Badouzienne 73

J’écris pour me rencontrer, me situer dans un espace qui n’abrite que moi. Pas d’interactions avec l’étranger. Tout est étranger, quand on y pense le moindrement, à commencer par les êtres les plus proches, les plus aimés. Que du moi, donc. Quand je me sens bien, le texte se déploie sur un ton enjoué, sautillant. Quand je me sens moins bien, je me perçois comme un être fragile en convalescence, au repos, en introspection pour tenter de trouver la raison du mal-être.

Or, ma psychologue ne travaille pas dans ce sens-là, je veux dire trouver la raison du mal-être. Il n’y a pas une raison au mal-être, me dit-elle, mais plusieurs, entrelacées les unes aux autres. Aucune réponse n’est absolue, tout est relatif. Elle m’amène plutôt à tenter de me sentir en contact avec moi-même, peu importe l’événement qui se déroule, l’émotion qui m’habite, les propos qui circulent. Être moi, ne pas me diluer dans l’essence qui me semble être celle, ou celles, des autres.

Je constate à chaque rencontre que j’ai encore beaucoup à faire pour développer une meilleure appréciation de la personne que je suis. C’est le travail de toute une vie, j’imagine, puisque j’ai soixante-trois ans. C’est le travail de toute une vie pour qui aime se traiter soi-même en sujet d’étude, je dirais. Il est des gens, très proches encore une fois, qui ne cherchent pas à être en contact tant que ça avec leur monde intérieur, et d’une certaine façon, ou certains jours, je les envie.

J’écris pour me rencontrer, mais mes lecteurs se diront justement que je ne me rencontre pas fort, à écrire si peu depuis la fin de mon défi de dix ans. Je vais tenter d’y remédier en revenant m’asseoir plus souvent devant mon antiquité d’ordinateur Jujitsu. L’écriture me manque, et, surtout, il est trop facile de vivre sans écrire. En bonne adepte de la difficulté, ce simple constat me convainc qu’il me faut revenir aux habitudes de mes dix dernières années !

Il faut dire qu’à ce moment de l’année, les plates-bandes m’accaparent pas mal. J’ai eu aussi beaucoup de contacts avec des amis, des visites, des déplacements, et encore d’autres sont au programme en juin. Surtout, j’essaie d’en venir à bout des neuf années d’écriture que je désire organiser, structurer, améliorer, panser là où les soins ont définitivement été déficients, comprendre ici que le temps a manqué. Ludo et moi, au nombre de mes déplacements récents, nous sommes rencontrés la semaine dernière et avons amélioré la moitié de mes quelque trois cents pages de textes écrits au cours de ma deuxième année. Nous allons faire la même chose ce prochain jeudi. D’abord nous tentons d’être efficaces, donc de ne pas nous accrocher dans les fleurs du tapis. Puis, nous discernons, un peu caché par un brin de laine de la moquette, tel mot qui n’est pas tout à fait juste. Nous y allons pour une petite valse, nous changeons, essayons, cherchons, concluons. Nous relisons cinq fois le même paragraphe, une fois lui, une fois moi. J’adore ça.

De mon côté, j’ai entamé la lecture des textes de ma troisième année. C’est difficile de me confronter à du matériel si peu à la hauteur, si peu astiqué, qui ne doit son existence qu’à mon besoin intrinsèque d’inventer. J’essaie d’en prendre mon parti et de faire de mon mieux avec ces mots qui sont sortis de moi à une époque d’autrefois. Je sais bien, cela étant, que mes efforts ne servent pas une cause grand public, j’en ai pour preuve qu’un ami, qui est en train de lire mon tome 1, La candeur, a décrété qu’il lui fallait le lire à partir de la fin, pour y comprendre quelque chose. Je n’ai pas essayé de le convaincre du contraire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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