Jour 9

Je vais terminer mon exercice de souffle en queue de poisson. Je n’ai jamais été douée pour organiser des événements festifs. Je compte sur les doigts des deux mains le nombre de fois que j’ai confectionné des gâteaux d’anniversaire. Je vais terminer sans rien souligner.

Je me rappelle que pour les cinquante ans de Jacques-Yvan, au chalet de la Pointe-aux-Anglais, j’avais offert aux quelques invités une journée parfaitement désorganisée. J’avais passé mon temps à courir, à être d’une très grande inefficacité, à commencer une phrase auprès de quelqu’un sans la finir parce que j’étais happée par telle chose qui aurait pu attendre. Je me demande même si j’avais réussi à mettre sur la table, dehors, les mets qui allaient nourrir tout le monde ? Les gens étaient-ils repartis le ventre vide ? Je ne serais pas surprise d’apprendre que oui, presque vingt ans plus tard !

Je vais terminer mon blogue un peu comme s’est terminé le journal d’Anne Frank. Si je me rappelle bien, la famille a été dénoncée à la fin de la guerre. Elle a quand même été envoyée en camp, où plusieurs ont péri, dont Anne. Son journal se termine sur une page peut-être à moitié noircie, qu’elle aurait complétée à un moment donné, quelque temps plus tard, selon son rythme d’écriture, d’épanchement sur ses pages intimes.

Il me reste neuf textes à écrire qui ressemblent de plus en plus à des pensums dont j’ai hâte d’être débarrassée. J’ai beau me creuser la tête, je ne vois pas comment je pourrais les utiliser pour qu’ils me conduisent à une forme de célébration. L’attitude la plus répandue, en pareille circonstance, serait de clore la boucle par un exercice récapitulatif. Mille formes de récapitulation, ici, seraient possibles. Récapitulation du contenu bien sûr, des thèmes récurrents, des sources d’inspiration les plus indéfectibles; réflexions quant à mon état intérieur, comment se traduit-il dans les textes, s’il se traduit, car parfois je suis douée pour le dissimuler…

Je soupçonne la peur d’être à l’origine de cette sorte d’anesthésie, de retenue, de non inspiration. J’ai peur de découvrir à quel point mes pages sont dénuées d’intérêt, alors je ne m’aventure pas. Je n’embrasse pas cette structure que j’ai édifiée, une structure clopin-clopant, on s’en doute. J’essaie le plus possible de m’en tenir loin, de me maintenir à l’abri d’un constat accablant. Je reporte à plus tard.

J’ai regroupé mes textes par année, j’ai obtenu dix gros fichiers, comme mes lecteurs s’en rappellent peut-être car ça doit faire trente fois que je l’écris. Un seul de ces dix gros fichiers est corrigé. Je me rappelle l’avoir lu au complet avec un certain plaisir. Mais je ne vais pas plus loin. Peut-être qu’à petites doses, quelques pages à la fois, je ne serai pas dévastée par l’ampleur du désastre qui gronde et qui bouillonne dans les neuf autres fichiers. Je n’ose pas y penser.

Pendant ce temps, je suis assise dans la véranda pour écrire ce premier texte punitif d’une courte série d’encore huit autres, assise dans la véranda étant donné que le beau temps est arrivé. Je constate que le feu que nous avons allumé dimanche dernier brûle encore ! Or, j’ai étendu des draps sur la corde pour les faire sécher. Ils risquent fort de sentir la fumée…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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