Jour 1 100

L’idée d’écrire un texte par jour m’est venue lorsque je suis retournée au travail, en mai 2011, après avoir été en congé pendant pas loin d’un an, mon mari ayant reçu un diagnostic de cancer du palais mou. J’ai pris congé pour l’accompagner. D’abord à l’Hôpital général juif, pour ses traitements. Ensuite pour l’accompagner tout court, les traitements ayant échoué à éradiquer le cancer. Je suis retournée au travail et je me suis demandé qu’est-ce qui pourrait rendre mes journées mieux remplies, plus satisfaisantes, plus stimulantes. Et j’ai pensé qu’écrire un texte à chaque jour travaillé, du lundi au vendredi, était en plein ce qui me convenait. Au début, j’écrivais le midi. J’avais à l’époque un tout petit bureau sans fenêtre, construit dans un restant d’espace qu’il ne fallait pas gaspiller. J’y étais tranquille, seule, j’écrivais mon texte assez rapidement et après j’essayais d’aller prendre un peu d’air dehors. Puis, un aménagement des locaux et un déménagement de l’ensemble des employés du service est venu tout chambouler. Je me suis d’abord trouvée dans un bureau avec une collègue qui n’allait pas forcément manger à midi. Sa maison était située juste à côté de notre pavillon à l’université, alors elle allait manger en fonction de ce que lui dictait son estomac, à des heures variables, elle partait et rapidement revenait. C’était moins commode pour le texte à écrire mais je m’en sortais quand même. Après, nous sommes passés à six dans un environnement à aire ouverte, avec des collègues qui parlaient au téléphone le midi pour régler toutes sortes d’affaires non professionnelles qu’ils n’avaient pas le temps de régler autrement. C’est devenu encore moins commode, mais j’essayais de profiter des quelques temps morts qui pouvaient encore se produire et quand il n’y avait pas de temps mort et que je ne me sentais pas capable d’écrire en écoutant de la musique dans des écouteurs –parce que je n’aime pas écouter de la musique quand j’écris– je restais le soir passé cinq heures pour écrire tranquille. C’est alors que j’ai découvert que c’était merveilleux, le soir, d’écrire tranquille, quand presque tous les collègues étaient partis. Alors sur une base régulière je me suis mise à passer de plus longues heures au bureau, en ce sens que je partais de la maison le matin à huit heures et je revenais le soir souvent après sept heures. Ce sont des heures normales d’absence de la maison pour les gens qui ont à voyager une heure, une heure et demi, soir et matin. Mais j’habitais à trente minutes, porte à porte, de l’endroit où je travaillais. Écrivant le soir tranquille au bureau, je suis devenue disponible pour accepter les propositions de mes collègues amies qui voulaient qu’on aille marcher le midi. J’ai maintenu le rythme pendant quatre ans, jusqu’à ce que je rencontre Denauzier. S’ajoutait alors à ma routine, à mon retour le soir à la maison, un appel téléphonique à mon chéri, et cela pendant pas loin d’un an. Maintenant je suis retraitée, j’ai du temps. Je m’installe à mon bureau, dans ma nouvelle maison à la campagne, et la première chose que je découvre c’est que la journée est déjà pas mal avancée. J’aime écrire, même si je ne sais pas encore vraiment ce que je désire écrire.

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Jour 1 101

Je pourrai dire qu'à la mi-mai 2016, à ma mi-étape bloguéenne, je travaillais sur un diptyque de poissons.

Je pourrai dire qu’à la mi-mai 2016, au terme de cinq ans de blogue, je travaillais sur un diptyque de poissons.

Je ne peux pas croire que j’y sois enfin arrivée. Le texte du jour 1 101 est le dernier de la première moitié de mon projet d’écriture bloguéenne. Quand je vais écrire demain le texte du jour 1 100, je vais entamer la deuxième partie du projet. Chaque partie dure cinq ans. Pour un total de dix ans. Ça fait donc cinq ans aujourd’hui que je suis fidèle à mon blogue. Je ne me suis pas beaucoup souciée de mes poissons représentés ci-contre, ces derniers temps. Ils m’attendent. Je passe plus de temps à écrire, surtout avec le projet du recueil de nouvelles. Je passe du temps dehors à désherber, planter, creuser, gratter, pelleter, me faire manger par les bibittes. Je lis, mais encore là pas assez.
Ce n’est pas une journée ensoleillée aujourd’hui, c’est une journée grisounette, mais à l’instant le soleil semble vouloir se montrer. Ce n’est pas une si belle journée tout court. Emma a reçu une mauvaise nouvelle en matinée. Et moi je suis allée faire une longue promenade en marchant de manière énergique, cet après-midi, pour découvrir à mon retour qu’il y a encore quelque chose de mal configuré avec mon joujou Fitbit, alors ni mes pas ni mon temps d’activité n’ont été calculés. Bof !, comme je le disais autrefois, alors que j’essaie maintenant de m’exprimer en terme de Pouf ! quand quelque chose ne va pas, ça fait moins désabusé.
C’est une journée à l’image de toutes les autres, avec des choses qui vont et d’autres qui ne vont pas et ces choses blanches et noires, positives et négatives, cohabitent dans la vie de l’individu que je suis. Certaines choses encore vont bien : la maman de Denauzier a reçu une nouvelle hanche hier matin avec succès, nous allons la visiter ce soir à l’hôpital. Mon mari part à la pêche bientôt, c’est un moment de l’année qu’il adore. Je vais en profiter pour aller visiter ma tantine et lui apporter du chocolat. C’est une personne, la tantine, que j’adore. Emma termine bientôt sa dernière session au collège, une session qui, comme d’ailleurs les autres, s’est déclinée sur un rythme de travail un peu fou qu’elle a tenté de maintenir de façon soutenue pendant trois ans. Trois ans de double DEC comme elle l’a fait, c’est mille fois plus exigeant que cinq ans de blogue à écrire n’importe quoi.
Les peurs qui m’habitent depuis pratiquement toujours et qui se sont exprimées dans mon rêve chaotique d’hier continuent de m’habiter, mais je les connais mieux et je leur laisse prendre moins de place. Si je suis fatiguée cependant et que je ne dispose pas de beaucoup de résistance, les peurs vont prendre beaucoup de place. Il y a certains mécanismes qui changent, autrement dit, et d’autres qui ne changent pas. Je suis semblable à la femme que j’étais il y a cinq ans, quand j’ai commencé mon blogue, et en même temps je suis pas mal différente. Je n’ai rien écrit de bien spectaculaire, mais je suis contente et je me suis sentie nourrie d’avoir écrit. Je me souhaite, en conclusion, un heureux cinq ans d’écriture à venir. Je souhaite en outre, de tout mon cœur, que mes rares lecteurs continuent de m’offrir leur soutien, leur présence, leur fidélité, leur amitié.

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Jour 1 102

J’ai écrit la nouvelle Alicia, la première de mon recueil de vingt-six. En gros, l’histoire est la suivante : Alicia fait la rencontre d’Hervé dans un bistro. Comme ils sont tous les deux dans la quarantaine et qu’ils ont un certain recul par rapport à la vie, ils ne se lancent pas dans des descriptions d’eux-mêmes. Ils laissent la conversation les mener là où ça adonne, sans se poser plus de questions. Ils ne sont pas dans l’urgence de se définir pour construire une vie à deux. Disons les choses de cette manière. Au bout d’un moment, il se produit quelque chose d’inattendu que je ne dévoilerai pas. Aussi inattendue que puisse être cette chose, cela étant, Alicia se laisse porter et accepte de jouer le jeu.
Au début de la nouvelle, Alicia dit à Hervé que la situation dans laquelle ils se trouvent lui fait penser au film de Lelouch, toujours lui, La bonne année. Hervé demande pourquoi. Elle lui répond que les deux personnages principaux du film ont à peu près leur âge et entament une relation. Dans une scène qui se déroule sur un quai de gare, Françoise Fabian dit à Lino Ventura que ça ne vaut pas la peine de s’épuiser en paroles pour se décrire et se connaître. L’expérience qu’ils ont de la vie leur permet déjà de savoir ce qu’ils attendent l’un de l’autre.
La preuve que ces paroles avaient eu un effet bœuf sur moi, à l’époque, c’est que je m’en rappelle encore. Les lecteurs, ici, comprendront que pour qu’Alicia commente le film, il a fallu que je le voie aussi ! C’était il y a longtemps. J’étais jeune, dans la vingtaine. Je m’étais fait la réflexion, à ce passage qui se déroule sur le quai de gare, qu’il n’y a plus grand-chose à dire à l’autre, si on ne se décrit pas en faisant le parcours de son passé. Autrement dit, le fait de ne pas avoir recours à la parole à tout prix, fût-elle vide ou pas vide, pour combler l’espace entre les deux protagonistes me semblait être un défi vertigineux. Cela signifiait que les deux personnages étaient capables de s’abandonner, dans l’espace/temps, en étant tout simplement eux-mêmes, en se faisant confiance. Je n’en étais pas là !
Où est-ce que je veux en venir avec ça ? Plus ça va, plus je m’éloigne, câlibine !
Je veux en venir à ceci : j’aimerais participer au conventum dans la même optique. Bien sûr la tentation sera grande de résumer ma vie en quelques mots aux premières personnes rencontrées : je suis à la retraite de l’Université de Montréal, où j’étais responsable des annuaires généraux, les annuaires généraux sont les espèces de gros bottins épais qui regroupent tous les programmes et tous les cours de toutes les facultés à tous les cycles d’études (j’ai bien dû dire cela mille fois dans ma vie), je suis mère d’une jeune femme de presque vingt ans extraordinairement merveilleuse, et après m’être éloignée de la région de Lanaudière, j’y reviens après quarante ans. J’ai tendance à taire que je suis nouvellement mariée, peut-être parce que cela m’amène sur le terrain glissant de la maladie du compagnon précédent et de la séparation de l’autre compagnon d’avant. Mais une fois que j’aurai répété ce topo cinq six fois, admettons, j’aimerais vérifier si je peux me laisser porter simplement, dans le moment présent, avec tel ou telle ou untel, à propos de presque rien, juste pour le plaisir de créer un échange. Voilà, c’est là que je voulais en venir. Fiou ! Ç’a été dur à sortir !

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Jour 1 103

J’ai rêvé à chouchounette. On me l’enlevait sous prétexte qu’elle avait fait une crisette à la garderie. Elle avait pleuré, et peut-être crié, pendant quelques secondes. C’était du jamais vu de sa part. Ces comportements inhabituels étaient symptomatiques d’un danger qui menaçait ma fille depuis peu et dont j’étais la cause. Une collègue avec laquelle j’avais quand même de bons contacts, du temps que je travaillais, se faisait donner, par je ne sais quelle autorité, la responsabilité de s’occuper de ma fille, me privant du coup de la voir, de l’avoir avec moi.
Un mot à propos de cette collègue avec laquelle j’ai bel et bien travaillé à l’université : elle avait son bureau pas très loin de la machine à café. Une journée que je m’en étais acheté un, dans lequel j’avais versé du lait et du sucre, ça m’arrive parfois de ne pas le boire noir, j’avais passé plusieurs secondes à remuer le liquide dans ma tasse. Je devais être en train de penser à quelque chose et je ne me rendais pas compte que je tournais la cuiller comme une bonne depuis un moment. La collègue avait fini par dire, elle avait peut-être mal à la tête ce jour-là, que ça suffisait, le tournaillage de la cuiller dans la tasse. D’où elle était placée, elle entendait ce qui se passait, mais elle ne voyait pas qui était la tournailleuse fatigante. Je m’étais excusée, évidemment. À chaque fois que je suis allée m’acheter un café par la suite, j’ai pris la peine de m’annoncer, je ne sais pas trop pourquoi. Je pense que la collègue en avait plein le casse que je m’annonce à chaque fois. Et avec le recul, maintenant que je suis installée dans ma nouvelle vie, je me dis que cette collègue a usé de beaucoup de patience avec moi.
Je subissais cette punition –d’être privée de ma fille et elle de moi– sans me rebeller, pour ne pas amplifier le problème, pensant que ce n’était l’affaire que d’une nuit. Sauf que je réalisais, le lendemain, que ce serait compliqué de récupérer ma fille. Il fallait que la collègue accepte de signer un formulaire quelconque en manière de consentement. Bien entendu elle refusait, sous prétexte que j’étais peut-être trop dangereuse. Je me retrouvais à la merci d’un système omniscient qui n’offrait de prise sur rien.
Ce n’était pas clair : on ne savait pas si j’étais dangereuse, mais on pensait que peut-être oui je l’étais, et des fois que je le sois, il était préférable que je me tienne loin. Pour combien de temps, l’histoire ne le disait pas. Il fallait que j’endure mon sort dans ce nouvel univers totalitaire. Ma première inquiétude allait bien sûr pour chouchou, je me demandais comment elle survivait à cette séparation. Là aussi, après quelques vérifications de ma part, ce n’était pas clair : ma fille était plutôt imperturbable, dans les différentes situations où j’avais réussi à l’épier le premier jour de notre séparation, ni souriant ni pleurant, n’exprimant aucun inconfort mais pas vraiment non plus de confort. Elle était blonde, très jolie, mais aussi raide, et contenue, et immobile qu’une poupée matriochka.
Puis, elle se transformait du tout au tout. Emmanuelle devenait un adolescent qui patinait avec un ami de son âge sur la glace dans un aréna. Le nouvel Emmanuel disait ne pas s’ennuyer de ses parents, ni de son père, ni de sa mère. J’interprétais ce non ennui positivement, mon enfant, ou ma fille devenue garçon, faisait donc sa vie sans souffrir. Or, dans l’image immédiatement suivante, Emmanuel/le était assis/e sur un canapé et buvait de l’alcool fort à même la bouteille.
Je peux interpréter certains éléments de ce rêve chaotique qui ne font que projeter de vieilles peurs faisant partie de ma personne depuis mon enfance. Des peurs aussi coriaces que les racines des hémérocalles.

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Jour 1 104

Mini griffe japonaise de jardin, de son vrai nom.

Il s’agit d’une mini griffe japonaise de jardin, pour être plus précise.

Je n’ai pas travaillé sur mes beaux poissons finalement. Ç’aurait été très confortable. J’aurais été assise dans mon beau bureau et je me serais cassé la tête à savoir quelle couleur je désire utiliser. J’aurais interrompu mes tergiversations en arrosant les plantes qui me tiennent compagnie. Je suis particulièrement heureuse de vivre avec un poinsettia acheté peu avant Noël 2014, qui a passé l’été 2015 dans ce qui a peut-être été une rocaille autrefois, à l’ombre parce que je pensais qu’il allait cuire en plein soleil. Je l’ai ensuite mis en pot à l’automne 2015, il décore mon bureau de son rouge superbe depuis, en attendant d’être replanté dehors cet été 2016. Après l’arrosage, je serais revenue à ce que j’ai appelé hier le rehaussement de mes poissons, en utilisant la première couleur qui me serait tombée sous la main. C’est toujours comme ça que mes tergiversations finissent. Elles finissent par des tergiversations qui ne servent à rien.
Le fait est qu’il n’a pas plu, alors je suis allée nettoyer la plate-bande d’hémérocalles qui longe la maison. Au bout d’un moment, j’ai réalisé que certains plants ayant beaucoup profité la saison dernière se trouvaient maintenant trop près de leur plant voisin. Maudit bâtard. Je me suis relevée, parce que j’étais à genoux, grattant avec la griffe de jardin. J’ai étudié la situation. Les deux premiers plants étaient nettement trop proches l’un de l’autre. Le seul plant d’échinacées, qui a abouti là je ne sais comment ni pourquoi, n’avait pas sa place parmi les plants d’hémérocalles. Un plan mort d’une plante que je n’ai pas reconnue devait être retiré et remplacé par un autre. J’ai hésité quelques minutes devant l’ampleur du travail, me disant qu’après tout nous sommes dimanche, jour de repos, et que je ne suis pas à la retraite pour travailler tout le temps, déjà que j’ai mon blogue à écrire le week-end tant que je ne serai pas venue à bout de mon retard. Mais, bien entendu, c’est le désir d’avoir une belle plate-bande qui l’a emporté. Alors je suis allée chercher la grosse pelle, la bêche, la truelle, et j’ai déplanté pour mieux replanter, en essayant de maintenir entre chaque nouvel emplacement une distance égale. Pour avoir déplanté et replanté des hémérocalles à mon ancienne propriété de St-Alphonse, je savais dans quoi je m’embarquais : c’est forçant en titi.
Là, maintenant que c’est fait, que la plate-bande est nettoyée et prête à profiter de la belle chaleur de l’été (j’écris ça parce qu’il neige en ce moment !), maintenant aussi que le texte du jour d’aujourd’hui est sur le point d’être écrit, je n’ai qu’une envie : niaiser, relaxer, cocooner. M’étendre et lire. M’asseoir avec mon mari et écouter le restant de film que nous n’avons pas terminé hier. Préparer un pain de viande en prenant mon temps.
Au début du déplantage et replantage, je me suis dit qu’il n’y avait rien là, déplacer des plants entiers d’hémérocalles –alors que je croyais n’avoir qu’à désherber–, puisque j’ai l’habitude des défis énormes avec mes 2 200 textes. Il n’empêche que je suis pas mal contente d’avoir fini !

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Jour 1 105

Ai-je mentionné que je travaille sur deux beaux poissons en ce moment ? Ils ont pris forme sur deux restants de toile qui font chacun 28" de long X 3" de large.
– Donc, me dit Denauzier, tu t’es lancée dans un diptyque.
Les poissons occupent toute la surface et la surface avait été au préalable couverte de restants d’acrylique de différentes couleurs. Comme je le fais tout le temps. J’ai tracé les poissons d’abord au crayon à la mine, puis, quand j’ai obtenu quelque chose d’à peu près ressemblant à des poissons, j’ai couvert d’acrylique noire, avec un pinceau fin, les lignes qui avaient été tracées à la mine. J’aime assez le résultat, mais il me reste de la finition à apporter et peut-être un rehaussement de l’ensemble avec de la couleur violet diluée dans de l’eau. Je vais peut-être y travailler demain car on annonce de la pluie.
Je me suis rendue hier au magasin Tissus Matha, en plein centre du village, pour acheter une fermeture éclair. J’ai beaucoup hésité entre le bleu acier, le marine et le noir, et finalement, et sur la recommandation de la vendeuse, j’ai acheté la fermeture de couleur bleu acier. J’entends réunir mes deux toiles par cette fermeture. J’espère être capable de coudre de manière stable, avec des points de la même longueur et qui formeront une ligne droite. Après Tissus Matha, j’ai traversé la rue pour me rendre chez ma belle-maman, où nous allions souper, mon mari et moi. Mon mari est arrivé un peu après moi, il faisait des courses de son bord pendant que je faisais des courses de mon bord. J’ai profité du moment passé seule avec belle-maman pour lui montrer mes poissons et lui expliquer mon projet de relier les deux toiles avec la fermeture éclair.
– Hum hum, a-t-elle dit à la fin de mon explication.
– C’est comme les griottes, lui ai-je dit en souriant.
– Les quoi ?, a-t-elle répondu.
– Les griottes. Vous savez, les griottes séchées, que je vous ai apportées l’autre fois ?
– Ah oui ! Ça ressemblait à des cerises, c’est ça ?
– Exact.
– Quel est le rapport avec les cerises ?, me demande-t-elle.
– Vous aimez autant mes poissons que vous avez aimé les cerises, ai-je répondu pour la taquiner.
Elle a goûté à une griotte, peut-être deux, pour me faire plaisir, et après j’ai vidé le sac.
– Si vous voulez, je vais les installer sur votre mur, quand je les aurai terminés, ai-je ajouté.
Elle s’est mise à rire, peut-être un peu jaune, elle ne me connaît pas encore et elle a peut-être eu peur que j’insiste pour qu’elle les garde, et les expose, chez elle.
Mais je ne serais pas intéressée à donner mes poissons. Ils forment effectivement un diptyque, qui va avec mon premier diptyque d’échassiers, et je pense me lancer dans un triptyque de caribous après les poissons. Je voudrais laisser les trois espèces cohabiter sur un mur de la maison pendant un certain temps avant de penser m’en départir.

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Jour 1 106

La belle Barbara, née le 9 juin 1930, décédée le 24 novembre 1997.

La belle Barbara, née le 9 juin 1930, décédée le 24 novembre 1997.

Je ne peux pas installer Barbara, pour la deuxième nouvelle de mon recueil, dans une situation dont elle s’irriterait. C’est une grande artiste, une grande dame, je dois m’arranger pour honorer sa mémoire, son talent et son art. La page Wikipédia est très chargée d’information à son sujet. Ses parents sont d’origine juive, le père Jacques Serf est un juif alsacien, –il a fait des mauvais coups, j’aime mieux ne pas dire lesquels–, la mère est née Brodsky. Son vrai nom est Monique Serf. Elle devient d’abord Barbara Brodi de son nom d’artiste, avant d’opter pour Barbara tout court. Brodi me semble être une déformation de Brodsky.
Avec Jacques-Yvan et Emma, nous étions allés entendre la Bande Magnétik dans une église d’un village, aux environs d’Oka. C’était un soir d’été, j’imagine que nous étions en vacances. J’avais été frappée par la forme physique des membres du groupe. Ils sautillaient et dansaient tout en chantant, dans une chaleur suffocante. Et Dieu est le mieux placé de nous tous pour savoir à quel point il peut faire chaud dans une église par temps de canicule. Je dirais que c’est parce que j’étais pour ma part épuisée par ma vie d’alors que j’avais tant remarqué leur énergie sur scène. À la sortie du spectacle, nous avions acheté un CD du groupe, que nous nous étions empressés d’écouter sur le chemin du retour en voiture. Nous écoutions tout le temps de la musique. C’était aussi naturel pour Emma d’écouter de la musique que de boire et de manger, je dirais, sans trop exagérer. Il n’était pas question que nous n’achetions pas, parmi les CD offerts, celui sur lequel apparaissait la chanson de Barbara Dis, quand reviendras-tu ? Elle était suivie, il me semble, de la chanson du Phoque en Alaska. Je n’ai jamais compris que deux chansons si différentes soient placées l’une à la suite de l’autre sur le CD –en ce sens, tout extrémiste que je suis, que Barbara me faisait monter très haut, et le phoque descendre très bas. À l’époque, j’avais rarement l’occasion de conduire seule la fourgonnette familiale, et je n’avais pas encore d’auto. Il ne m’était donc pas possible d’écouter la chanson en boucle, 40 fois de suite, comme je peux le faire aujourd’hui en Soniquette.
Donc, je vais devoir être attentive au sort que je vais réserver à Barbara dans ma deuxième nouvelle. Je vais m’y mettre bientôt, car Alicia, du moins le premier jet d’Alicia, est maintenant écrit. Je ne me sens pas capable d’écrire ce projet, pour l’instant, qui est nettement plus exigeant pour mes petites capacités que le texte quotidien du blogue, si je ne suis seule dans la maison. Or, Denauzier s’absentera cinq jours prochainement.
La référence à Barbara vient avec un item de plus à ajouter à la to do list : lire ses mémoires, intitulés Il était un piano noir. Je vais bien entendu les prêter ensuite à Bibi, qui va me remettre le livre et me dire ce qu’elle a compris, et pas compris. Et moi de même, je vais lui dire ce que je n’ai pas compris, et compris. C’est comme acheter un billet de stationnement à l’horodateur du cégep St-Laurent, ça va mieux à deux !

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