Badouzienne 69

Porc-épic qui me semble être de petit format
par rapport à celui que nous avons vu hier

Alors que j’hésitais entre aller prendre l’air par ce beau temps que nous avons eu ce week-end, et entamer ma prochaine toile dans sa version « carrée » avec mes restants de couleurs, mon mari est venu, sans le savoir, à ma rescousse. Il m’a proposé d’aller faire un tour de quatre-roues dans la forêt, derrière la maison. C’était exactement ce dont j’avais besoin : prendre l’air sans faire d’effort à râteler, me pencher, sarcler, élaguer et toutes ces activités qu’appellent les plates-bandes au printemps.

Donc, nous voilà sur le quatre-roues, empruntant les sentiers humides et ramollis par la douceur du temps. Sous un arbre, pas même cachée, alors que nous étions dans un tournant, j’ai aperçu une masse noire qui n’a pas bougé d’un poil au bruit pourtant élevé en décibels de notre engin motorisé.
– Regarde !, ai-je lancé à mon mari en lui tapant sur le bras.
Avoir été lui, j’aurais immédiatement éteint le moteur du véhicule pour éviter que le bruit n’insupporte notre nouvel ami. Or, je ne suis pas lui, ou encore il n’est pas moi. Il a préféré mettre le moteur en marche arrière pour nous rapprocher du porc-épic sans qu’il soit nécessaire de bouger, parce que c’était un porc-épic. Je le croyais mort, mais il respirait encore.
– Pauvre porc-épic, ai-je dit sans réfléchir, en ce sens que depuis que je suis sortie de l’hôpital à la suite de mon hémorragie cérébrale, je dis souvent ça, assez niaiseusement j’en conviens, pauvre lui, pauvre ci, pauvre ça.

Mon mari, quand même, s’est extirpé du quatre-roues pour aller vérifier si l’animal était blessé. Il a trouvé une branche avec laquelle il a touché la fourrure de l’animal. Touché ici, et là, toujours sans obtenir de réaction.
– Il est mourant, a-t-il décrété.
– C’est bizarre qu’il ne soit pas allé se cacher plus que ça pour vivre ses dernières heures, ai-je dit.
– Il n’en a peut-être pas eu la force ?, a suggéré Denauzier.
– Il aurait été attaqué par un animal prédateur ?, ai-je ajouté. Ou il serait mort de sa belle mort ?
– Est-ce que je devrais l’achever avec ma carabine ?, a suggéré mon mari.
C’est la dernière chose à laquelle j’aurais pensé.
– Oh ! Non !, ai-je répondu par pur automatisme.
– Pour achever son agonie, a précisé mon mari. Il souffre peut-être…
– L’agonie, ai-je rétorqué, peut-elle être douce ?

Nous avons poursuivi notre promenade sans rien ajouter. J’ai passé pour ma part un bon moment à me demander si l’agonie, sans morphine quand il s’agit d’un humain, peut se vivre sans douleur. Comme un engourdissement. Un état second. Peut-elle être, même, agréable à vivre, constituer un passage que l’on emprunte en prenant son temps ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans Badouziennes. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s