Jour 50

Je n’en reviens pas moi-même. Dans mon rêve, je me percevais positivement –mais j’étais traitée durement ! J’habitais dans la maison de l’actrice Philippine Leroy-Beaulieu, j’y étais invitée parmi d’autres gens. La maison, en effet, grouillait de monde. Une maison en mauvais état, il fallait faire attention de ne pas se blesser en marchant sur le plancher dont de longues planches de bois était déclouées. Philippine exprimait haut et fort qu’elle n’écoutait jamais la télévision, et cela semblait avoir un lien avec l’absence d’autres appareils dits modernes, dont un lave-vaisselle, par exemple. Cela faisait en sorte que l’évier débordait d’assiettes sales qui formaient des piles.

Nous étions tout un groupe assis en cercle sur de vieilles chaises dans une pièce plutôt sombre, Philippine à côté de moi. Des voix se faisaient entendre dans des bribes d’échanges disparates. Je me sentais bien, « à ma place », contrairement à ce qui se produit d’ordinaire dans mes rêves. Constatant que ça faisait un moment que nous étions l’une à côté de l’autre sans qu’il se soit échangé un seul mot entre nous, je me tournais vers Philippine pour entamer la conversation. C’est elle qui prononçait les premiers mots, des mots désagréables car ils me dénigraient.

– Savais-tu qu’unetelle, commençait-elle, trouve que tu es mesquine et pleine de défauts ?
Je n’en revenais pas qu’elle soit si peu diplomate, qu’elle fasse montre d’un tel manque de bienséance et de politesse. J’étais chagrinée d’apprendre que la personne qui m’avait critiquée était une amie chère. Je balayais aussitôt ce chagrin, cependant, soupçonnant que ces commentaires étaient inventés à la seule fin de me faire du mal.

– Tu sembles fatiguée, ajoutait Philippine, avec ta coiffure aux mèches tombantes, aux racines qui manquent de teinture, et tous ces trous dans tes vêtements.
Je posais le regard sur mes collants et découvrais, en effet, qu’ils étaient sales et troués, mais cela ne me dérangeait pas, pas davantage que ma coiffure. Je trouvais intrigant qu’une si belle femme ait envie de me blesser et je me demandais si elle n’exprimait pas ces vilaines choses par pure jalousie.
– Pourtant, commençais-je, je me sens très bien, pas fatiguée au-delà de la normale.

Je ne comprenais pas qu’une actrice au physique de rêve, à la profession de rêve aussi –dans tous les sens du mot !–, issue d’un milieu privilégié, soit habitée par le besoin d’abaisser autrui. J’essayais de trouver quels pouvaient être la cassure, le manque, qui justifiaient son attitude. J’encourageais donc Philippine à poursuivre sur la voie des commentaires désagréables pour tenter de cerner sa motivation.
– Il me semble que ce n’est pas bien grave, ces trous et ma coiffure. J’arrive d’avoir beaucoup travaillé et je n’ai pas eu le temps de me changer.

Au moment où je prononçais ces mots, mon visage se reflétait dans un miroir que je n’avais pas remarqué au préalable. Je constatais que j’étais certes décoiffée, mais en même temps le chignon que je portais était doté d’un beau volume qui m’allait bien. Je me confortais ainsi dans mon sentiment d’être bien dans ma peau, ou, en tout cas, de ne pas avoir de motif de ne pas l’être ! C’est sûr qu’un chignon n’y est pas pour grand-chose dans la façon dont on se sent intérieurement, mais disons que le restant de volume de celui-ci, et le bien-être qui m’habitaient déjà, me convainquaient que pour ma part, tout allait bien.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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