Badouzienne 67

Il ne semble pas exister une saveur « petits fruits ».

De guerre lasse et contre toute attente, j’ai proposé à Denauzier de manger du steak pour souper. Accompagné de patates pilées. Avoir eu des haricots verts en boîte dans le garde-manger, j’en aurais réchauffé pour apporter une touche de couleur dans l’assiette. N’en ayant pas, nous avons mangé non coloré.
– Ce sont de gros morceaux !, me suis-je exclamée quand mari a sorti le paquet de steaks du sac d’épicerie.
– Pas tant que ça, a-t-il répondu, ils ne sont pas épais.
– Je vais me contenter d’une moitié, ai-je décrété.
Il était 16 heures et je n’avais pas faim lors de mon décret. Quand est arrivé le souper j’ai tout mangé, et assez rapidement d’ailleurs.

Pour dîner, je nous avais préparé le tofu magique de Loounie, accompagné d’une salade d’endives nappées d’une vinaigrette au tahini dont j’ai le secret depuis des décennies, compte tenu que j’en ai découvert la recette quand j’étais jeune et que maintenant je suis vieille. J’avais aussi déposé dans l’assiette une louche de fromage cottage et des tranches d’avocat. Les endives étaient en outre agrémentées de tomates cerises rouges. Donc, c’était coloré, santé, un tantinet recherché.

– Qu’allons-nous manger pour souper ?, a voulu vérifier Denauzier, à peine avions-nous avalé la dernière bouchée d’un Jell-O qui venait clore notre gastronomie végétarienne.
La question ne s’adressait pas tant à moi qu’à nous deux.
– Question à 1000$, ai-je répondu, dans l’absence habituelle d’idée quant à ce qui garnira l’assiette du prochain repas.

Le Jell-O a été acheté en prévision de la visite des petits-enfants, début mars. Or, la gélatine à saveur de fruits ne semble plus avoir la cote. Les pattes d’ours et les boissons Iogo Nano se sont gagné la faveur des invités. Pour éviter que les paquets de poudre granulée traînent pendant des années, je les ai préparés en mélangeant trois saveurs : raisin, cerise, fraise. Lorsque mon mari m’a demandé si la gélatine était aux framboises, j’ai simplement répondu qu’elle était aux « petits fruits ».

Toujours est-il que je ne me rappelle pas, avant tout récemment, avoir fait du Jell-O, de la même manière que je ne me rappelle pas avoir servi du steak aux membres de ma famille recomposée il y a longtemps, ou encore à Emmanuelle du temps de notre vie à deux. La même chose pour la purée. Comme quoi on change. Pas forcément pour le mieux, car nous savons tous que nous devrions cesser de manger de la viande rouge pour des raisons de santé et d’environnement.

– Tu t’occupes des patates et moi du steak ?, a demandé Denauzier aux environs de 18 heures.
– Parfait, ai-je répondu en me dépêchant de les peler et de les faire bouillir pour aller peindre tranquille.

Nous étions couchés lorsque mon mari s’est rappelé qu’il n’avait pas mis la purée au frigo.
– Je m’en suis occupé, ai-je répondu.
Travail d’équipe.
C’est la seule manière, quant à moi, de surmonter l’infinie difficulté de nous nourrir deux fois par jour, tous les jours, et de gérer tout ce qui vient avec.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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