Jour 28

Hier soir en passant devant ma bibliothèque, dans mon bureau, j’ai été attirée par un livre à couverture rigide, feuilles blanches à l’intérieur non lignées, que j’ai garni du temps qu’Emmanuelle était toute petite. Longue paraphrase pour désigner un journal, mais je considère, justement, que c’en n’est pas un. Il me semble que le journal est un lieu où on a envie de s’épancher, de réfléchir, d’être à l’arrêt, de sentir passer le temps. Or, je n’y ai toujours écrit que des phrases en vitesse. À l’époque, je n’avais pas une seconde à moi.

J’ai ouvert le livre et j’en ai lu des bribes, encore ici en vitesse, craignant de tomber sur des passages dépressifs, déprimants, de critiques envers ceci, envers cela, surtout envers moi-même. À ma grande surprise, je n’y ai rien trouvé de tel, mais je me suis dépêchée de le refermer au bout de quelques pages, pour ne pas jouer avec le feu ! J’y ai revu des photos de chouchou, de Jacques-Yvan et de ses deux fils. Pendant quelques secondes, je me suis demandé s’il n’était pas préférable que je jette ce cahier, pour que personne, à ma mort, ne le feuillette. Personne, ici, désignant en particulier ma fille. Est-ce que je désire qu’elle ait accès à toutes les couleurs de ma personne ? Il est peut-être préférable que non… ? Je n’en sais trop rien pour l’instant.

Cette longue introduction m’amène à mon rêve de la nuit dernière, qui se déroulait au sein de ma famille recomposée. Y étaient mélangés le passé ancien et le passé récent, comme ça peut arriver dans les rêves. Côté passé ancien, je faisais la connaissance du plus jeune fils de Jacques-Yvan, dont j’ai bel et bien fait la connaissance lorsqu’il avait six ans. Dans mon rêve, cependant, il n’était pas garçon mais fille, et cette fille n’était pas chouchou. Je prenais plaisir à passer du temps avec lui/elle, la quantité de plaisir, si on peut dire ça comme ça, était plus grande que la quantité de crainte dans le développement de notre relation.

Je savais que dans peu de temps, disons un an, j’allais quitter mon travail et me consacrer à temps plein au bien-être des membres de ma nouvelle famille. Constatant, en posant les yeux sur mon environnement, que tout était sale, couvert de miettes de biscuits, je me disais que j’aurais le temps, dans ma future nouvelle vie, de prendre soin de tout, afin que la vie soit plus satisfaisante, plus belle, plus agréable.

Côté passé récent, ou relativement récent, je trouvais que je m’en étais bien sortie, de ma relation avec Jacques-Yvan, en ceci que nous étions certes séparés, mais pas séparés non plus. Nous avions trouvé une manière magique, apparemment, de vivre une séparation qui nous avait maintenus unis, de sorte qu’arrivant au début de notre jeune vieillesse –j’ai presque 62 et il aura 69 ans à l’été–, je me réjouissais que nous soyons encore ensemble pour la traverser, nous entraider, mais surtout nous aimer.

C’est facile d’interpréter que ce rêve est teinté du regret de m’être séparée de Jacques-Yvan, c’est le genre d’interprétation –poétique– qui peut se manifester avec le temps, et le recul. Or, quand je surnageais dans la marmite, en sentant mes forces diminuer, j’ai fini par me demander comment faire pour arrêter de surnager. La réponse –prosaïque– a été de m’extraire des gros bouillons du chaudron, tout simplement.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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