recette. C’est comme hier, lorsque j’ai dit à Denauzier que je n’allais pas prendre ma douche avant de partir rejoindre sa maman parce qu’en hiver ma peau très sèche n’aime pas les douches trop fréquentes. Une fois rendue en haut de l’escalier pour atteindre notre chambre et aller m’habiller, ayant changé d’idée, je suis allée me doucher.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 264

C'est Brigitte Bardot qui apparaît sur la page couverture. Je ne l'aurais jamais deviné. Denauzier l'a reconnue tout de suite.

C’est Brigitte Bardot qui apparaît sur la page couverture. Je ne l’aurais jamais deviné. Denauzier l’a reconnue tout de suite.

Il fait aujourd’hui un beau temps gris comme je les aime, un temps propice à ne faire que mes activités préférées sans contrainte. De la peinture, de la lecture, de l’écriture. J’aime aussi prendre l’air et m’amuser autour de la maison à faire de petits travaux d’entretien, mais au final je n’ai pas eu le temps de mettre le nez dehors. J’ai pu lire quelque quinze minutes dans notre grand lit, à l’étage, dans l’après-midi, pendant que Denauzier lavait les planchers. Ils étaient très sales. Je lisais un livre qui souligne les 60 ans de Paris Match et qui rend hommage à ses photographes. Mais je n’ai pas eu le temps de parcourir beaucoup de pages. Nous avons reçu ce soir des amis à souper, et m’attendaient dans la cuisine la suite des opérations pour la préparation du potage à la courge musquée (Di Stasio), de la perdrix aux pommes et à la crème (Recettes du Québec), de l’orignal en ragoût (anonyme), de la choucroute (mon amie Thrissa) qui fut pour ma part la partie préférée de mon repas, préparation aussi de l’assiette des fromages et du dessert, un gâteau renversé à l’ananas (?). Mon pain a eu beaucoup de succès. Il n’en est rien resté. Il s’agit d’une recette de pain de Ricardo. Nous avons bu de la Chartreuse à la fin de ce repas pré-Noël. Dans la journée, nous avons manqué de temps pour décorer le sapin de Noël. On fera ça plus tard. Denauzier cependant, sans m’en parler, a sélectionné sur la télévision une chaîne musicale qui ne diffusait que de la musique de Noël. Nous avons écouté cette musique pendant l’heure de ménage qui a précédé la préparation des plats. C’est donc par l’intermédiaire de son choix musical que nous avons été dans une ambiance pré-Noël. Demain je ne pourrai pas décorer le sapin car je serai absente une bonne partie de la journée, j’accompagne la maman de Denauzier à des examens médicaux et nous comptons aussi magasiner. Vendredi, nous partons mon mari et moi à Montréal rendre visite à ma fille que je n’ai pratiquement pas vue de l’automne. Samedi, Denauzier est invité chez les amis que nous avons reçus ce soir et j’aimerais profiter de mon temps seule pour travailler sur mon bouquet de fleurs. Alors, peut-être que dimanche nous pourrons décorer l’arbre. J’ai proposé à Denauzier d’en acheter un autre, qui sentirait le sapin car le nôtre, trop sec, ne sent plus rien. Denauzier m’a dit que c’est notre premier Noël ensemble et qu’on fera mieux l’an prochain. Je trouve que c’est une bonne réponse, et je trouve aussi que ce serait un délice pour les narines de profiter de l’odeur du sapin, tant qu’à en avoir un dans le salon, salle à manger, cuisine, l’endroit où nous passons la très grande majorité de notre temps éveillé. À suivre.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 265

Le traditionnel arbre de Noël illuminé dans le parc du National Mall, en présence de la famille Obama

Le traditionnel arbre de Noël illuminé dans le parc du National Mall, Washington D.C.

Mon mari est tellement gentil qu’il accepte de jouer à l’Horloge avec moi. C’est un jeu de cartes hyper facile que Bibi a appris d’une dame de 95 ans, Bibi me l’a montré, je l’ai montré à Denauzier. Le week-end dernier, alors que je souffrais constatant l’étendue de mon incompétence artistique devant mes toiles, Denauzier, qui était à la Manawan avec son frère, lui a montré à jouer. C’est ainsi, autour de l’Horloge, que les deux hommes ont passé leurs deux soirées. Pendant que nous jouions hier, comme à peu près tous les soirs après le souper, j’ai proposé à mon mari de goûter à la Chartreuse, car j’en ai acheté à nouveau après en avoir acheté pour tantinette. Je lui ai proposé quelques lichettes de cet élixir en avant-goût de Noël, en manière de préparation aux réjouissances, pour nous mettre dans l’ambiance. La saveur est extraordinaire. Le premier contact avec les papilles nous oriente vers une sensation de sapinage, qui cède la place à un goût de poivre, lequel se répand dans toute la bouche au moment où on avale la liqueur. Aujourd’hui, pour maintenir la thématique pré-Noël, je me suis demandé qu’est-ce qu’on pourrait faire, et assez rapidement je me suis dit que le mieux était d’aller acheter un sapin de Noël. C’est sûr qu’on pourrait en couper un dans la montagne derrière la maison, on sort et on est rendu, mais, peut-être parce que mes antécédents urbains sont encore présents, nous avons opté pour un sapin cultivé. Nous sommes allés l’acheter assez loin, à St-Félix-de-Valois, la remorque bien installée derrière le gros véhicule de Denauzier. Il en restait seulement trois dans l’espace aménagé qui, il y a à peine quelques jours, était encore plein. J’ai un peu hésité, voyant que les trois derniers spécimens étaient pas mal secs. Nous avons finalement opté pour le plus gros des trois orphelins, en ayant un peu le sentiment de sauver un rescapé. Une fois à la maison, après le souper et après les cartes, nous avons installé le sapin dans un support à sapin pour découvrir, une fois découpé le filet qui maintient les branches en place, que celles du bas étaient pas mal roussies et que même certaines branches n’avaient plus d’aiguilles. Comme si cela pouvait faire pousser les aiguilles manquantes, nous avons rempli d’eau la cavité à cette fin dans le support du sapin. Demain, l’activité pré-Noël consistera à décorer l’arbre, en mettant plus de boules là où l’arbre et le plus dégarni.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 1 266

L'artiste qui a fait ce tableau est aussi douée, à mon sens, que les musiciens de Pink Floyd.

L’artiste qui a fait ce tableau est aussi douée, à mon sens, que les musiciens de Pink Floyd.

J’ai souvenir d’une soirée de Noël passée chez une personne connue du monde des arts, du temps de ma vie avec Jacques-Yvan. Avant de nous y rendre, j’avais essayé toutes sortes de vêtements dans lesquels je me serais aimée et n’en avais trouvé aucun. Je m’étais rabattue sur une jupe longue noire de tissu élastique qui me donnait un air davantage madame qu’une allure sexy et qui avait l’incroyable désavantage de faire floc floc à chacun de mes pas. L’atmosphère avait été plutôt moche toute la soirée, c’était comme s’il n’y avait pas eu de vie. La maison étant très grande, j’en avais fait dix fois le tour pour m’occuper. Dans certaines pièces, les jeunes jouaient aux cartes ou à des jeux vidéo. Dans la salle à manger et le salon du rez-de-chaussée, les adultes se parlaient par petits groupes et aucun des groupes ne semblait vouloir de moi, alors j’étais allée me cacher, me promener, me désennuyer. La nourriture cependant avait été extraordinaire. J’avais mangé des fenouils braisés tellement bons que je n’aurais volontiers mangé que ça de toutes les merveilles qui nous étaient servies. Je n’ai jamais oublié à quel point j’avais aimé ces fenouils et ce n’est qu’aujourd’hui, je dirais quelque vingt ans plus tard, que j’en ai enfin cuisiné. Nous avons eu des problèmes informatiques à la maison aujourd’hui et au moment où j’aurais eu besoin de consulter la recette sur un site de recettes, je n’ai pas pu, il n’y avait pas de connexion. J’avais lu la recette en vitesse grand v quelques heures auparavant, alors j’y suis allée de mémoire et de mon imagination. Le résultat a été des plus intéressants, en ce qui me concerne, car je ne suis pas certaine que Denauzier ait aimé tant que ça. Je m’étais sentie à cette fête de Noël comme je me sentais hier après avoir travaillé sur mon bouquet de fleurs. Anéantie.
– Tu sembles avoir trouvé ton chemin ?, est venu me dire mon mari en fin de soirée, en jetant un coup d’œil à mon acrylique sur fond de pastel.
Il n’a pas dit C’est super, continue !, ou quelque remarque méliorative. J’en ai déduit qu’il était navré de découvrir sur ma table un résultat si poche et qu’il n’osait le commenter. Je suis montée à notre chambre le rejoindre quelques minutes pour tard et j’ai failli pleurer de découragement. En visitant les chambres occupées et les autres chambres inoccupées de la grande maison du couple artiste qui nous avait reçus ce Noël passé, j’avais aussi envie de pleurer. Il y a en moi une pulsion masochiste qui me fait presque aimer être anéantie et me sentir à la limite de basculer entre le supportable et l’insupportable. Comme si j’avais besoin d’être habitée par une grande souffrance pour me propulser. Quand je me suis levée ce matin et que mon premier geste a été de venir constater l’échec lamentable de mon bouquet, je me suis surprise à aimer, ou du moins à ne pas détester autant que je m’y attendais. Plus tard dans la journée j’ai commencé à sérieusement aimer. Et ce soir j’aimerais donner un petit fond de vert feuillage à certains endroits, avant de poursuivre dans ma voie pour tracer les pétales et les tiges, car Denauzier avait raison, par rapport à ce projet du moins, j’ai trouvé mon chemin.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire