Jour 1 093

J’ai été pendant près de quinze ans la belle-maman d’une personne qui est en ce moment une étoile montante du milieu artistique. Je voudrais exprimer que je n’ai jamais vu cette personne de mauvaise humeur, ressentant de la rancœur, de la rancune, du ressentiment.
– Cet enfant est bon comme du bon pain, avait dit une de ses tantes lors d’une sortie à la cabane à sucre. C’est de la bonne pâte !, avait-elle ajouté.
Nous regardions les enfants qui étaient dehors et qui se criaient après, je pense qu’ils jouaient à la cachette.
Je me rappelle qu’à certains endroits publics où je me suis trouvée en sa compagnie, on me demandait si j’étais la mère. Je répondais que j’étais la belle-mère. Si on me demandait ça, c’était en entrée en matière pour me dire à quel point cet enfant qui m’accompagnait semait la gaieté, l’harmonie autour de lui.
J’ai eu la chance de vivre auprès de cette personne pendant quelques années et cela me réjouit. Nous avons fait ses devoirs ensemble, à la maison, à quelques reprises, au temps de l’école primaire. Je n’étais pas une bonne répétitrice des leçons. Quand cet enfant m’avait répondu Je suis fus, pour décliner l’imparfait du verbe être, en commençant par la première personne du singulier, je m’étais écroulée de rire, à tel point que je lui avais demandé de m’excuser. Et quand nous avions joué aux Serpents et échelles et que j’avais délogé son pion d’une des dernières cases de la grille, autrement dit il était sur le point de gagner, il s’était mis à pleurer.
J’ai conservé de lui un bracelet fait en papier sur lequel il avait dessiné des cœurs rouges à mon attention, pour la fête des mères. Il était en deuxième année. Les enfants avaient confectionné à l’école un cœur grand format pour les mamans, mais, sensible et empathique, il avait pensé me donner un cadeau de plus petit format mais quand même couvert de cœurs ! Je n’avais pas osé le porter pour ne pas l’abîmer, mais je l’ai ajouté à un de mes tableaux. Il s’agit d’un collage de grand format qui est encadré et recouvert d’une vitre. Je ne le perdrai jamais.
Quand je me suis séparée du papa, je n’ai pas entretenu de contacts avec ses enfants parce que j’avais l’impression qu’ils ne le désiraient pas. Je ne voulais pas m’imposer. Ils sont venus une fois, peut-être deux, à l’appartement que j’avais loué, mais j’ai senti qu’ils n’y étaient pas à l’aise. Après tout, le papa avait changé sa vie pour moi. En mettant fin à notre vie commune, j’imposais aux enfants une deuxième séparation, alors que la première avait été difficile à traverser. Encore une fois sensible et empathique, cet enfant merveilleux m’avait dit, une des dernières fois que nous nous sommes vus, qu’il me comprenait. Malgré tout, je profite du réconfort de savoir ma fille en contact quand même assez étroit avec son grand demi-frère, cette étoile non seulement montante du milieu artistique, mais aussi cette étoile inspirante et bienveillante qui éclaire à sa façon la vie de ma fille.

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Jour 1 094

La récolte a quand même été bonne auprès de Barbara hier après-midi. J’ai écrit un texte de presque 1 900 mots. Il va probablement se réduire de quelque 100 mots, donc je vais descendre à 1 800. J’enlève en effet les excès, les mots qui en disent trop pour rien, les mots qui trahissent mon tempérament excessif, comme les adverbes. Une couleur très foncée devient une couleur foncée, et une situation parfaitement maîtrisée devient une situation maîtrisée.
Je ne sais pas comment écrivent les auteurs reconnus, publiés, à succès, dont les livres se vendent. Ou même ceux dont les textes sont publiés à petits tirages, les poètes, admettons. Est-ce qu’ils attendent que les mots soient à peu près placés dans leur tête, est-ce qu’ils attendent d’entendre les mots avant de les transmettre à l’écrit ? Ou est-ce qu’ils s’installent, comme moi, devant un écran blanc et se demandent comment le garnir ? Est-ce qu’ils savent à l’avance ce qui va sortir de leur esprit, est-ce qu’ils ont décidé de l’histoire et travaillent à ne pas en dévier au fil de l’écriture ? Ou est-ce qu’ils font face à un chantier vacant dans lequel ils doivent édifier des structures sans savoir encore lesquelles ? Quand on est face à un chantier vacant, il faut un minimum d’organisation pour édifier de manière cohérente, efficace et agréable.
Au moins, pour mon recueil dont j’ai écrit deux textes sur vingt-six sans savoir si je vais être capable de le compléter un jour, au moins j’ai déterminé une structure, ou plus exactement une contrainte, que je désire respecter : chaque nouvelle comporte autour de 2000 mots, est consacrée à un personnage différent dans un contexte précis, celui d’une première rencontre avec un individu du sexe opposé. Pour l’instant, le personnage principal est féminin et son prénom se termine par la lettre a. À partir de là, je joue sur les contraires ou, à l’inverse, sur la récurrence des thèmes. Quand Alicia rencontre Hervé dans un endroit sombre et intime, par exemple, Barbara rencontre Hervé en pleine lumière sur une terrasse. Mais Alicia et Barbara ont toutes les deux une mèche rebelle qui leur cache un œil et qu’elles replacent au cours de leur conversation.
J’en suis déjà à me demander ce qui va arriver à Clara. J’en suis aussi à me demander qu’est-ce qui va arriver si je suis publiée. C’est, bien entendu, mettre la charrue avant les bœufs. Il me reste vingt-quatre textes à écrire, ça me donne le temps d’y penser, vingt-quatre textes avant d’être confrontée à cet événement éventuel, la publication par une maison d’édition, qui aura été, comme une tension qui m’aspire vers le haut, en permanence au centre de ma vie sans vraiment se produire.
Donc, hier, avec Barbara, la récolte a été bonne. Mais la veille, en soirée, elle ne l’a pas été. Je suis allée me coucher, j’ai mal dormi. À mon réveil, une idée m’a traversé l’esprit, une idée d’une chose qui pourrait être initiée par Barbara. Je suis venue m’installer devant mon ordinateur, j’ai effacé les insipidités qui couvraient mon écran, un dialogue qui occupait deux pages et qui n’allait nulle part. Je suis repartie de zéro, sur une nouvelle pente, et les mots se sont alignés d’eux-mêmes, d’abord en phrases, puis en paragraphes sur un peu plus de cinq pages.

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Jour 1 095

Je me suis réveillée à midi moins quart. C’est le meilleur remède, le sommeil, quand je suis fatiguée. Hier je l’étais, et quand je le suis j’ai mal à la tête. Je pense que c’est la tension nerveuse qui me fatigue, qui gruge l’énergie de mon corps, qui me rend raide comme une barre de métal. Cette tension est causée principalement par le manque de temps. Je manque de temps pour écrire à la fois mon blogue –un texte par jour–, et pour écrire parallèlement mon recueil de nouvelles. Pour y arriver, il me faudrait bénéficier d’un horaire régulier selon lequel je consacrerais une heure au blogue le matin, en sachant que cela peut déborder, et une autre heure à la correspondance avec les amis et aux démarches administratives diverses. Puis, en après-midi, une autre heure serait consacrée au recueil, en sachant, là encore, que ça peut déborder.
Mes avant-midi de cette première année de retraite se sont déroulés comme je viens de le mentionner : je me lève tard, vers neuf heures, je me prépare un café, je m’installe assez rapidement à mon ordinateur après avoir parlé un peu avec Denauzier, qui est en train de travailler à la location de ses hélicoptères de toute façon. Je me lève deux trois fois pendant mes écritures pour dire une chose ou une autre à mon mari, faire pipi, prendre un deuxième café. Je prépare enfin quelque plat à manger, rien de compliqué. Il est rendu midi, c’est le temps de dîner.
C’est en après-midi que la situation se corse parce que je veux bouger. Depuis qu’il fait beau et chaud, je sors et jardine autour de la maison, je fais de la bicyclette, je marche en accélérant dès que je me rends compte que j’ai ralenti. Je fais de la moto avec mon mari qui se permet parfois une petite escapade d’une heure ou deux. Je fais les courses alimentaires. C’est en après-midi, également, que je prévois les rendez-vous chez la coiffeuse, l’esthéticienne, le dentiste, l’optométriste, le médecin, sans oublier mes visites régulières au CLSC pour tester la vitesse de coagulation de mon sang auprès de l’infirmière. Je me consacre aussi un peu au ménage, au cuisinage, et au lavage en prenant plaisir à tout étendre au soleil, sur la corde à linge. Denauzier s’occupe autant que moi des tâches ménagères. Malgré tout, malgré cet horaire somme toute allégé, je ne me sens pas disposée à écrire mon recueil parce que la première chose que je découvre, c’est qu’il est seize heures passées, et aussi parce que je ne suis pas seule et que je refuse de travailler la porte fermée.
Alors qu’est-ce qui se passe lorsque mon mari part cinq jours à la pêche en Abitibi ou sur un chantier en Alberta ? Je mets les bouchées doubles, mais mon corps me fait vite savoir qu’il approche de la soixantaine ! J’essaie de prendre de l’avance pour écrire plusieurs textes bloguéens et en arriver à ne plus devoir écrire les week-ends, et j’essaie d’écrire une nouvelle au complet en déplorant le temps que je perds quand les mots qui se présentent à mon esprit ne font pas mon affaire.
Sur ce, je vais essayer de consacrer une heure à Barbara, des fois que ça se passerait mieux aujourd’hui, le sommeil aidant, qu’hier soir tard !

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Jour 1 096

Frange et cheveux blonds mais on ne voit pas la rosette.

Frange et cheveux blonds mais on ne voit pas la rosette. À seize mois avec son ourson Boumboum.

J’ai rêvé à mon plus jeune frère, celui qui s’appelle Swiff Smith et qui vit aux États-Unis. Ça fait quelques fois que je rêve à lui ces derniers temps, alors qu’il est rarement apparu dans mes rêves dans ma vie. Quand il était enfant, cinq ou six ans, il était blond et portait une frange sur le front. Quand elle était petite, ma fille était blonde et portait une frange sur le front dont une mèche retroussait en permanence à cause d’une rosette. C’est ce qui fait, la rosette, qu’elle m’a demandé, lorsqu’elle a été en âge de le faire, de ne plus porter la frange. La ressemblance quant à la coupe de cheveux et à leur couleur m’incite à penser que lorsque je rêve à Swiff, je rêve en fait à Emma.
M’interrompant contre mon gré de faire l’amour avec mon mari, dans mon rêve, je devais vite me sortir du lit pour aller m’occuper du lunch de mon petit frère qui s’apprêtait à partir pour aller à l’école. J’arrivais en catastrophe dans la cuisine et lui demandais sur un ton calme qui ne trahissait pas mon activité de la minute précédente, où était sa boîte à lunch. Très docile et très à son affaire, ce qui ne ressemble guère à mon petit frère quand il avait cinq ans, mais qui ressemble en tout point à ma fille en tout temps, Swiff partait chercher sa boîte à lunch et me la rapportait pour que j’y mette un sandwich. Il l’ouvrait devant moi, je constatais qu’elle était vide, pas sale, et qu’elle pouvait sans frottage et nettoyage préalable recevoir le sandwich déjà préparé et couvert de papier d’aluminium. Cela ne ressemble pas du tout à ma fille, je dois quand même le préciser. Ce n’est pas parce qu’elle est docile et à son affaire qu’elle gère sa boîte à lunch de manière impeccable ! D’abord ma fille n’a plus de boîte à lunch depuis des années. Sa tante Bibi lui en a d’ailleurs donné une pour sa dernière année de l’école secondaire qu’elle n’a pas utilisée. Emma regroupe les aliments qui constituent son lunch dans un sac de plastique Provigo ou Métro huit fois trop grand, elle met ensuite le sac de plastique dans son sac à dos et elle part au collège en pédalant lentement sur son vélo –car je ne l’ai jamais vue pédaler vite–, advienne que pourra. De telle sorte qu’il m’est souvent arrivé de trouver dans son sac à dos, en passant devant par hasard, des contenants de plastique de type Tupperware dans lesquels avaient macéré des portions de lasagne, par exemple, depuis je ne sais combien de jours. J’ai même déjà trouvé des contenants de plastique de type Tupperware qui avaient macéré dans sa case au collège, de même que dans son sac à dos, et qu’elle avait remis au frigo, à la maison, pour plus de commodité le temps qu’elle ait l’occasion de s’en occuper ! Pourquoi est-ce que je rêve à Emma en la personne de Swiff dans mes rêves ces derniers jours ? C’est parce qu’elle rencontre des contrariétés dans ce début de vie adulte qui est le sien et que j’aimerais pouvoir la réconforter et prendre soin d’elle comme lorsqu’elle était toute jeune.

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Jour 1 097

Matisse n'a pas terminé cette toile, mais ce n'est pas parce qu'il considérait qu'elle était finie bien que pas finie, c'est parce qu'il ne savait pas s'il aimait l'idée d'exploiter l'africanité avec la statuette.

Matisse n’a pas terminé cette toile, mais ce n’est pas parce qu’il considérait qu’elle était finie, bien que pas finie, c’est parce qu’il ne savait pas s’il aimait l’idée d’exploiter l’africanité avec la statuette.

Ça me fait tout drôle. Je passe la journée avec la chienne de nos voisins, car ces derniers sont partis faire une expédition en canot. En manière de transition, ils m’ont proposé de garder leur chienne. J’ai passé la journée à l’appeler Nicky. C’est incroyable à quel point c’est facile de terminer sa vie quand on est né animal, et à quel point ça crée des chicanes quand on est né humain ! Il me vient en tête, encore dans le domaine des vieux films que j’ai vus autrefois jadis, un passage de 37,2 le matin, avec Béatrice Dalle et Jean-Luc Anglade. Je ne me rappelle pas de ce qui arrive à Betty, elle perd la raison, elle se suicide ?, mais je me rappelle de Zorg. Il dit qu’il lui faut s’habituer à être seul, et qu’au lieu de demander deux glaces, au marchand de glaces, il doit penser à n’en demander qu’une seule.
Je me suis essayée, ce matin, à écrire quelques lignes de ma deuxième nouvelle, Barbara. J’avais du temps devant moi parce que Nicky m’a réveillée à 5h30 ! Ce n’est pas génial, les dialogues que j’ai créés, mais au moins je le sais et je vais essayer de les améliorer. Dire que des gens vraiment doués, comme Barbara, justement, peuvent écrire des merveilles en très peu de temps, d’un premier jet. C’est le cas de la chanson Göttingen, qu’elle a écrite dans les jardins attenant au théâtre de la ville du même nom, lors d’un tour de chant. Ou encore Mozart, selon une version romancée de sa vie que j’ai vue dans un autre vieux film, Amadeus. Le vieux Salieri jaloux ne peut pas croire qu’il a sous les yeux les partitions écrites de la main de Mozart parce qu’il n’y trouve aucune rature. Constance, qui a apporté les partitions de son mari à Salieri, pensant bien faire, l’assure que ce sont bel et bien ses partitions et qu’on n’y trouve pas de ratures parce qu’il écrit tout d’un seul jet sans se tromper.
L’idée que je caresse vaguement, c’est d’écrire des nouvelles qui sont incomplètes, un peu comme il nous arrive souvent à Denauzier et moi d’écouter des films et de les abandonner en cours de route, parce qu’il est tard, que nous sommes fatigués, que nous avons autre chose à faire. Parfois, nous les reprenons le lendemain, parfois non. Je voudrais donc écrire des nouvelles aux architectures pas finies, comme une maison dont on voit les poutres par endroits, pour le plaisir de voir les poutres, pour exprimer qu’on n’a pas besoin de vivre dans un univers parfait, parfaitement contrôlé, où tout a été pensé.
La nouvelle Alicia obéit un peu à cette contrainte. Alicia et Hervé se retrouvent au centre d’une situation qui n’a pas d’aboutissement.
– Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?, demande Alicia.
Hervé répond que pour eux ça s’arrête là, car ils doivent céder leur tour à Barbara.

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Jour 1 098

Nicky et sa maîtresse, apparaissant sur une photo prise par le maître.

Nicky et sa maîtresse, apparaissant sur une photo prise par le maître. Je suis bien entendu la maîtresse de seconde main, il y en a eu une autre avant moi, pendant près de dix ans.

La raison pour laquelle j’ai choisi cette photo ci-contre comme avatar de mon profil Facebook, récemment, c’est parce qu’on y voit Nicky. Denauzier a en effet pris quatre ou cinq photos de moi lorsque, m’étant presque assommée sur une bordure de ciment, il m’a fait porter ce casque rigide par-dessus ma casquette. De la série qu’il a prise, j’ai retenu celle où Nicky sort la langue et où elle se tient à côté de moi, puisqu’elle est mon assistante sur le chantier des travaux qu’il y a à faire à la maison. Sur les autres photos, elle demande la porte, qui est derrière moi, et on ne lui voit que la queue ! Elle a douze, peut-être treize ans. Elle reçoit des piqûres d’insuline deux fois par jour après ses repas parce qu’elle est diabétique. Elle est probablement aveugle, en tout cas ses yeux sont recouverts d’une pellicule laiteuse. Quand je l’ai connue, Denauzier me disait déjà qu’elle se faisait vieille et qu’elle ne passerait pas l’hiver. Mais elle a passé l’hiver et réussi à descendre les marches de la galerie tous les soirs avant le dodo, même si c’était de plus en plus difficile. Il fallait que Denauzier ouvre le porte plusieurs fois malgré le froid pour lui dire de descendre et de ne pas se contenter de regarder au loin sans bouger. Il lui était plus difficile de descendre que de monter. Malgré sa santé déclinante, nous avons eu de bons moments avec elle dans la montagne, derrière la maison. Autant elle peut sembler vivre au ralenti à l’intérieur, autant elle déborde d’énergie à l’extérieur, ses courtes pattes s’enfonçant dans la neige et notre chienne courant malgré tout sans se laisser abattre par la difficulté.
Ceux qui ont lu mon texte précédent savent qu’hier j’étais à Montréal. La raison première de ce déplacement était que ma fille jouait son concert de fin de trimestre, et de fin de double DEC, et donc de fin de collège, en soirée. Elle joue de la flûte traversière et était accompagnée d’un pianiste dont j’ai toujours trouvé qu’il joue trop fort mais il joue quand même très bien. Emma a superbement réussi cette dernière prestation publique, elle a joué Bach et Debussy sans trac, à l’aise, musicale. Bibi et moi nous sommes rendues à Montréal en après-midi pour rendre service à chouchou en nettoyant un peu son appartement. Nous sommes allées au concert, puis nous avons fait la route du retour et je suis arrivée à presque minuit à la maison.
Pendant tout ce temps de mon séjour montréalais, la chienne s’est ennuyée de moi –et des bouts de ceci et des bouts de cela que je lui donne à manger sachant qu’elle en est à ses derniers milles. Exceptionnellement, parce qu’elle s’est ennuyée de moi, selon l’interprétation de mon mari, elle est venue dormir dans la chambre à coucher. Et ce matin, mon mari qui est le premier à se réveiller, toujours, de nous deux, a trouvé des flaques de pipi dans la chambre à coucher, dans la salle de bains, à l’entrée en bas de l’escalier, dans la cuisine, devant la porte où elle sort pour aller sur la galerie, etc. C’était majeur, comme phénomène, par rapport aux fois précédentes quand elle ne peut retenir ses envies. Comme mon mari est parti cinq jours à la pêche dans un endroit où les télécommunications ne sont pas accessibles, j’ai décidé, avec ma belle-fille, de simplifier la vie de mon mari en prenant une décision à sa place, en lui évitant d’avoir à prendre une décision très difficile que nous reportons lui et moi depuis des semaines… Ce soir nous sommes allées visiter la chienne voisine, son amie. Et demain matin, chez la vétérinaire, nous allons, ma belle-fille et moi, dire au revoir à la petite Nicky. C’est la vie…

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Jour 1 099

Livres à la verticale et à l'horizontale. Idéalement, on s'arrange pour placer les livres à l'horizontale de manière à en voir le titre.

Livres rangés à la verticale et à l’horizontale. Idéalement, on s’arrange pour placer les livres de manière à en voir le titre !

Ça fait plus d’une heure que je cherche sur Internet la reproduction d’une toile de Matisse qu’il n’a pas terminée volontairement. Je sais qu’elle existe car je l’ai vue dans mon grand livre sur Matisse qui est resté à la maison d’Emmanuelle, à Montréal. Quand j’ai fait mes études en arts visuels à l’UQÀM, je me suis beaucoup intéressée, un temps, à Matisse, et particulièrement à son utilisation des couleurs, souvent vives comme je les aime. Comme je commençais à avoir mal aux yeux à force de chercher, et que je ne voulais pas avoir mal à la tête, j’ai abandonné. Je cherche une photo de cette toile parce qu’elle appuie l’idée que je désire développer aujourd’hui, une idée qui m’est venue à la suite d’un petit quelque chose qui a eu lieu hier. J’aurais voulu que la photo de la toile inachevée accompagne mon texte en photo-vedette ci-contre, mais à la place j’ai trouvé une autre photo. J’étais chez Emmanuelle, donc, dans ce qu’on pourrait appeler la chambre des invités. Je faisais du ménage et j’en étais à placer des livres. Je disposais d’appuis-livres bien lourds. Ce ne sont pas tous les appuis-livres qui sont lourds et quand ils ne le sont pas, il est préférable de ne pas leur demander de retenir au-delà de trois livres de poche. Mais ceux d’hier étaient lourds et auraient pu retenir efficacement plusieurs livres. Sauf que je m’y suis prise autrement. J’ai fait des piles de livres qui se présentent à la verticale, et d’autres à l’horizontale, et ce sont les piles à l’horizontale qui ont joué le rôle d’appuis-livres, retenant les piles à la verticale. Sur les piles à l’horizontale, qu’est-ce que j’ai fait pour décorer mon classement, une fois terminé ? J’ai déposé les appuis-livres ! Je les ai donc utilisés en les faisant dévier de leur fonction usuelle, au lieu de retenir des livres entre eux, je les ai utilisés comme un élément décoratif. Cela m’a fait penser à Matisse, je ne sais par quel enchaînement d’idées, à une toile de Matisse en particulier, représentant une nature morte, si je me rappelle bien, qu’il n’a pas terminée. C’est-à-dire que Matisse a considéré que sa nature morte était terminée, même si le canevas blanc de la toile n’était pas entièrement couvert et même si, sur le canevas blanc, on voyait des traces de couleur appliquées au pinceau mais la première couche seulement, laissant voir les lignes créées par les poils du pinceau. Pour l’époque, cette approche est pour le moins inhabituelle. De Matisse à la toile non entièrement couverte, j’ai fait un lien avec ma prochaine nouvelle, dont le personnage principal sera Barbara. Je me suis dit que Barbara pourrait se trouver au centre d’une histoire dont on ne connaîtrait qu’une bribe. Elle pourrait être en train de converser avec Hervé, au tout début du texte, ou un autre homme, ou même une femme, et par le procédé de l’analepse on ferait un retour dans le passé pour découvrir les gestes qu’elle a posés avant de se rendre à sa rencontre. Et la nouvelle s’arrêterait là, ou presque, avec la répétition, pour boucler la boucle, des premières phrases de dialogues qui auraient été présentées au début du texte. Je vais y penser.

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