Badouzienne 72

De toute façon. Que j’aie ou non le temps de lire la biographie de Marguerite avant l’opéra fin juillet importe assez peu, en ce sens que je n’aurais pas assez d’une vie pour bien connaître, de façon livresque, et la femme et ses romans. Il faudrait en outre que je relise chacun à intervalles réguliers, aux dix ans, admettons, pour oser avancer que je connais son oeuvre. Il faudrait enfin et idéalement que je me rappelle de ce que j’aurais lu à intervalles réguliers, pour pouvoir porter en moi la sagesse de cette femme.

De la même manière, il faudrait que j’aie plusieurs mois d’été à ma disposition pour bien entretenir et améliorer mes plates-bandes. Il m’arrive souvent de développer dans mes textes des projets que je ne concrétise pas. Je pense cependant que je vais concrétiser le projet des écriteaux aéronautiques de l’OTAN pour identifier mes plates-bandes. Si chacune porte un nom, il me sera facile d’en dresser une liste dans mon cahier. Une telle liste me permettra de me représenter qu’est-ce qu’il me reste à faire, dans la mesure où celles qui auront reçu mes soins seront biffées au fur et à mesure. Quand chacune verra son nom biffé, je réécrirai la même liste sur la page suivante de mon cahier, car le temps que je fasse le tour des vingt-six membres de ma grande famille, il me faudra recommencer à les bichonner.

Le paragraphe qui précède ne tient pas compte que les saisons sont chamboulées. Aurai-je le privilège, autrement dit, de bichonner mes plates-bandes, ou seront-elles déjà brûlées par la chaleur début juin ? Allons-nous manquer d’eau ? Notre puits de surface va-t-il répondre à la demande ?
Si les plates-bandes tiennent le coup, et si je me grouille un tantinet pour mes écriteaux, je pourrais fort bien un jour me lever et dire à Mia, la chatte :
– Viens, on va aller désherber Delta.
Elle ne viendrait pas, malgré mon invitation, car du haut de ses treize ans elle préfère se tenir coite dans la fraîcheur de la maison, elle bouge moins, elle ne s’éloigne pas.
En fait, à bien y penser, et moyennant de petites subversions apportées à ma liste aéronautique, je lui dirais :
– Viens, Mia, on va aller désherber Denauzier.
Elle ne bougerait pas davantage, bien entendu.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans Badouziennes. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s