Jour 15

Je ne me permets pas d’être la personne que je suis. J’essaie d’être une personne meilleure, mieux fabriquée, j’essaie de combler mes lacunes, de guérir mes plaies, de colmater mes béances. Ainsi, je me promène au MBAM, et plutôt que de me laisser habiter par les représentations picturales de Riopelle, je me demande comment ça se fait qu’il avait confiance en lui, et comment ça se fait que je n’ai pas confiance en moi, et comment je pourrais faire pour ne plus vivre ainsi diminuée par mon handicap.

Il n’y a rien qui me permet d’être certaine, cela étant, que Riopelle avait confiance en lui.

Je suis à la recherche d’une version améliorée de moi-même, en grande partie parce que mon état de base avait grand besoin d’ajustements –que somme toute, et avec de l’aide, j’ai su apporter. Mes default settings n’étaient pas au point, je m’en suis rendu compte au début de l’âge adulte, et ce d’autant que je travaillais dans le domaine informatique !

Dans la même veine, j’aimerais vérifier quelle sorte de Lynda je découvrirais à la fin de mon parcours terrestre, s’il advenait que je sois capable de toujours mieux me comprendre, m’aimer, m’accepter. Serais-je en mesure de discerner les différences entre les couleurs de mon début et celles de ma fin de vie, cependant ? Quand on a le nez collé sur la toile, on ne distingue pas grand-chose !

Je ne sais pas, malheureusement, si ma recherche d’une Lynda meilleure ne se justifie pas aussi par le sentiment que je ne suis pas encore devenue, malgré tous mes efforts, une personne acceptable…

Je me rappelle d’une psychologue que j’ai consultée dans ma vingtaine. C’était à Québec, à proximité des Plaines, dans une maison magnifique qu’elle n’avait pas, je pense, les moyens d’entretenir. Comme elle n’a pas été ma psychologue longtemps, je ne sais pas si elle a fini par déménager. Elle bâillait aux corneilles quand je me rendais la rencontrer le soir. Elle s’en excusait en me disant que ce n’était pas causé par la fatigue mais par un état de détente.

Elle avait fait référence, lors d’une séance, à une patiente qui se plaignait de souffrir encore, à quarante ans, des maux qui s’étaient installés en elle au cours de son enfance. La remarque m’avait découragée. Est-ce que ça voulait dire que moi aussi j’allais traîner, à quarante ans, les mêmes douleurs que celles qui justifiaient que j’aie pris la décision de venir voir cette dame ? Aurait-il fallu que je me trouve sans plus tarder une meilleure psychologue pour me garantir un avenir moins souffrant ?

J’ai tendance à répondre que non, puisque je constate ceci : je vais avoir soixante-deux ans la semaine prochaine, et je porte en moi les mêmes particularités dérangeantes que dans mon jeune temps. Bien sûr, j’ai appris à vivre avec, j’en fais parfois ma marque de commerce en pondant des textes dans lesquels je tournaille tout, à l’envers et à l’endroit, à force de me questionner sous l’effet de l’incertitude et du doute.

Je suis sexagénaire, en outre, et le passage du temps ne m’aura pas empêchée de me sentir, plus souvent qu’autrement, à contre-courant.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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