Jour 41

C’est plus fort que moi, il faut que j’essaie, même si je sais que mon idée n’est pas bonne. J’ai donc tracé les plantes rouges, tout en me désolant d’être en train de les tracer. Au cas où je prendrais une décision trop impulsive en les éliminant aussitôt, j’ai suspendu ma toile au mur dans sa version avec plantes rouges. Un jour, deux jours. Puis, j’ai envisagé d’enlever de la visibilité auxdites plantes, en les couvrant partiellement.
– Elles nuisent à l’aspect épuré de l’ensemble, me disais-je tout en les couvrant partiellement, sachant qu’il fallait que je les fasse disparaître.
À nouveau, j’ai suspendu la toile au mur et j’ai pris la peine d’aller la visiter à quelques reprises avant d’enfin me décider. Les plantes rouges, au moment où j’écris ces lignes, ne me dérangent plus parce qu’elles n’existent plus, elles sont camouflées sous une belle couche d’or cuivré ou de cuivre doré. Constat : je ne m’appuie pas sur mon expérience. Je sais que l’idée ne tient pas la route, mon expérience le sait aussi, mais je n’en tiens pas compte, j’essaie quand même, des fois que…

La manière dont j’appréhende une nouvelle toile n’est jamais la même. Parfois, je me sens inspirée, habitée par l’envie d’appliquer des couleurs, de donner forme à une composition. Très souvent, quand je suis ainsi inspirée, je couvre la surface dans des gestes amples, affirmés, à deux doigts de sentir que j’approche déjà d’un résultat. Puis les gestes amples convergent vers un résultat qui m’échappe au fur et à mesure que je veux le saisir. Comme un mirage dans le désert. Je laisse alors la toile reposer, je la dépose dans le coin d’une pièce ou je la laisse traîner à plat sur ma grande table et je n’y pense plus.

Quand je m’y remets, ce n’est pas forcément parce que je sais de quelle manière je veux m’y prendre. Ce peut être tout simplement parce que ça me tente de peindre; ce peut être aussi parce que je n’ai rien de mieux à faire; ce peut être bien sûr parce qu’il me semble sentir intérieurement qu’au bout de quelque application de couleurs une idée, un thème va surgir. Souvent, un aspect pratico-pratique va entrer en ligne de compte : la toile me dérange, j’en ai assez de la voir traîner, je veux considérer que ce dossier est clos.

J’oserais écrire que, presque miraculeusement, il m’arrive, nonobstant tout ce qui précède, de m’installer devant ma toile dans un état intérieur vierge d’intention, sans réfléchir, de prendre des couleurs et de les appliquer sans presque penser, et de découvrir à mon insu qu’il se dégage quelque chose sur la toile que je n’aurais jamais imaginé. C’est ce qui est arrivé avec le pied de Calder.

Il arrive enfin, comme je dépose mon pinceau et que je considère ma toile finie, que mon regard se pose par hasard sur une photo, et que cette photo comporte un élément que je dois intégrer à ma toile pour qu’elle en soit enrichie. Cela s’est produit récemment avec la toile des Jeux olympiques qui s’est intitulée antérieurement Délétère éthérée. J’ai vu passer très vite dans mon champ de vision une ligne d’horizon qui apparaissait sur une toile, sur l’écran de mon ordinateur.
– Une ligne d’horizon !, me suis-je exclamée intérieurement, en retournant à mon pinceau pour procéder à cet ajout au plus vite.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s