Jour 51

J’ai fait un drôle de rêve l’avant-dernière nuit. Ma soeur venait de décrocher un emploi qui lui permettait d’apprendre énormément de choses et d’être en contact avec des gens instruits qui « l’aspiraient vers le haut ». Elle me racontait avec enthousiasme qu’elle avait même parlé persan dans sa journée. Elle rayonnait d’épanouissement, la nouveauté et l’érudition lui seyaient à merveille. Puis, en se frappant le front de la main, elle s’exclamait qu’elle n’allait pas être capable de retourner à son ancien emploi, en tant que pompiste au garage de papa.

C’est un peu le monde à l’envers, ou la projection de la personne que je suis dans le corps de ma soeur. Car de nous deux, c’est moi qui ai été en contact avec l’érudition, sur le plan professionnel, à l’université. Je n’y ai pas appris le persan, mais beaucoup de choses en informatique, le temps, onze ans, que j’ai occupé mon poste de rédactrice technique. Bibi, cependant, est érudite parce qu’elle a lu toute sa vie, toutes sortes d’ouvrages. Elle a lu plus que moi, elle avait toujours un livre à ses côtés. Elle a toujours ménagé de l’espace pour la lecture, dans l’organisation de sa vie, disons ça comme ça, alors que j’ai traversé des périodes pendant lesquelles j’étais tellement surchargée qu’il m’était impossible de lire autrement que dans le métro pendant un trajet qui n’était pas long !

La voyant si excitée d’apprendre le persan, je ressentais un zeste de jalousie. Ma soeur vivait des journées trépidantes pendant que les miennes ne me satisfaisaient qu’à grand-peine. Je n’étais pas pompiste, dans la logique du monde à l’envers, mais j’étais observatrice, j’étais à l’écart, sur le bord du chemin à voir passer la caravane sans me joindre à elle !

La nuit dernière, j’ai encore une fois rêvé que je devais fournir un certain rendement, sur le plan professionnel toujours, et je ratais ma cible, je n’arrivais pas à satisfaire les attentes qui étaient exprimées par je ne sais quelle autorité. Ce rêve est récurrent et se décline dans trois environnements : je suis sur le point d’offrir une prestation musicale, on m’attend sur scène, or je meurs de peur à l’idée de jouer en public; je soumets une thèse de doctorat à laquelle j’ai consacré un bon quatre cinq ans de ma vie, or je sais qu’elle n’a aucune valeur, en la soumettant je m’expose à me faire dire à quel point j’ai échoué; je dois participer à un groupe de travail avec d’autres collègues, or ils sont tous mille fois plus doués et expérimentés que moi, je me demande ce que je fais là, je cherche un moyen de filer en douce, de disparaître.

C’est exactement cela, disparaître, ne pas être là où je me trouve, parce que je me trouve là par erreur. Ce serait agréable que je me mette à rêver le contraire, je reviens au monde à l’envers, que je puisse visualiser un univers qui m’accueille, dans lequel je suis à l’aise, à ma place. Il y a un hiatus majeur entre ma vie onirique et ma vie réelle, laquelle me voit évoluer dans un monde où je ne pourrais être plus à ma place. Comment ça se fait que je rêve l’exact contraire ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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