Badouzienne 66

La Fée Clochette.
J’ai mis cette photo en ligne sur un site regroupant des peintres. J’ai reçu huit commentaires positifs, du jamais vu dans ma carrière !

Notre petite-fille a pris la brique des Oeuvres complètes de Poulin qui traînait sur ma table de chevet, dans ma chambre. J’étais en train de placer les couvertures sur le lit et de ranger des vêtements. Elle fouillait dans mes affaires et dans celles de son papi, comme elle aime le faire, en n’arrêtant pas de placoter.
– Je vais l’apporter en bas pour le lire, m’a-t-elle dit à propos du Poulin. J’ai le même à la maison.
– Ah oui ?, me suis-je faussement étonnée. Tu ne trouves pas qu’il est encombrant, quand tu le lis chez toi ?
– Qu’est-ce que ça veut dire, « encrombant » ?
– Ça veut dire qu’il te dérange, qu’il prend de la place, qu’il n’est pas confortable parce qu’il est lourd, que tes mains sont petites, que les pages sont appuyées sur ton ventre et qu’elles ne veulent pas se laisser tourner… tout ça à la fois.
Je sais que j’en dis beaucoup trop et que la petite ne comprend pas le tiers de ce que je lui raconte, mais elle est un peu habituée, notre relation a maintenant six ans, puisqu’elle-même, de sa personne, a six ans.
– Mes mains ne sont pas petites !, s’exclame-t-elle.
– Bien, elles le sont plus que les miennes, ai-je rétorqué. Viens, on va comparer.
Habituellement, quand je m’adresse à elle en utilisant un ton directif, elle fait admirablement fi de ce que je lui dis. Mais, surprise, mon impératif à peine énoncé, elle se dirige vers moi. Nous comparons la taille de nos mains, convenons que les miennes sont géantes par rapport aux siennes. Sur ce, nous nous dirigeons vers l’escalier pour nous rendre au rez-de-chaussée. Je tiens dans mes mains un exemplaire de Mort sur le Nil en format poche. Plus léger et plus souple que la brique.
– Tu ne m’as pas dit si tu trouvais que le gros livre est encombrant lorsque tu le lis.
– Non, a-t-elle simplement répondu, n’explicitant pas ce « non » pour ne pas avoir à répéter « encombrant ».
– En tout cas, si tu désires un livre plus léger, j’ai aussi celui-ci, lui ai-je proposé alors que nous avions atteint la dernière marche.
– Elle a regardé le livre d’Agatha en me tendant aussitôt la brique en échange.
– Lui aussi, a-t-elle dit, je l’ai à la maison.
– As-tu commencé à le lire ?
– Oui.
– Et c’est l’histoire de quoi ?, ai-je voulu vérifier.
– Bien ! C’est l’histoire d’un bateau !, a-t-elle exprimé comme si j’étais idiote, dans la mesure où il y a un bateau sur la couverture du livre.
– Mais sur le bateau, il doit bien y avoir des gens ? Qu’est-ce qu’ils font ? Qu’est-ce qu’ils se disent ? Est-ce qu’ils mangent ? Et s’il n’y a pas de gens, est-ce que c’est parce que le bateau est percé ? T’en rappelles-tu ?
La petite alors a ouvert le livre au hasard.
– Tu vois, mamie, les points d’interrogation ?, m’a-t-elle montré ici et là, le doigt tendu. Ça veut dire que les gens se posent des questions, c’est ça qu’ils font sur le bateau !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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