Jour 44

Le plus drôle, dans la préparation comme à la guerre de ma sortie de patin, c’est que j’avais tout prévu, sauf… la difficulté de sortir de la cour enneigée ! Ma voiture est restée prise, j’avais beau appuyer sur la pédale d’essence, les roues tournaient sur la surface glacée sans me faire avancer d’un centimètre. Il faut dire que mari n’est pas là pour déneiger cette semaine, or il a neigé. J’ai donc dû pelleter pour dégager l’épaisseur croûtée qui était coincée sous le véhicule, avec ma petite pelle en plastique, qu’heureusement mon mari dépose dans ma voiture en début d’hiver. Ça aussi, c’est le genre de situation qui me fait rire, en lien avec Denauzier qui me demande souvent pourquoi je ris : tenter de tout prévoir, d’être en contrôle, et constater qu’il y a, une fois de plus, quelque chose qui m’a échappé !

En art, le plus souvent, c’est le quelque chose qui m’a échappé qui va donner son intérêt à la toile que j’ai peinte. Je me rappelle d’un texte écrit il y a longtemps sur mon blogue, dans lequel je saluais les trois secondes qui m’avaient complètement échappé, et grâce auxquelles j’avais serré Ludwika, mon amie violoniste, dans mes bras. Ne pas avoir été momentanément transportée par l’émotion qu’elle venait de me faire vivre au sein de son groupe de musique, je ne lui aurais pas montré aussi spontanément mon affection.

Je me demande comment ça se fait que notre visage est « déformé » par l’émotion –la tristesse, la peur, la colère ne nous donnent pas un air agréable à observer–, alors que sans elle il n’y aurait pas de vie. Cela me reporte aux rêves que je fais parfois, et à celui que j’ai fait encore cette semaine : je suis aussi impassible qu’un robot, j’enchaîne les actions sans qu’aucun sentiment ne m’anime. Ainsi, dans mon rêve, notre chatte Mia sautait d’un endroit trop haut pour elle et pour son âge, elle entame sa treizième année. Elle s’approchait de moi tant bien que mal, une patte cassée dont on voyait sortir l’os à travers son pelage. Je considérais le dossier clos dès que j’apercevais chatonne, dépourvue du moindre sentiment :
– Bon, il ne reste qu’à l’euthanasier chez un vétérinaire, me disais-je, et ensuite on pourra passer à l’adoption d’un chien.

Je me demande si ces rêves ne veulent pas m’avertir qu’un manque de sensibilité m’empêche de vivre pleinement. Il me semble pourtant que je suis sensible en masse ? Je n’oublierai jamais ce rêve qui me voit faire une sortie de route, en hiver, alors que je ne porte pas de bottes mais de chics escarpins de soirée. En prenant mon sac déposé sur le siège du passager, je me dis tout bonnement, sans rien ressentir encore une fois, qu’il ne me reste qu’à marcher dans la neige pour me rendre jusqu’à la route, au loin, tenter d’arrêter quelque automobiliste qui voudra bien m’aider… Comme s’il me suffisait de savoir quelles actions doivent être posées, et que je balayais les conséquences physiques, psychologiques, affectives qui, toutes, n’existent pas dans l’univers robotisé qui est le mien.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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