Badouzienne 10

Tiens, première badouzienne à deux chiffres, finies les unités, voici les dizaines !

Je me sens fatiguée, je dirais que je suis morte, mais que papa ne l’est toujours pas ! C’est une tournure un peu brutale, je trouve. Ce n’est pas brutal d’exprimer que je me sens morte de fatigue, mais par rapport à mon père je préfère écrire qu’il est décédé que mort, mais de toute façon il est encore vivant, dans un état comateux très paisible, comme s’il savourait l’entrée dans le paradis, ou comme s’il savourait un grand calme de fin de vie terrestre, c’est difficile à savoir. Selon mon frère Swift, comme s’il acceptait tranquillement l’idée de se séparer de ses enfants. C’est l’interprétation que je préfère, en fait, et il est curieux que je n’y aie pas pensé moi-même.

Voici ce qui est arrivé, voici ce pourquoi je suis morte aujourd’hui dimanche.

J’ai visité papa samedi matin pour un accompagnement qui nous réunissait tous, frères et soeurs. Ce fut un beau moment, nous avons baigné dans l’énergie que crée immanquablement la rencontre de nos tempéraments tellement différents. En après-midi, j’ai profité d’être seule à la maison, mon mari étant au chalet, pour corriger les textes de ma deuxième année d’écriture. Vers dix-sept heures, je me suis sentie à bout de force et j’avais mal à la tête. Je suis allée m’étendre dix minutes. Puis, j’ai ressenti le besoin de bouger, alors je suis allée dehors nettoyer une plate-bande. Cela m’a fait du bien, j’ai tiré sur de nombreuses racines qui étaient coopératives et se laissaient sortir de terre.

J’ai essayé de ne pas penser aux textes que je venais de lire, mais il n’empêche que je me suis demandé comment les gens, amis, lecteurs, avaient pu leur accorder un peu de temps alors qu’il n’y a absolument rien à y comprendre, c’est du n’importe quoi. Comment, surtout, ai-je pu avoir l’impression que c’était bon ?

Vers vingt heures trente je suis partie voir papa à nouveau pour profiter du calme du soir au CHSLD, et je suis revenue vers vingt-trois heures trente. J’ai donc triché, par rapport au couvre-feu. De retour à la maison, je me suis servi un bol de céréales et je suis venue m’installer devant mes textes décourageants. J’ai fait un travail de purge jusqu’à deux heures du matin.

Mon téléphone m’accompagnait, déposé sur mon bureau, que j’avais réglé afin qu’il sonne à minuit, puis à une heure une minute, puis à deux heures deux minutes. À chaque sonnerie, premièrement j’ai sursauté, puis j’ai pris une photo du fond d’écran sur lequel apparaissait d’abord 00:00, puis 01:01, puis 02:02. Il me reste à trouver une solution pour les heures qui me manquent, à savoir 03:03, 04:04, 05:05. Il n’y a pas mille solutions, bien sûr, il va falloir que je règle la sonnerie du téléphone pour procéder comme je l’ai fait hier. Toutes les autres heures à chiffres identiques ont été prises en photo et attendent que je me décide à en faire un montage.

Je respire mieux aujourd’hui, à cause du travail de purge. Je vais retourner voir papa en début d’après-midi.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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