Jour 20

J’ai sonné à 13:56 en me demandant si je devais continuer de faire les cent pas devant la maison encore deux trois minutes, mon rendez-vous ayant été fixé à 14:00. Je me doutais que la personne, une femme, prendrait plusieurs secondes à venir ouvrir car elle est âgée. J’ai sonné et après plusieurs secondes, en effet, elle est venue répondre.

Elle habite un endroit comme il y en a plusieurs sur la rue Grosvenor, au rez-de-chaussée d’un duplex mitoyen revêtu de briques et aux fenêtres décorées de fil de plomb, un gros duplex solide. Cela m’a ramenée dans mon passé parce que j’ai habité la rue Grosvenor pendant quatre ans, avant d’aménager à Notre-Dame-de-Grâce. Emmanuelle y a passé ses dix premiers mois de vie. Elle dormait dans la tourelle du salon en compagnie d’un hoya qui m’avait donné trois fleurs. J’interprétais que la plante m’annonçait trois grossesses, mais en fait elle me confirmait qu’avec ma fille, que je portais, il y aurait trois enfants dans la famille, les deux fils de Jacques-Yvan et la petite qui allait naître à la fin d’août.

Je connaissais déjà la rue Grosvenor de nom parce qu’un moniteur du camp musical, au Lac Priscault, y avait son adresse, chez ses parents. Il m’avait contactée par téléphone pour m’inviter à une fête qui allait regrouper les moniteurs de l’été précédent, dont j’avais fait partie. M’invitant, il m’avait donné son adresse. J’avais répondu très vite que je serais présente sans faute, tout en sachant très bien que je n’irais pas, tellement je m’y serais sentie inférieure à tous.

La dame chez laquelle j’ai sonné n’habite pas, cependant, la rue Grosvenor, mais l’avenue Monkland. À pied, ça prend quinze minutes maximum de l’endroit où habite Emmanuelle. Je me suis donc garée devant l’appartement où habite ma fille et j’ai marché la distance qui me séparait de la dame. Je saute des étapes, bien entendu, car me garer devant l’endroit où habite Emmanuelle ne vient pas sans sonner chez elle et convenir que je serais de retour dans une heure et demie gros maximum, et patati et patata.

J’ai aimé que la dame ouvre la porte, me salue, me sourie et me fasse entrer sans trop sentir le besoin de créer de la conversation. J’ai délacé mes chaussures, autrement dit, dans le silence, en pestant un peu parce qu’une boucle s’avérait non coopérative. Je portais, cela dit en passant, mes nouvelles chaussures Asics, histoire de me déplacer en ville avec des chaussures moins sales –moins couvertes de boue– que mes autres Asics que je porte ici tous les jours.

– Cela se passe en bas, a dit la dame, en tenant un contenant de gel antibactérien vers lequel, instinctivement, j’ai dirigé mes mains.
Comme je suis encore relativement jeune, j’ai descendu les escaliers menant au sous-sol sans me tenir à la rampe puisque je me frottais les mains. La dame a tenu la rampe.

L’endroit m’a plu, éclairé grâce à ses fenêtres étonnamment grandes pour un sous-sol, et dont le blanc des murs contribuait à augmenter la clarté. Sur ces murs avaient été installées ici et là des reproductions d’oeuvres, dont un paysage à prédominance de turquoise, peut-être des canards sur un plan d’eau ? Je ne me rappelle pas, il faudra que je porte attention la prochaine fois.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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