Jour 30

Je n’ai pas pu m’empêcher, dans mon texte précédent, de faire référence aux quarantièmes rugissants, pour la bonne et simple raison que j’aime cette expression. Je suis faite comme ça, et je pense l’avoir souvent écrit, je me laisse porter par mes élans, sans me poser de question. Sans avoir le réflexe, la plupart du temps, de freiner mon élan. Pourquoi le freinerais-je ? J’entends les mots dans ma tête, ils me plaisent, je les écris. Les conséquences ne sont pas épouvantables pour autrui, d’autant que je m’efforce de ne jamais nuire à personne dans mes écrits.

Au travail, c’était une autre paire de manches. J’étais davantage susceptible de me faire taper sur les doigts si je me laissais aller à des modifications, fussent-elles mineures, de telle et telle informations, sans avoir d’abord consulté les personnes de mon équipe. C’est normal, l’information que je traitais était institutionnelle, elle ne m’appartenait pas, elle ne faisait que me passer entre les doigts lorsque j’en tapais les mots pour les verser dans nos systèmes académiques.

Quand les phrases cependant étaient alambiquées, quand on ne comprenait pas à la première lecture ce dont il en retournait, l’envie était grande d’apporter de la fluidité en intervertissant l’ordre des mots, et en enlevant ceux qui étaient de trop !
– On ne peut pas faire ça, disais-je à ma collègue, car nous étions souvent deux femmes appelées à travailler ensemble.
On savait que ce n’était pas notre rôle d’améliorer les descriptions de cours et de programmes. Mais ce n’était pas cette raison que nous évoquions.
– Unetelle va faire une crise cardiaque, ajoutais-je.
– Ou d’épilepsie, répondait-elle.

On se défoulait sans faire de mal à personne entre les quatre murs de mon bureau. On se comprenait parfaitement, autrement dit, elle et moi. Nous étions devenues, il est vrai, des doyennes par rapport aux nouvelles recrues. Des vieilles trousses, comme je me plais à le penser, en me demandant d’où me vient l’expression parce que je ne trouve nulle trace de ses origines sur Internet. Je me rappelle qu’une de mes tantes l’utilisait souvent.

Il nous semblait que les nouvelles recrues ne portaient pas en elles la même passion que la nôtre pour le travail bien fait. J’imagine que les recrues, elles, trouvaient que les professionnelles plus âgées étaient pas mal pointilleuses et interventionnistes. Je me demande aujourd’hui si c’est la passion qui me brûlait les doigts, quand j’avais envie de corriger des textes que je jugeais faibles, ou alors l’orgueil qui me dictait d’apporter ma touche pour savourer ma postérité personnelle !

Je ne savais pas que juste un peu plus au sud de l’hémisphère Sud, sous les quarantièmes rugissants, se trouve une zone appelée les cinquantièmes hurlants. Ça doit brasser par là. Je ne m’y aventurerai pas. Papa m’a enseigné qu’il ne faut jamais dire jamais, mais je me permets une entorse à son enseignement car je sais de façon certaine que je n’irai pas, de par ma seule volonté, explorer ces eaux agitées par des vents meurtriers. Je vais rester tranquille à la maison, en m’agitant par moments sur mon tapis roulant.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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