Jour 1 246

Ce n’est pas l’écriture qui est la première entrée dans ma vie, en lien avec le texte précédent dans lequel j’évoque ultra brièvement la sécheresse artistique du milieu dans lequel s’est déroulée mon enfance. C’est la musique, en secondaire I au Séminaire de Joliette. Au lieu de suivre le cours de flûte à bec qui était un cours obligatoire de notre curriculum, une fille de ma classe –à laquelle je n’avais jamais parlé, mais il faut dire que nous étions en début d’année– m’a dit que si on voulait on pouvait choisir un autre instrument.  L’école de musique dirigée je pense par le père Lindsay, à l’époque, était logée juste à côté de nos classes et on y enseignait plusieurs instruments. J’ai demandé à la fille de ma classe quel instrument elle choisissait. Elle m’a répondu la guitare. Alors à deux nous sommes allées demander au professeur de guitare s’il nous acceptait comme nouvelles élèves et il nous a acceptées. En entrant dans le petit local où enseignait ce professeur, local qui sentait la cigarette et dont le cendrier, sur sa table, était plein de mégots, j’ai senti que je m’approchais d’un univers plus riche, plus vibrant que celui qui avait été jusque-là le mien. Ce n’est pas le fait qu’une forme d’art me devenait accessible qui me rendait soudainement vivante. C’était l’allure du professeur. Le professeur était un artiste et cela transparaissait. Une mèche de cheveux lui tombait sur le côté du visage et cela lui donnait du style. Il la repoussait de la main quand il parlait, pas vraiment parce qu’elle gênait sa vue mais plutôt parce que ça allait bien avec son style. Cela dit, il n’avait rien d’un individu maniéré qu’on pourrait imaginer hautain. À cause de sa mèche de cheveux et de sa voix veloutée et de son roulement de r qui lui venait, disait-il, de ses origines ontariennes étant né à Cornwall, ce professeur me semblait avoir du panache. Fréquentant –à raison d’une demi-heure par semaine– un être qui a du panache, je me suis mise à penser que je pourrais peut-être en avoir aussi. J’avais douze ans.

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Jour 1 247

Cette œuvre ci-contre est devenue cette œuvre ci-dessous. Cette œuvre ci-contre qui contenait trop d'information est devenue cette œuvre ci-dessous qui en contient moins. Il faudrait que les conditions de lumière soient les mêmes pour mieux se représenter le changement. Or, aujourd'hui il fait tempête et il entre moins de lumière dans la maison. Ce n'est pas propice à la prise de photo. Je trouvais depuis le premier jour de leur installation que les toiles étaient trop chargées. Et que les deux motifs n'étaient pas assez contrastés. Et que les grosses lignes noires qui se voulaient des espèces de cicatrices ou de fermetures éclair gâchaient la sauce.

Je me suis demandé par quel miracle ma soeur pouvait avoir découvert que Charlebois existait.

J’étais hier dans une maison dont l’art semble absent. Je ne peux rien affirmer, j’y étais pour la première fois et je n’ai pas visité toutes les pièces. Je me suis sentie, à peine arrivée, comme à une autre époque de ma vie. Je me suis sentie menacée par un effet de sécheresse, par un manque de folie, de fantaisie, par un manque d’élan, de plaisir, par un manque de tout ce qui me rend vivante. Assez rapidement, j’ai compris que je me sentais comme lorsque j’étais petite chez mes parents. Rien n’égayait les murs de notre logement quand j’avais cinq six ans. Il n’y avait pas de livres qui traînaient dans la maison, pas d’ouvrage de broderie, pas de tricot en cours de réalisation. Pour toute musique, mon père m’a raconté que maman écoutait Michel Louvain et Pierre Lalonde l’après-midi sur des microsillons quand nous étions à l’école. Notre logement de la rue Ste-Angélique était bien tristounet. Le seul élément un tant soit peu artistique que l’on pouvait y trouver, ou dont je me souvienne, c’était de la toile de jute qui recouvrait des briques. Une idée, probablement, de mon oncle Claudius, l’oncle dans la famille de ma mère dont tout le monde se moquait, justement parce qu’il avait quelque chose d’un artiste. Les briques servaient à séparer quelques planches de manière à obtenir une bibliothèque, sans livres sur les tablettes, seulement des bibelots. Une hauteur de trois briques séparait les planches de part et d’autre. La brique du dessous de la pile était recouverte de toile orangée, la deuxième de toile vert kaki, la troisième de toile bleu crépuscule. Parce qu’elle était mon aînée, Bibi m’a initiée à certaines formes d’expression artistique. Elle a fait entrer de la vie dans notre univers familial. Je me rappelle du soir où elle m’a montré sa plus récente acquisition, le 33 tours Lindberg de Robert Charlebois. Je me rappelle surtout avec quelle stupéfaction j’ai regardé la pochette de l’album. Comment ma sœur pouvait-elle avoir découvert que Charlebois existait ? Cela me dépassait.

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Jour 1 248

24 toiles Avant

24 toiles Avant

24 toiles Après

24 toiles Après

Cette œuvre ci-contre est devenue cette œuvre ci-dessous. Cette œuvre ci-contre qui contenait trop d’information est devenue cette œuvre ci-dessous qui en contient moins. Il faudrait que les conditions de lumière soient les mêmes pour mieux se représenter le changement. Or, aujourd’hui il fait tempête et il entre moins de lumière dans la maison. Ce n’est pas propice à la prise de photo. Les gens qui sont venus au party de Noël, je veux dire certains d’entre eux, je veux dire une seule personne en fait, ont (a) exprimé une légère déception.
– C’était plus vivant avant, avec les teintes de vert, m’a-t-elle dit.
– Cela ne te semblait pas trop chargé ?, ai-je demandé.
– Chargé ?
Je trouvais depuis le premier jour de leur installation que ces toiles ne me parlaient  pas. Elles ne faisaient que mettre de la couleur sur les deux murs blancs. Il me semble que le thème central des 24 toiles est la masse rouge et bleue en forme de nuage directement sorti de la lampe d’Aladdin. Une fois que cette forme a été complétée, elle a pris le dessus sur le reste qui était déjà en place. Les surfaces dans les tons de vert sont devenues accessoires, elles sont venues accompagner, ou envelopper, la volute de la lampe d’Aladdin. Dans la version A, on ne percevait pas qu’un motif était au service de l’autre. Les deux se rencontraient et il ne ressortait rien de leur rencontre. Dans la version B, la surenchère des messages, des bariolages, des lignages a cédé la place à des masses plus calmes sur lesquelles s’expriment en respirant davantage la volute d’une part, et les lettres de l’alphabet d’autre part, en ce sens que les signes graphiques blancs sont les 24 symboles de l’alphabet badouzien. Je me demande encore, et je ne trouve pas la réponse, et probablement que pour trouver la réponse il faudrait que je tente un essai, je me demande si les symboles de mon alphabet ne devraient pas ressortir de la masse aladdine également, plutôt que d’être ensevelis derrière. À suivre, comme tout le reste.

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Jour 1 249

Édition de luxe

Édition de luxe

J’ai eu beaucoup de succès avec mon questionnaire. Une fois de plus, ce sont les grandes pattes d’ours qui ont capté le plus mon attention. Mon mari n’a pas participé, d’abord parce qu’il connaissait toutes les questions et les réponses, ensuite parce qu’il était trop occupé à ramasser la vaisselle et la nourriture. Au début, j’ai demandé aux participants de lever la main lorsque la personne désignée ne connaissait pas la réponse, pour que tout le monde ne se mette pas à crier en même temps. À ma grande surprise, mon frère était souvent le premier à lever la main. Je me serais attendue à ce que ce soit Bibi, quoique Bibi a répondu avec un enthousiasme non feint à la charade qui portait sur Prométhée. Au bout d’un moment, les grandes pattes d’ours a laissé s’échapper une réponse sans lever la main. Puis une autre. Il a fallu que je fasse un appel à l’ordre pour tranquilliser ma troupe qui s’échauffait de plus en plus. À la fin de l’exercice, j’avais mal à la gorge parce que je n’ai pas l’habitude de parler fort. Les participants étaient assis en cercle autour de moi dans le salon sur les canapés, fauteuils, poufs et chaises de bureau à roulettes. Il y en avait aussi qui étaient assis directement sur le plancher. Le déroulement de l’exercice était le suivant, effectué dans le sens des aiguilles d’une montre, de gauche à droite. J’ai posé une première question. La personne à mon extrême gauche a répondu. Deuxième question. Deuxième personne à ma gauche. Troisième question, troisième personne. Cette troisième personne n’a pas trouvé la réponse, qui portait sur une traduction du latin au français, donc il y a eu un appel à tous, donc ceux qui trouvaient la réponse devaient lever la main, donc je devais bien observer qui levait la main en premier, ou plutôt le bras. C’était souvent les pattes d’ours, à ma grande surprise, et non Bibi, alors je lui cédais la parole. Chaque bonne réponse se méritait un cadeau. Bien entendu, nous nous sommes arrangés pour que tout le monde ait un premier cadeau avant de laisser les fournisseurs de bonnes réponses obtenir un deuxième cadeau. Comme nous avions beaucoup de cadeaux, tout le monde a fini par en avoir un deuxième. En bout de ligne, seul mon frère en a eu trois. Il s’est intéressé à un grand cadeau, au seul cadeau plus grand que les autres. J’ai dit devant le groupe que c’était normal qu’il s’y intéresse, étant lui-même le plus grand. Plus grande personne, plus grand cadeau. Il se l’est fait voler, mais il a pu se le réapproprier. Je savais que c’était une édition de luxe du Monopoly, cadeau apporté par Bibi, et j’ai eu peur qu’il soit déçu, mais quand il l’a déballé il s’est montré très heureux. Il l’a regardé avec tendresse, le flattant quasiment et s’exclamant que les billets de banque n’avaient jamais servi. Nous aurons donc au programme, en 2016, une partie de Monopoly chez mon frère. Il a aussi reçu de jolies tasses à expresso, alors nous jouerons en buvant du café.
À la fin du jeu, je me suis rendu compte que le seul problème, ayant organisé toute la patente, c’est que je n’ai pas reçu de cadeau ! Mince !

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Jour 1 250

Je n’ai jamais si bien dormi de ma vie. Cela augure peut-être une belle année 2016. Nous sommes allés à la messe de dix heures, à St-Jean-de-Matha. Il n’y en a pas à minuit. Au début de la messe, j’ai demandé à Denauzier s’il pensait que le prêtre était drogué. Mon mari m’a répondu qu’il était seulement mélangé. Il se perdait entre les étapes de la cérémonie, de telle sorte que nous n’avons pas eu droit au chant de l’Agneau de Dieu. Pour faire le liant entre les étapes, le prêtre parlait des Syriens, de la température, de notre vie au quotidien, des politiques provinciales et fédérales, en terminant ses phrases sur des accentuations aiguës et chantantes qui m’ont fait sourire. C’est le frère de Denauzier qui chantait, tout seul, il n’y a pas eu moyen de trouver un musicien accompagnateur. Ce doit être une race en perte de vitesse, les musiciens accompagnateurs dans les églises de campagne. Le frère a cappella et le prêtre un peu perdu s’en sont très bien sortis, finalement. Fidèle à mon habitude, lorsque tout le monde s’est souhaité Joyeux Noël à la fin de la messe, je suis allée saluer le prêtre pour lui dire qu’il nous avait offert une messe enjouée, pleine d’entrain, et que je le remerciais. Il m’a regardée comme si j’étais une extraterrestre, bien entendu. Je n’ai pas oublié de remercier aussi mon beau-frère pour avoir si bien chanté et nous sommes allés, nous étions cinq personnes, déguster des petits pains aux œufs chez la maman de Denauzier. C’est pratique, elle habite au Manoir juste à côté de l’église. Mon mari et moi n’avions pratiquement pas mangé car nous avons passé la journée du 24 à préparer la journée d’aujourd’hui. Nous recevons ma famille qui devrait commencer à arriver dans une heure. Une fois les petits pains avalés, et un peu d’alcool aussi, et des biscuits exquis, et aussi du café fraîchement moulu, j’ai commencé à me sentir en pleine forme et j’ai voulu tester le questionnaire que nous avons créé, Denauzier et moi, pour animer la fête avec le clan Longpré. Il est constitué de 45 questions de style Quel est le prénom des quatre enfants de Denauzier ?, mais aussi Quel est le plus grand lac du Québec ?, etc. Il y a des charades, des proverbes à compléter, des expressions à traduire. J’ai senti un relâchement dans l’intérêt de mon auditoire, vers la fin du questionnaire. Une des personnes a même exprimé que ce n’était pas facile de répondre à ce type de questions à une heure du matin. Je ne comprenais pas la fatigue des membres de ma belle-famille, ils sont toujours tellement d’aplomb. Pour une fois, Seigneur, c’est moi qui pétais le feu ! Néanmoins je me suis endormie très rapidement une fois à la maison, levée tôt ce matin, j’écris mon blogue en ce moment, je vais aller m’habiller dans les prochains dix minutes, et me reposer en attendant les invités puisque tout, absolument tout, est préparé. J’ai hâte de voir quel succès j’obtiendrai avec mes questions. La personne qui trouve la bonne réponse la première a droit à un cadeau, il y en a une vingtaine sous l’arbre, et bien sûr à la fin de toute l’affaire les gens peuvent voler le cadeau des autres… Joyeux Noël !

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Jour 1 251

Pleine lune à St-Jean-de-Matha, autour de 17 heures, le 24 décembre 2015

Pleine lune à St-Jean-de-Matha, autour de 17 heures, le 24 décembre 2015

J’avance tranquillement. Dans 151 textes (quand j’aurai atteint le jour 1 100), je serai au beau milieu de ma décennie (2 200 textes au départ). Rendue au texte 1 099, j’en aurai plus d’écrits qu’à écrire. À partir de là, si je le désire, je n’aurai plus aucune question à me poser quant au contenu. Je pourrais en effet décider d’écrire chaque texte de la deuxième moitié de la décennie en transformant chaque texte déjà existant de la première moitié de la décennie. YES !
Voici quelques livres que je me propose de lire pendant les vacances –bien que je sois tout le temps en vacances. De vrais livres achetés à la Librairie Martin, à Joliette, faits de textes soutenus et continus qui racontent une histoire ou qui se développent autour d’une idée maîtresse. Pas des accumulations d’un texte par jour qui ne sont même pas dignes, les accumulations, d’être éventuellement publiées en carnets. Pouf.
Le nid de pierres, de Tristan Malavoy, acheté parce que cet homme est mon ami Facebook depuis des années. C’est bien pour dire à quel point je ne m’intéresse qu’à mes écritures, je ne savais même pas qu’il était écrivain, je l’ai appris lorsque son livre a paru tout récemment chez Boréal. Les critiques sont ultra positives. C’est bien pour dire (bis),  j’aurais été jalouse de ce succès autrefois. Je suis contente de constater aujourd’hui, soit en raison de mon âge ou de l’acceptation de mes limitations, que je ne ressens que l’envie de lire cet auteur et le plaisir anticipé de cette envie.
Et si j’étais maire de Montréal, de mon ami Pierre-Yves, parce qu’il est mon ami. Quand il a gagné ses élections municipales dans l’équipe Vision Montréal de Pierre Bourque, en 1994, j’ai ressenti une réelle jalousie. Quoi ? Un collègue de l’université qui réussit ses projets, qui accède à mieux, qui améliore énormément sa vie professionnelle alors que je sèche ? Heureusement, j’ai appris à aimer mon collègue plutôt qu’à en être jalouse et c’est moi-même qui lui ai demandé s’il avait un exemplaire de son livre à me prêter et c’est lui-même qui est venu le déposer dans la boîte aux lettres, chez Emmanuelle, à Montréal.
Le premier quartier de la lune, de Michel Tremblay, parce que je ne l’ai pratiquement jamais lu alors qu’il est un écrivain majeur de ma génération. Je l’ai vu au restaurant Le petit italien un soir que j’y étais à souper avec Oscarine. J’ai pris un livre au hasard, sur la tablette réservée aux livres de poche, à la lettre T pour Tremblay, toujours à la librairie Martin. Je suis tombée sur celui-là. En feuilletant les pages, j’ai eu l’impression que le livre n’était pas trop écrit en joual –cela fait mon affaire–, en fait il semble ne pas y avoir beaucoup de dialogues. J’ai hâte de le lire.
L’art presque perdu de ne rien faire, de Dany Laferrière, parce que j’ai adoré L’énigme du retour et parce que les textes sont courts et regroupés par thèmes. Je me suis demandé si je pourrais réussir un assemblage semblable avec mes textes bloguéens. Je pourrai répondre à ma propre question quand j’aurai lu le livre.
Je parle Alzheimer, le langage du cœur, parce que le livre a été écrit par ma voisine à la campagne et que lisant son livre je connaîtrai mieux la femme qui est derrière l’auteure. Je veux passer le livre à Bibi quand je l’aurai lu pour qu’elle s’en inspire un peu, étant donné que papa perd de plus en plus la mémoire.
On est tous quelque part, de Jean-René Dufort, pour le plaisir de connaître mieux sa perception du monde. C’est un livre de photos assorties de courts textes.
Je suis en train de terminer 60 ans Paris Match, un livre qui décrit brièvement l’approche artistique –et souvent sportive– de 60 journalistes du magazine, anecdotes à l’appui. C’est amusant, mais l’auteur Benoit Gysembergh me semble tourner les coins ronds par endroits. Je ne comprends pas toujours les liens entre ses idées. C’est comme si je me lisais moi-même !

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Jour 1 252

Foulard et pompons

Foulard multicolore et pompons

Denauzier et moi sommes allés magasiner à Joliette ce matin mercredi en prévision du repas et de la fête de Noël le 25. Nous recevons le clan Longpré pour le dîner. Nous étions au centre commercial et je ne peux pas dire que nous ayons eu l’occasion de nous imprégner de l’esprit de Noël, de la cohue, de la fébrilité des derniers préparatifs parce qu’il n’y avait pas grand monde. J’ai remarqué au bruit qu’il faisait un train de Noël qui promenait trois enfants alors qu’il y avait de la place pour trente. Comme nous avons terminé nos achats vers 13 heures, nous avons opté pour un club à deux sur le chemin du retour, c’est notre repas de prédilection quand nous mangeons vive fait dans un restaurant. Nous nous sommes installés à la première table de libre, qui donnait sur l’espace qu’empruntaient les clients pour ressortir. Tout en parlant avec mon mari, j’ai remarqué une veille dame qui se dirigeait vers nous, c’est-à-dire vers la sortie. Elle était vêtue d’un imperméable de couleur bleu gris acier dont le tissu un peu rigide semblait être un mélange de polyester et de coton. Comme beaucoup de personnes âgées, elle était très menue, à tel point qu’on aurait pu penser qu’elle portait un tutu sous son imper tellement la ceinture bien nouée à la taille créait un nombre important de fronces et de plis. La dame devait avoir dans les 80 ans avancés. Elle marchait avec assurance, suivie de son fils, ou du moins d’un homme –de mon âge– que j’ai pensé être son fils. Le haut du corps de la dame a attiré mon attention parce qu’il était partiellement couvert d’un foulard décoré de pompons, voir la photo pour la description du foulard, une image valant mille mots. Le foulard était à moitié glissé sous l’imper à l’endroit de l’encolure en V et à moitié dépassant de l’encolure. Sur la tête, la dame portait un béret crocheté qui était lui aussi décoré d’un assez gros pompon. Elle n’était pas chaussée de bottes mais d’escarpins élégants, peut-être doublés pour l’hiver, sur des bas de nylon de couleur chair. L’élégance du bas du corps jurait un peu avec la surenchère fantaisiste du haut du corps. La dame était déjà loin de moi et son fils arrivait à notre hauteur quand il m’a semblé reconnaître l’odeur qui chatouillait mes narines. Une odeur familière. Une odeur que j’ai ramenée de Vancouver, à savoir mon beau Cuir de Russie. C’est snobinard ce que je m’apprête à écrire, mais je l’écris pareil : je me suis demandé si la dame dégageait les senteurs exquises de mon parfum exclusif, ou si mon parfum exclusif n’est pas proche parent d’une eau de toilette Avon…

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